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- 64 - Mars Express : Embarquement immédiat !
Les long-métrages d'animation français ne courent pas les rues même si ce trimestre avec "Linda veut du poulet", "Sirocco et le royaume des courants d'air" et "Mars Express" nous en avons déjà trois qui méritent d'être remarqués. La lutte pour le prix André Martin du long métrage va être rude au printemps prochain au festival national du film d'animation à Rennes ! Nous avons pu voir Mars Express en avant-première dans la grande salle de Bonlieu au festival d'Annecy le 14 juin dernier en présence de l'équipe et des acteurs principaux pour les voix : Léa Drucker et Daniel Njo Lobé. Les spectateurs ont adopté et applaudi ce film attendu. (Difficile d'avoir une place merci à Laurence :-) ) Marcel Jean, délégué artistique du festival d'Annecy, avec l'équipe du film lors de l'avant-première Une séance particulière Nous avons pu revoir le film à la Cinémathèque Française devant une salle à nouveau comble le lundi 20 novembre avant sa sortie deux jours plus tard. La séance était présentée conjointement par la revue sur le Cinéma d'Animation "Blink Blank" et la Cinémathèque Française. Bernard Payen (Cinémathèque Française), Xavier Kawa-Topor et Jacques Kermabon (revue Blink Blank) - Photo Clément Martin A la suite de la projection le réalisateur, le co-scénariste et le producteur Didier Creste ont répondu à nos nombreuses questions. On a pu admirer la complicité entre Jeremy Périn et Laurent Sarfati qui ont pris l'habitude de "sévir" ensemble dans la création. Jérémie Périn et Laurent Sarfati ont répondu avec bonheur à nos questions à l'issue de la séance qui nous ont régalé de confidences complices - Photo Clément Martin Plus d'une centaine de personnes ont travaillé pendant 3 ans sur ce film après deux ans d'écriture et de maturation du sujet pour un budget raisonnable, dix fois moins important qu'une production américaine de ce type pour un spectacle réussi ! Fort de ces confidences et de ces belles séances, voyons de plus prêt quel est ce film grand public original qui enchante des salles combles, un film qui nous change des blockbusters américains et autre Marvel qui finissent parfois par s'imiter eux-mêmes dans un élan autant récursif que cupide. Source image : https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/mars-express-jeremie-perin-avis-10065186/ Mars Express Réalisation Jérémie Périn -- France - 2023 - 1 h 25 Scénario : Laurent Sarfati et Jérémie Périn Direction Artisitique : Michale Robert Musique original : Fred Avril et Philippe Montaye Direction artistique voix : Martial Le Minoux 1ère Assistante Réalisation : Laetitia Nurdin Chefs animation : Nils ROBIN, Hanne GALVEZ, Nicolas CAPITAINE Chefs compositing : Cyprien NOZIÈRES, Christelle SOUTIF Montage : Lila DESILES Sound design : Fanny BRICOTEAU Mixage : Matthieu DALLAPORTA Étalonnage : Grégoire LESTURGIE Production : Everybody on deck Producteur délégué : Didier Creste Producteur exécutif animation : Marc Jousset Distribution France : Gebeka Films Voix : Léa Drucker : Aline Ruby, Daniel Njo Lobé : Carlos Rivera, Marie Bouvet : Roberta Williams, Sébastien Chassagne : l'inspecteur Simon Gordaux, Mathieu Amalric : Chris Roy Jacker, Usul : le Professeur, Geneviève Doang : Jun Chow, Marthe Keller : Beryl, Thomas Roditi : Lem, Nicolas Justamon : Brian Jobi, Jérémie Bédrune : Philippe, Thierry Jahn, Serge Faliu, Eilias Changuel, Barbara Delsol, Nathalie Karsenti, Angéline Henneguelle, Charlotte Junière, Fanny Vambacas, Delphine Braillon, Emmanuel Bonami, Martial Le Minoux, Laurent Sarfati, Renaud Jesionek, Maxime Pacaud, Marie Chevalot Un polar Mars Express s'adresse à un public adolescent ou adulte à qui il offre un polar haletant qui se passe en 2200 principalement sur une planète Mars colonisée, oasis artificielle paradisiaque plantée au cœur d’une planète désertique et hostile à la vie. On y suit les tribulations d'une détective privée, Aline Ruby, et de son partenaire androïde Carlos Ribera qui entre recherche de hackeuse et recherche d'une étudiante disparue vont progressivement nous plonger dans une machination qui doit bouleverser la vie sur Mars. Echanges de coup de feu, courses poursuites spectaculaires, meurtres, personnages mystérieux, tous les ingrédients d'un film d'actions sont réunis pour nous entraîner dans cette histoire et pour résoudre le puzzle dans lequel nous plonge les auteurs. Carlos Ribeira et Aline Ruby dans un "aéroport". source Image https://www.unifrance.org/film/52852/mars-express Une fable de science-fiction Le film est aussi une fable de science fiction qui prend ses racines dans la série de nouvelles "les robots" d'Isaac Asimov (1950) qui fixait les trois lois de la robotique qui gouvernaient le comportement de ces automates. Première édition des nouvelles aux Etats unis en 1950 - image : https://historical.ha.com/itm/books/signed-editions/isaac-asimov-i-robot-new-york-gnome-press-1950-first-edition-typed-note-card-signed-by-asimov/a/6069-30197.s Il reprend les thèmes concrètement présents dans les projets en lente gestation de l'humanité et également présents dans la littérature depuis des décennies ... coloniser la lune pour ensuite coloniser Mars et ainsi ne plus dépendre uniquement de notre unique vaisseau ... la planète Terre. Imaginaire de la colonisation de la lune et de mars. Image https://www.nouvelobs.com/sciences/20161012.OBS9749/coloniser-mars-ou-la-lune-le-dilemme-de-la-conquete-spatiale.html L'univers du film qui nous offre la vision aboutie de ces projets, dans deux siècles, avec un mélange d'éléments prospectifs, mêlés habilement à des éléments familiers, ce qui permet au spectateur de résoudre avec plaisir, petit à petit, sa compréhension de ce monde tout en participant à l'intrigue du scénario d'un spectacle réussi. Vision futuriste avec détails familiers - image : https://www.animationmagazine.net/2023/05/mars-express-director-jeremie-perin-producer-didier-creste-share-a-glimpse-of-life-on-another-world/ Des paysages urbains familiers, des robots modélisés par des descendants de Jean-Paul Gauthier ? :-) - Source Image https://www.animationmagazine.net/2023/05/mars-express-director-jeremie-perin-producer-didier-creste-share-a-glimpse-of-life-on-another-world/ Une réflexion sur notre avenir Comme toujours, les récits de science-fiction s'appuient sur des interrogations, les envies et les angoisses liées au changement, au progrès technique, aux rapports entre les individus pour proposer une vision prospective. A la peur de l'automatisation, de son impact sur notre planète, sur l'emploi, sur les comportements sociaux, aux impacts du numérique, des réseaux et de la communication instantanée qui isolent et virtualisent une partie de notre vie, viennent s'ajouter les angoisses liées à l'usage de l'intelligence artificielle. Le film n'échappe pas à la règle et s'appuie avec acuité sur ces préoccupations contemporaines du spectateur. Les peurs liées à l'intelligence artificielle résonnent particulièrement car elles se sont fortement amplifiées entre de le début de la conception du film et sa sortie avec l'apparition en fanfare des "IA génératives" qui génèrent traduction, texte, images, sons, voix, musiques, animations à partir de base de données et ... de la production des "auteurs". A l'époque où chacun s'interroge sur la réglementation et le cadrage des "GAFAM", Space X, et autre twitter, gigantesques entreprises parfois plus grosses que des Etats, qui s'emparent de nos données les plus intimes, réinventent nos créations, orientent notre jugement et la pensée collective; A l'époque où les moyens de communication, les projets transhumanistes ou spaciaux prétendent façonner des avenirs, de futures conquêtes colonisatrices, de futurs êtres, le film est en pleine résonnance avec son temps pour nous proposer une vision d'un avenir possible. Dans le film, des entreprises privées et leurs monopoles technologiques dominent l'organisation des sociétés où des androïdes, dont certains peuvent conserver la mémoire des défunts, se mêlent avec ambiguïté aux humains. De nouveaux automates, les "organiques" émergent comme une nouvelle technologie révolutionnaire. Le scénario nous immerge dans ce monde crédible au travers d'une enquête policière. Des décors somptueux qu'on survole avec cette extase, des scènes d'actions haletantes nous offrent ces émotions que seul un bel écran de cinéma et le cinéma d'animation peuvent nous procurer. L'intrigue, l'ambiguïté entre l'automate et le vivant nous amènera petit à petit à un dénouement métaphysique et ... spectaculaire. On peut voir la bande annonce su film sur : https://www.youtube.com/watch?v=7iroDVDTPco Alors si vous n'avez pas encore vu le film qui a fait un bon démarrage, "Embarquement immédiat" sur Mars Express pour 1h25 de suspens et d'enquête comme seule le cinéma d'animation peut vous en proposer ! N'oubliez pas d'attacher votre ceinture ... turbulences prévues dès le décollage ! On souhaite un beau succès en France et à l'internationale à ce film qui le mérite. Pour en savoir plus : Mars Express : coexistence artificielle par Jérémy Chommanivong https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/mars-express-jeremie-perin-avis-10065186/ ‘Mars Express’ Director Jérémie Périn Mixes Mature Themes With Anime Influences in Noirish Sci-Fi Thriller By Ben Croll https://variety.com/2023/artisans/global/mars-express-jeremie-perin-anime-mk2-1235639839/ ‘Mars Express’ Director Jérémie Périn & Producer Didier Creste Share a Glimpse of Life on Another World par Ramin Zahed https://www.animationmagazine.net/2023/05/mars-express-director-jeremie-perin-producer-didier-creste-share-a-glimpse-of-life-on-another-world/ Mars Express : critique d’une vraie pépite SF par Antoine Desrues https://www.ecranlarge.com/films/critique/1496302-mars-express-critique-vraie-pepite-sf Coloniser Mars ou la Lune : le dilemme de la conquête spatiale - Par Jean-Paul Fritz - Publié le 12 octobre 2016 - Jean-Paul Fritz - Nouvel Observateur https://www.nouvelobs.com/sciences/20161012.OBS9749/coloniser-mars-ou-la-lune-le-dilemme-de-la-conquete-spatiale.html #marsexpress #jeremiperin #cinemathequefrancaise #annecyfestival #gamca
- 65 - Une jeune planète : "La planète sauvage" a 50 ans.
Le dimanche 26 novembre dernier, le 20e Carrefour du cinéma d'animation nous a encore gratifié d'une soirée remarquable avec la présentation de la planète sauvage par Xavier Kawa-Topor et Fabrice Blin, auteurs du livre "L'Odyssée de la Planète sauvage", accompagné de Jean-Gaspard Páleníček écrivain, traducteur et curateur franco-tchèque qui a également participé aux recherches sur ce film en Tchéquie. Xavier Kawa-Topor, Fabrice Blin et Jean-Gaspard Páleníček nous présente l'histoire de ce long-métrage. Photo Clément Martin Présentation du livre "L'odyssée de la planète sauvage" Nos trois intervenants nous ont raconté l'objet du livre sur la genèse du long-métrage d'animation "La planète sauvage" réalisé par René Laloux, prix du Jury à Cannes en 1973. Image : https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Ils nous ont plongé dans cette genèse avec une abondante illustration, photos d'époques, dessins préparatoires de Roland Topor, éléments de Story Board; autant de témoignages des relations entre René Laloux et Roland Topor, mais également avec les équipes tchèques qui ont fait le film à Prague dans les studios Jiří Trnka héritier de la longue tradition de cinéma d'animation tchèque et du cinéma d'Etat Tchécoslovaque qui a pris un essor international après la deuxième guerre mondiale. René Laloux sur un dessins de la planète sauvage -source photo : https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ La tchécoslovaquie terre d'animation Dès 1945, Jiří Trnka fonde avec Eduard Hofman et Jiří Brdečka un studio d'animation appelé Bratři v triku. Un jeune animateur Josef Kabrt travaille dans ce studio sur les films Le Diable à ressorts(1946) et le cadeau (1946) (1). Le genre cinéma d'animation convient au régime communiste et on assiste à la naissance d'un cinéma d'Etat aux nombreuses productions. Dès 1946, Jiří Trnka remporte le Grand Prix international du dessin animé pour "Les animaux et les gens de Petrov", et Karel Zeman gagne le Grand Prix international du scenario de court métrage avec "Rêve de Noël". Jiří Trnka remporte l'année suivante le Premier Prix du festival du film d'animation de Paris en 1947 et il est de nouveau primé au Festival de Venise 1948 pour son premier long métrage : l'Année tchèque (Špaliček). A partir de 1955, à l'occasion d'un voyage culturel autour du cinéma en Tchécoslovaquie, l'équipe des journées du cinéma est en contact directe avec ces réalisateurs tchécoslovaques (2). Les tchèques sont présents un an plus tard aux premières journées internationales du cinéma d'animation à Cannes en 1956 (3). Pour la première fois des réalisateurs tchécoslovaques, russes, français, américains se rencontrent et découvrent leurs travaux respectifs un festival dédié au Cinéma d'animation. C'est le début d'un mouvement qui se prolongera pour aboutir en 1960 à la création de l'Association Internationale du Film d'Animation toujours active aujourd'hui. C'est dans ce courant porteur que le cinéma d'Etat Tchécoslovaque fait sa promotion et son marketing pour se développer à l'international. Couvertures de catalogues Tchécoslovaque à la fin des années 50. - Collection Geneviève et André Martin Les relations avec la France sur le cinéma sont très étroites avec des associations comme "Paris- Prague" qui font la promotion du cinéma Tchécoslovaque où l'on retrouve André Martin, Marcel Martin, Chris Marker et d'autres personnalités marquante de l'époque sur le cinéma et le cinéma d'animation. Couverture du Numéro 9 de Paris-Prague paru en 1957 ou 1958 consacré au cinéma Tchécoslovaque. Collection Geneviève et André Martin Le cinéma d'animation tchécoslovaque se développe de plus en plus à l'internationale en proposant des prix attractifs pour des films d'animation destinés à la télévision. C'est ainsi que 13 épisodes de Tom and Jerry seront réalisée à Prague au studio Rembrant au début des années 60 pour les Etats-Unis ! A partir de la fin des années 50 le studio Bratři v triku travaille avec Jean Effel sur le long-métrage d'animation "La création du monde" qui sortira en 1962. Josef Kabrt participe à ce film. Il s'est rendu à Paris en 1958 pour rencontrer Jean Effel avec Eduard Hofman et Adolf Hoffmeister (4). L'odyssée de la planète sauvage Quand René Laloux commence travailler avec le studio tchèque, c'est avec une équipe chevronnée dirigée par Josef Karbt qui travaille sur des films d'animation depuis plus de 20 ans dans le studio Bratři v triku et qui a déjà l'expérience de production d'un long-métrage en coproduction avec la France avec "la création du monde". René Laloux doit composer et s'imposer en tant que réalisateur auprès de Josef Kabrt mais doit aussi gérer des échanges plus ou moins facile avec Roland Topor qui a des idées très arrêtées sur le film. La production du film commence à peine en mars 1968 que le printemps de Pragues éclate, suivi des purges associées à la répression des soviétiques. René Laloux croit le film perdu puis la réalisation reprend et l'odyssée continue. Jiří Trnka meurt le 30 décembre 1969, le studio perd son Maître spirituel. Au générique, on voit que le studio de réalisation s'appelle "Jiří Trnka". Est-ce Bratři v triku rebaptisé Jiří Trnka ? (5). Le film se fait non sans tensions et sort en 1973 en deux versions, une française réalisée par René Laloux et une tchécoslovaque avec pour réalisateur au générique ... Josef Kabrt. Le film marque l'histoire du cinéma d'animation et influencera tout un cinéma dans les décennies qui suivront. Il obtient pour la première fois pour un film d'animation, le prix du Jury à Cannes et obtient un large succès populaire en salle. René Laloux jure qu'il ne retravaillera plus avec les pays de l'Est .... ce qui ne l'empêchera pas de recommencer avec la Hongrie cette fois pour la production des Maîtres du temps. :-) La planète sauvage - réalisation Renée Laloux - 72 mn -France-Tchécoslovaquie Réalisation : René Laloux Scénario : René Laloux, Roland Topor, d’après le roman Oms en série de Stefan Wul Dessins originaux : Roland Topor Graphisme : Josef Kabrt Décor : Josef Vana Image : Lubomir Rejthar, Boris Baromykin Son : Jean Carrère, René Renault Musique : Alain Goraguer Chefs animateurs : Jindrich Barta, Zdena Bartova, Bohumil Sedja, Zdenek Sob, Karel Strebl, Jiri Vokoun Montage : Hélène Arnal, Marta Latalova Synchronisation : Hélène Tossy Bruitage : Robert Pouret Paysages sonores et effets spéciaux : Jean Guérin Mixage : Paul Bertault Production : Les films Armorial – ORTF – Cheskoslevensky Film Export, avec Vaclav Strnad et Simon Damiani, André Valio-Cavaglione Distribution : Connaissance du cinéma Studio d’animation : Studio Jiri Trnka et Kratky film à Prague Sortie nationale : 6 décembre 1973 Voix : Tiwa / Jennifer Drake Terr / Eric Baugin Maître Sinh / Jean Topart Terr adulte, le commentateur / Jean Valmont Après ces passionnants échanges qui ont dépassé le temps prévu mais qui nous ont paru si court, on a pu voir le film qui nous raconte l'histoire des Draags, des géants bleus qui cohabitent sur la planète Ygam avec des petits êtres, les Oms. Vulnérables par leur petite taille, les Oms sont au mieux des jouets ou des esclaves pour les Draags au pire, ils sont persécutés voir exterminés. Roland Topor : un univers graphique remarquable Roland Topor artiste et créateur polymorphe a réalisé tous les dessins préparatoires du film. S'il n'a pas participé à la production du film nos intervenants nous ont montré qu'il est intervenu notamment avec des commentaires parfois un peu tranchant sur le story board. Il avait déjà collaboré à deux reprises à des courts-métrages réalisés par René Laloux. Roland Topor a ainsi créé un univers graphique remarquable aussi fantastique qu'onirique et mystérieux. On y distingue de multiples influences avec : Des chimères qui nous rappellent l'œuvre médiévale de Jérôme Bosch; Chimère rappelant l'œuvre de Jérôme Bosch - image https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Une flore étrange tantôt ronde et généreuse et avenante, tantôt hostile ; Une flore parfois hostile : https://www.cinemaniak.net/la-planete-sauvage-un-voyage-onirique-introspectif/ Une faune surréaliste peuplée d'animaux géants étranges, Monstrueux mollusque et un petit détail en bas à droite ... qui aura son importance. Image : https://www.ecranlarge.com/films/842748-planete-sauvage-la Josef Kabrt et l'équipe du studio La technique utilisé pour réaliser le film par le studio tchèque a été le papier découpé. Cette technique consiste à dessiner un élément d'une image, un personnage par exemple, puis à la découper et le colorer. En répétant l'exercice on obtient une suite de "mots" qui permettent ensuite de composer la "phrase" qui constitue une scène. Exemple de suite de papiers découpés permettant moins d'une demi-seconde d'animation- Source image : https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Les studios tchèques ont non seulement respecté le caractère original des dessins de Topor mais l'on sublimé en en animant les composants. René Laloux a rapidement validé l'usage de cette technique pour la réalisation du film qui met si bien en valeur le travail graphique de Roland Topor. Dessin préparatoire de Roland Topor - source https://www.2dgalleries.com/art/la-planete-sauvage-198907 Image du film. On voit ici la fidélité aux dessins préparatoires de Roland Topor. - source https://www.vagabond-des-etoiles.com/cinema/la-planete-sauvage-rene-laloux/ La musique La musique vient compléter cette création avec les compositions originales et innovantes d'Alain Goraguer. Alain Coraguer, décédé en cette année 2023, est un pianiste qui vient du jazz connu aussi comme arrangeur de la variété française (Vian, Gainsbourg, Ferrat)(6). Il a déjà composé la musique de deux courts-métrages de Laloux et Topor (Les Temps morts, 1964 ; Les Escargots, 1965). Cette fois-ci le compositeur puise dans la musique électronique de son temps avec des synthétiseurs planants, des claviers électriques et des flûtes qui nous enveloppent d'un son suave, des guitares électriques au son chaud des amplificateurs analogiques de l'époque et des batteries et des basses qui rythment et tendent le propos musical. On pense aux premiers Pink Floyd ou à Tangerine dream. N'oublions pas que le film est coproduit par le service de la recherche de l'ORTF fondé par Pierre Schaeffer en 1960. Pierre Schaeffer au sein de son service a non seulement encouragé constamment le cinéma d'animation à commencer par André Martin et Michel Boschet au tout début du service (7) au sein du "groupe de recherche image" mais également la recherche sur la musique concrète et la musique électronique au sein du "groupe de recherches musicales". On peut imaginer qu'il y a eu une certaine porosité entre le GRM et Alain Coraguer dont la musique se démarque des deux précédents courts-métrages. Les compositions d'Alain Coraguer complètent un ensemble qui nous transporte dans cette planète sauvage et nous emporte dans certaines rêveries psychédéliques ou autre expériences surréalistes du film. Hommage à Alain Coraguer - Image : https://www.reddit.com/r/criterion/comments/113rofv/rip_alain_goraguer/?rdt=61434 - Serge Gainsbourg, un draag, Alain Goraguer, Jacques Brel et Michel Legrand, d'après une photo originale de Jean-Pierre Leloir/Gamma-Rapho 1960. Une parabole sur l'humanité Les situations du film et les allégories qui le peuplent nous plongent dans une parabole sur l'humanité. L'oppression des Oms par les Draags résonnent avec tous les conflits idéologiques de la fin des années 60. Le film évoque un univers Orwelien où se décide facilement l'oppression. Assemblée où sont annoncées les décisions - Image : https://www.facebook.com/bangkokscreeningroom/photos/a.735252879902865/2867070086721123/?type=3&locale=hi_IN Dans cette parabole, on retrouve les préoccupations de l'époque qui résonnent encore aujourd'hui : exterminations d’un peuple, divisions et conflits, conquête de l’espace, progrès de la science. C'est grâce au partage de la connaissance et à la technologie qu'une issue sera trouvée et que pourra s'achever cette oppression. Apprentissage de la connaissance chez les Draag. - source Image https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Le roman de Stefan Wul avec sa trame scénaristique rêvée, le génie graphique de Roland Topor, le savoir-faire volontaire et intrusif de Josef Kabrt et de son équipe, la musique de Alain Coraguer et l'obstination de René Laloux nous ont donné ce chef d'œuvre intemporel qui a maintenant 50 ans et qui a conservé toute la jeunesse de la planète sauvage. A voir et revoir dès que c'est possible dans une salle de cinéma ou avec le livre et le DVD paru pour les 50 ans de cette planète. On peut voir une bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=ZkIAkDsiUoo Notes : (1) Je n'ai pas (encore) trouvé de générique complet de ces films mais le lien suivant mentionne Josef Kabrt comme animateur https://mubi.com/fr/cast/josef-kabrt (2) voir Genèse du festival d'Annecy 3e partie : Des journées internationales pour le cinéma d'animation par Clément Martin - https://www.gamca.info/post/genèse-du-festival-d-annecy-3-des-journées-internationales-pour-le-cinéma-d-animation (3) A partir de 1960, les Journées Internationales du Cinéma d'Animation se tiendront à Annecy. (4) L'année Trnka par André Martin dans Paris Prague no 9 p3 (5) Information à confirmer. (6) Alain Goraguer, mort d’un compositeur discret par Thierry Jousse Publié le 15 février 2023 https://www.lesinrocks.com/musique/alain-goraguer-mort-dun-compositeur-discret-538319-15-02-2023/ (7) La place d'un "septième arts bis" au sein du service de la recherche : Martin et Boschet deux hermès de l'animation par Amandine Bertin dans Des Mondes possibles - Le service de la recherche de la télévision française et le cinéma d'animation. INA Editions 2022 sous la direction de Sébastien Denis Pour en savoir plus : L'Odyssée de "La Planète sauvage" - Xavier Kawa-Topor, Fabrice Blin - Capricci Les sons de la science-fiction dans La Planète sauvage de René Laloux (1973) - Aurélie Huz Dans Sociétés & Représentations 2020/1 (N° 49), pages 211 à 219 Éditions Éditions de la Sorbonne "René Laloux, Le Maître du genre" - par Xavier Kawa-Topor dans la revue Blink Blank no 5. "La Planète sauvage", comment ce film de science-fiction français a révolutionné le cinéma d'animation ? par Yann Lagarde avec intervention filmée de Xavier Kawa-Topor. https://www.radiofrance.fr/franceculture/la-planete-sauvage-comment-ce-film-de-science-fiction-francais-a-revolutionne-le-cinema-d-animation-2815329 Passé, Présent, Futur - La science-fiction dans les films d'animation du Service de la Recherche par Sébastien Denis p127-137 dans Des Mondes possibles - Le service de la recherche de la télévision française et le cinéma d'animation. INA Editions 2022 sous la direction de Sébastien Denis #laplanetesauvage #renelaloux #josefkabrt #rolandtopor #alaingoraguer #carrefourducinemadanimation #forumdesimages #gamca
- 66 - Herbe verte : Le chemin du cri
Rouge, la jeune femme héroïne du film - Image https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Le 20e carrefour du cinéma d'animation s'est déroulé du 22 au 28 novembre au forum des images. La compétition court-métrage pro nous a de nouveau révélé de belles découvertes dont le tourbillonnant "l'herbe verte" d'Elise Augarten. Herbe verte réalisation Elise Augarten France 12 mn Scénariste : Élise Augarten Animation : Élise Augarten et Valentine Delqueux Montage : Marthe Poumeyrol Montage son : Carlos Abreu Décors : Élise Augarten Auteur de la musique : Carlos Abreu Bruitage : Miguel Gonçalves Etalonnage : Andreia Bertini Mixage : Carlos Abreu Producteur délégué : Marc Faye Producteur étranger : Bruno Caetano Producteur exécutif : Marc Faye Coproducteur : Philippe Aussel Directeur de la photo : Guillaume Hoenig Directeurs de production : Marc Faye , Magali Hériat , Susana Miguel António , Bruno Caetano La réalisatrice Elise Augarten - Image https://www.unifrance.org/annuaires/personne/431533/elise-augarten Ce court-métrage a été développé avec Novanima Production, le soutien de la région Nouvelle-Aquitaine, il a aussi bénéficié de la Résidence francophone d'écriture pour le cinéma d'animation à Meknès grâce à la NEF Animation et le FICAM en 2019. Rouge, notre héroïne, prend le train pour retourner dans la maison de ses vacances quand elle était enfant. Les paysages défilent, maisons et végétations se succèdent et nous captivent pour nous plonger dans le monde intérieur de Rouge. Quoi de plus intime que les souvenirs retenus dans notre mémoire avec ses joies, ses angoisses, ses tristesses. Rouge s'immerge dans son enfance pour se retrouver. Les paysages défilent à la fenêtre du train déformé par la vitesse. Ils nous emmènent dans les rêveries et les souvenirs de Rouge. - Image https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Les techniques utilisées mêlant fusain sur papier, pastels gras et images réelles permettent à la réalisatrice de nous promener entre le réel et le dessin. Elle joue ainsi à un premier niveau entre le réel et les égarements songeurs de son héroïne. A un deuxième niveau, des variations d'images figuratives et abstraites reliées ou non au récit nous plongent dans le tourbillon intérieur où Rouge retrouve son enfance et des souvenirs perturbants qui nous mènerons aux pleurs et au cri. Enfin un jeu graphique réussi nous fait naviguer entre des sensations sombres et inquiétantes, des projections oniriques et les décors de ce train qui porte le message (1). Immergé dans ce cheminement intérieur, chacun pourra y projeter son interprétation, les douleurs, frustrations et angoisses de son enfance avant de rejoindre cette maison au milieu de l'herbe verte. Des images impressionnistes frôlant l'abstraction. - Image https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Où le réel se confond avec le monde des souvenirs d'enfances dans un tourbillon onirique. Image : https://colaanimation.com/herbe-verte-by-elise-augarten-in-production/ Le cinéma d'animation a cette faculté de vous projeter dans les sensations profondes d'un être humain, sensations qui, si vous essayer les décrire, relèvent plus de l'abstraction que de la description d'un réel. Elise Augarten nous en fait avec son film une démonstration remarquable en nous proposant ce chemin du cri. On peut voir la bande-annonce du film sur https://vimeo.com/774334597 (1) Petite interprétation sociologique, inspirée des travaux de Marshall McLuhan durant les années 60 pour qui le médium (ici le train) est le message (ici se plongeon dans l'enfance). :-)
- 67 - Le Piaff 2024 arrive bientôt !
Image https://www.facebook.com/PIAFF.France/?locale=fr_FR Vous piaffez d'impatience ? Tenez bon ! La 16e édition du "Paris International Animation Film Festival" débute le 16 janvier au studio des Ursulines à Paris. Le studio de Ursulines vous attend ! - Photo Clément Martin L'équipe du Piaff nous a préparé une fois de plus un programme aussi varié qu'étonnant de courts métrages d'animation. Alexis Hunot, le directeur artistique du festival, a dû faire des sacrifices pour sélectionner les films des programmes Courts, Etudes, Musique et Horizon tant les films intéressants étaient nombreux. Marie-Pauline Mollaret, présidente du Piaff, nous proposera de son côté deux séances de films expérimentaux et la compétition jeunesse. Le programme est disponible sur https://www.facebook.com/PIAFF.France/?locale=fr_FR Au-delà des trésors qu'on va pouvoir découvrir, on pourra rencontrer de nombreux réalisateurs qui viendront présenter et nous parler de leurs films. Vous pourrez voter pour les prix du public après chaque séance. l'équipe du piaff avec Antoine Bieber le graphiste de l'affiche et de la bande d'introduction des séances du festival, Alexis Hunot le directeur artistique et Anne Ory la directrice avec l'urne de votes dépouillée après chaque séance - photo Clément Martin Il y aura bien sûr quelques surprises et les "after" débridés où l'on discute à bâton rompu de cinéma d'animation. Le réalisateur canadien Steven Woloshen, le critique Francis Gavelle, la réalisatrice Florentine Grelier et la présidente du Piaff Marie-Pauline Mollaret en grandes discussions post-projection. Photo Clément Martin Alors rendez-vous le mardi 16 janvier à 19 h 00 pour la soirée d'ouverture et le début d'un festival festif. La preuve, il y a même un champagne qui s'appelle Piaff ! :-) Image https://champagnepiaff.com/products/piaff-brut-nv GAMCA reviendra bien sûr sur les films qui seront projetés très prochainement ! #piaff #studiodesursulines #gamca
- 68 - Soirée d'ouverture du Piaff, c'est le 16 Janvier !
Portrait de famille de la réalisatrice croate Lea Vidakovic, un hommage à Johannes Vermeer ? Image : https://www.facebook.com/photo/?fbid=832345228691831&set=pcb.832345335358487 Le Piaff a lieu au studio des Ursulines à partir de mardi 16 janvier et nous offre encore cette année un programme de courts métrages d'animation remarquable. Voir https://www.gamca.info/post/le-piaff-2024-arrive-bientôt pour se rappeler pourquoi il ne faut pas manquer les séances du PIAFF. Au programme de la soirée d'ouverture mardi 16 janvier : Femme ( ژن) - de Gilnaz Arzpeyma et Arash Akhgari ... à découvrir ! L'expérimental "Que nos corps traversent" de Geneviève Bélanger Genest Canada 2022 qui va glisser et ... nous glacer. Herbe verte de Élise Augarten - France nous proposera le chemin intérieur d'un cri. Image : https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Lire l'article de Gamca et regarder la bande annonce sur : https://www.gamca.info/post/l-herbe-verte-des-souvenirs-et-un-cri Le très attendu "Bien mieux" (Daug Geresnis) de la réalisatrice lituanienne Skirmanta Jakaitė qui nous avait déjà happé dans un court-métrage "kafkaïen" avec Le Jongleur en 2018. Avec "Coming out autistic" , Steven Fraser porte la parole de la communauté LGBTQ+ et de l'autisme. Voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=SWDBA0QXgNw Les Marrons glacés - Delphine Hermans & Michel Vandam abordera avec humour le thème du vieillissement et de la perte de mémoire. Voir la bane annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=jjQklz0Xw-4 Rosemary A.D. ( After Dad) de Ethan Barret un court métrage coloré sur la paternité. voir la bande annonce sur : https://www.youtube.com/watch?v=2tCHtsAiJ1E Suivra un "Portrait de famille" de la réalisatrice croate Lea Vidakovic, un hommage à Johannes Vermeer ? Image : https://www.facebook.com/photo/?fbid=832345228691831&set=pcb.832345335358487 On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=CPLoEu0eufY On terminera par le sombre Marioupol, cent nuits - Sofiia Melnyk sur la folie infernale de la guerre en Ukraine. Image https: //www.facebook.com/photo/?fbid=832345128691841&set=pcb.832345335358487 On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=7YlUT11Vh8E Alors ne manquez pas cette belle séance ! à Mardi ! #piaff #studiodesursulines #gamca
- 69 - Piaff Jour 2 : Vive les courts !
Le Moine Seishin (Monk Seishin)de Ryotaro Miyajima Image https://www.facebook.com/photo/?fbid=832538915339129&set=pcb.832539468672407 Marie-Pauline Mollaret et Alexis Hunot ont procédé à l'ouverture du festival hier ! A nous les courts métrages d'animation du monde entier ! Marie-Pauline Mollaret et Alexis Hunot ouvrent le festival. Photo Clément Martin Après une belle séance de projections, avec sous-titres bilingues Français-anglais s'il vous plaît, Elise Augarten, la réalisatrice de "herbe verte", nous a parlé de son film et du chemin intérieur qu'il porte. Elise Augarten nous parle de son film - Photo Clément Martin En fin de séance un "after" au coin de la rue des Ursulines ... avec un curieux serveur ... Le directeur artistique du festival s'est improvisé serveur ! - photo Clément Martin Pour ceux qui n'ont pas pu venir ils peuvent se rattraper avec deux séances aujourd'hui : Court-Métrage pro no 2 à 19 h 00 et Horizon no 1 à 21 h 00 Pour la deuxième séance de la compétition courts métrages pro du PIAFF 2024 au studio des Ursulines, l'équipe du festival nous propose un beau programme. Le Moine Seishin (Monk Seishin)- Ryotaro Miyajima- Japon ... Le plaisir de l'encre animée. Image https://www.animajifestival.com/monk-seishin Le Maître des marécages - Sasha Svirsky - Allemagne Hâte de voir ce nouveau court-métrage de Sasha Svirsky qui nous avait régalé avec le débridé, coloré et décalé " My Galactic Twin Galaction" . Pour en savoir plus sur Sasha Svirsky voir son site https://www.sashasvirsky.ru Image https://mubi.com/en/fr/films/the-master-of-the-swamps Le Sexe de ma mère - Francis Canitrot Vous pouvez enfin voir le sexe de ma mère ! Ne pas manquer ce film sur une mère âgée et la dépendance vis à vis de son fils dans un film cru qui a de quoi épuiser tout un bus de psychanalystes avant de les raccompagner dans les bonnes convenances de l'Art grâce à un final surréaliste. Image : Eli Court-Métrage d'animation dans ELI-20729.pdf par Francis Canitrot Gamca vous en dit plus dans " Pourquoi il faut voir le sexe de ma mère" sur : https://www.gamca.info/post/pourquoi-il-faut-voir-le-sexe-de-ma-m%C3%A8re La Saison pourpre – Clémence Bouchereau Un chant silencieux sur la puberté réalisé sur l'écran d'épingle de Claire Parker et Alexandre Alexeieff. Le film a obtenu le prix André Martin pour un court-métrage d'animation à Annecy en juin dernier. Il est en compétition pour le césar 2024 du court-métrage d'animation. Gamca vous en dit plus sur avec "Annecy 2023 : Prix André-Martin pour un court-métrage français ... on va se régaler ! 1er partie" : https://www.gamca.info/post/annecy-2023-prix-andré-martin-pour-un-court-métrage-français-on-va-se-régaler-1er-partie L'appétissant "Comezainas" de Mafalda Salgueiro suivra. Vous pouvez voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=y3aopSUUjp0` Avec "Aaaah !" de Osman Cerfon vous pourrez même hurler d'un rire puéril si vous en avez envie ! Voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=V6i4UqXa3M0 Les Rêves de Kato (კატოს სიზმრები) - Tsotne Rusishvili - Géorgie à découvrir. "Eté 96" de Mathilde Bédouet suivra avec un joli souvenir coloré de vacances bretonnes avec quelques ennuis qu'on ne souhaite à personne mais qui arrivent. Vous pouvez voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Q7lqy-QCDgE On terminera bien sûr par une chute ! avec Le Cactus (O cacto) du brésilien Ricardo Kump On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=_7BoT3VzQdY Rendez-vous le mercredi 17 janvier au studio des Ursulines à 19 h 00 pour une belle séance de courts métrages comme on les aime ! #Piaff #studiodesursulines #gamca
- 25 - Le Festival d'Annecy a 60 ans : conservateur, dirigeants et docteurs, l'examinent !
Yael Ben Nun, Cécile Noesser, Stéphanie Emmanuelle Louis, Dominique Puthod, Mickaël Marin pendant la conférence. - Photographie Clément Martin Conférence 60 ans d'animation à Annecy Covid 19 oblige, cette conférence prévue pour 2020 s’est tenue finalement le jeudi 28 octobre 2021 au Musée du Château d’Annecy. les intervenants Yael Ben Nun : Responsable des collections de cinéma d'animation au Musée-Château d'Annecy, Cécile Noesser : Docteur en sociologie, Auteur de " La résistible ascension du cinéma d'animation - Socio-genèse d'un cinéma-bis en France (1950-2010)." On peut se procurer le livre sur : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_resistible_ascension_du_cinema_d_animation_socio_genese_d_un_cinema_bis_en_france_1950_2010_cecile_noesser-9782343090337-50893.html Stéphanie Emmanuelle Louis : Docteur en histoire contemporaine. Auteur de "La cinémathèque-musée une innovation cinéphile au cœur de la patrimonialisation du cinéma en France (1944-1968)" On peut se procurer le livre sur : https://www.lalibrairie.com/livres/la-cinematheque-musee--une-innovation-cinephile-au-coeur-de-la-patrimonialisation-du-cinema-en-france--1944-1968-_0-6593298_9782370290236.html · · Dominique Puthod : Président du festival d’Annecy, Auteur de "Le Festival international du film d'animation 50 ans d'une histoire animée. Le livre semble épuisé mais il existe des exemplaires d'occasion sur : https://livre.fnac.com/a8986616/Dominique-Puthod-Le-Festival-international-du-film-d-animation · Mickaël Marin : Directeur du Festival d’Annecy. Cette belle ville d'Annecy Avant tout, il faut savoir que pour se rendre à cette conférence, il fallait venir à Annecy ! Revoir et se délecter de cette si belle ville qui accueille le cinéma d'animation depuis 61 ans. Comme il ne faut pas arriver en retard à la conférence, on arrive en avance et on peut prendre un peu de temps et déambuler dans cette ville magnifique. Deux personnages clefs Cette conférence a été forcément dense car elle avait pour objectif de présenter dans un format de deux heures les moments clefs de l’animation à Annecy, les installations d’exposition et les actions actuelles pour le développement du Festival. Cécile Noesser nous parle d’abord de deux personnages clefs de cette histoire André Martin et Michel Boschet et nous présente un extrait de l’émission « Le 7e Art Bis » de Michel Boschet et André Martin réalisé en 1961 par Jacques Manceau. Cette émission en deux parties de 27 et 24 minutes illustraient les différentes techniques d'animation avec tout l'humour et l'enthousiasme de Michel Boschet et André Martin, ces deux "hérauts" du cinéma d'animation. L'extrait présenté nous montre MB et AM en ouvreurs de salle de cinéma présentant la séance tout en accueillant les spectateurs. Ce film est extrêmement précieux car il nous montre tout l'esprit "forain" des "Journées du cinéma" où MB et AM y assurait un spectacle apprécié du public. Ces deux pionniers militants du Cinéma d'Animation occupaient tous les rôles à l'origine au travers de leurs réalisations, articles, expositions, présentations animées et des festival qu'ils ont créés et fait vivre comme les journées du Cinéma, le festival de courts-métrages de Tours, les Journées Internationales du Cinéma d'Animation et ... le festival d'Annecy ! Image INA : André Martin et Michel Boschet démontrant le modèle burlesque du mouvement de deux personnages évoluant dans des rythmes en opposition sur une musique militaire dans le 7e Art Bis. Photo collection Geneviève et André Martin : Coupure du presse du Dauphiné Libéré, le 14 décembre 1954 sur les Journées du Cinéma à Valence. Ces deux bordelais fréquentent assidûment les ciné-clubs bordelais durant les années 45-49 et démarrent leur carrière dans la publicité et la presse bodelaise locale : voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-gen%C3%A8se-d-annecy-1-des-cin%C3%A9-clubs-et-des-bordelais En 1950, André Martin et Michel Boschet, montent à Paris et continuent à fréquenter avec passion la vingtaine de ciné-clubs parisiens. AM est vite reconnu comme un des orateurs des débats post-projection. Il y défend l'animation considérée comme un sous-produit dans les ciné-clubs. C’est lors de ces séances que MB et AM font la connaissance d'un autre passionné du cinéma, Pierre Barbin, qui anime le ciné-club de Versailles depuis 1945; Il reconnait en AM le présentateur idéal pour animer les séances de ciné-club du mardi dans l'un des cinémas de Charles Edeline. Le politique, le créatif et théoricien Image collection Geneviève et André Martin : extraite de Oust-France : "Les journées du Cinéma de Nantes vous proposent un exceptionnel weekend de cinéma". Probablement 1955. En 1950 se forme la Fédération Centrale des Ciné-Clubs qui née d'une scission avec la FFCC. Le premier président est Abel Gance et le président d'honneur Jean Cocteau. Pierre Barbin actif dans cette création, en est le premier secrétaire. Michel Boschet et André Martin adhèrent à cette nouvelle fédération. Le 5 Janvier 1951, André Martin, Michel Boschet, Pierre Barbin, membres actifs de la nouvelle Fédération Centrale des Ciné-Clubs, envisagent l'organisation de manifestations d'un type nouveau, les" Journées Du Cinéma". Il s'agissait d'atteindre ponctuellement l'ensemble du public d'une ville en restituant au Cinéma une couleur et un attrait que des années d'habitudes lui avait fait perdre. Il fallait pour cela un esprit forain et spectaculaire pour captiver un large public. Le 14 Novembre 1951 l'Association "Les Journées du Cinéma » est créée par André Martin, Michel Boschet, Pierre et Gisèle Barbin. Fort de la notoriété grandissante des manifestations organisées par le ciné-club de Versailles, l'activité de ces trois passionnés se structure. Si on schématise le rôle de chacun : Pierre Barbin est le politique qui organise et cherche à développer l'activité en s'appuyant sur les qualités de ses deux plus jeunes équipiers, Michel Boschet le créatif qui dessine, réalise, illustre, organise les expositions, André Martin est le théoricien qui structure et porte le discours de propagande en faveur du cinéma. Les journées du cinéma qui se déroulent dans un premier temps à Versailles connaissent un grand succès et se déploient progressivement dans les villes de province. voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-gen%C3%A8se-d-annecy-2-des-journ%C3%A9es-pour-le-cin%C3%A9ma L'équipe anime les journées dans de nombreuses tournées dans des villes de province dont Annecy en 1955. Annecy a à l'époque un des ciné-clubs les plus important de France. On y projette des films à la rencontre d'un public populaire dans toute la ville à l'aide d'une camionnette qui sert de moyen de projections itinérant. On projette des films McLaren à la sortie des usines, Alexandre Nevski au pied des murailles. Photographie Musée d'Annecy : 1955 Journées du cinéma Annecy - projection du « Petit Soldat » (1947) de Paul Grimault. François Truffaut résume en 1954, dans la revue Arts, l'influence des journées du cinéma sur la fréquentation des salles de cinéma : « Où passe la jeune équipe de ces journées, l’herbe ne repousse plus entre les rangées de fauteuils. » Forte du succès des journées du cinéma, l'équipe présente à Cannes en 1955 une exposition en hommage aux pionniers du cinéma d'animation qui situe les origines du cinéma en 1892 avec les pantomimes lumineuses d'Emile Reynaud ... Un clin d'œil alors que Cannes fête en grande pompe les 50 ans du cinématographe anniversaire de "la sortie des usines Lumières" qui date de ... 1895. L'exposition est un succès, elle fait découvrir l'histoire méconnue de ces pionniers au public cinéphile du festival. L'équipe des journées revient l'année suivante à Cannes. Les débuts de l'internationalisation du Cinéma d'Animation. En 1956, l'équipe des journées du cinéma qui s'est agrandi avec l'arrivée d'un copain de régiment de Michel Boschet, Raymond Maillet ainsi que d'Edouard et Fabienne Chamard présente à Cannes les premières "Journées Internationales du Cinéma d'Animation". Ces premières JICA permettent une première rencontre des acteurs du cinéma d'animation de qui se découvre avec plaisir et étonnement. Les patrons du ciné-club d'Annecy, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister à cette 1ère édition des Jica en marge du festival de Cannes. André Martin dans un compte-rendu de ces premières JICA dans les cahiers du cinéma no 60 écrit : "Jusqu’à présent les rencontres entre réalisateurs de différents pays ne pouvaient être qu’accidentelles, privées et unitaires, survenues à l’occasion de voyages entrepris pour d’autres films. Ces premières journées internationales du cinéma d’animation ont marqué la fin de ces contacts accidentels et préparé des relations permanentes ». Photographie collection Geneviève et André Martin : Atamanov - Imanov Vano - Karl Zeman - Jiri Trnka - Eduard Hoffman - Paul Grimault - Alexandre Alexeieff - Claire Parker - Henri Grule - Pierre Barbin - André Martin- Jean Jabely - La femme qui tend le micro restera-t-elle inconnue ? Pour plus d'informations sur les Journées Internationales du Cinéma voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/gen%C3%A8se-du-festival-d-annecy-3-des-journ%C3%A9es-internationales-pour-le-cin%C3%A9ma-d-animation L'industrie du cinéma d'animation française de l'époque Stéphanie Louis nous a dressé un panorama de l'animation française de l'époque qui se caractérisait par son caractère artisanal et une faiblesse structurelle. Des années 50 aux années 80 seuls deux studios aux prétentions industrielles verront le jour pour ensuite disparaître le studio des gémeaux de Paul Grimault et les studios Idefix. Le 19 janvier 1957, suite au premières JICA, l’idée de promouvoir l'animation française dans le cadre d'une association a germée dans un groupe d’animateurs et de promoteurs du cinéma d’animation français réunissant entre autres : Alexandre Alexeïeff, Arcady, Berthold Bartosch, Omer Boucquey, Paul Grimault, Henri Gruel, Jean Image, Raymond Maillet, Pierre Barbin, de créer l'Association des Artistes et des Amis du Cinéma d'Animation. Cette association a pour objectif d’unir et de coordonner les acteurs de l’animation française et d’organiser les soutiens pour mieux développer l’animation dans sa dimension créative et innovante. Le cinéma d'animation français se structure et cette nouvelle association vient compléter le dispositif de l'AFDC qui continue ses actions avec les journées du cinéma, le festival de Tours et les JICA. l'ACA deviendra l’AFCA en 1971. Documents Collection Geneviève et André Martin : Premier bulletin de l'ACA Couverture en septembre 1958. Si la profession se structure, la réalisation de films d'animations en France reste artisanale avec de petites unités qui apparaissent de 1951 à 1970. : Les Cinéastes Associés (Jacques Forgeot, 1953) accueillent les plus grands animateurs français, voire européens : Alexandre Alexeïeff, Etienne Raïk, le trio Bettiol-Lonatti-Bettiol... Les autres structures marquantes de cette période sont : les Films Jean Image (1937), le studio Albert Champeaux (1952), les Films Paul Grimault (1953), la Comète (André Sarrut, 1953), la Société Française de Production (1957), les Films Martin Boschet (1959), Magic Film (1960, Julien Pappé), le Service de la recherche de l’ORTF (1960). Cinémation (1964 Manuel Otéro), AAA (1973, Jacques Rouxel), Bélokapi (1968), IDDH (1977). Voir https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/4101532-1829-Une-petite-histoire-du-cinema-d-Animation.pdf ) Expositions et conservation des œuvres Le patrimoine cinématographique a été conservé jusque dans les années 60 par des initiatives individuelles. Henri Langlois qui depuis 1936 compile, rattrape, sauve de nombreuses œuvres et éléments historique est le premier a créer un musée permanent. Les journées du cinéma en construisant de nombreuses expositions ont contribué ont permis une prise de conscience du patrimoine du cinéma d'Animation sans pour autant construire une structure permanente pour l'exposition de ce patrimoine. A partir de la fin des années 50 de nouvelles organisations se créent dans le prolongement des journées du Cinéma et des JICA. En 1960, L'ASIFA est créée lorsque quelques grands réalisateurs de films d’animation du monde entier se réunirent au Festival d’Annecy pour créer une association internationale du film d’animation. Parmi eux : Norman McLaren (Canada), John Hubley (Etats-Unis), Ivan Ivanov-Vano (URSS) et Paul Grimault (France). Les JICA et l'ACA constituent progressivement des collections sur le Cinéma d'Animation. En 1967 Raymond Maillet organise une rétrospective mondiale du cinéma d'Animation à la demande de la cinémathèque canadienne. En 1971 l'Association Française du Cinéma d'Animation est créée présidée par Paul Grimault. Raymond Maillet en est le délégué général. Annecy, met en place en 2005 une structure permanente d'exposition et de conservation des œuvres en crénant le Musée du film d’animation qui s’appelait initialement Citia Expo. Au mois de janvier 2015, l’AFCA a procédé au dépôt dans les collections des Musées de l’agglomération d’Annecy de l’ensemble de ses documents originaux. L’AFCA dispose en effet d’une collection entièrement dédiée au cinéma d’animation depuis les années 1930. C’est un fonds unique en son genre dans le domaine, dont la plupart des éléments ont été rassemblés par Raymond Maillet. Création du Festival d'Annecy Lors des Journées du Cinéma à Annecy en 1955, les patrons du ciné-club, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister aux éditions des Jica en marge du "grand" festival. Suite aux deuxièmes Journées Internationales du Cinéma d'Animation, l'AFDC envisage de déplacer les journées dans une autre ville que Cannes afin de mieux promouvoir l'évènement. Annecy avec son lac, ses montagnes, ses canaux et son activité touristique, offre un cadre agréable et les infrastructures hôtelières nécessaires pour recevoir les participants. La proximité de l'aéroport de Genève permet de répondre au caractère international de la manifestation. Son activité cinéphilique intense avec son ciné-club, la présence et l'implication d'Henry Moret et Georges Gondran complète le cocktail initial qui va permettre à ce projet de se concrétiser. Cette vue du casino d'Annecy qui peut accueillir les manifestations ne parle-t-elle pas d'elle même ? En novembre 1958, Pierre Barbin et Jacques Flaud, directeur du CNC, proposent officiellement à Annecy d'accueillir les 3e JICA pour ainsi devenir "la terre d'accueil du cinéma d'animation". Il faut convaincre la municipalité d'accueillir cet évènement et il faut trouver les financements. L'époque pionnière et intuitive des journées s'efface progressivement pour laisser place à une organisation nécessairement plus structurée. Henri Moret et Georges Gondran, qui ont déjà beaucoup œuvré pour que ce projet, ont dû convaincre la municipalité et son député-maire Charles Bosson. La ville d'Annecy était motivée par un événement nouveau qui la démarque de ses rivales hydrothermales. Mais le budget de cette manifestation était très important pour une ville de 30 000 habitants. Grâce à l'énergie du député maire, des équipes qui montent l'évènement et grâce à l'appui du Ministère des affaires culturelles, du CNC et du Ministère des affaire étrangères, le budget sera bouclé. Charles Bosson sera partie prenante du projet. Ces 3e JICA seront un succès et se tiendront tous les deux ans. Documents Collection Geneviève et André Martin : Première page du no 5 d'"Annecy 1960" consacré au palmarès. Pour plus d'informations sur le premier festival d'Annecy voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/gen%C3%A8se-du-festival-d-annecy-3-des-journ%C3%A9es-internationales-pour-le-cin%C3%A9ma-d-animation Interruption du Festival En 1968, Pierre Barbin quitte la direction du festival d'Annecy pour prendre la direction artistique et technique de la Cinémathèque Française suite à l'évincement d'Henri Langlois à qui on doit la constitution de ce patrimoine : "Non à la barbinthèque ! ". Ce changement suscite un tollé dans le monde du cinéma et Henri Langlois est finalement réintégré. Image collection Geneviève et André Martin: Couverture des Cahiers du cinéma no 199 "l'affaire Henri Langlois". Le départ de Pierre Barbin du festival d'Annecy provoque une interruption du festival d'Annecy de 1968 à 1971. Grâce à l'engagement du sénateur-maire Charles Bosson, des réalisateurs et du ciné-club que le retour du Festival est possible. C'est Raymond Maillet, le bras droit de Pierre Barbin, qui lui succède à la direction des Jica. Passionné d’animation, il possède une connaissance exceptionnelle des films et des auteurs. Jusqu’en 1975, le Festival va connaître une hausse de participation, qu'il s'agisse des professionnels présents, des abonnés ou des spectateurs. Au cours de cette période, la dimension patrimoniale est particulièrement mise en évidence avec des expositions régulières au Musée-Château. Mais la courbe de la fréquentation s’inverse dès 1977. Le schisme A partir de 1977 différents courants mettent en cause la direction du festival : Sélection des films par des comités composés uniquement de français, Remise en cause des anciens par des plus jeunes, Rejet des images animées par ordinateur, Volonté de décentralisation alors que le secrétariat des JICA est à Paris, volonté renforcée par la politique de décentralisation à partir de 1981. Il y eu notamment une conférence de presse houleuse où Michel Boschet, Michel Roudevitch, André Martin et Raymond Maillet furent pris à partie par la jeune génération sur la sélection du Festival. (J'ai le verbatim de cette réunion mais ... il faut que je le retrouve ! Et oui je n'ai pas fini le travail de classement fin. :-) En attendant de retrouver ce précieux document voici un extrait de l'article de Thierry Steff au sujet d'une polémique née de la non sélection d'un film chilien dans http://annecymemory.blogspot.com/2012/08/1977-conference-de-presse-houleuse.html : "La guillotine n'est pas montée sur le Pâquier mais l'ambiance est là, faute d'explications rationnelles sur ce refus des têtes doivent tomber. Dans les plus "critiques", Il y a quelques membres de l'équipe du fanzine Fantasmagorie (première publication en France sur le dessin animé dans laquelle Jean-Pierre Jeunet y rédige d'excellentes chroniques avec ses amis Phil Casoar, Marc Caro, etc.) dont André Igual n'est pas en manque d'arguments. Dire que tous les noms d'oiseaux y sont passés durant cet échange houleux dans une salle du Casino serait presqu'un euphémisme. Sur la scène Michel et André n'y tenant plus, en sueur, se défendent comme des diables, presque menaçant, sortis de leurs gonds ils répondent mot pour mot avec une rare énergie. Tout le monde est excité, l'atmosphère est électrique. Rarement une conférence de presse aura suscité autant de réactions (quel temps béni). L'important, c'est que tout le monde a échangé et donné son avis sur la question, même ceux qui n'avaient pas vu le film d'ailleurs… Peu importe la mauvaise foi, Chacun y est allé sur ce "Jury suppo de l'impérialisme dominant" (j'y vais fort, c'est vrai, mais la situation était tellement risible) devait rendre compte devant le peuple présent.". Je me souviens d'un passage de cette retranscription où André Martin essaie en vain d'expliquer le critère instrumental dans la sélection d'un film. Pour André Martin, le sujet n'était pas suffisant pour justifier la sélection d'un film, la dimension esthétique, les techniques et les instruments permettant la "synthèse" du mouvement et "le contrôle opérationnel de l'œuvre" étaient pour lui des critères essentiels. André Martin revenu du Canada en 1977 pour rejoindre le Groupe de recherche Image de l'INA, cultive le paradoxe d'être à la fois un de ces "pionniers conservateurs" des JICA et un promoteur visionnaire et prospectif de l'Animation par ordinateur rejeté alors par le milieu du cinéma d'animation. Il organise cette même année en "Festival off" (une première !), au cinéma Vox, une conférence-démonstration époustouflante sur l'avenir des images animées par ordinateur. Des débats et des polémiques animés, voir féroces, entre les "Annéciens", le "secrétariat parisien" et les réalisateurs se font de plus en plus fréquents avec une multiplication des controverses qui aboutit à un schisme lorsque le CNC tranche en faveur d'Annecy. En 1982 Raymond Maillet doit abandonner la direction du Festival et l'équipe parisienne est évincée. On assiste alors à une séparation douloureuse : le secrétariat permanent est transféré de Paris à Annecy, un comité de sélection international est mis en place, un clivage au sein se créé de la profession devant une "municipalisation" du festival, l'AFCA se retire complètement et coupe les ponts avec les nouveaux organisateurs les laissant seuls avec une page blanche à écrire sans documentation, fichiers et sans archives, Raymond Maillet et l'AFCA créent le festival national d'animation à Marly le roi et qui se tient aujourd'hui à Rennes. André Martin, toujours en avance, organise une manifestation sur les "nouvelles images" au Forum International sur la télévision de Monte-Carlo en 1981 qui deviendra à partir de 1982 le forum sur les "nouvelles images". Si aujourd'hui il subsiste encore des aigreurs et des ressentis de cette séparation trop brutale, il faut tout de même noter qu'elles se sont atténuées avec le temps, que le festival d'Annecy s'est considérablement développé à l'international, que le festival National de Rennes continue assurer la promotion du cinéma d'Animation Français. On ne peut pas éviter quelques "compètes" ici ou là, mais la promotion du cinéma d'Animation ne reste-t-elle pas l'essentiel ? Il ne faut cependant pas oublier le rôle majeur qu'a joué Raymond Maillet en tant qu'historien du cinéma d'Animation, conservateur et archiviste et lui rendre cet hommage. Cécile Noesser évoque un "Henri Langlois du cinéma d'Animation" . (voir : https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/4101532-1829-Une-petite-histoire-du-cinema-d-Animation.pdf) . Photographie du regretté André Gobeli, mémoire photographie du Festival d'Annecy, qui nous quitté en 2020. Raymond maillet (à droite partageant les origines du cinéma d'Animation). Développement du festival d'Annecy Dominique Puthod nous relate les débuts de la nouvelle équipe dans un contexte ou la presse française soutient plutôt Raymond Maillet et les réalisateurs internationaux, la nouvelle équipe d'Annecy. Un comité de sélection international est créé jusqu'en 1982. Le festival se développe : en 1980, la sélection se faisait à partir de 400 films en 1997 à partir de 1 500 films et aujourd'hui 3 000 films. En 1985, la première édition du Marché international du film d'animation (Mifa) est ainsi coorganisée par le Cica et l'agence Octet. Pour Jack Lang, Ministre de la culture de l'époque, ce marché "répond à la nécessité d’envisager aujourd’hui l’évolution de ce secteur dans son ensemble et plus particulièrement dans ses aspects économiques". Pour le Cica, ce marché doit permettre aux films présentés en sélection officielle de trouver plus facilement un distributeur. Les politiques publiques mises en œuvre dans les années 80 ont ainsi créé un environnement favorable pour l’animation française et favorisé l’émergence d’un secteur économique national. Le ministre de la Culture nommé en 1981, Jack Lang, donne une véritable chance au développement de la manifestation avec la promotion des "nouvelles images" et la mise en place du "Plan Image". Photographie : https://www.annecy.org/actualites:a2472 En 1997 le festival d'Annecy est annualisé ce qui permet à celui-ci d'avoir plus facilement une équipe permanente. En 2006, la fusion d’associations qui administraient le festival permet la création de CITIA, Image & industries créatives, avec un statut d’établissement public de coopération culturelle (EPCC). Un gros parmi les petits ou un petit parmi les gros ? Pour finir cette conférence très dense, Mickaël Marin nous a présenté les enjeux pour le festival dans les années à venir. Le festival d'Annecy est "le plus grand festival d'animation" dans le monde mais également un "petit festival" vis à vis des grands festivals de Cinéma. Les Combats et les défis d'hier sont toujours présents aujourd'hui et l'équipe du festival a conservé l'esprit des militants des origines. Le festival a dû et doit faire face aux défis actuels qu'ils soient sanitaires, climatiques ou à la concurrence d'autres festivals. Pour conserver sa place le festival doit continuer à faire le grand écart entre un festival international et des manifestations locales. Il doit continuer à aller au-devant du public en développant les manifestations destinées au grand public : L’Hivernal Festival est de retour pour une deuxième édition, dans les salles de cinéma d'Annecy (commune nouvelle) et de Haute-Savoie, du 2 au 5 décembre 2021. CITIA étudie des possibilités d'atteindre plus le grand public pendant le Festival en Juin et tout au long de l'année. Un grand projet est en préparation au Haras d'Annecy où sont déjà présentées des séances en pleine air pendant le festival ainsi que des expositions temporaires.. La cité du cinéma d'animation Image : https://actu.hautesavoie.fr/explorez-actu/le-haras-dannecy-accueillera-la-cite-du-cinema-danimation Destinée au grand public, cette Cité du cinéma d’animation va permettre à tous les habitants, les scolaires et les jeunes, ainsi qu’à tous les visiteurs de la ville, d’accéder à des activités et des évènements autour du film d’animation et de l’éducation à l’image. Cette Cité sera un lieu d’échanges, de visites, de découvertes, d'immersion avec : une exposition permanente pilotée par le Musée-Château qui possède aujourd’hui une belle collection dédiée au cinéma d’animation), des expositions temporaires, un espace de médiation, et d’éducation à l’image, une salle de projection et de conférences, une résidence d’artistes. source : https://www.annecy.fr/220-le-haras.htm Voilà un lieux parfait pour une exposition pour le centenaire de la naissance d'André Martin en 2025 qui proposerait une histoire de l'Animation au travers de 50 ans d'un parcours d'exception ! :-) En route vers Annecy 2022 Bien sûr, il n'est pas possible en deux heures de parcourir l'histoire du Festival. Il nous faudrait plusieurs conférences pour parler des œuvres projetées, des réalisateurs, de l'évolution de la création mais cette conférence a permis d'apprendre beaucoup de choses. Merci aux organisateurs et aux intervenants ! Le festival d'Annecy reste une affaire de passionnés. Les deux dernières éditions ont été extrêmement complexes à organiser avec la crise sanitaire avec une édition 2020 100% en ligne et une édition 2021 où il a fallu retenir son souffle jusqu'au bout pour savoir si elle allait bien avoir lieu in situ en complément de l'édition en ligne. Malgré la dimension prise le Festival d'Annecy, la passion des pionniers est toujours là ! Il nous tarde maintenant de découvrir, en juin 2022, la prochaine page de cette passionnante épopée. Image : https://www.annecy.org
- 24 - LM² : L'abstraction illustre.
LM² France / 2020 / 4 min / Numérique Réalisation, sons et musique Gilles Cuvelier LM² primé au Piaff Alexis Hunot, directeur artistique du PIAFF, a l'art de sélectionner et de mettre en valeur des courts métrages d'animation à part. Il nous a ainsi permis de voir, sur un bel écran de cinéma, la cette curiosité qu'on avait pu que découvrir sur un écran d'ordinateur. Le film a pris toute son ampleur visuelle et sonore pour nous offrir une œuvre remarquable lors du festival qui s'est tenu début Juillet 2021 au studio des Ursulines. Gilles Cuvelier considérait son film comme un passe-temps, un clin d'œil à l'enfermement, un moyen de tirer quelque chose de cet isolement forcé entre une longue mission sur un long-métrage et un nouveau court-métrage d'animation qu'il allait commencer. Il n'a d'ailleurs pas songé à le proposer aux festivals d'animation et était presque surpris de cette sélection et encore plus d'obtenir un prix ! :-) Le film a obtenu le prix "Prix du son, de la conception sonore" dans la Compétition Pro du PIAFF. L'artisant confiné Heureux de faire une pause dans l'animation 2D dessinée, Gilles Cuvelier s'est lancé dans un "bricolage" totalement improvisé, et sans prétentions composé de tests, de ratés, d’expérimentations. Un bricolage pour essayer de faire un film de ces promenades autorisées pendant le premier confinement. Ces promenades que les urbains ont tous connues en tournant en rond dans leur rayon d'un kilomètre, des promenades de bagnards répétitives, sans but, limitées par une frontière administrative. Gilles Cuvelier a réalisé ce film seul pendant le premier confinement en avril 2020 en le fabriquant à partir des sons et des photos prises avec son téléphone pendant ses promenades. A cette "matière" est venu s'ajouter des photos satellites qui reconstituent le trajet de ses promenades qui sont la base du film. Enfin un "fil rouge" symbolise le parcours. C'est le seul élément dessiné du film. Image Gilles Cuvelier : Vue satellite et fil rouge. Gilles Cuvelier s'est donné 4 ou 5 jours pour faire le film, sans méthodologie, en improvisant sur After Effect, logiciel de compositing particulièrement adapté au traitement d'image et à cette démarche. La seule contrainte qu'il s'est imposé est de respecter le plus possible la cohérence des lieux, du trajet entre les photos satellites, les photos prises sur place et le fil rouge, Une première version terminée, Gilles Cuvelier s'est attaqué à la bande son en créant d'abord une maquette de musique pour ajuster les différents moments du film en utilisant Garage band et un clavier midi branché sur son téléphone ! Puis il a effectué des allers retours entre image et son afin de les corriger en complétant les sons avec de nouveaux enregistrements quand c'était nécessaire. Gilles Cuvelier a ensuite fait un mix son avec les moyens du bord, sans aucune connaissance technique dans ce domaine. Pas mal pour un prix du son ! :-) La promenade On peut s'interroger sur l'intérêt de distinguer un film bricolé en 4 jours avec un téléphone, un ordinateur et un clavier midi. Pourtant Gilles Cuvelier nous offre ici une magnifique expression abstraite de ce qu'on a pu ressentir durant le premier confinement. Avec ce film; il se situe dans la lignée des nombreux artisans créatifs, solitaires du cinéma d'animation qui l'ont précédé. Les images qu'il a saisi durant ces promenades deviennent des abstractions dont les motifs s'animent, vibrent, grésillent en osmose avec le son et la musique. Image Gilles Cuvelier : LM² Vibrations et textures. Gilles Cuvelier a su exprimer nos sensations lors de ces curieuses promenades où on pouvait éventuellement entrapercevoir de rares humains anonymes. On perçoit subrepticement des voix inintelligibles, autant d'éléments décalés qui accompagnent les bruits des pas du promeneur et qui soulignent le caractère solitaire de ces trajets, ces chemins étanches, anonymes. On cherche à comprendre des brouhahas grésillants, on perçoit le son d'une voiture ou d'un oiseau. Des synthés qui nous enveloppent progressivement et les images souvent en plongée nous immerge dans la bulle du promeneur. Image Gilles Cuvelier : LM² vu minérale. On sent une certaine tension s'installer dans cette promenade où seuls des matières minérales inertes nous accompagnent dans une désagréable sensation de vide. Cette tension s'exprime aussi dans l'image abstraite où les formes vibrent dans un impossible dialogue avec le promeneur solitaire et dans la musique qui prend l'ampleur. Image Gilles Cuvelier : LM² vue plongeante et minérale. Finalement le vivant semble reprendre ses droits après cette promenade, cet entredeux portes forcé autant indispensable que souvent décevant et avec pour conclure un petit rappel en image qui est lui très concret. :-) Quelques Confidences Petit clin d'œil à l'actualité du moment, la voix incompréhensible a été construite à partir d'une allocution d'Emmanuel Macron concernant le confinement. Le son a été inversée (hommage à Geoff Emerick ? :-)) rendant les paroles incompréhensibles. En tendant bien l'oreille on reconnait la voix de notre président. Ah oui, le titre énigmatique : LM² vient de la ville où habite le réalisateur : Hellemmes. Le ² exprimant la surface permise (π km² pour les intimes :-)). Séance Le cinéma d'animation dans tous ses états à la Cinémathèque Française Vous pouvez voir le film sur Youtube mais ne vous privez pas d'aller le voir à la séance "Le cinéma d'animation dans tous ses états" organisée Francis Gavelle et la Cinémathèque Française, le lundi 22 novembre 2021 à 20h00 à la Cinémathèque Française. Vous verrez alors comment "l'abstraction illustre" à la perfection les sensations qu'on a pu connaître en environnement urbain pendant ces "promenades". Au programme une belle sélection de film d'animation français dont le très beau "Rivages" de Sophie Racine, Prix André-Martin 2020 du court-métrage français à Annecy. (voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/prenez-une-bouffée-d-air-pur) Vous pouvez prendre votre place et voir le programme sur https://www.cinematheque.fr/seance/35992.html?fbclid=IwAR3lp5SLiIHIMEAVJl2Hw8ZQOnlHtqXlTyWLX72RckQF7SXXXEwC5RPLfD0. Merci à Gille Cuvelier pour nos échanges qui ont permis la rédaction de cette article. A lire L'interview de Francis Gavelle , membre du comité “Animation” de l’Académie des César, coordinateur du “Prix André Martin” et programmateur du "cinéma d'animation dans tous ses états" par Marie-Pauline Mollaret dans Ecran Noir : https://www.ecrannoir.fr/2021/11/18/rencontre-avec-francis-gavelle-programmateur-du-cinema-danimation-dans-tous-ses-etats-a-la-cinematheque/?fbclid=IwAR09KgUcAq6lH0hSTJ1AfLx2LoaMchWDfXGLq72viIIVY6-ZV8g-CTvesns
- 23 - Naissance du cinéma Informatique 2e partie : Les années 60 et les pionniers du numérique.
Les pionniers avec leurs systèmes qu'ils soient électroniques, photo-mécaniques ou calculateurs analogiques ou encore systèmes d'affichage, ont exploré les voies d'un cinéma expérimental innovant qui nous fait penser aujourd'hui que ces pionnier étaient déjà prêt 20, 30, 40, 50 ans avant à explorer les possibilités qu'allaient offrir l'informatique et les images numériques. voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-1ère-partie-des-pionnières-et-des-pionniers Mais l'histoire ne faisait que commencer. André Martin a poursuivi dans son article l'inventaire de la genèse de la naissance de l'image numérique .... Si on attribue à John Whitney le premier ordinateur analogique avec sa machine, aux techniques electro-mécaniques dans les années 50 (voir article "la ville" à témoin sur https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-ville-à-témoin), des pionniers de l’image par ordinateur émergent dès les années 60. La firme Bell Labs a créé en 1948, le transistor est créé par (grâce aux ingénieurs John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley). Il a permis dans les années 50 de rendre les ordinateurs moins encombrants, moins gourmands en énergie électrique donc moins coûteux : c'est la révolution dans l'histoire de l'ordinateur ! D'autre part Texas Instruments a mis au point en 1958,le circuit intégré qui va encore réduire la taille et les coûts des ordinateurs durant les années 60. Lee Harrison (1929–1998) et le système Animac Image : http://www.scanimate.com/Pics/Animac.jpg Lee Harrison construit un ordinateur d’animation graphique « Animac » à partir de fin 1959 qui sera développé jusqu’en 1964. Ce système permettait un habillage sommaire à partir de coordonnées obtenus par rotoscopie. Images : Actrice avec les capteurs de mouvements, les écrans de contrôles permettant d'obtenir l'image numérique associée. sources : https://www.vice.com/en/article/wnkbzz/this-is-what-1970s-motion-capture-tech-looked-like et : http://www.vasulka.org/Kitchen/PDF_Eigenwelt/pdf/092-095.pdf . Lee Harrison a poursuivi ainsi avec de nouveaux moyens la quête du mouvement humain chère à Etienne Jules Marey dès les années 1870. Image : https://www.youtube.com/watch?v=EZkP9YJGfow Etienne Jules Marey (1830-1904) Capture du mouvement en chronophotographie Ivan Sutherland (1938 - ) Ivan Sutherland est souvent considéré comme le créateur du « Computer Graphics ». En 1963 dans le cadre de sa thèse de doctorat au MIT « Sketchpad, A Man-Machine Graphical Communication System » il crée un langage qui permet la gestion de la première interface graphique de l’histoire. Ce système a été mis au point sur un ordinateur datant de 1956 le Lincon TX-2 qui à l’époque était une machine innovante avec une capacité mémoire importante : 64K octets. :-). Ce système gérait également un stylet lumineux qui interagissait avec un écran. Pour lire la thèse : https://dspace.mit.edu/handle/1721.1/14979 Ivan Sutherland mis au point son langage de contrôle qui permettait de tracer des lignes rectilignes ou des arcs de cercle pour composer des figures et de modifier la position des sommets pour déformer celles-ci en fonction de calculs topologiques soit directement sur l’écran soit sur une « tablette ». Une ensemble de boutons permettaient de contrôler le tracé avec des fonctions de type effacer, bouger, etc... (Voir THE VERY BEGINNING OF THE DIGITAL REPRESENTATION – IVAN SUTHERLAND SKETCHPAD. 13/12/2018. https://bimaplus.org/news/the-very-beginning-of-the-digital-representation-ivan-sutherland-sketchpad/ ) Photographies : Ivan Sutherland using Sketchpad in 1962 - https://history-computer.com/sketchpad-complete-history-of-the-sketchpad-computer-program/ Tracé direct à l’écran à l’aide du stylet lumineux in https://gfycat.com/fr/gifs/search/sketchpad André Martin nous décrit l’importance des travaux de Ivan Sutherland : « Ivan Sutherland semble être le premier à avoir compris comment les ordinateurs pouvaient aider ses contemporains à visualiser, à comprendre, à rêver. C’est à partir de ces travaux qu’émerge l’idée nouvelle de dessiner directement sur l’écran cathodique, de manipuler l’image ou une de ses parties, de moduler les éléments repérables et de les réemployer à n’importe quelle échelle ou place. » On peut voir un film d’époque de démonstration de sketchpad sur you tube : « Ivan Sutherland Sketchpad Demo ». Cette première interface graphique annonçait les futurs logiciels d’animation qui allaient suivre. Sutherland, visionnaire, avait bien prévu les développements possibles de son travail en animation. Voici ce qu'il écrit en 1963 p.130 en conclusion de sa thèse : "Sketchpad need not be applied only to engineering drawings. The ability to put motion into the drawings suggests that it would be exciting to try making cartoons. The capability of Sketchpad to store previously drawn information on magnetic tape means that every cartoon component ever drawn is available for future use ». Réalité augmentée Ivan Sutherland a travaillé également sur de nombreux sujets innovants dont … la réalité virtuelle. André Martin ne souligne pas ce point dans son article mais à une époque où il y a une catégorie Réalité Virtuelle à Annecy on ne résiste pas à l’envie d’en dire quelques mots. Historiquement parlant la première trace de réalisations d’un système de réalité virtuelle date de 1962 où Morton Heiling a réalisé un prototype pour un projet d’immersion dans une cabine Sensorama. Cette cabine faisait appel aux cinq sens et permettait au spectateur une immersion dans un film proposé à l’écran. Imaginé à partir des années 50, Sensorama comprenait un écran en couleurs, des ventilateurs, des émetteurs d’odeurs, un système de son stéréo et une chaise mobile. Photographie la cabine Sensorama in https://ai-news.ru/2020/05 sensorama_pervyj_v_mire_simulyator_virtualnoj_realnosti_sozdannyj_v_nachale.html C’est Ivan Sutherland à l’université de l’Utah qui invente à proprement parlé la réalité augmentée avec un groupe d’étudiants en informatique : Bob Sproull, Quentin Foster et Danny Cohen. Ils mettent au point le premier casque d’immersion qui permettait la superposition d’images filmées et d’images graphiques numériques comme un cube en filaire en 3 dimensions. Surnommé l’épée de Damocles le système voit le jour en 1968. Voir le film de démo : https://www.youtube.com/watch?v=D0T2vycGi6E Images : https://www.ulyces.co/news/le-premier-casque-de-realite-virtuelle-a-ete-invente-en-1968/ 1963 Kenneth C. Knowlton (1931-) Dans les années 60, les laboratoires Bell est un des endroits les plus innovants de la planète qui regroupe des chercheurs du monde entier. On doit à ce laboratoire de nombreuses découvertes parmi lesquelles le transistor, le système d’exploitation Unix ou encore le téléphone cellulaire. En 1963 Ken Knowlton travaille aux laboratoires Bell et développe le langage de programmation BEFLIX (Bell Flicks) produisant des animations de « bitmaps » (tableaux de pixels) en utilisant un ordinateur IBM 7094 et un enregistreur de micro-films Stromberg-Carlson 4020. A l’aide de ce premier langage d’animation par ordinateur K. Knowlton réalise un premier film de 10 mn en 1963 : « A Computer Technique for the Production of Animated Movies ». Ce film d’animation en 8 degré de gris avec une résolution de 252 x184 explique les principes techniques du système permettant sa réalisation à l’aide de codes Ascii générés par Beflix. On peut voir le film sur https://www.historyofinformation.com/detail.php?id=3467 et sur Youtube. On peut voir le film sur https://www.historyofinformation.com/detail.php?id=3467 et sur Youtube. En 1966, Ken Knowlton et Leon Harmon expérimente la photo-mosaique avec de larges impressions construites à partir de symboles ou d’images. Photographie Nokia Bell Labs : Ken Knowlton et Leon Harmon. Dans leur étude de « Perception I » Ils numérisent des photographies de nue de la danseuse Deborah Hay puis convertissent l’image en associant des symboles en fonction de la densité. Un alphabet de 11 symboles étaient utilisés. 3 de ces symboles pouvaient être l'objet d'une rotation pour rompre la monotonie du résultat. Image : Symboles utilisés pour le rendu in https://jimboulton.medium.com/studies-in-perception-a-restoration-story-241cd8c75ab1 Les bureaux des ingénieurs s’encanailleraient-ils ? Ces premières réalisations fondées sur des motifs (patterns) ne nous emmèneraient-elles pas tranquillement vers de nouvelles formes d'art ? Le New York Times le 11 Octobre 1967 célèbre immédiatement cette alliance de l'art et de la science. Image : article du NYT in https://jimboulton.medium.com/studies-in-perception-a-restoration-story-241cd8c75ab1 Une impression est présentée à une des premières exposition d’art par ordinateur : « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age », au musée d’art moderne de New York en 1968. Aujourd'hui cette image a sa place dans les galeries d'Art Moderne. Image exposition en 2017 à la galerie Bonner Kunstverein. Photo: Anne Pöhlmann images : 1966 computer-generated nude - Harmon and Knowlton - Nude https://crosslabcollab.wordpress.com/2014/03/28/ken-knowlton/ https://www.blendspace.com/lessons/gLAP1wkPsdJT5Q/test Stan Vanderbeek (1927-1984) Cet artiste expérimental rejoint Ken Knowlton aux laboratoires Bell en 1965. Il réalisera avec Ken Knowlton une série de courts-métrages Poem fields no1 à no 8 au milieu des années 60 en utilisant Un package « Tarps » à base du langage Beflix que lui a développé K. Knowlton pour que Stan Vanderbeek puisse réaliser ces films de manière autonome. Des textes fournis à la machine sont retravaillés de manière rythmique et graphique et mis en musique. Avec Stan Vanderbeek et l'évolution des langages graphiques, l'image se "pixelise", se colore, se synchronise avec la musique. Une utilisation de motif un peu plus agile apparaît permettant des abstractions animées et ouvrant de nouvelles dimensions esthétiques. Image : Stan Vanderbeek dans https://expcinema.org/site/en/wiki/artist/stan-vanderbeek Images : Poem Field no 2 in https://lux.org.uk/work/poemfield-2 et Poem Field no7 in https://www.blackmountaincollege.org/vanderbeek-vanderbeek/ Voir Poemfield no 2 (1966 et non 1971 come indiqué sur youtube) Stan VanderBeek a également réalisé « man and his world » à l’occasion de l’exposition universelle de Montréal en 1967 où André Martin l'a rencontré. Sur le même principe que la série Poemflield avec une succession flash de lettres et de motifs. Peu d’images disponibles, on peut voir le film sur On peut voir le film sur https://archive.org/details/1967STANVANDERBEEKManAndHisWorld. (serveur très lent). Image : http://dada.compart-bremen.de/item/artwork/643 Lilian Schwartz (1927-) : La participation de nouveaux artistes contribuent au développement des langages graphiques. En 1966, Schwartz s’intéresse à l’art cinétique. Lillian Schwartz présente une sculpture cinétique et interactive : Proxima Centauri lors de l'exposition « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age », qui s'ouvre en 1968 au musée d’art moderne de New York. Elle y rencontre Leon Harmon qui l'invite aux Laboratoires Bell. Elle y passera .. 23 ans. Image : Lillian Schwartz à Bell Labs - http://lillian.com Lillian Schwartz y trouve un univers riche et créatif avec des chercheurs ouverts, sans préjugés sur le parcours des personnes. Elle y découvre la programmation et l’informatique et collabore avec de nombreux scientifiques dont Ken Knowlton qui développe à nouveau pour des langages de programmation lui permettant de créer des images numériques. Pixillation 1969 - 4 mn Ces rencontres donnent un premier film mixant des peintures animées et des motifs générés par ordinateur. Mieux vaut arriver détendu pour la projection où se succèdent des flash hallucinogènes de motifs colorés ou de tâches peintes en mouvements accompagnés par la musique saccadée de Gerhson Kingley qui complète une véritable expérience sensorielle en tension. « Cette écriture plastique » est « attentive aux réponses physiologiques du spectateur ». La « combinaison atypique de talents artistique et technologique », l’usage de motifs graphiques plus avancés ainsi que de la couleur illustre l’avancée des images numériques rendues possibles par l’usage des langages de programmation. Images Pixillation 1969 : https://digitalartarchive.siggraph.org/artwork/lillian-f-schwartz-kenneth-c-knowlton-pixillation/ Voir le film « Pixillation » sur https://vimeo.com/56480534. On ne pouvait pas terminer cette deuxième partie sans parler de Norman Mclaren (1914-1987). Norman Mclaren s'est bien sûr intéressé à ces nouvelles techniques et à leur potentiel. Mais on trouve peu de chose à ce sujet et André Martin n'en parle pas dans son article. Les seules informations que j'ai pu recueillir à ce jour sont quelques mots de Marcel Jean dans son article d'octobre 2010 "L’ONF par ceux qui l’ont imaginé". (voir https://www.erudit.org/fr/revues/images/2010-n149-images1510320/62862ac.pdf) : "On doit à McLaren et à Jodoin ce qui caractérise aux yeux du monde la production d’animation de l’ONF : une approche artisanale et expérimentale, un esprit d’innovation surtout qui amène McLaren à réaliser des tests dessinés par ordinateur dès 1967 (Birdling)." Enquête en court sur ces tests auprès de l'ONF pour en savoir plus. Photographie collection Geneviève et André Martin : Norman McLaren sur les tests de "Birdlings". Photographie : https://www.senscritique.com/film/Birdlings/25441769/images La découverte de cet univers que nous a décrit André Martin va se poursuivre dans la prochaine partie de cet article sur les années 70 . Nous allons assister à une explosion créative dans l'usage de l'ordinateur par des artistes, à laquelle contribuera Lillian Schwartz ; on évoquera également les œuvres de Peter Foldes produite à L'ONF par René Jodoin. A suivre .... :-)
- 22 - Jacques Drouin, l'apporteur d'épingles (1943-2021) : passion et transmission.
Jacques Drouin avec Alexandre Alexeïeff au festival d'Ottawa en 1976 Collection CNC, fonds Alexeïeff / Parker, donation Alexeïeff-Rockwell. (Mon seul souvenir de Jacques Drouin correspond à l'âge qu'il avait sur cette photo. :-)) Jacques Drouin, réalisateur et animateur québecois d'exception sur "l'écran d'épingles", nous a quitté le 28 août dernier à Kamouraska au Québec. Nous perdons un créateur passionné qui a toujours accompagné avec bienveillance d'autres passionnés pour que cette technique rare et précieuse du cinéma d'animation continue son chemin avec d'autres créateurs et d'autres ingénieux "bricoleurs" afin de prolonger l'œuvre d'Alexandre Alexeieff et Claire Parker. Hommage. Au-delà de la douleur et de la tristesse des êtres chers, des amis et des amateurs de cinéma d'animation, il nous reste une œuvre remarquable et la chance de revoir projeté ses films en salle dans "d'absolument obligatoires" hommages à ce grand créateur : 1974 : Trois exercices sur l'écran d'épingles d'Alexeïeff 1976 : Le Paysagiste 1976 : Spaghettata 1979 : La Belle Ouvrage (indicatif de la série) 1979 : Bande-annonce de la Semaine du cinéma québécois 1986 : L'Heure des anges (coréalisé avec Břetislav Pojar) 1988 : Bande-annonce pour les 25 ans de la Cinémathèque québécoise 1990 : Bande-annonce pour le Festival international du film d'animation d'Ottawa 1994 : Ex-Enfant 2002 : Une leçon de chasse 2003 : Jours d'hiver (film collectif coordonné par Kihachirō Kawamoto) 2004 : Empreintes Il a également participé à de nombreux films d'animation auxquels il a participé en tant que monteur ou animateur. L'écran d'épingles par Claire Parker (1906-1981) et Alexandre Alexeieff (1901-1982) Jacques Drouin incarne la merveilleuse passion de l'écran d'épingles. Mais qu'est-ce que l'écran d'épingles ? Un instrument totalement original issu de la rencontre d'une ingénieure et d'un graveur. Alexandre Alexeieff, graveur russe, a rencontré Claire Parker, une américaine ingénieure, lors de cours de gravure qu’il donnait à Paris. Ils ont par la suite combinés leurs talents pour inventer l'écran d'épingles et réaliser des films d'animation sur celui-ci. Claire Parker et Alexandre Alexeieff dans leur maison du 14e arrondissement en 1957. Photo collection Geneviève et André Martin L’écran d’épingles est un dispositif composé d’aiguilles disposées en quinconce dont les têtes dévient plus ou moins la lumière suivant qu'elles soient enfoncées et en fonction de la position de la tête. Cet écran permet d’exploiter les ombres portées générées par ce "tableau de points mécanique" ancêtre des pixels de nos écrans d'ordinateurs pour générer image par image des " gravures animées". Image CNC : l'écran d'épingles et les instruments permettant d'imprimer une formes aux épingles. https://www.cnc.fr/cinema/actualites/la-deuxieme-vie-de-lecran-depingles_111766 Alexeieff et Parker ont réalisé, avec une première version de l'écran d'épingles, un court-métrage, "une nuit sur le mont chauve" qui est sorti en 1933. Collection Geneviève et André Martin : Une nuit sur le mont chauve. 1933. Ils ont par la suite réalisés de nombreux films avec cette technique, perfectionnant l'instrument et la technique. Leur œuvre se distingue par deux dimensions indissociables : l'invention et la construction d'un instrument unique : l'écran d'épingles, les films d'animation qu'ils ont réalisés. Jacques Drouin s'est approprié et à transmis ces deux dimensions avec brio. Jacques Drouin : La relève Alexandre Alexeieff avait fait un séjour au Canada dans les années 40 où il avait réalisé "En passant" sur l'écran d'épingles à l'ONF. Il avait ainsi instillé le virus de "l'épinglomaniat " au Canada. Ce virus finit par atteindre le réalisateur Norman Mclaren qui fit construire un écran d'épingles à la fin des années 60 car il craignait que cette technique si particulière de fabriquer des films d'animation disparaisse. Collection Geneviève et André Martin : Norman Mclaren et l'écran d'épingles qu'il fît fabriquer. Jacques Drouin est arrivé à l’écran d’épingles sans avoir subi l’influence directe d’Alexandre Alexeïeff et Claire Parker. Jacques Drouin n’a pas assisté à l’atelier qu’avait donné le couple célèbre à l’ONF en 1972 et qui avait donné lieu à un documentaire réalisé par Norman McLaren. Mais il avait vu l’écran d’épingles miniature de l’ONF lors de la Rétrospective mondiale du cinéma d’animation à Montréal en 1967 et avait découvert "Le nez", d’Alexeieff, à New York. Quand il rencontre René Jodoin au début des années 1970 pour un stage à l’ONF, l’atelier a déjà eu lieu. Le jeune Jacques annonce à Jodoin qu’il souhaite s’initier, lors de son stage, à l’écran d’épingles. Le résultat de ces expériences a été "Trois exercices" sur l’écran d’épingles d’Alexeïeff". Jacques Drouin fût ensuite adoubé par Norman McLaren et fît ses armes sur l'écran d'épingle de l'ONF. Image ONF : Le jeune Jacques Drouin, Norman McLaren et Indira Gandhi qui fit une visite impromptue à l'ONF lors d'un séjour au Canada en juin 1973. En attendant les séances d'hommage que nous allons avoir la chance d'avoir suite à cette triste nouvelle, vous pouvez voir et revoir en ligne le magnifique "le paysagiste" 1976 sur le site de l'ONF sur https://www.onf.ca/film/le_paysagiste/ ou sur Dans ce film, Jacques Drouin a exprimé toutes les joies graphiques que peut nous procurer l'écran d'épingles, lumières mouvantes, ombres portées, grains suaves, évocations du gras d'un fusain de l'artiste. Au-delà de ces jubilations, Jacques Drouin nous a invités dans ce film à l'intérieur de celui-ci dans l'univers du créateur, dans ses pensées, son imagination avec toutes ses dimensions oniriques, intimes ou graphiques. Images : Le Paysagiste, © Jacques Drouin in http://lencredesfees.canalblog.com/archives/2012/12/17/25934195.html Image : Office National du Film du Canada Jacques Drouin : le plaisir de la transmission "Je ne suis déjà plus le seul “héritier” d’Alexandre Alexeïeff et Claire Parker. Les prochains auront la responsabilité de propager le génie des inventeurs mais c’est en utilisant cette technique qu’ils empêcheront l’écran d’épingles d’être enfermé dans le Cabinet des curiosités." Jacques Drouin dans Alexeïeff / Parker – Montreurs d’ombres , Edition de l’œil / Musée-Château d’Annecy, 2015 Jacques Drouin est resté pendant une trentaine d’années le seul dépositaire de cette technique d’animation unique au monde, avant de passer le relais à la réalisatrice Michèle Lemieux. Cette transmission a permis à Michèle Lemieux de réaliser avec l'écran d'épingles , " Le Grand Ailleurs et le petit ici" (2012). Michèle Lemieux à côté de l'écran d'épingles de l'Office national du film du Canada, lors du tournage de son film Le Grand ailleurs et le petit ici, 2012. Auteur du cliché Wolfgang Noethlichs Image : http://musees.annecy.fr/Media/Images/Images-hors-SITRA-Armadillo/Partenaires-exposition/Exposition-Alexeieff-Parker-montreurs-d-ombres/Michele-Lemieux-et-l-ecran-d-epingles-de-l-ONF On peut voir ci-dessous ce film produit par l'Office National du Film du Canada : https://www.onf.ca/film/grand_ailleurs_et_le_petit_ici/ Jacques Drouin a ainsi permis un premier relai dans l'utilisation de l'instrument. Mais il fallait aussi continuer à en transmettre l'utilisation. Toujours avec bienveillance et passion, il a accompagné 8 réalisateurs français initiés à la technique par Michèle Lemieux. Il a pu ainsi apporter ses conseils précieux à Justine Vuylsteker, pour l’écriture de son court métrage Etreintes - premier film conçu en France entièrement sur l'Epinette, à Nicolas Liguori ou Clémence Bouchereau sur son tournage de La Saison pourpre sur l’écran d’épingles du CNC. Image https://animation.ciclic.fr/actualites/etreintes-de-justine-vuylsteker-nouveau-projet-en-residence Justine Vuylsteker Étreintes 2018 | 5 min La conservation du "patrimoine instrumental" Jacques Drouin a ainsi permis un premier relai de ce savoir-faire pérenniser cette technique d'animation. Après avoir transmis à son tour le virus de "l'épinglomaniat ". Mais cette transmission restait fragile. Les écrans d’épingles Alexeieff-Parker sont trop rares. Ce sont aussi des objets patrimoniaux, fragiles et vieillissants. Pour illustrer cette rareté voici un petit recensement des écrans historiques recueilli auprès de Jean-Baptiste Garnero du CNC. (Certainement à préciser). L'épinette 1943 VEC a été acquise et restaurée par le CNC avec la complicité active de Jacques Drouin. L'ONF a le proto 68 qui est opérationnel pour des essais. L'ONF a également le NEC qui est opérationnel. Il fallait d'abord s'attaquer à la restauration de ces écrans d'épingles afin de permettre la réalisation de nouveaux films dans le futur. Sans ces quelques "stradivarius" de l'animation, point de prolongement de la création ! A partir de 2007, grâce à son amour pour "l’instrument" et son expertise en la matière, il restaure les trois principaux écrans d’Alexeïeff-Parker, réalisant encore sa passion de la transmission. Le Centre national du cinéma et de l’image animée acquiert, en 2012, le dernier écran d’épingles construit par Alexeïeff et Parker, afin de permettre aux artistes européens de créer à l’aide de cet outil exceptionnel. Nommé l’Épinette, cet appareil a été restauré successivement par Jacques Drouin et Michèle Lemieux et constitue un legs à la communauté mondiale de l’animation. "Voici un nouveau chapitre pour une invention toujours vivante." Au-delà des restaurations brillamment réalisées, il restait un autre point faible à adresser ... Même après restauration, il n'y avait pas assez d'écrans d'épingles dans le monde pour favoriser la création ! Les "stradivarius" d'origine étaient opérationnels encore fallait-il savoir fabriquer de nouveaux instruments. Là encore Jacques Drouin a apporté un support inestimable. Jacques Drouin s'est construit un petit écran d'épingles pour son usage personnel, expérimentant ainsi les techniques de construction. Image : Jacques Drouin avec le "baby screen" fabriqué par Alexeieff et acheté par l'ONF à la fin des années 60. Photographie : Lëa-Kim Châteauneuf En janvier 2015, un informaticien d'Annecy passionné d'animation, Alexandre Noyer, contacte Jacques Drouin pour avoir de conseils sur la fabrication d'un écran d'épingles. Les échanges par messagerie sont le témoignage de la maîtrise complète de Jacques Drouin de l'écran d'épingles instrument complexe dans construction comme dans son utilisation. Jacques Drouin demande un peu de temps pour répondre aux nombreuses questions techniques posées. Il y répond point par point en février : Utilisation de tubes, Plan de perçage, Matière de la plaque, Epaississeur de la plaque et longueur des épingles, Caractéristiques des épingle, longueurs, diamètre, Taille de l'écran, Epaisseur de l'écran, Placement des trous, Angle d'alignement des trous, Friction et diamètre des épingles des trous, peinture et couleur des épingles Lubrification (ou pas) des tubes, .... Et Jacques Drouin a conclu son long mail de réponse par : "Je n'ai peut-être pas répondu à toutes vos questions car un projet semblable demandera quelques essais et erreurs pour être satisfaisant. J'espère que l'Exposition Alexeieff prévue pour juin au Musée d'Annecy vous apportera d'autres éclaircissements. Michèle Lemieux sera là et j'y projette aussi d'y aller. Je vous y verrai avec plaisir pour partager le progrès de votre projet. J'espère vous avoir éclairé un peu. " On y voit toute la bienveillance, la modestie et l'attention qu'il porte au projet et à son auteur. Voici quelques photos de la fabrication d'un mini écran que Jacques Drouin a construit en 2008 pour son plaisir et qui illustrent son intérêt pour la construction de l'instrument. Il a transmis ces photos à Alexandre Noyer à l'époque où il construisait son premier prototype. Grâce à ces échanges, Alexandre Noyer construit son premier écran d'épingle en 2015 : Le "Cactus" composé de 26 000 épingles. En Juin à Annecy, il rencontre Jacques Drouin et Michèle Lemieux pour leur montrer cette première réalisation. Vu les difficultés de conception d'un tel instrument, on imagine le plaisir qu'a éprouvé Alexandre Noyer à présenter son écran à Jacques Drouin. Photographies Alexis Hunot : Annecy Juin 2015 Alexandre Noyer montrant son premier ecran d'épingles le cactus à jacques Drouin avec Théodore Uschev, Georges Schwizgebel et Michèle Lemieux. Un nouveau constructeur d'instrument En avril 2016, Alexandre Noyer a terminé un deuxième prototype, le Spinae (100 000 épingles ), sans tête donc avec une meilleure résolution que Michèle Lemieux a pu tester et adouber au Festival d'Annecy en juin. Le réalisateur québécois Alexandre Roy réalise un premier court-métrage sur ce prototype en 12 jours à Genève : " Jim Zipper". En 2020, après deux ans d'échanges, La Bande Vidéo qui est un centre d'art video et d'animation contemporain à Québec, a commandé un écran d'épingles "haute résolution de 200 000 épingles "l'Alpine" à Alexandre Noyer. Alexandre Noyer et l'Alpine in https://www.cartoonbrew.com/tools/building-a-pinscreen-how-to-make-one-of-the-rarest-tools-in-animation-208131.html? fbclid=IwAR1tCMJO__8_qnnJphkzNtTgFOITi4veVYOGObV8XSn6M6JG05IY7OTg8LE Echanges Alexandre Noyer - Jacques Drouin en novembre 2020. Jacques Drouin y célèbre une invention toujours vivante... et l'histoire continue ! Grâce à la transmission les innovations et la création continuent ! Grâce à ce travail de transmission aussi bien sur l'art de "jouer" de l'écran d'épingles que sur l'accompagnement de la restauration des écrans ou la création de nouveaux instruments, des innovations permettent de nouvelles créations. Claire Parker et Alexandre Alexeieff utilisaient de nombreux instruments (rouleaux, voir des poupées russes !, etc ..) pour imprimer des formes sur l'écran d'épingles comme les images suivantes : Voir le film sur https://www.dailymotion.com/video/x6bbgij . Photo ONF : Claire Parker et Alexandre Alexeïeff https://www.onf.ca/selection/lonf_celebre_lecran_depingles/ Claire Parker et Alexandre Alexeïeff (Photo ONF) : https://blogue.onf.ca/blogue/2018/07/25/justine-vuylsteker-et-lappel-de-lecran-depingles/ Aujourd'hui de nouvelles techniques peuvent être utilisées pour combiner l'usage de l'écran d'épingles et les possibilités du numérique. Alexandre Roy (Découpe plexiglas) et Alexandre Noyer (impression 3D) échangent sur l'utilisation de nouvelles techniques pour fabriquer des empreintes pour l'écran d'épingles. Le film d'Alexandre Roy en cours de réalisation sur l'Alpine à "la Bande Vidéo" utilise des empreintes fabriquées avec ces techniques. Dans la lignée des pionniers de l'écran d'épingles de nouveaux réalisateurs rendent hommage à d'autres pionniers grâce à l'écran d'épingles. Pour son projet, Alexandre Roy s’est inspiré librement de séquences d’images créées par les pionniers de la photographie du mouvement - dont les recherches ont préfigurées l’invention du cinéma - tel qu'Eadweard Muybridge (1830-1904) ou encore Étienne-Jules Marey (1830-1904 également). Ensuite, il les a retravaillés à l’ordinateur pour en faire des pochoirs servant à être imprimé sur l’écran d’épingles. Il prolonge ainsi non seulement le travail d'Alexeieff -Parker et de Jacques Drouin à cette occasion mais aussi celui de Jules-Etienne Marey, d'Eadweard Muybridge à la fin du XIXe siècle ou de Lillian Schwartz (1927-) au tout début des années 70 dans un élan patrimoniale et jouissif. Ces nouvelles techniques de fabrication d'empreintes permettent de créer avec agilité et souplesse des objets devenant autant d'alphabet du mouvement dont on peut ensuite imprimer les formes sur l'écran d'épingles pour créer les phrases d'un mouvement. Du 17 mai au 18 juin 2021, Alexandre Roy était en résidence à La Bande Vidéo où il travaillait sur son film et son exposition « Trompe-L’œil ». Le cinéaste a exploré l'utilisation de l'impression 3D et de la découpe laser pour créer des pochoirs qui servent à produire des séquences animées sur l’Alpine. On a hâte de voir le film ! Une image de Trompe-l'oeil : image https://www.facebook.com/LACHAMBREBLANCHE Une empreinte : image https://www.facebook.com/LACHAMBREBLANCHE Etienne-Jules Marey (1830-1904) - Etude du mouvement (1886) à voir sur Youtube Eadweard Muybridge : chronophotographie du mouvement de la marche fin du XIXe siècle in https://www.researchgate.net/figure/Photographs-taken-by-Eadweard-Muybridge-in-the-late-19th-century-for-analyzing-human_fig15_267954415 Image : "Olympiad" 1971 Lillian Schwartz (1927-) , video, color, sound, 2 minutes 33 seconds in http://www.fsgso.pitt.edu/wp-content/uploads/2017/09/01_Schwartz_OLYMPIAD.jpg Merci Jacques Jacques Drouin a non seulement été le précieux relais des pionniers de l'écran d'épingle mais il a su transmettre son savoir sur la construction de l'instrument et de son "jeu". Il a assuré ainsi le relais et la plus belle des transmissions d'un savoir-faire qui a 88 ans ! Devant une telle œuvre, on résiste pas à l'envie de lui écrire quelques mots avec émotion : "Cher Jacques, vous nous laissez seuls avec le bel avenir de l'écran d'épingles que vous nous avez préparé. Je n'ai que le souvenir furtif de vous avoir croisé quand j'avais 14 ans dans la R16 de Michel Boschet au sortir des films Martin-Boschet. C'est bien peu mais j'ai eu tout même la chance d'avoir été assis à côté d'un grand homme ! Vos œuvres sont là pour nous réjouir, vous avez magiquement transmis un témoin fragile et grâce à vous ... la grande histoire du cinéma d'animation continue avec de nouvelles techniques des plus originales. Merci Jacques pour votre belle vie généreuse, merci de nous avoir apporté tant d'épingles ! A lire : Je remercie Alexandre Noyer, Alexis Hunot, et Jean-Baptiste Garnero ainsi que les auteurs des articles ci-dessous pour leur aide à la préparation de cet article. Disparition du réalisateur Jacques Drouin (CNC) h ttps://www.cnc.fr/cinema/actualites/disparition-du-realisateur-jacques-drouin_1527356 Hommage à Jacques Drouin : Le modèle… vivant Marcel Jean 30 août 2021 https://www.cinematheque.qc.ca/fr/nouvelles/hommage-a-jacques-drouin-le-modele-vivant/?fbclid=IwAR37ZVFXy2YEE7DAvI6qH4mofEOaeTCxsAMoVsJngjbnSyNKqARiK4FeV7c Jacques Drouin: entre ombre et lumière Mario Cloutier 5/12/2009 https://www.lapresse.ca/cinema/nouvelles/201207/17/01-4550059-jacques-drouin-entre-ombre-et-lumiere.php# Jacques Drouin et l’écran d’épingles : Une histoire d’amour 31 août 2021 https://sommetsanimation.com/fr/nouvelles/jacques-drouin-et-l-ecran-d-epingles-une-histoire-d-amour/?fbclid=IwAR1aMkkUqcwm6B7cedjHedGNzIYSIJhhReHvets91LFOWtwX2i3Y5sUJHOk La deuxième vie de l’écran d’épingles https://www.cnc.fr/cinema/actualites/la-deuxieme-vie-de-lecran-depingles_111766 L’Office national du film du Canada rend hommage au cinéaste d’animation Jacques Drouin https://ctvm.info/loffice-national-du-film-du-canada-rend-hommage-au-cineaste-danimation-jacques-drouin/ Building A Pinscreen: How To Make One Of The Rarest Tools In Animation By ALEX DUDOK DE WIT | 09/03/2021 https://www.cartoonbrew.com/tools/building-a-pinscreen-how-to-make-one-of-the-rarest-tools-in-animation-208131.html Acquisition de l'Alpine - Acquisition Of "L'Alpine" — La Bande Vid éo https://labandevideo.com/fr/calendrier/nouvelles/acquisition-de-lalpine-acquisition-of-lalpine/ Ecran d’Epingles : retour sur une technique d’animation atypique avec Alexandre Noyer https://www.3dvf.com/redaction/dossier-1472-1-ecran-d-epingles-retour-sur-une-technique-d-animation-atypique-avec-alexandre-noyer-html/2/ A voir : Annecy 2017 : Cadavre Exquis https://www.youtube.com/watch?v=9_FZNnPQ80g&t=13s
- 21 - Prix du jury et prix du public "horizons" Piaff 2021: "Le village Abandonné", la lumière animée.
MITOVEBULI SOFELI (Le Village abandonné, Abandoned Village), 2020, Géorgie. Réalisation : Mariam KAPANADZE Production : STUDI KVALI XXI, INT. ANIMATION FILM FESTIVAL NIKOZI, Mariam KANDELAKI Direction artistique : Irakli Toklikishvili Scénario : Mariam Kapanadze Graphisme : Irakli Toklikishvili Storyboard : Irakli Toklikishvili Animation : Elene Murjikneli Son : Postred Durée : 14 min. Tout d'abord merci à Alexis Hunot directeur artistique du PIAFF de m'avoir donné l'occasion d'être membre du jury du programme horizons en compagnie de Annie-Claire Alvoët, plasticienne et Marion Eschard qui s'occupe des relations presse dans l'excellente société Malavida. Le film a été présenté à au festival d'Annecy dans la catégorie perspectives et au PIAFF dans la catégorie horizons. Il peut paraître étonnant d'attribuer le prix Horizons du PIAFF 2021 à un tableau immobile de 14 minutes, et pourtant le jury a été instantanément unanime. Le public également qui par son vote lui a attribué le prix du public pour cette catégorie. Ce tableau nous montre une journée d'un village abandonné avec pour seul acteur la lumière et les bruits off de vie rurale avec ses animaux, ses personnages. Ces sons nous rappellent-t-ils la vie passée de ce village ou proviennent-ils d'à côté du tableau ? .... on ne le sait pas. On ne sait pas non plus quelle catastrophe a créé l'abandon de ce village; exode rurale, catastrophe climatique, conflit comme l'a connu la Géorgie en 2008 ? Chaque spectateur peut y trouver son explication. Cette journée sur ce tableau immobile nous offre des jubilations discrètes parfois impressionnistes avec ces changements de lumières très progressifs. Seuls quelques nuages et un orage perturbent un moment ce ballet d'ombres et de lueurs. Cette lumière, seul mouvement de vie perceptible, ce combat entre l'ombre et la lumière, projette ainsi une lueur d'espoir sur ce village. Soyons optimiste, peut être reviendra-t-il à la vie. Le film est construit autour de 22 différents paysages peints par l'artiste Irakli Toklikisshvili avec de l'aquarelle de la gouache, de l'encre et du "mascara" ( je n'ai pas trouvé quelle matière est utilisée pour peindre avec du "mascara". Problème de traduction ? ). Chaque tableau exprime une tonalité : Village en deuil, après midi, coucher de soleil nuit, ... A partir de chaque tableau l'animation de la lumière est obtenue par une technique de "grattage" et l'utilisation de l'ordinateur en 2D. Il en résulte d'infimes variations difficile à capter et un tour de force avec ces tableaux qui évoluent si discrètement qu'on a hâte de revoir le film pour mieux en gouter les métamorphoses lumineuses. N'est-ce pas le propre de l'animation d'offrir tant de changements qu'on est obligé de revoir les films remarquables pour mieux les appréhender ? photo https://gravityfromabove.wordpress.com/2019/06/25/love-in-an-abandoned-village/?fbclid=IwAR0wlRuWsH4dKgWTr-5rUreUKsvRaMQZXotjOnOKPC0dgIgdBvh7nwvYbu8 : Irakli Toklikisshvili, Mariam Kapanadze, Elene Murjikneli. Annonce du prix du jury et du public Horizons à "Un village abandonné" ainsi que d'une mention pour le film "Scalp deep" de Naseeba Bagalaaliwo. Courte interview réalisée à l'occasion du festival d'Annecy de Mariam Kapanadze avec une présentation de l'équipe du film. Ce film marque les débuts de Mariam Kapanadze en tant que réalisatrice de film d'animation. Il nous a enthousiasmé par son originalité et nul doute que Mariam Kapanadze et la Géorgie nous offriront à l'avenir d'autres surprises aussi réjouissantes. Voilà un bel horizon ! A lire : Un film “coup de cœur Annecy 2021” de Mariam Kapanadze sur http://www.anima-studio.com/blog/le-village-abandonne/ Haunting Sounds of Abandoned Village sur https://postredaudio.com/2021/06/09/haunting-sounds-of-abandoned-village/?fbclid=IwAR2wIJSBorFf3QXGeCITlsr_7oJbZJCgxFoq8PmhbbpP-1ge3mzx5-1vvJ8 Love in an Abandoned Village https://gravityfromabove.wordpress.com/2019/06/25/love-in-an-abandoned-village/?fbclid=IwAR0wlRuWsH4dKgWTr-5rUreUKsvRaMQZXotjOnOKPC0dgIgdBvh7nwvYbu8
- 20 - Le monde en soi : l'Art Brûlant
Quand l'Art brûle. image : https://vimeo.com/444021949 Écrit et réalisé par Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck Produit par Jérôme Barthélemy et Daniel Sauvage Avec les voix de : Sandrine Stoïanov, Jean-Charles Finck, Camille Condemi Storyboard, Animatique, Layout : Jean-Charles Finck Posing, Décor : Sandrine Stoïanov Animation 2D : Sandrine Stoïanov et Odile Comon, Valérie Schaefer, Rayane Raji, Marianne Lebel, Jean-Charles Finck Peinture : Sandrine Stoïanov et Zaza, Zyk, Émilie Mercier, Urs Häberli Compositing : Sandrine Stoïanov et Christelle Soutif, Marc Koenings Montage : Jean-Charles Finck Chargée de production : Clémence Bouche Assistants monteurs : Youri Borg, Mathilde Sari Musique originale : Pierre Caillet Montage son : Xavier Thibault Mixage : Laure Arto Étalonnage : Laurent Navarri Nous avons eu la chance de pouvoir voir le film à Annecy, au Piaff et sur Arte mais le film est si beau et si dense qu'on ne se lasse pas de le revoir. Rencontre au haras au festival d'Annecy 2021 : de gauche à droite Tony, Florentine Grelier, Jean-Baptiste Garnero, Jean-Charles Finck et Sandrine Stoïanov. Photo Clément Martin. Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck nous offrent ici un film époustouflant sur l'épuisement dans la création. Le film raconte l'histoire d'une jeune femme qui souhaite se faire exposer dans une galerie et travaille acharnement pour livrer les œuvres attendues par un galeriste. Image : https://www.unifrance.org/film/52022/le-monde-en-soi La jeune peinte peintre se met à nue dans une frénésie créative pour "délivrer" les oeuvres. Le film alterne des plans sobres dans une chambre d'hôpital où l'on voit la jeune femme inerte, vidée de son énergie et des plans colorés qui fourmillent de messages graphiques qui nous raconte le chemin de l'artiste jusqu'à son "burn out" ! Pour Sandrine Stoïanov "la couleur elle-même a une narration" et exprime "les humeurs du personnage". Elle traduit "le plein" dans la création et la folie qui s'empare du personnage allant jusqu'à des couleurs saturées, très vives, violentes. et "le vide" dans les scènes d'hôpital où la jeune artiste devient transparente. Image du film dans le cadre de l'hôpital voir sur https://stokanovska.wixsite.com/monsite/le-parcours-de-l-ecureuil . Sandrine Stoïanov nous a confié au Piaff après la projection du film qu'elle a voulu que le paysage urbain traduise l'état d'esprit de cette artiste qui perd pied dans la création : "quand on est enceinte on voit des femmes enceintes partout, quand on a une jambe cassé on voit des handicapés partout" Dans le film, les affiches, les passants sont autant d'acteurs qui nous racontent l'explosion d'émotions suite à l'épuisement de l'artiste et sa surinterprétation de tous les signaux qu'elle ne peut plus gérer, qui deviennent obsessionnels. Un exemple de détails des affiches que l'on perçoit subrepticement. image https://stokanovska.wixsite.com/monsite/le-parcours-de-l-ecureuil Cette explosion atteint son paroxysme dans une scène magnifique où l'artiste perd pied dans le métro et où l'on voit un défilé hallucinatoire d'œuvres artistiques célèbres et d'images oniriques qui emportent notre héroïne dans un tourbillon terrible mais jubilatoire pour le spectateur. Où l'image devient onirique vu dans https://www.unifrance.org/film/52022/le-monde-en-soi L'animation peinte, si elle nous réserve de belles surprises, passe par des défis techniques importants comme en témoignent les propos recueillis par Francis Gavelle dans https://www.fichesducinema.com/2021/06/annecy-2021-focus-sur-le-monde-en-soi-de-sandrine-stoianov-jean-charles-finck/?fbclid=IwAR2KSIJdyylxKw6acpBmZoPm4iUPxRcXiyJQrLgUrFwcp4Njma41wpkYFhk. Sandrine Stoïanov : "Une autre difficulté technique était de faire un film en peinture à l’encre animée sous la caméra, nécessairement avec du papier épais, pour éviter qu’il gondole, et de fait sans la possibilité de travailler avec la transparence du papier sur une table lumineuse, comme on le fait en général en animation traditionnelle. Nous en avons discuté avec notre ami Quentin Francotte, qui a conçu et construit pour nous un banc-titre d’un genre particulier, permettant de projeter chaque pose d’animation en peinture à l’encre sur le papier de la suivante, et ainsi d’animer la peinture dans le graphisme que nous voulions. Il a aussi conçu une plaque à picots permettant de poinçonner le papier, afin qu’il soit toujours tendu et positionné au bon endroit sous la caméra, qu’il a baptisée “la stokaboard”." Jean-Charles Finck : "Des difficultés artistiques, pas vraiment. Hormis le fait que le personnage principal de notre film étant une jeune peintre, il fallait montrer ses œuvres et leur évolution plastique au cours du film, ce qui a obligé Sandrine à se mettre à la peinture à l’huile, technique difficile qu’elle n’avait jamais pratiquée. Mais là encore, c’était un choix. Les difficultés qu’a entraîné la fabrication de ce film, nous les connaissions ou les envisagions dès le départ. Nous les avons assumées et surmontées." De grands bravos aux auteurs pour ce film très personnel, aux qualités graphiques remarquables qui traite un sujet difficile dans une effervescence graphique sensible et juste. Le Cinéma d'Animation nous offre une fois de plus un film singulier. A voir et revoir absolument et si possible sur un bel écran de salle de cinéma pour prendre plaisir à cette intense et belle histoire dont les images qui défilent trop vite à la vitesse du Cinéma d'Animation ! :-) A voir : Pour avoir envie de le voir en salle, possibilité de visionner le film sur Arte en ce moment : https://www.arte.tv/fr/videos/052393-000-A/le-monde-en-soi/ Les illustrations et peintures de Sandrine Stoïanov et des images de son film sur son site : https://stokanovska.wixsite.com/monsite Rencontre avec Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck : https://www.arte.tv/fr/videos/100562-000-A/rencontre-avec-sandrine-stoianov-et-jean-charles-finck/ . A lire : L'interview de Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck par Francis Gavelle dans https://www.fichesducinema.com/2021/06/annecy-2021-focus-sur-le-monde-en-soi-de-sandrine-stoianov-jean-charles-finck/?fbclid=IwAR2KSIJdyylxKw6acpBmZoPm4iUPxRcXiyJQrLgUrFwcp4Njma41wpkYFhk Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 15 avril 2021 dans http://www.lepolyester.com/entretien-avec-sandrine-stoianov-et-jean-charles-finck/ Le Monde en soi dossier artistique : https://www.cnc.fr/documents/36995/160963/LE+MONDE+EN+SOI_Dossier+artistique.pdf/9b81f9b0-2cc0-1122-4cf1-76ebdf580972











