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- 61 - Annecy 2023 : The Beatles "I'm Only Sleeping" : Vive la Madeleine !
The Beatles "I'm Only Sleeping" Image : https://thekidshouldseethis.com/post/im-only-sleeping-beatles-em-cooper-oil-painting-animation The Beatles "I'm Only Sleeping - Réalisation Em Cooper Grande-Bretagne - 2022 - 3'02" Animation : Em Cooper Production : Jelly London, Sue Loughlin Distribution : Universal Music Operations ltd, Sophie Hilton Producer: Jonathan Clyde, Sophie Hilton C'est impossible à Annecy de tout voir pendant le festival ... Il faut se forcer (un petit peu) après tant de soirées, tant de films pour voir la séance "films de commandes" avec ses 28 courts- métrages le vendredi et après plusieurs jours sans beaucoup de sommeil ... Mais le jeu en vaut la chandelle car vous y découvrez toujours quelques belles perles d'émotions et de rêves. Le film d'Em Cooper illustre la mythique chanson "I'm Only Sleeping" du non moins célèbre album des Beatles sorti en 1966, Revolver. Le film a remporté le prix du jury pour un film de commande au festival International du cinéma d'animation d'Annecy. Il fait partie de ces films remarquables du festival de cette année et voici pourquoi. 2023 06 17 Remise du prix pour du jury pour un film de commande au festival d'Annecy Em Cooper - Photo Clément Martin Marcel Jean à gauche, délégué artistique du festival international du film d'animation d'Annecy, à la différence de l'équipe de Citia n'était pas maquillé en hommage au folklore mexicain (voir personne de droite) mais il nous a fait une belle citation des 3e JICA, première à Annecy, en s'allongeant devant tous les participants de la cérémonie de clôture dans une posture qui rappelle ... un certain André Martin en 1960 ! :-o) Vive la madeleine ! C'est un tel plaisir d'entendre cette chanson qui appartient à l'histoire de la Musique Pop accompagnée d'une illustration animée, fluide et attentionnée comme on manipule respectueusement une relique avec toute la virtuosité que l'on peut offrir pour lui donner une interprétation en images. Chacun, quel que soit sa génération, y trouvera des souvenirs, des sensations passées ... et pour les rares personnes pour qui cette chanson et cette remarquable illustration n'évoque aucun frisson ... je m'engage à prendre les réclamations sur gamca.info et à les publier. Ce n'est pas très courageux car ce travail devrait être des plus légers mais après tout nous traitons ici du sujet de la paresse. :-) Cette chanson de John Lennon, mais signée Lennon/McCartney comme toutes les chansons des Beatles à cette époque, est une ode à la paresse. Ode à la paresse - Image http://www.rfm.fr/news/The-Beatles-Decouvrez-le-clip-de-I-m-Only-Sleeping-realise-a-la-peinture-a-l-huile-27849 Thème typiquement "Lennonien", on le retrouvera en 1969 dans sa manifestation paresseuse pour la paix avec Yoko Ono. John Lennon et Yoko Onno lors de leur manifestation pour la paix en 1969 Image https://www.moma.org/audio/playlist/15/382 Les Beatles nous enveloppent dans cet hymne avec une mélodie unique. Des enregistrements de guitare rejouée à l'envers au mixage grâce au travail de l'ingénieur du son achèvent de nous emmener dans cette douce moiteur dans laquelle on baigne quand on paresse. Une madeleine délicieuse ! Em Cooper a relevé le défi, toujours un peu périlleux, de traduire une composition musicale "iconique" et l'accompagner avec une forme d'Art différente mais qui s'accorde si bien à la musique quand elle est réussie : "le cinéma d'animation". Son film nous emmène dans un tourbillon d'images qui nous balance entre des flashs, références historiques du groupe avec des images d'archives repeintes et des mouvements abstraits fluides pour autant de transitions à l'expression réussie de cette douce paresse. Quelle joie, quelle magie de remonter le temps, de s'immerger au milieu du mythe ! Image d'archive de cette divine époque où le groupe séduite le monde. Image https://www.creativeboom.com/inspiration/im-only-sleeping-em-cooper/ Cette douce moiteur dans laquelle on baigne quand on paresse. Image https://thekidshouldseethis.com/post/im-only-sleeping-beatles-em-cooper-oil-painting-animation Quel travail pour réussir une madeleine ! Il y a là un paradoxe de voir un travail aussi acharné pour s'attaquer à un éloge de la paresse. La technique utilisée est la technique classique du celluloïd mais peintes directement à la peinture à l'huile. C'est ainsi que Em Cooper a réalisé plus de 1300 peintures pour réussir à nous embarquer dans ce flux de peintures animés enlacé avec la musique. Em Cooper nous explique qu'elle aime la peinture, que ce choix technique est loin de relever de l'efficacité mais que finalement c'est une sorte d'éloge de la lenteur qui s'accorde quand même bien avec l'éloge du sommeil :-) Décidément, un tel travail qui nécessite autant de précision que d'implication nous prépare ici une madeleine digne des plus grandes pâtisseries ! Em Cooper au travail - photo https://www.instagram.com/p/Cki1782t7wZ/ On peut voir Em Cooper au travail dans : https://www.youtube.com/watch?v=44Fc23Be0qU Em Cooper nous parle de son film https://www.youtube.com/watch?v=F362nZHoVVg Alors faites-vous plaisir, montez le son et regardez "The Beatles I'm only sleeping" de Em Cooper. Les frissons sont garantis lors de la dégustation de cette magistrale et gourmande madeleine de Proust. Vive la madeleine ! On peut voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=5XwXliCK19Y #emcopper #thebeatlesomonlysleeping #annecyfestival #prixdujurufilmdecommande #gamca
- 62 - Des journées patrimoniales particulières
Collection Geneviève et André Martin - Don de Jean-Michel Boschet - Image du storyboard du film d'animation "Mais où sont les nègres d'antan" 1962 de Michel Boschet et André Martin. Cette année les journées du patrimoine auront pris une saveur toute particulière car Jean-Michel Boschet, le fils de Michel Boschet, m'a envoyé par la poste des documents issus des archives de Michel pour que je les intègre dans les documents que j'ordonne progressivement dans la collection Geneviève et André Martin. Après une petite frayeur à la poste qui ne trouvait pas mon colis, j'ai finalement pu récupérer l'envoi et l'ouvrir avec précaution pour découvrir, entre autre, quelques photos de films de Bretislav Pojar, des caricatures, des coupures de presse et deux gros paquets d'encres et gouaches sur papier Canson. Caricature d'André Martin par Michel Boschet pour le festival de court-métrages de Tours probablement début des années 60. Collection Geneviève et André Martin - Don de Jean-Michel Boschet Ma gourmandise picturale m'a fait commencer par les 70 dessins à l'encre et gouache du Story board de "Où sont les nègres d'antan". Chaque plan est travaillé pour lui donner un cadre. On y retrouve des commentaires d'André Martin sur l'image et ...le son. Collection Geneviève et André Martin - Don de Jean-Michel Boschet - Image du storyboard du film d'animation "Mais où sont les nègres d'antan" 1962 de Michel Boschet et André Martin avec les commentaires écrits. L'ensemble de ce story board est maintenant scanné et rangé en classeur. Son rangement numérique offre lui le plaisir d'en voir la séquence et de pouvoir naviguer dans ce projet avec ces plans refusés et ceux acceptés. Mais quel est donc ce court-métrage ? Classement des archives - photo Clément Martin Mais où sont les nègres d'antan - Réalisation Michel Boschet et André Martin - 1962 16 minutes - France Scénario, commentaire Michel Boschet et André Martin Photo : Julien Pappé, Jacques Maillet Animateurs Henri Lacam, Michel Roudevitch Décorateur René Fouin Traçage Christiane Gandon Musique : Geneviève Martin Voix Bernard Bing Son D.M.S Pierre Miville Montage Suzanne Caveau Producteur : Anatole Dauman Sociétés de production : Argos Films, Service de la recherche de la RTF, Les Films Martin-Boschet Langue : Français Format : 35 mm Le film nous conte les tribulations d'un "ethnographe" parisien qui se rend dans un petit village au fin fond de l'Afrique. Muni de tout l'arsenal du chasseurs d'images et de son, il mesure, filme et enregistre sons, musiques et danses locales. De retour à Paris il fait fortune avec ses enregistrements et devient célèbre. Il devra finalement rendre comptes au village pour l'utilisation de ces musiques qui ne lui appartiennent pas avec pour finir, un retournement de situation aussi drôle que prémonitoire. Le film nous plonge dans cette "vie précieuse" du village avec ces personnages animés à la limite de l'abstraction (pagayeurs de pirogue, joueurs de tambour). Arsenal d'enregistrement d'images et de son - dessin préparatoire - "Mais où sont les nègres d'antan" 1962 de Michel Boschet et André Martin. Collection Geneviève et André Martin - Don de Jean-Michel Boschet - Image du storyboard du film d'animation Arsenal d'enregistrement d'images et de son -Image du film cette fois. On remarque que le cochon tirelire du "sceptre du chef du village a été ajouté - -"Mais où sont les nègres d'antan" 1962 de Michel Boschet et André Martin - source https://www.senscritique.com/film/mais_ou_sont_les_negres_d_antan/460210 Les influences Les deux compères Michel Boschet et André Martin nous régalent une fois de plus avec un film au graphisme séduisant et moderne à une époque où la France peine à sortir de l'époque coloniale. On y retrouve les influences dont Michel Boschet était le pinceau et André Martin la plume dans plusieurs dimensions. La musique André Martin a toujours eu un environnement musical. Son père était violoniste et il était marié à une musicienne, Geneviève Martin qui a composé la musique du film. Ce n'est donc pas un hasard si son deuxième article dans les cahiers du cinéma en mai 1953 a porté sur Serge Prokofiev et la rencontre de la musique avec le cinéma (1). Le bruitage et la musique sont l'objet d'une attention particulière pour nous plonger avec réussite dans l'atmosphère du village. Dès le premier plan, le film nous invite à sonder "l'âme immense de l'Afrique" avec le chant des pagayeurs d'une pirogue, des bruits d'oiseaux et de forêts tropicales. Première page de « Serge Prokofieff La Musique rencontre le cinéma ». (1953 05 Les Cahiers du Cinéma no 23) La musique est également le sujet principal du scénario. Qu'il s'agisse de l'orgue de barbarie que l'on retrouvera dans "Maison Vole" en 1982 (2) ou du sujet du film très lié au travaux qu'AM mène à la l'époque de la conception du film sur lesquelles il fît une conférence en janvier 1961 au cidalc pour l'UNESCO (3). 20 janvier 1961 1ère page du rapport d'André Martin sur le film d'Art dans la préservation et le développement des Arts et traditions populaires musicales. Collection Geneviève et André Martin La vision prospective La vision prospective du monde , toujours présente chez André Martin, le film qui montre une Afrique forte qui s'affirme, Pour illustrer cette vision permanente, lire l'édifiant article d'André Martin qui , en 1965, nous annonce les comportements sociaux d'aujourd'hui en relation avec l'usage des médias instantanés (4) ou écouter la vision prospective d'André Martin sur le cinéma de synthèse et les médias en 1983 (5) La couverture du numéro d'image et son où est publié l'article d'André Martin affiche le graphisme du film. Image collection Geneviève et André Martin - 1965 03 Image et son no 182 couverture Faith et John Hubley On devine l'influence de Faith et John Hubley sur lesquels André Martin a écrit plusieurs articles (6) (7) (8). John Hubley a reçu aux premières Journées Internationales du Cinéma d'Animation se déroulant à Annecy en 1960 - les 2 premières se sont déroulées à Cannes - le grand prix de la critique internationale pour le magnifique "Moonbird". John Hubley était président du jury , il n'était donc pas possible de lui attribuer un des prix distribués par le jury. Le président du jury John Hubley et André Martin, "l'animateur du spectacle de l'animation", au festival d'Annecy en 1960 - photo de André Gobeli - Collection Geneviève et André Martin. On retrouve chez Hubley et Martin-Boschet des techniques graphiques comparables pour les décors ainsi que des silhouettes stylisées à l'encre noir qui deviennent des motifs. Dessin préparatoire de 1959 Seven Lively Arts - John Hubley - Collection Geneviève et André Martin Dessin préparatoire de 1962 Mais où sont les nègres d'antan- Collection Geneviève et André Martin - Don de Jean-Michel Boschet Dessin préparatoire de 1962 Mais où sont les nègres d'antan- Des silhouettes à l'encre noirs deviennent des motifs abstraits animés - Collection Geneviève et André Martin - Don de Jean-Michel Boschet Le burlesque Le goût du burlesque et du calembour notamment avec le titre du film rappelant le vers de François Villon « Mais où sont les neiges d'antan ? » qui conclut son poème la « Ballade des dames du temps jadis ». La passion de Michel Boschet et André Martin pour le burlesque est déjà prégnante dans la deuxième moitié des années quarante où les jeunes bordelais dévorent les films burlesques américains dans les ciné-clubs. André Martin écrira par la suite dans les années 50 plusieurs articles dans les cahiers du cinéma sur les Marx Brothers et les Buster Keaton. André Martin au milieu des années 40 et Michel Boschet (sans moustache ! ) André Martin et René Rios au Bouscat dans une parodie des Marx Brothers. On peut noter quelques touches humoristiques dans le texte ou dans l'animation comme le "sceptre" du chef du village qui est un une tirelire cochon destinée à recevoir le paiement des prestations réalisées par le village pour l'ethnographe. La sociologie L'ethnographie, un sujet central du scénario du film, est une composante des sciences sociales auxquelles André Martin s'intéresse particulièrement. En août 1961 André Martin fait sa première visite au Canada. La rencontre de sociologues québécois comme Fernand Cadieux, la lecture des livres de Marshall McLuhan (9) (10) qui fera partie de ses deux documentaires qu'AM réalisera à l'ONF (11), vont fortement influencer André Martin qui, sans abandonner le cinéma d'animation va progressivement s'intéresser aux médias et aux "communications sociales" jusqu'à prendre la direction du service de la recherche de la Commission de la Télé Radio Diffusion Canadienne en janvier 1970. Le patrimoine et les époques Même pour les archivistes et historiens en herbe "par la force des choses", la sauvegarde du patrimoine cinématographique et audiovisuel, ses rapports à l'histoire, le rôle de ces conservations interpellent en permanence. Faut-il adapter les mots et les images du passé aux canons moraux d'aujourd'hui ? Retravailler, découper, renommer, avertir ... interdire ? Ou au contraire faut-il respecter scrupuleusement les œuvres dans leur jus pour un véritable témoignage historique du passé pour mieux comprendre le présent et le futur ? Je penche singulièrement pour la deuxième option non sans avoir consulté des historiens à ce sujet pour me rassurer. :-) Et oui, vous l'aurez remarqué le titre du film comporte le mot "nègre", ce mot dérivé du latin niger qui veut dire « noir » en tant que couleur. Ce mot était utilisé depuis le XVIe siècle en France. Il est aujourd'hui considéré comme un terme péjoratif et raciste au point que je n'ai pas fait apparaître le titre du film sur l'annonce de cet article sur les réseaux sociaux sous peine de devoir subir des dizaines voire des centaines de "points de Godwin" instantanément ! On a changé le titre du célèbre “Dix petits nègres” d'Agatha Christie en "ils étaient dix" . S'il faut changer le titre d'un film profondément respectueux d'une Afrique gagnante et de sa culture alors on l'appellera "Mais où sont les neiges d'antan". Ce titre de film digne de" l'absurdie pataphysique" sera un clin d'œil fidèle aux réalisateurs... le titre du film conservera même une dimension prospective ! :-) Le film est visionable en permanence au Forum des Images à Paris ... en attendant de le voir en salle ! Une journée patrimoniale peut en cacher une autre : Cerise sur le gâteau Cerise sur le gâteau suite à la parution de cet article, Jean-Baptiste Garnero du CNC a fourni trois animations réalisées à partir de cellulos et dessins du fonds Michel Boschet déposés au CNC par les ayant droits, animations réalisées par Justin Fayand (ENSAD). Merci à Argos Films pour l'aimable autorisation de diffusion. Animation de dessins et cellules originaux de "Mais où sont les nègres d'antant". Matériaux originaux Fonds Michel Boschet déposés au CNC par les ayant droits, animations réalisées par Justin Fayard (ENSAD) ©Argos Films. L'animation en couleur du personnage existe aussi sur fond noir. Remerciements Merci Jean-Michel Boschet pour ce beau cadeau avec ce premier week-end enthousiaste et laborieux. C'est avec une émotion particulière qu'on manipule les préparatifs d'un films conçus il y a 62 ans avec ses anachronismes, ses visions prospectives, ses talents graphiques, ses influences artistiques, ses directives écrites qui soulignent le but recherché du plan. Ce classement numérique et physique nous plonge au cœur de la genèse de ce film avec ces touchants moments où les auteurs que l'on regrette chaque jour sont soudain si vivants. C'est cela aussi le patrimoine ! Merci à Ellen Schafer d'Argos films, de m'avoir permis de revoir le film dans le cadre de la préparation de cet article et pour la permission de diffuser les animations. Merci à Jean-Baptiste Garnero du CNC, toujours attentionné et attentif à la préservation du patrimoine cinématographique, pour la cerise sur le gâteau. Notes : (1) 1953 05 Les Cahiers du Cinéma no 23 Serge Prokofieff La Musique rencontre le cinéma P 24-25 (2) https://www.gamca.info/post/maison-vole-l-envolée-a-40-ans (3)1961 01 20 - UNESCO - Le Film D'art dans la préservation et le développement des arts et traditions populaires musicales - André Martin (4)1965-03 Image et Son no 182 Ou en est le culte de l'image reine ? (5)1983 03 13 "Le cinéma des cinéastes" - émission de Claude Jean Philippe avec André Martin - émission sur le film "Sans soleil" : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/sans-soleil-de-chris-marker-essai-cinematographique-d-un-homme-multimedia-3676987 (6)1962-08 Montréal 3e Festival International du Film de Montréal John Hubley L'intrépide (7) 1965-07 - Cinéma 65 Spécial Animation - John Hubley Un anarchiste de sang royal - p23-33 (8) Il existe une interview de John Hubley par André Martin et une personne non identifiée qui traduit en anglais quand cela est nécessaire qui a été numérisée. (9) La Galaxie Gutenberg : la genèse de l'homme typographique (trad. Jean Paré), Montréal, HMH, 1967. Titre original en anglais The Gutenberg Galaxy: The Making of Typographic Man, University of Toronto Press, 1962. (10) Pour comprendre les médias , Seuil, coll. Points, 1968, 404 p. (titre original : (en) Understanding Media: The Extensions of Man, McGraw-Hill, New-York, 1964.) (11) 1967 La télévision est là - Réalisation André Martin - Production Office National du Film du Canada et 1967 Image que me veux-tu ?- Réalisation André Martin - Production Office National du Film du Canada. #michelboschet #andremartin #maisousontlesnegresdantan #filmsmartinboschet #cnc #argosfilms
- 63 - Linda veut du poulet ou les tribulations "gallinacières".
Image : https://www.gebekafilms.com/fiches-films/linda-veut-du-poulet/ Linda veut du poulet sort sur les écrans le 18 octobre. Ne manquez pas d'aller voir en salle ce long-métrage d'animation avec les jeunes enfants de votre entourage pour passer un très bon moment qui enchantera tous les spectateurs. Linda Veut du poulet France 2023 Scénario et réalisation : Chiara Malta & Sébastien Laudenbach Création des personnages : Sébastien Laudenbach Création des décors : Margaux Duseigneur Musique originale et Chansons : Clément Ducol Texte Chansons : Chiara Malta & Sébastien Laudenbach Interprétation chanson du générique : Juliette Armanet Voix : Mélinée Leclerc, Clotilde Hesme, Laetitia Dosch, Esteban, Patrick Pineau, Claudine Acs, Jean-Marie Fonbonne, Antoine Momey, Scarlett Cholleton, Alenza Dus, Anais Weller, Milan Cerisier, Nahil Mostefa, Pietro Sermonti, Anna Parent. Production déléguée : Marc Irmer, Emmanuel-Alain Raynal, Pierre Baussaron. Coproduction : Flaminio Zadra Distribution : Gebelkafilms Les réalisateurs On connaissait Chiaria Malta pour ces courts-métrages notamment une trilogie consacrée à l’enfance . Chiara Malta mène une carrière très active travaillant sur plusieurs séries pour la télévision et les plateformes. Linda veut du poulet est son premier film d'animation. Extrait da A comme Azur de Chiara Malta sur https://vimeo.com/757998188 : Dans le monde de l'animation on connait surtout Sébastien Laudenbach, réalisateur de "la jeune fille sans mains", Prix André - Martin pour un long métrage français au festival d'Annecy en 2017 ou encore de Vibrato court-métrage pictural et coquin en hommage à ce paquebot lyrique qu'est l'Opéra Garnier. On retrouve dans les films de Sébastien Laudenbach ce style graphique où l'esquisse confère à l'animation et au mouvement une souplesse, une fluidité et une élégance incomparable. On peut voir la bande annonce de la jeune fille sans main sur : https://www.youtube.com/watch?v=guqRCaZCl_Y On peut voir vibrato sur : https://www.youtube.com/watch?v=ECeiECeaHkQ Le film Le film, véritable éloge du vivant s'il en est, repose sur une base tragique car Linda vit avec sa maman sans son père décédé au court d'un repas. Linda a des rapports plus ou moins tendus avec une mère surmenée et débordée. Linda veut du poulet pour déjeuner, ce caprice a une résonance toute particulière pour Linda et sa mère, qui se sent également coupable d'avoir injustement puni sa fille, part acheter les ingrédients nécessaires pour ce repas. Mais voilà on est jour de grève nationale et les fermetures des commerces compliquent fortement les courses nécessaires à ce repas. Rapports tendus entre Linda et sa maman - Image https://www.miyu.fr/production/linda-veut-du-poulet/ Il s'en suit un enchaînement de circonstances et d'évènements qui transforme ces courses et la préparation du repas en tribulations réjouissantes dont l'intensité ne fait que croître au cours du film à tel point qu'à un moment on se demande jusqu'où va aller ce crescendo rebelle qui rappelle, sur un tout autre thème et dans un style différent, le trépidant et désopilant boléro enchaînant les catastrophes de "Mondo domino" de Suki (1) . Cette succession de péripéties qui prend racine dans les origines du burlesque au cinéma s'avère très distrayante et nous change des scénarios "élaborés" abordant avec gravité des sujets sociaux. Ce long-métrage qui a bénéficié de plus de moyens que "la jeune fille sans mains" conserve cette fluidité de l'animation que nous offre Sébastien Laudenbach dans ses films mais avec plus de couleurs, des couleurs vives qui s'accordent à la fraîcheur que dégage les acteurs dans l'interprétation des personnages. Palette de couleurs associés aux personnages - Image dossier de presse Gebekafilms Ce film grand public nous parle de famille, du monde des enfants, d'une cité qui devient village, de refus d'autorité, de solidarité dans un décors contemporain. Le film rappelle parfois des bandes dessinées plus anciennes ce qui lui confère une dimension plus intemporelle. Quand une citée devient village - Image dossier de presse Gebekafilms Le film a connu un triomphe dans la grande salle de Bonlieu au festival d'Annecy et a remporté le prestigieux Cristal du long-métrage d'animation. Le tout donne un ensemble qui dégage une joie de vivre et un éclat qu'on ne peut qu'applaudir. Sébastien Laudenbach sous les applaudissements à l'issue de la projection du film en avant-première - photo Clément Martin Marcel Jean, d élégué artistique du festival international du film d'animation d'Annecy, Emnnauel-Alain Raynal, Chiara Malta, Sébastien Laudenbach et une partie de l'équipe du film lors de la cérémonie de clôture pour la remise du cristal du long-métrage. - Photo Clément Martin Alors à partir du 18 octobre 2023, emmenez vos enfants au cinéma pour voir "Linda veut du poulet". Vous passerez un bon moment avec eux ... mais attention à leurs demandes culinaires surtout s'il y a grève car vous risquez une petite révolution ! On peut voir la bande-annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=2B_qFtq5nQc (1) Voir Mondo Domino : Le retour de la caricature https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/mondo-domino-le-retour-attendu-de-la-caricature #lindaveutdupoulet #chiaramalta #sebastienlaudenbach #gebekafilms #miyuproductions #dolcevitafilms #annecyfestival #gamca
- 64 - Mars Express : Embarquement immédiat !
Les long-métrages d'animation français ne courent pas les rues même si ce trimestre avec "Linda veut du poulet", "Sirocco et le royaume des courants d'air" et "Mars Express" nous en avons déjà trois qui méritent d'être remarqués. La lutte pour le prix André Martin du long métrage va être rude au printemps prochain au festival national du film d'animation à Rennes ! Nous avons pu voir Mars Express en avant-première dans la grande salle de Bonlieu au festival d'Annecy le 14 juin dernier en présence de l'équipe et des acteurs principaux pour les voix : Léa Drucker et Daniel Njo Lobé. Les spectateurs ont adopté et applaudi ce film attendu. (Difficile d'avoir une place merci à Laurence :-) ) Marcel Jean, délégué artistique du festival d'Annecy, avec l'équipe du film lors de l'avant-première Une séance particulière Nous avons pu revoir le film à la Cinémathèque Française devant une salle à nouveau comble le lundi 20 novembre avant sa sortie deux jours plus tard. La séance était présentée conjointement par la revue sur le Cinéma d'Animation "Blink Blank" et la Cinémathèque Française. Bernard Payen (Cinémathèque Française), Xavier Kawa-Topor et Jacques Kermabon (revue Blink Blank) - Photo Clément Martin A la suite de la projection le réalisateur, le co-scénariste et le producteur Didier Creste ont répondu à nos nombreuses questions. On a pu admirer la complicité entre Jeremy Périn et Laurent Sarfati qui ont pris l'habitude de "sévir" ensemble dans la création. Jérémie Périn et Laurent Sarfati ont répondu avec bonheur à nos questions à l'issue de la séance qui nous ont régalé de confidences complices - Photo Clément Martin Plus d'une centaine de personnes ont travaillé pendant 3 ans sur ce film après deux ans d'écriture et de maturation du sujet pour un budget raisonnable, dix fois moins important qu'une production américaine de ce type pour un spectacle réussi ! Fort de ces confidences et de ces belles séances, voyons de plus prêt quel est ce film grand public original qui enchante des salles combles, un film qui nous change des blockbusters américains et autre Marvel qui finissent parfois par s'imiter eux-mêmes dans un élan autant récursif que cupide. Source image : https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/mars-express-jeremie-perin-avis-10065186/ Mars Express Réalisation Jérémie Périn -- France - 2023 - 1 h 25 Scénario : Laurent Sarfati et Jérémie Périn Direction Artisitique : Michale Robert Musique original : Fred Avril et Philippe Montaye Direction artistique voix : Martial Le Minoux 1ère Assistante Réalisation : Laetitia Nurdin Chefs animation : Nils ROBIN, Hanne GALVEZ, Nicolas CAPITAINE Chefs compositing : Cyprien NOZIÈRES, Christelle SOUTIF Montage : Lila DESILES Sound design : Fanny BRICOTEAU Mixage : Matthieu DALLAPORTA Étalonnage : Grégoire LESTURGIE Production : Everybody on deck Producteur délégué : Didier Creste Producteur exécutif animation : Marc Jousset Distribution France : Gebeka Films Voix : Léa Drucker : Aline Ruby, Daniel Njo Lobé : Carlos Rivera, Marie Bouvet : Roberta Williams, Sébastien Chassagne : l'inspecteur Simon Gordaux, Mathieu Amalric : Chris Roy Jacker, Usul : le Professeur, Geneviève Doang : Jun Chow, Marthe Keller : Beryl, Thomas Roditi : Lem, Nicolas Justamon : Brian Jobi, Jérémie Bédrune : Philippe, Thierry Jahn, Serge Faliu, Eilias Changuel, Barbara Delsol, Nathalie Karsenti, Angéline Henneguelle, Charlotte Junière, Fanny Vambacas, Delphine Braillon, Emmanuel Bonami, Martial Le Minoux, Laurent Sarfati, Renaud Jesionek, Maxime Pacaud, Marie Chevalot Un polar Mars Express s'adresse à un public adolescent ou adulte à qui il offre un polar haletant qui se passe en 2200 principalement sur une planète Mars colonisée, oasis artificielle paradisiaque plantée au cœur d’une planète désertique et hostile à la vie. On y suit les tribulations d'une détective privée, Aline Ruby, et de son partenaire androïde Carlos Ribera qui entre recherche de hackeuse et recherche d'une étudiante disparue vont progressivement nous plonger dans une machination qui doit bouleverser la vie sur Mars. Echanges de coup de feu, courses poursuites spectaculaires, meurtres, personnages mystérieux, tous les ingrédients d'un film d'actions sont réunis pour nous entraîner dans cette histoire et pour résoudre le puzzle dans lequel nous plonge les auteurs. Carlos Ribeira et Aline Ruby dans un "aéroport". source Image https://www.unifrance.org/film/52852/mars-express Une fable de science-fiction Le film est aussi une fable de science fiction qui prend ses racines dans la série de nouvelles "les robots" d'Isaac Asimov (1950) qui fixait les trois lois de la robotique qui gouvernaient le comportement de ces automates. Première édition des nouvelles aux Etats unis en 1950 - image : https://historical.ha.com/itm/books/signed-editions/isaac-asimov-i-robot-new-york-gnome-press-1950-first-edition-typed-note-card-signed-by-asimov/a/6069-30197.s Il reprend les thèmes concrètement présents dans les projets en lente gestation de l'humanité et également présents dans la littérature depuis des décennies ... coloniser la lune pour ensuite coloniser Mars et ainsi ne plus dépendre uniquement de notre unique vaisseau ... la planète Terre. Imaginaire de la colonisation de la lune et de mars. Image https://www.nouvelobs.com/sciences/20161012.OBS9749/coloniser-mars-ou-la-lune-le-dilemme-de-la-conquete-spatiale.html L'univers du film qui nous offre la vision aboutie de ces projets, dans deux siècles, avec un mélange d'éléments prospectifs, mêlés habilement à des éléments familiers, ce qui permet au spectateur de résoudre avec plaisir, petit à petit, sa compréhension de ce monde tout en participant à l'intrigue du scénario d'un spectacle réussi. Vision futuriste avec détails familiers - image : https://www.animationmagazine.net/2023/05/mars-express-director-jeremie-perin-producer-didier-creste-share-a-glimpse-of-life-on-another-world/ Des paysages urbains familiers, des robots modélisés par des descendants de Jean-Paul Gauthier ? :-) - Source Image https://www.animationmagazine.net/2023/05/mars-express-director-jeremie-perin-producer-didier-creste-share-a-glimpse-of-life-on-another-world/ Une réflexion sur notre avenir Comme toujours, les récits de science-fiction s'appuient sur des interrogations, les envies et les angoisses liées au changement, au progrès technique, aux rapports entre les individus pour proposer une vision prospective. A la peur de l'automatisation, de son impact sur notre planète, sur l'emploi, sur les comportements sociaux, aux impacts du numérique, des réseaux et de la communication instantanée qui isolent et virtualisent une partie de notre vie, viennent s'ajouter les angoisses liées à l'usage de l'intelligence artificielle. Le film n'échappe pas à la règle et s'appuie avec acuité sur ces préoccupations contemporaines du spectateur. Les peurs liées à l'intelligence artificielle résonnent particulièrement car elles se sont fortement amplifiées entre de le début de la conception du film et sa sortie avec l'apparition en fanfare des "IA génératives" qui génèrent traduction, texte, images, sons, voix, musiques, animations à partir de base de données et ... de la production des "auteurs". A l'époque où chacun s'interroge sur la réglementation et le cadrage des "GAFAM", Space X, et autre twitter, gigantesques entreprises parfois plus grosses que des Etats, qui s'emparent de nos données les plus intimes, réinventent nos créations, orientent notre jugement et la pensée collective; A l'époque où les moyens de communication, les projets transhumanistes ou spaciaux prétendent façonner des avenirs, de futures conquêtes colonisatrices, de futurs êtres, le film est en pleine résonnance avec son temps pour nous proposer une vision d'un avenir possible. Dans le film, des entreprises privées et leurs monopoles technologiques dominent l'organisation des sociétés où des androïdes, dont certains peuvent conserver la mémoire des défunts, se mêlent avec ambiguïté aux humains. De nouveaux automates, les "organiques" émergent comme une nouvelle technologie révolutionnaire. Le scénario nous immerge dans ce monde crédible au travers d'une enquête policière. Des décors somptueux qu'on survole avec cette extase, des scènes d'actions haletantes nous offrent ces émotions que seul un bel écran de cinéma et le cinéma d'animation peuvent nous procurer. L'intrigue, l'ambiguïté entre l'automate et le vivant nous amènera petit à petit à un dénouement métaphysique et ... spectaculaire. On peut voir la bande annonce su film sur : https://www.youtube.com/watch?v=7iroDVDTPco Alors si vous n'avez pas encore vu le film qui a fait un bon démarrage, "Embarquement immédiat" sur Mars Express pour 1h25 de suspens et d'enquête comme seule le cinéma d'animation peut vous en proposer ! N'oubliez pas d'attacher votre ceinture ... turbulences prévues dès le décollage ! On souhaite un beau succès en France et à l'internationale à ce film qui le mérite. Pour en savoir plus : Mars Express : coexistence artificielle par Jérémy Chommanivong https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/mars-express-jeremie-perin-avis-10065186/ ‘Mars Express’ Director Jérémie Périn Mixes Mature Themes With Anime Influences in Noirish Sci-Fi Thriller By Ben Croll https://variety.com/2023/artisans/global/mars-express-jeremie-perin-anime-mk2-1235639839/ ‘Mars Express’ Director Jérémie Périn & Producer Didier Creste Share a Glimpse of Life on Another World par Ramin Zahed https://www.animationmagazine.net/2023/05/mars-express-director-jeremie-perin-producer-didier-creste-share-a-glimpse-of-life-on-another-world/ Mars Express : critique d’une vraie pépite SF par Antoine Desrues https://www.ecranlarge.com/films/critique/1496302-mars-express-critique-vraie-pepite-sf Coloniser Mars ou la Lune : le dilemme de la conquête spatiale - Par Jean-Paul Fritz - Publié le 12 octobre 2016 - Jean-Paul Fritz - Nouvel Observateur https://www.nouvelobs.com/sciences/20161012.OBS9749/coloniser-mars-ou-la-lune-le-dilemme-de-la-conquete-spatiale.html #marsexpress #jeremiperin #cinemathequefrancaise #annecyfestival #gamca
- 65 - Une jeune planète : "La planète sauvage" a 50 ans.
Le dimanche 26 novembre dernier, le 20e Carrefour du cinéma d'animation nous a encore gratifié d'une soirée remarquable avec la présentation de la planète sauvage par Xavier Kawa-Topor et Fabrice Blin, auteurs du livre "L'Odyssée de la Planète sauvage", accompagné de Jean-Gaspard Páleníček écrivain, traducteur et curateur franco-tchèque qui a également participé aux recherches sur ce film en Tchéquie. Xavier Kawa-Topor, Fabrice Blin et Jean-Gaspard Páleníček nous présente l'histoire de ce long-métrage. Photo Clément Martin Présentation du livre "L'odyssée de la planète sauvage" Nos trois intervenants nous ont raconté l'objet du livre sur la genèse du long-métrage d'animation "La planète sauvage" réalisé par René Laloux, prix du Jury à Cannes en 1973. Image : https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Ils nous ont plongé dans cette genèse avec une abondante illustration, photos d'époques, dessins préparatoires de Roland Topor, éléments de Story Board; autant de témoignages des relations entre René Laloux et Roland Topor, mais également avec les équipes tchèques qui ont fait le film à Prague dans les studios Jiří Trnka héritier de la longue tradition de cinéma d'animation tchèque et du cinéma d'Etat Tchécoslovaque qui a pris un essor international après la deuxième guerre mondiale. René Laloux sur un dessins de la planète sauvage -source photo : https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ La tchécoslovaquie terre d'animation Dès 1945, Jiří Trnka fonde avec Eduard Hofman et Jiří Brdečka un studio d'animation appelé Bratři v triku. Un jeune animateur Josef Kabrt travaille dans ce studio sur les films Le Diable à ressorts(1946) et le cadeau (1946) (1). Le genre cinéma d'animation convient au régime communiste et on assiste à la naissance d'un cinéma d'Etat aux nombreuses productions. Dès 1946, Jiří Trnka remporte le Grand Prix international du dessin animé pour "Les animaux et les gens de Petrov", et Karel Zeman gagne le Grand Prix international du scenario de court métrage avec "Rêve de Noël". Jiří Trnka remporte l'année suivante le Premier Prix du festival du film d'animation de Paris en 1947 et il est de nouveau primé au Festival de Venise 1948 pour son premier long métrage : l'Année tchèque (Špaliček). A partir de 1955, à l'occasion d'un voyage culturel autour du cinéma en Tchécoslovaquie, l'équipe des journées du cinéma est en contact directe avec ces réalisateurs tchécoslovaques (2). Les tchèques sont présents un an plus tard aux premières journées internationales du cinéma d'animation à Cannes en 1956 (3). Pour la première fois des réalisateurs tchécoslovaques, russes, français, américains se rencontrent et découvrent leurs travaux respectifs un festival dédié au Cinéma d'animation. C'est le début d'un mouvement qui se prolongera pour aboutir en 1960 à la création de l'Association Internationale du Film d'Animation toujours active aujourd'hui. C'est dans ce courant porteur que le cinéma d'Etat Tchécoslovaque fait sa promotion et son marketing pour se développer à l'international. Couvertures de catalogues Tchécoslovaque à la fin des années 50. - Collection Geneviève et André Martin Les relations avec la France sur le cinéma sont très étroites avec des associations comme "Paris- Prague" qui font la promotion du cinéma Tchécoslovaque où l'on retrouve André Martin, Marcel Martin, Chris Marker et d'autres personnalités marquante de l'époque sur le cinéma et le cinéma d'animation. Couverture du Numéro 9 de Paris-Prague paru en 1957 ou 1958 consacré au cinéma Tchécoslovaque. Collection Geneviève et André Martin Le cinéma d'animation tchécoslovaque se développe de plus en plus à l'internationale en proposant des prix attractifs pour des films d'animation destinés à la télévision. C'est ainsi que 13 épisodes de Tom and Jerry seront réalisée à Prague au studio Rembrant au début des années 60 pour les Etats-Unis ! A partir de la fin des années 50 le studio Bratři v triku travaille avec Jean Effel sur le long-métrage d'animation "La création du monde" qui sortira en 1962. Josef Kabrt participe à ce film. Il s'est rendu à Paris en 1958 pour rencontrer Jean Effel avec Eduard Hofman et Adolf Hoffmeister (4). L'odyssée de la planète sauvage Quand René Laloux commence travailler avec le studio tchèque, c'est avec une équipe chevronnée dirigée par Josef Karbt qui travaille sur des films d'animation depuis plus de 20 ans dans le studio Bratři v triku et qui a déjà l'expérience de production d'un long-métrage en coproduction avec la France avec "la création du monde". René Laloux doit composer et s'imposer en tant que réalisateur auprès de Josef Kabrt mais doit aussi gérer des échanges plus ou moins facile avec Roland Topor qui a des idées très arrêtées sur le film. La production du film commence à peine en mars 1968 que le printemps de Pragues éclate, suivi des purges associées à la répression des soviétiques. René Laloux croit le film perdu puis la réalisation reprend et l'odyssée continue. Jiří Trnka meurt le 30 décembre 1969, le studio perd son Maître spirituel. Au générique, on voit que le studio de réalisation s'appelle "Jiří Trnka". Est-ce Bratři v triku rebaptisé Jiří Trnka ? (5). Le film se fait non sans tensions et sort en 1973 en deux versions, une française réalisée par René Laloux et une tchécoslovaque avec pour réalisateur au générique ... Josef Kabrt. Le film marque l'histoire du cinéma d'animation et influencera tout un cinéma dans les décennies qui suivront. Il obtient pour la première fois pour un film d'animation, le prix du Jury à Cannes et obtient un large succès populaire en salle. René Laloux jure qu'il ne retravaillera plus avec les pays de l'Est .... ce qui ne l'empêchera pas de recommencer avec la Hongrie cette fois pour la production des Maîtres du temps. :-) La planète sauvage - réalisation Renée Laloux - 72 mn -France-Tchécoslovaquie Réalisation : René Laloux Scénario : René Laloux, Roland Topor, d’après le roman Oms en série de Stefan Wul Dessins originaux : Roland Topor Graphisme : Josef Kabrt Décor : Josef Vana Image : Lubomir Rejthar, Boris Baromykin Son : Jean Carrère, René Renault Musique : Alain Goraguer Chefs animateurs : Jindrich Barta, Zdena Bartova, Bohumil Sedja, Zdenek Sob, Karel Strebl, Jiri Vokoun Montage : Hélène Arnal, Marta Latalova Synchronisation : Hélène Tossy Bruitage : Robert Pouret Paysages sonores et effets spéciaux : Jean Guérin Mixage : Paul Bertault Production : Les films Armorial – ORTF – Cheskoslevensky Film Export, avec Vaclav Strnad et Simon Damiani, André Valio-Cavaglione Distribution : Connaissance du cinéma Studio d’animation : Studio Jiri Trnka et Kratky film à Prague Sortie nationale : 6 décembre 1973 Voix : Tiwa / Jennifer Drake Terr / Eric Baugin Maître Sinh / Jean Topart Terr adulte, le commentateur / Jean Valmont Après ces passionnants échanges qui ont dépassé le temps prévu mais qui nous ont paru si court, on a pu voir le film qui nous raconte l'histoire des Draags, des géants bleus qui cohabitent sur la planète Ygam avec des petits êtres, les Oms. Vulnérables par leur petite taille, les Oms sont au mieux des jouets ou des esclaves pour les Draags au pire, ils sont persécutés voir exterminés. Roland Topor : un univers graphique remarquable Roland Topor artiste et créateur polymorphe a réalisé tous les dessins préparatoires du film. S'il n'a pas participé à la production du film nos intervenants nous ont montré qu'il est intervenu notamment avec des commentaires parfois un peu tranchant sur le story board. Il avait déjà collaboré à deux reprises à des courts-métrages réalisés par René Laloux. Roland Topor a ainsi créé un univers graphique remarquable aussi fantastique qu'onirique et mystérieux. On y distingue de multiples influences avec : Des chimères qui nous rappellent l'œuvre médiévale de Jérôme Bosch; Chimère rappelant l'œuvre de Jérôme Bosch - image https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Une flore étrange tantôt ronde et généreuse et avenante, tantôt hostile ; Une flore parfois hostile : https://www.cinemaniak.net/la-planete-sauvage-un-voyage-onirique-introspectif/ Une faune surréaliste peuplée d'animaux géants étranges, Monstrueux mollusque et un petit détail en bas à droite ... qui aura son importance. Image : https://www.ecranlarge.com/films/842748-planete-sauvage-la Josef Kabrt et l'équipe du studio La technique utilisé pour réaliser le film par le studio tchèque a été le papier découpé. Cette technique consiste à dessiner un élément d'une image, un personnage par exemple, puis à la découper et le colorer. En répétant l'exercice on obtient une suite de "mots" qui permettent ensuite de composer la "phrase" qui constitue une scène. Exemple de suite de papiers découpés permettant moins d'une demi-seconde d'animation- Source image : https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Les studios tchèques ont non seulement respecté le caractère original des dessins de Topor mais l'on sublimé en en animant les composants. René Laloux a rapidement validé l'usage de cette technique pour la réalisation du film qui met si bien en valeur le travail graphique de Roland Topor. Dessin préparatoire de Roland Topor - source https://www.2dgalleries.com/art/la-planete-sauvage-198907 Image du film. On voit ici la fidélité aux dessins préparatoires de Roland Topor. - source https://www.vagabond-des-etoiles.com/cinema/la-planete-sauvage-rene-laloux/ La musique La musique vient compléter cette création avec les compositions originales et innovantes d'Alain Goraguer. Alain Coraguer, décédé en cette année 2023, est un pianiste qui vient du jazz connu aussi comme arrangeur de la variété française (Vian, Gainsbourg, Ferrat)(6). Il a déjà composé la musique de deux courts-métrages de Laloux et Topor (Les Temps morts, 1964 ; Les Escargots, 1965). Cette fois-ci le compositeur puise dans la musique électronique de son temps avec des synthétiseurs planants, des claviers électriques et des flûtes qui nous enveloppent d'un son suave, des guitares électriques au son chaud des amplificateurs analogiques de l'époque et des batteries et des basses qui rythment et tendent le propos musical. On pense aux premiers Pink Floyd ou à Tangerine dream. N'oublions pas que le film est coproduit par le service de la recherche de l'ORTF fondé par Pierre Schaeffer en 1960. Pierre Schaeffer au sein de son service a non seulement encouragé constamment le cinéma d'animation à commencer par André Martin et Michel Boschet au tout début du service (7) au sein du "groupe de recherche image" mais également la recherche sur la musique concrète et la musique électronique au sein du "groupe de recherches musicales". On peut imaginer qu'il y a eu une certaine porosité entre le GRM et Alain Coraguer dont la musique se démarque des deux précédents courts-métrages. Les compositions d'Alain Coraguer complètent un ensemble qui nous transporte dans cette planète sauvage et nous emporte dans certaines rêveries psychédéliques ou autre expériences surréalistes du film. Hommage à Alain Coraguer - Image : https://www.reddit.com/r/criterion/comments/113rofv/rip_alain_goraguer/?rdt=61434 - Serge Gainsbourg, un draag, Alain Goraguer, Jacques Brel et Michel Legrand, d'après une photo originale de Jean-Pierre Leloir/Gamma-Rapho 1960. Une parabole sur l'humanité Les situations du film et les allégories qui le peuplent nous plongent dans une parabole sur l'humanité. L'oppression des Oms par les Draags résonnent avec tous les conflits idéologiques de la fin des années 60. Le film évoque un univers Orwelien où se décide facilement l'oppression. Assemblée où sont annoncées les décisions - Image : https://www.facebook.com/bangkokscreeningroom/photos/a.735252879902865/2867070086721123/?type=3&locale=hi_IN Dans cette parabole, on retrouve les préoccupations de l'époque qui résonnent encore aujourd'hui : exterminations d’un peuple, divisions et conflits, conquête de l’espace, progrès de la science. C'est grâce au partage de la connaissance et à la technologie qu'une issue sera trouvée et que pourra s'achever cette oppression. Apprentissage de la connaissance chez les Draag. - source Image https://capricci.fr/wordpress/product/lodyssee-de-la-planete-sauvage/ Le roman de Stefan Wul avec sa trame scénaristique rêvée, le génie graphique de Roland Topor, le savoir-faire volontaire et intrusif de Josef Kabrt et de son équipe, la musique de Alain Coraguer et l'obstination de René Laloux nous ont donné ce chef d'œuvre intemporel qui a maintenant 50 ans et qui a conservé toute la jeunesse de la planète sauvage. A voir et revoir dès que c'est possible dans une salle de cinéma ou avec le livre et le DVD paru pour les 50 ans de cette planète. On peut voir une bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=ZkIAkDsiUoo Notes : (1) Je n'ai pas (encore) trouvé de générique complet de ces films mais le lien suivant mentionne Josef Kabrt comme animateur https://mubi.com/fr/cast/josef-kabrt (2) voir Genèse du festival d'Annecy 3e partie : Des journées internationales pour le cinéma d'animation par Clément Martin - https://www.gamca.info/post/genèse-du-festival-d-annecy-3-des-journées-internationales-pour-le-cinéma-d-animation (3) A partir de 1960, les Journées Internationales du Cinéma d'Animation se tiendront à Annecy. (4) L'année Trnka par André Martin dans Paris Prague no 9 p3 (5) Information à confirmer. (6) Alain Goraguer, mort d’un compositeur discret par Thierry Jousse Publié le 15 février 2023 https://www.lesinrocks.com/musique/alain-goraguer-mort-dun-compositeur-discret-538319-15-02-2023/ (7) La place d'un "septième arts bis" au sein du service de la recherche : Martin et Boschet deux hermès de l'animation par Amandine Bertin dans Des Mondes possibles - Le service de la recherche de la télévision française et le cinéma d'animation. INA Editions 2022 sous la direction de Sébastien Denis Pour en savoir plus : L'Odyssée de "La Planète sauvage" - Xavier Kawa-Topor, Fabrice Blin - Capricci Les sons de la science-fiction dans La Planète sauvage de René Laloux (1973) - Aurélie Huz Dans Sociétés & Représentations 2020/1 (N° 49), pages 211 à 219 Éditions Éditions de la Sorbonne "René Laloux, Le Maître du genre" - par Xavier Kawa-Topor dans la revue Blink Blank no 5. "La Planète sauvage", comment ce film de science-fiction français a révolutionné le cinéma d'animation ? par Yann Lagarde avec intervention filmée de Xavier Kawa-Topor. https://www.radiofrance.fr/franceculture/la-planete-sauvage-comment-ce-film-de-science-fiction-francais-a-revolutionne-le-cinema-d-animation-2815329 Passé, Présent, Futur - La science-fiction dans les films d'animation du Service de la Recherche par Sébastien Denis p127-137 dans Des Mondes possibles - Le service de la recherche de la télévision française et le cinéma d'animation. INA Editions 2022 sous la direction de Sébastien Denis #laplanetesauvage #renelaloux #josefkabrt #rolandtopor #alaingoraguer #carrefourducinemadanimation #forumdesimages #gamca
- 66 - Herbe verte : Le chemin du cri
Rouge, la jeune femme héroïne du film - Image https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Le 20e carrefour du cinéma d'animation s'est déroulé du 22 au 28 novembre au forum des images. La compétition court-métrage pro nous a de nouveau révélé de belles découvertes dont le tourbillonnant "l'herbe verte" d'Elise Augarten. Herbe verte réalisation Elise Augarten France 12 mn Scénariste : Élise Augarten Animation : Élise Augarten et Valentine Delqueux Montage : Marthe Poumeyrol Montage son : Carlos Abreu Décors : Élise Augarten Auteur de la musique : Carlos Abreu Bruitage : Miguel Gonçalves Etalonnage : Andreia Bertini Mixage : Carlos Abreu Producteur délégué : Marc Faye Producteur étranger : Bruno Caetano Producteur exécutif : Marc Faye Coproducteur : Philippe Aussel Directeur de la photo : Guillaume Hoenig Directeurs de production : Marc Faye , Magali Hériat , Susana Miguel António , Bruno Caetano La réalisatrice Elise Augarten - Image https://www.unifrance.org/annuaires/personne/431533/elise-augarten Ce court-métrage a été développé avec Novanima Production, le soutien de la région Nouvelle-Aquitaine, il a aussi bénéficié de la Résidence francophone d'écriture pour le cinéma d'animation à Meknès grâce à la NEF Animation et le FICAM en 2019. Rouge, notre héroïne, prend le train pour retourner dans la maison de ses vacances quand elle était enfant. Les paysages défilent, maisons et végétations se succèdent et nous captivent pour nous plonger dans le monde intérieur de Rouge. Quoi de plus intime que les souvenirs retenus dans notre mémoire avec ses joies, ses angoisses, ses tristesses. Rouge s'immerge dans son enfance pour se retrouver. Les paysages défilent à la fenêtre du train déformé par la vitesse. Ils nous emmènent dans les rêveries et les souvenirs de Rouge. - Image https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Les techniques utilisées mêlant fusain sur papier, pastels gras et images réelles permettent à la réalisatrice de nous promener entre le réel et le dessin. Elle joue ainsi à un premier niveau entre le réel et les égarements songeurs de son héroïne. A un deuxième niveau, des variations d'images figuratives et abstraites reliées ou non au récit nous plongent dans le tourbillon intérieur où Rouge retrouve son enfance et des souvenirs perturbants qui nous mènerons aux pleurs et au cri. Enfin un jeu graphique réussi nous fait naviguer entre des sensations sombres et inquiétantes, des projections oniriques et les décors de ce train qui porte le message (1). Immergé dans ce cheminement intérieur, chacun pourra y projeter son interprétation, les douleurs, frustrations et angoisses de son enfance avant de rejoindre cette maison au milieu de l'herbe verte. Des images impressionnistes frôlant l'abstraction. - Image https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Où le réel se confond avec le monde des souvenirs d'enfances dans un tourbillon onirique. Image : https://colaanimation.com/herbe-verte-by-elise-augarten-in-production/ Le cinéma d'animation a cette faculté de vous projeter dans les sensations profondes d'un être humain, sensations qui, si vous essayer les décrire, relèvent plus de l'abstraction que de la description d'un réel. Elise Augarten nous en fait avec son film une démonstration remarquable en nous proposant ce chemin du cri. On peut voir la bande-annonce du film sur https://vimeo.com/774334597 (1) Petite interprétation sociologique, inspirée des travaux de Marshall McLuhan durant les années 60 pour qui le médium (ici le train) est le message (ici se plongeon dans l'enfance). :-)
- 67 - Le Piaff 2024 arrive bientôt !
Image https://www.facebook.com/PIAFF.France/?locale=fr_FR Vous piaffez d'impatience ? Tenez bon ! La 16e édition du "Paris International Animation Film Festival" débute le 16 janvier au studio des Ursulines à Paris. Le studio de Ursulines vous attend ! - Photo Clément Martin L'équipe du Piaff nous a préparé une fois de plus un programme aussi varié qu'étonnant de courts métrages d'animation. Alexis Hunot, le directeur artistique du festival, a dû faire des sacrifices pour sélectionner les films des programmes Courts, Etudes, Musique et Horizon tant les films intéressants étaient nombreux. Marie-Pauline Mollaret, présidente du Piaff, nous proposera de son côté deux séances de films expérimentaux et la compétition jeunesse. Le programme est disponible sur https://www.facebook.com/PIAFF.France/?locale=fr_FR Au-delà des trésors qu'on va pouvoir découvrir, on pourra rencontrer de nombreux réalisateurs qui viendront présenter et nous parler de leurs films. Vous pourrez voter pour les prix du public après chaque séance. l'équipe du piaff avec Antoine Bieber le graphiste de l'affiche et de la bande d'introduction des séances du festival, Alexis Hunot le directeur artistique et Anne Ory la directrice avec l'urne de votes dépouillée après chaque séance - photo Clément Martin Il y aura bien sûr quelques surprises et les "after" débridés où l'on discute à bâton rompu de cinéma d'animation. Le réalisateur canadien Steven Woloshen, le critique Francis Gavelle, la réalisatrice Florentine Grelier et la présidente du Piaff Marie-Pauline Mollaret en grandes discussions post-projection. Photo Clément Martin Alors rendez-vous le mardi 16 janvier à 19 h 00 pour la soirée d'ouverture et le début d'un festival festif. La preuve, il y a même un champagne qui s'appelle Piaff ! :-) Image https://champagnepiaff.com/products/piaff-brut-nv GAMCA reviendra bien sûr sur les films qui seront projetés très prochainement ! #piaff #studiodesursulines #gamca
- 68 - Soirée d'ouverture du Piaff, c'est le 16 Janvier !
Portrait de famille de la réalisatrice croate Lea Vidakovic, un hommage à Johannes Vermeer ? Image : https://www.facebook.com/photo/?fbid=832345228691831&set=pcb.832345335358487 Le Piaff a lieu au studio des Ursulines à partir de mardi 16 janvier et nous offre encore cette année un programme de courts métrages d'animation remarquable. Voir https://www.gamca.info/post/le-piaff-2024-arrive-bientôt pour se rappeler pourquoi il ne faut pas manquer les séances du PIAFF. Au programme de la soirée d'ouverture mardi 16 janvier : Femme ( ژن) - de Gilnaz Arzpeyma et Arash Akhgari ... à découvrir ! L'expérimental "Que nos corps traversent" de Geneviève Bélanger Genest Canada 2022 qui va glisser et ... nous glacer. Herbe verte de Élise Augarten - France nous proposera le chemin intérieur d'un cri. Image : https://www.unifrance.org/film/56672/herbe-verte Lire l'article de Gamca et regarder la bande annonce sur : https://www.gamca.info/post/l-herbe-verte-des-souvenirs-et-un-cri Le très attendu "Bien mieux" (Daug Geresnis) de la réalisatrice lituanienne Skirmanta Jakaitė qui nous avait déjà happé dans un court-métrage "kafkaïen" avec Le Jongleur en 2018. Avec "Coming out autistic" , Steven Fraser porte la parole de la communauté LGBTQ+ et de l'autisme. Voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=SWDBA0QXgNw Les Marrons glacés - Delphine Hermans & Michel Vandam abordera avec humour le thème du vieillissement et de la perte de mémoire. Voir la bane annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=jjQklz0Xw-4 Rosemary A.D. ( After Dad) de Ethan Barret un court métrage coloré sur la paternité. voir la bande annonce sur : https://www.youtube.com/watch?v=2tCHtsAiJ1E Suivra un "Portrait de famille" de la réalisatrice croate Lea Vidakovic, un hommage à Johannes Vermeer ? Image : https://www.facebook.com/photo/?fbid=832345228691831&set=pcb.832345335358487 On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=CPLoEu0eufY On terminera par le sombre Marioupol, cent nuits - Sofiia Melnyk sur la folie infernale de la guerre en Ukraine. Image https: //www.facebook.com/photo/?fbid=832345128691841&set=pcb.832345335358487 On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=7YlUT11Vh8E Alors ne manquez pas cette belle séance ! à Mardi ! #piaff #studiodesursulines #gamca
- 69 - Piaff Jour 2 : Vive les courts !
Le Moine Seishin (Monk Seishin)de Ryotaro Miyajima Image https://www.facebook.com/photo/?fbid=832538915339129&set=pcb.832539468672407 Marie-Pauline Mollaret et Alexis Hunot ont procédé à l'ouverture du festival hier ! A nous les courts métrages d'animation du monde entier ! Marie-Pauline Mollaret et Alexis Hunot ouvrent le festival. Photo Clément Martin Après une belle séance de projections, avec sous-titres bilingues Français-anglais s'il vous plaît, Elise Augarten, la réalisatrice de "herbe verte", nous a parlé de son film et du chemin intérieur qu'il porte. Elise Augarten nous parle de son film - Photo Clément Martin En fin de séance un "after" au coin de la rue des Ursulines ... avec un curieux serveur ... Le directeur artistique du festival s'est improvisé serveur ! - photo Clément Martin Pour ceux qui n'ont pas pu venir ils peuvent se rattraper avec deux séances aujourd'hui : Court-Métrage pro no 2 à 19 h 00 et Horizon no 1 à 21 h 00 Pour la deuxième séance de la compétition courts métrages pro du PIAFF 2024 au studio des Ursulines, l'équipe du festival nous propose un beau programme. Le Moine Seishin (Monk Seishin)- Ryotaro Miyajima- Japon ... Le plaisir de l'encre animée. Image https://www.animajifestival.com/monk-seishin Le Maître des marécages - Sasha Svirsky - Allemagne Hâte de voir ce nouveau court-métrage de Sasha Svirsky qui nous avait régalé avec le débridé, coloré et décalé " My Galactic Twin Galaction" . Pour en savoir plus sur Sasha Svirsky voir son site https://www.sashasvirsky.ru Image https://mubi.com/en/fr/films/the-master-of-the-swamps Le Sexe de ma mère - Francis Canitrot Vous pouvez enfin voir le sexe de ma mère ! Ne pas manquer ce film sur une mère âgée et la dépendance vis à vis de son fils dans un film cru qui a de quoi épuiser tout un bus de psychanalystes avant de les raccompagner dans les bonnes convenances de l'Art grâce à un final surréaliste. Image : Eli Court-Métrage d'animation dans ELI-20729.pdf par Francis Canitrot Gamca vous en dit plus dans " Pourquoi il faut voir le sexe de ma mère" sur : https://www.gamca.info/post/pourquoi-il-faut-voir-le-sexe-de-ma-m%C3%A8re La Saison pourpre – Clémence Bouchereau Un chant silencieux sur la puberté réalisé sur l'écran d'épingle de Claire Parker et Alexandre Alexeieff. Le film a obtenu le prix André Martin pour un court-métrage d'animation à Annecy en juin dernier. Il est en compétition pour le césar 2024 du court-métrage d'animation. Gamca vous en dit plus sur avec "Annecy 2023 : Prix André-Martin pour un court-métrage français ... on va se régaler ! 1er partie" : https://www.gamca.info/post/annecy-2023-prix-andré-martin-pour-un-court-métrage-français-on-va-se-régaler-1er-partie L'appétissant "Comezainas" de Mafalda Salgueiro suivra. Vous pouvez voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=y3aopSUUjp0` Avec "Aaaah !" de Osman Cerfon vous pourrez même hurler d'un rire puéril si vous en avez envie ! Voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=V6i4UqXa3M0 Les Rêves de Kato (კატოს სიზმრები) - Tsotne Rusishvili - Géorgie à découvrir. "Eté 96" de Mathilde Bédouet suivra avec un joli souvenir coloré de vacances bretonnes avec quelques ennuis qu'on ne souhaite à personne mais qui arrivent. Vous pouvez voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Q7lqy-QCDgE On terminera bien sûr par une chute ! avec Le Cactus (O cacto) du brésilien Ricardo Kump On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=_7BoT3VzQdY Rendez-vous le mercredi 17 janvier au studio des Ursulines à 19 h 00 pour une belle séance de courts métrages comme on les aime ! #Piaff #studiodesursulines #gamca
- 25 - Le Festival d'Annecy a 60 ans : conservateur, dirigeants et docteurs, l'examinent !
Yael Ben Nun, Cécile Noesser, Stéphanie Emmanuelle Louis, Dominique Puthod, Mickaël Marin pendant la conférence. - Photographie Clément Martin Conférence 60 ans d'animation à Annecy Covid 19 oblige, cette conférence prévue pour 2020 s’est tenue finalement le jeudi 28 octobre 2021 au Musée du Château d’Annecy. les intervenants Yael Ben Nun : Responsable des collections de cinéma d'animation au Musée-Château d'Annecy, Cécile Noesser : Docteur en sociologie, Auteur de " La résistible ascension du cinéma d'animation - Socio-genèse d'un cinéma-bis en France (1950-2010)." On peut se procurer le livre sur : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_resistible_ascension_du_cinema_d_animation_socio_genese_d_un_cinema_bis_en_france_1950_2010_cecile_noesser-9782343090337-50893.html Stéphanie Emmanuelle Louis : Docteur en histoire contemporaine. Auteur de "La cinémathèque-musée une innovation cinéphile au cœur de la patrimonialisation du cinéma en France (1944-1968)" On peut se procurer le livre sur : https://www.lalibrairie.com/livres/la-cinematheque-musee--une-innovation-cinephile-au-coeur-de-la-patrimonialisation-du-cinema-en-france--1944-1968-_0-6593298_9782370290236.html · · Dominique Puthod : Président du festival d’Annecy, Auteur de "Le Festival international du film d'animation 50 ans d'une histoire animée. Le livre semble épuisé mais il existe des exemplaires d'occasion sur : https://livre.fnac.com/a8986616/Dominique-Puthod-Le-Festival-international-du-film-d-animation · Mickaël Marin : Directeur du Festival d’Annecy. Cette belle ville d'Annecy Avant tout, il faut savoir que pour se rendre à cette conférence, il fallait venir à Annecy ! Revoir et se délecter de cette si belle ville qui accueille le cinéma d'animation depuis 61 ans. Comme il ne faut pas arriver en retard à la conférence, on arrive en avance et on peut prendre un peu de temps et déambuler dans cette ville magnifique. Deux personnages clefs Cette conférence a été forcément dense car elle avait pour objectif de présenter dans un format de deux heures les moments clefs de l’animation à Annecy, les installations d’exposition et les actions actuelles pour le développement du Festival. Cécile Noesser nous parle d’abord de deux personnages clefs de cette histoire André Martin et Michel Boschet et nous présente un extrait de l’émission « Le 7e Art Bis » de Michel Boschet et André Martin réalisé en 1961 par Jacques Manceau. Cette émission en deux parties de 27 et 24 minutes illustraient les différentes techniques d'animation avec tout l'humour et l'enthousiasme de Michel Boschet et André Martin, ces deux "hérauts" du cinéma d'animation. L'extrait présenté nous montre MB et AM en ouvreurs de salle de cinéma présentant la séance tout en accueillant les spectateurs. Ce film est extrêmement précieux car il nous montre tout l'esprit "forain" des "Journées du cinéma" où MB et AM y assurait un spectacle apprécié du public. Ces deux pionniers militants du Cinéma d'Animation occupaient tous les rôles à l'origine au travers de leurs réalisations, articles, expositions, présentations animées et des festival qu'ils ont créés et fait vivre comme les journées du Cinéma, le festival de courts-métrages de Tours, les Journées Internationales du Cinéma d'Animation et ... le festival d'Annecy ! Image INA : André Martin et Michel Boschet démontrant le modèle burlesque du mouvement de deux personnages évoluant dans des rythmes en opposition sur une musique militaire dans le 7e Art Bis. Photo collection Geneviève et André Martin : Coupure du presse du Dauphiné Libéré, le 14 décembre 1954 sur les Journées du Cinéma à Valence. Ces deux bordelais fréquentent assidûment les ciné-clubs bordelais durant les années 45-49 et démarrent leur carrière dans la publicité et la presse bodelaise locale : voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-gen%C3%A8se-d-annecy-1-des-cin%C3%A9-clubs-et-des-bordelais En 1950, André Martin et Michel Boschet, montent à Paris et continuent à fréquenter avec passion la vingtaine de ciné-clubs parisiens. AM est vite reconnu comme un des orateurs des débats post-projection. Il y défend l'animation considérée comme un sous-produit dans les ciné-clubs. C’est lors de ces séances que MB et AM font la connaissance d'un autre passionné du cinéma, Pierre Barbin, qui anime le ciné-club de Versailles depuis 1945; Il reconnait en AM le présentateur idéal pour animer les séances de ciné-club du mardi dans l'un des cinémas de Charles Edeline. Le politique, le créatif et théoricien Image collection Geneviève et André Martin : extraite de Oust-France : "Les journées du Cinéma de Nantes vous proposent un exceptionnel weekend de cinéma". Probablement 1955. En 1950 se forme la Fédération Centrale des Ciné-Clubs qui née d'une scission avec la FFCC. Le premier président est Abel Gance et le président d'honneur Jean Cocteau. Pierre Barbin actif dans cette création, en est le premier secrétaire. Michel Boschet et André Martin adhèrent à cette nouvelle fédération. Le 5 Janvier 1951, André Martin, Michel Boschet, Pierre Barbin, membres actifs de la nouvelle Fédération Centrale des Ciné-Clubs, envisagent l'organisation de manifestations d'un type nouveau, les" Journées Du Cinéma". Il s'agissait d'atteindre ponctuellement l'ensemble du public d'une ville en restituant au Cinéma une couleur et un attrait que des années d'habitudes lui avait fait perdre. Il fallait pour cela un esprit forain et spectaculaire pour captiver un large public. Le 14 Novembre 1951 l'Association "Les Journées du Cinéma » est créée par André Martin, Michel Boschet, Pierre et Gisèle Barbin. Fort de la notoriété grandissante des manifestations organisées par le ciné-club de Versailles, l'activité de ces trois passionnés se structure. Si on schématise le rôle de chacun : Pierre Barbin est le politique qui organise et cherche à développer l'activité en s'appuyant sur les qualités de ses deux plus jeunes équipiers, Michel Boschet le créatif qui dessine, réalise, illustre, organise les expositions, André Martin est le théoricien qui structure et porte le discours de propagande en faveur du cinéma. Les journées du cinéma qui se déroulent dans un premier temps à Versailles connaissent un grand succès et se déploient progressivement dans les villes de province. voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-gen%C3%A8se-d-annecy-2-des-journ%C3%A9es-pour-le-cin%C3%A9ma L'équipe anime les journées dans de nombreuses tournées dans des villes de province dont Annecy en 1955. Annecy a à l'époque un des ciné-clubs les plus important de France. On y projette des films à la rencontre d'un public populaire dans toute la ville à l'aide d'une camionnette qui sert de moyen de projections itinérant. On projette des films McLaren à la sortie des usines, Alexandre Nevski au pied des murailles. Photographie Musée d'Annecy : 1955 Journées du cinéma Annecy - projection du « Petit Soldat » (1947) de Paul Grimault. François Truffaut résume en 1954, dans la revue Arts, l'influence des journées du cinéma sur la fréquentation des salles de cinéma : « Où passe la jeune équipe de ces journées, l’herbe ne repousse plus entre les rangées de fauteuils. » Forte du succès des journées du cinéma, l'équipe présente à Cannes en 1955 une exposition en hommage aux pionniers du cinéma d'animation qui situe les origines du cinéma en 1892 avec les pantomimes lumineuses d'Emile Reynaud ... Un clin d'œil alors que Cannes fête en grande pompe les 50 ans du cinématographe anniversaire de "la sortie des usines Lumières" qui date de ... 1895. L'exposition est un succès, elle fait découvrir l'histoire méconnue de ces pionniers au public cinéphile du festival. L'équipe des journées revient l'année suivante à Cannes. Les débuts de l'internationalisation du Cinéma d'Animation. En 1956, l'équipe des journées du cinéma qui s'est agrandi avec l'arrivée d'un copain de régiment de Michel Boschet, Raymond Maillet ainsi que d'Edouard et Fabienne Chamard présente à Cannes les premières "Journées Internationales du Cinéma d'Animation". Ces premières JICA permettent une première rencontre des acteurs du cinéma d'animation de qui se découvre avec plaisir et étonnement. Les patrons du ciné-club d'Annecy, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister à cette 1ère édition des Jica en marge du festival de Cannes. André Martin dans un compte-rendu de ces premières JICA dans les cahiers du cinéma no 60 écrit : "Jusqu’à présent les rencontres entre réalisateurs de différents pays ne pouvaient être qu’accidentelles, privées et unitaires, survenues à l’occasion de voyages entrepris pour d’autres films. Ces premières journées internationales du cinéma d’animation ont marqué la fin de ces contacts accidentels et préparé des relations permanentes ». Photographie collection Geneviève et André Martin : Atamanov - Imanov Vano - Karl Zeman - Jiri Trnka - Eduard Hoffman - Paul Grimault - Alexandre Alexeieff - Claire Parker - Henri Grule - Pierre Barbin - André Martin- Jean Jabely - La femme qui tend le micro restera-t-elle inconnue ? Pour plus d'informations sur les Journées Internationales du Cinéma voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/gen%C3%A8se-du-festival-d-annecy-3-des-journ%C3%A9es-internationales-pour-le-cin%C3%A9ma-d-animation L'industrie du cinéma d'animation française de l'époque Stéphanie Louis nous a dressé un panorama de l'animation française de l'époque qui se caractérisait par son caractère artisanal et une faiblesse structurelle. Des années 50 aux années 80 seuls deux studios aux prétentions industrielles verront le jour pour ensuite disparaître le studio des gémeaux de Paul Grimault et les studios Idefix. Le 19 janvier 1957, suite au premières JICA, l’idée de promouvoir l'animation française dans le cadre d'une association a germée dans un groupe d’animateurs et de promoteurs du cinéma d’animation français réunissant entre autres : Alexandre Alexeïeff, Arcady, Berthold Bartosch, Omer Boucquey, Paul Grimault, Henri Gruel, Jean Image, Raymond Maillet, Pierre Barbin, de créer l'Association des Artistes et des Amis du Cinéma d'Animation. Cette association a pour objectif d’unir et de coordonner les acteurs de l’animation française et d’organiser les soutiens pour mieux développer l’animation dans sa dimension créative et innovante. Le cinéma d'animation français se structure et cette nouvelle association vient compléter le dispositif de l'AFDC qui continue ses actions avec les journées du cinéma, le festival de Tours et les JICA. l'ACA deviendra l’AFCA en 1971. Documents Collection Geneviève et André Martin : Premier bulletin de l'ACA Couverture en septembre 1958. Si la profession se structure, la réalisation de films d'animations en France reste artisanale avec de petites unités qui apparaissent de 1951 à 1970. : Les Cinéastes Associés (Jacques Forgeot, 1953) accueillent les plus grands animateurs français, voire européens : Alexandre Alexeïeff, Etienne Raïk, le trio Bettiol-Lonatti-Bettiol... Les autres structures marquantes de cette période sont : les Films Jean Image (1937), le studio Albert Champeaux (1952), les Films Paul Grimault (1953), la Comète (André Sarrut, 1953), la Société Française de Production (1957), les Films Martin Boschet (1959), Magic Film (1960, Julien Pappé), le Service de la recherche de l’ORTF (1960). Cinémation (1964 Manuel Otéro), AAA (1973, Jacques Rouxel), Bélokapi (1968), IDDH (1977). Voir https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/4101532-1829-Une-petite-histoire-du-cinema-d-Animation.pdf ) Expositions et conservation des œuvres Le patrimoine cinématographique a été conservé jusque dans les années 60 par des initiatives individuelles. Henri Langlois qui depuis 1936 compile, rattrape, sauve de nombreuses œuvres et éléments historique est le premier a créer un musée permanent. Les journées du cinéma en construisant de nombreuses expositions ont contribué ont permis une prise de conscience du patrimoine du cinéma d'Animation sans pour autant construire une structure permanente pour l'exposition de ce patrimoine. A partir de la fin des années 50 de nouvelles organisations se créent dans le prolongement des journées du Cinéma et des JICA. En 1960, L'ASIFA est créée lorsque quelques grands réalisateurs de films d’animation du monde entier se réunirent au Festival d’Annecy pour créer une association internationale du film d’animation. Parmi eux : Norman McLaren (Canada), John Hubley (Etats-Unis), Ivan Ivanov-Vano (URSS) et Paul Grimault (France). Les JICA et l'ACA constituent progressivement des collections sur le Cinéma d'Animation. En 1967 Raymond Maillet organise une rétrospective mondiale du cinéma d'Animation à la demande de la cinémathèque canadienne. En 1971 l'Association Française du Cinéma d'Animation est créée présidée par Paul Grimault. Raymond Maillet en est le délégué général. Annecy, met en place en 2005 une structure permanente d'exposition et de conservation des œuvres en crénant le Musée du film d’animation qui s’appelait initialement Citia Expo. Au mois de janvier 2015, l’AFCA a procédé au dépôt dans les collections des Musées de l’agglomération d’Annecy de l’ensemble de ses documents originaux. L’AFCA dispose en effet d’une collection entièrement dédiée au cinéma d’animation depuis les années 1930. C’est un fonds unique en son genre dans le domaine, dont la plupart des éléments ont été rassemblés par Raymond Maillet. Création du Festival d'Annecy Lors des Journées du Cinéma à Annecy en 1955, les patrons du ciné-club, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister aux éditions des Jica en marge du "grand" festival. Suite aux deuxièmes Journées Internationales du Cinéma d'Animation, l'AFDC envisage de déplacer les journées dans une autre ville que Cannes afin de mieux promouvoir l'évènement. Annecy avec son lac, ses montagnes, ses canaux et son activité touristique, offre un cadre agréable et les infrastructures hôtelières nécessaires pour recevoir les participants. La proximité de l'aéroport de Genève permet de répondre au caractère international de la manifestation. Son activité cinéphilique intense avec son ciné-club, la présence et l'implication d'Henry Moret et Georges Gondran complète le cocktail initial qui va permettre à ce projet de se concrétiser. Cette vue du casino d'Annecy qui peut accueillir les manifestations ne parle-t-elle pas d'elle même ? En novembre 1958, Pierre Barbin et Jacques Flaud, directeur du CNC, proposent officiellement à Annecy d'accueillir les 3e JICA pour ainsi devenir "la terre d'accueil du cinéma d'animation". Il faut convaincre la municipalité d'accueillir cet évènement et il faut trouver les financements. L'époque pionnière et intuitive des journées s'efface progressivement pour laisser place à une organisation nécessairement plus structurée. Henri Moret et Georges Gondran, qui ont déjà beaucoup œuvré pour que ce projet, ont dû convaincre la municipalité et son député-maire Charles Bosson. La ville d'Annecy était motivée par un événement nouveau qui la démarque de ses rivales hydrothermales. Mais le budget de cette manifestation était très important pour une ville de 30 000 habitants. Grâce à l'énergie du député maire, des équipes qui montent l'évènement et grâce à l'appui du Ministère des affaires culturelles, du CNC et du Ministère des affaire étrangères, le budget sera bouclé. Charles Bosson sera partie prenante du projet. Ces 3e JICA seront un succès et se tiendront tous les deux ans. Documents Collection Geneviève et André Martin : Première page du no 5 d'"Annecy 1960" consacré au palmarès. Pour plus d'informations sur le premier festival d'Annecy voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/gen%C3%A8se-du-festival-d-annecy-3-des-journ%C3%A9es-internationales-pour-le-cin%C3%A9ma-d-animation Interruption du Festival En 1968, Pierre Barbin quitte la direction du festival d'Annecy pour prendre la direction artistique et technique de la Cinémathèque Française suite à l'évincement d'Henri Langlois à qui on doit la constitution de ce patrimoine : "Non à la barbinthèque ! ". Ce changement suscite un tollé dans le monde du cinéma et Henri Langlois est finalement réintégré. Image collection Geneviève et André Martin: Couverture des Cahiers du cinéma no 199 "l'affaire Henri Langlois". Le départ de Pierre Barbin du festival d'Annecy provoque une interruption du festival d'Annecy de 1968 à 1971. Grâce à l'engagement du sénateur-maire Charles Bosson, des réalisateurs et du ciné-club que le retour du Festival est possible. C'est Raymond Maillet, le bras droit de Pierre Barbin, qui lui succède à la direction des Jica. Passionné d’animation, il possède une connaissance exceptionnelle des films et des auteurs. Jusqu’en 1975, le Festival va connaître une hausse de participation, qu'il s'agisse des professionnels présents, des abonnés ou des spectateurs. Au cours de cette période, la dimension patrimoniale est particulièrement mise en évidence avec des expositions régulières au Musée-Château. Mais la courbe de la fréquentation s’inverse dès 1977. Le schisme A partir de 1977 différents courants mettent en cause la direction du festival : Sélection des films par des comités composés uniquement de français, Remise en cause des anciens par des plus jeunes, Rejet des images animées par ordinateur, Volonté de décentralisation alors que le secrétariat des JICA est à Paris, volonté renforcée par la politique de décentralisation à partir de 1981. Il y eu notamment une conférence de presse houleuse où Michel Boschet, Michel Roudevitch, André Martin et Raymond Maillet furent pris à partie par la jeune génération sur la sélection du Festival. (J'ai le verbatim de cette réunion mais ... il faut que je le retrouve ! Et oui je n'ai pas fini le travail de classement fin. :-) En attendant de retrouver ce précieux document voici un extrait de l'article de Thierry Steff au sujet d'une polémique née de la non sélection d'un film chilien dans http://annecymemory.blogspot.com/2012/08/1977-conference-de-presse-houleuse.html : "La guillotine n'est pas montée sur le Pâquier mais l'ambiance est là, faute d'explications rationnelles sur ce refus des têtes doivent tomber. Dans les plus "critiques", Il y a quelques membres de l'équipe du fanzine Fantasmagorie (première publication en France sur le dessin animé dans laquelle Jean-Pierre Jeunet y rédige d'excellentes chroniques avec ses amis Phil Casoar, Marc Caro, etc.) dont André Igual n'est pas en manque d'arguments. Dire que tous les noms d'oiseaux y sont passés durant cet échange houleux dans une salle du Casino serait presqu'un euphémisme. Sur la scène Michel et André n'y tenant plus, en sueur, se défendent comme des diables, presque menaçant, sortis de leurs gonds ils répondent mot pour mot avec une rare énergie. Tout le monde est excité, l'atmosphère est électrique. Rarement une conférence de presse aura suscité autant de réactions (quel temps béni). L'important, c'est que tout le monde a échangé et donné son avis sur la question, même ceux qui n'avaient pas vu le film d'ailleurs… Peu importe la mauvaise foi, Chacun y est allé sur ce "Jury suppo de l'impérialisme dominant" (j'y vais fort, c'est vrai, mais la situation était tellement risible) devait rendre compte devant le peuple présent.". Je me souviens d'un passage de cette retranscription où André Martin essaie en vain d'expliquer le critère instrumental dans la sélection d'un film. Pour André Martin, le sujet n'était pas suffisant pour justifier la sélection d'un film, la dimension esthétique, les techniques et les instruments permettant la "synthèse" du mouvement et "le contrôle opérationnel de l'œuvre" étaient pour lui des critères essentiels. André Martin revenu du Canada en 1977 pour rejoindre le Groupe de recherche Image de l'INA, cultive le paradoxe d'être à la fois un de ces "pionniers conservateurs" des JICA et un promoteur visionnaire et prospectif de l'Animation par ordinateur rejeté alors par le milieu du cinéma d'animation. Il organise cette même année en "Festival off" (une première !), au cinéma Vox, une conférence-démonstration époustouflante sur l'avenir des images animées par ordinateur. Des débats et des polémiques animés, voir féroces, entre les "Annéciens", le "secrétariat parisien" et les réalisateurs se font de plus en plus fréquents avec une multiplication des controverses qui aboutit à un schisme lorsque le CNC tranche en faveur d'Annecy. En 1982 Raymond Maillet doit abandonner la direction du Festival et l'équipe parisienne est évincée. On assiste alors à une séparation douloureuse : le secrétariat permanent est transféré de Paris à Annecy, un comité de sélection international est mis en place, un clivage au sein se créé de la profession devant une "municipalisation" du festival, l'AFCA se retire complètement et coupe les ponts avec les nouveaux organisateurs les laissant seuls avec une page blanche à écrire sans documentation, fichiers et sans archives, Raymond Maillet et l'AFCA créent le festival national d'animation à Marly le roi et qui se tient aujourd'hui à Rennes. André Martin, toujours en avance, organise une manifestation sur les "nouvelles images" au Forum International sur la télévision de Monte-Carlo en 1981 qui deviendra à partir de 1982 le forum sur les "nouvelles images". Si aujourd'hui il subsiste encore des aigreurs et des ressentis de cette séparation trop brutale, il faut tout de même noter qu'elles se sont atténuées avec le temps, que le festival d'Annecy s'est considérablement développé à l'international, que le festival National de Rennes continue assurer la promotion du cinéma d'Animation Français. On ne peut pas éviter quelques "compètes" ici ou là, mais la promotion du cinéma d'Animation ne reste-t-elle pas l'essentiel ? Il ne faut cependant pas oublier le rôle majeur qu'a joué Raymond Maillet en tant qu'historien du cinéma d'Animation, conservateur et archiviste et lui rendre cet hommage. Cécile Noesser évoque un "Henri Langlois du cinéma d'Animation" . (voir : https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/4101532-1829-Une-petite-histoire-du-cinema-d-Animation.pdf) . Photographie du regretté André Gobeli, mémoire photographie du Festival d'Annecy, qui nous quitté en 2020. Raymond maillet (à droite partageant les origines du cinéma d'Animation). Développement du festival d'Annecy Dominique Puthod nous relate les débuts de la nouvelle équipe dans un contexte ou la presse française soutient plutôt Raymond Maillet et les réalisateurs internationaux, la nouvelle équipe d'Annecy. Un comité de sélection international est créé jusqu'en 1982. Le festival se développe : en 1980, la sélection se faisait à partir de 400 films en 1997 à partir de 1 500 films et aujourd'hui 3 000 films. En 1985, la première édition du Marché international du film d'animation (Mifa) est ainsi coorganisée par le Cica et l'agence Octet. Pour Jack Lang, Ministre de la culture de l'époque, ce marché "répond à la nécessité d’envisager aujourd’hui l’évolution de ce secteur dans son ensemble et plus particulièrement dans ses aspects économiques". Pour le Cica, ce marché doit permettre aux films présentés en sélection officielle de trouver plus facilement un distributeur. Les politiques publiques mises en œuvre dans les années 80 ont ainsi créé un environnement favorable pour l’animation française et favorisé l’émergence d’un secteur économique national. Le ministre de la Culture nommé en 1981, Jack Lang, donne une véritable chance au développement de la manifestation avec la promotion des "nouvelles images" et la mise en place du "Plan Image". Photographie : https://www.annecy.org/actualites:a2472 En 1997 le festival d'Annecy est annualisé ce qui permet à celui-ci d'avoir plus facilement une équipe permanente. En 2006, la fusion d’associations qui administraient le festival permet la création de CITIA, Image & industries créatives, avec un statut d’établissement public de coopération culturelle (EPCC). Un gros parmi les petits ou un petit parmi les gros ? Pour finir cette conférence très dense, Mickaël Marin nous a présenté les enjeux pour le festival dans les années à venir. Le festival d'Annecy est "le plus grand festival d'animation" dans le monde mais également un "petit festival" vis à vis des grands festivals de Cinéma. Les Combats et les défis d'hier sont toujours présents aujourd'hui et l'équipe du festival a conservé l'esprit des militants des origines. Le festival a dû et doit faire face aux défis actuels qu'ils soient sanitaires, climatiques ou à la concurrence d'autres festivals. Pour conserver sa place le festival doit continuer à faire le grand écart entre un festival international et des manifestations locales. Il doit continuer à aller au-devant du public en développant les manifestations destinées au grand public : L’Hivernal Festival est de retour pour une deuxième édition, dans les salles de cinéma d'Annecy (commune nouvelle) et de Haute-Savoie, du 2 au 5 décembre 2021. CITIA étudie des possibilités d'atteindre plus le grand public pendant le Festival en Juin et tout au long de l'année. Un grand projet est en préparation au Haras d'Annecy où sont déjà présentées des séances en pleine air pendant le festival ainsi que des expositions temporaires.. La cité du cinéma d'animation Image : https://actu.hautesavoie.fr/explorez-actu/le-haras-dannecy-accueillera-la-cite-du-cinema-danimation Destinée au grand public, cette Cité du cinéma d’animation va permettre à tous les habitants, les scolaires et les jeunes, ainsi qu’à tous les visiteurs de la ville, d’accéder à des activités et des évènements autour du film d’animation et de l’éducation à l’image. Cette Cité sera un lieu d’échanges, de visites, de découvertes, d'immersion avec : une exposition permanente pilotée par le Musée-Château qui possède aujourd’hui une belle collection dédiée au cinéma d’animation), des expositions temporaires, un espace de médiation, et d’éducation à l’image, une salle de projection et de conférences, une résidence d’artistes. source : https://www.annecy.fr/220-le-haras.htm Voilà un lieux parfait pour une exposition pour le centenaire de la naissance d'André Martin en 2025 qui proposerait une histoire de l'Animation au travers de 50 ans d'un parcours d'exception ! :-) En route vers Annecy 2022 Bien sûr, il n'est pas possible en deux heures de parcourir l'histoire du Festival. Il nous faudrait plusieurs conférences pour parler des œuvres projetées, des réalisateurs, de l'évolution de la création mais cette conférence a permis d'apprendre beaucoup de choses. Merci aux organisateurs et aux intervenants ! Le festival d'Annecy reste une affaire de passionnés. Les deux dernières éditions ont été extrêmement complexes à organiser avec la crise sanitaire avec une édition 2020 100% en ligne et une édition 2021 où il a fallu retenir son souffle jusqu'au bout pour savoir si elle allait bien avoir lieu in situ en complément de l'édition en ligne. Malgré la dimension prise le Festival d'Annecy, la passion des pionniers est toujours là ! Il nous tarde maintenant de découvrir, en juin 2022, la prochaine page de cette passionnante épopée. Image : https://www.annecy.org
- 24 - LM² : L'abstraction illustre.
LM² France / 2020 / 4 min / Numérique Réalisation, sons et musique Gilles Cuvelier LM² primé au Piaff Alexis Hunot, directeur artistique du PIAFF, a l'art de sélectionner et de mettre en valeur des courts métrages d'animation à part. Il nous a ainsi permis de voir, sur un bel écran de cinéma, la cette curiosité qu'on avait pu que découvrir sur un écran d'ordinateur. Le film a pris toute son ampleur visuelle et sonore pour nous offrir une œuvre remarquable lors du festival qui s'est tenu début Juillet 2021 au studio des Ursulines. Gilles Cuvelier considérait son film comme un passe-temps, un clin d'œil à l'enfermement, un moyen de tirer quelque chose de cet isolement forcé entre une longue mission sur un long-métrage et un nouveau court-métrage d'animation qu'il allait commencer. Il n'a d'ailleurs pas songé à le proposer aux festivals d'animation et était presque surpris de cette sélection et encore plus d'obtenir un prix ! :-) Le film a obtenu le prix "Prix du son, de la conception sonore" dans la Compétition Pro du PIAFF. L'artisant confiné Heureux de faire une pause dans l'animation 2D dessinée, Gilles Cuvelier s'est lancé dans un "bricolage" totalement improvisé, et sans prétentions composé de tests, de ratés, d’expérimentations. Un bricolage pour essayer de faire un film de ces promenades autorisées pendant le premier confinement. Ces promenades que les urbains ont tous connues en tournant en rond dans leur rayon d'un kilomètre, des promenades de bagnards répétitives, sans but, limitées par une frontière administrative. Gilles Cuvelier a réalisé ce film seul pendant le premier confinement en avril 2020 en le fabriquant à partir des sons et des photos prises avec son téléphone pendant ses promenades. A cette "matière" est venu s'ajouter des photos satellites qui reconstituent le trajet de ses promenades qui sont la base du film. Enfin un "fil rouge" symbolise le parcours. C'est le seul élément dessiné du film. Image Gilles Cuvelier : Vue satellite et fil rouge. Gilles Cuvelier s'est donné 4 ou 5 jours pour faire le film, sans méthodologie, en improvisant sur After Effect, logiciel de compositing particulièrement adapté au traitement d'image et à cette démarche. La seule contrainte qu'il s'est imposé est de respecter le plus possible la cohérence des lieux, du trajet entre les photos satellites, les photos prises sur place et le fil rouge, Une première version terminée, Gilles Cuvelier s'est attaqué à la bande son en créant d'abord une maquette de musique pour ajuster les différents moments du film en utilisant Garage band et un clavier midi branché sur son téléphone ! Puis il a effectué des allers retours entre image et son afin de les corriger en complétant les sons avec de nouveaux enregistrements quand c'était nécessaire. Gilles Cuvelier a ensuite fait un mix son avec les moyens du bord, sans aucune connaissance technique dans ce domaine. Pas mal pour un prix du son ! :-) La promenade On peut s'interroger sur l'intérêt de distinguer un film bricolé en 4 jours avec un téléphone, un ordinateur et un clavier midi. Pourtant Gilles Cuvelier nous offre ici une magnifique expression abstraite de ce qu'on a pu ressentir durant le premier confinement. Avec ce film; il se situe dans la lignée des nombreux artisans créatifs, solitaires du cinéma d'animation qui l'ont précédé. Les images qu'il a saisi durant ces promenades deviennent des abstractions dont les motifs s'animent, vibrent, grésillent en osmose avec le son et la musique. Image Gilles Cuvelier : LM² Vibrations et textures. Gilles Cuvelier a su exprimer nos sensations lors de ces curieuses promenades où on pouvait éventuellement entrapercevoir de rares humains anonymes. On perçoit subrepticement des voix inintelligibles, autant d'éléments décalés qui accompagnent les bruits des pas du promeneur et qui soulignent le caractère solitaire de ces trajets, ces chemins étanches, anonymes. On cherche à comprendre des brouhahas grésillants, on perçoit le son d'une voiture ou d'un oiseau. Des synthés qui nous enveloppent progressivement et les images souvent en plongée nous immerge dans la bulle du promeneur. Image Gilles Cuvelier : LM² vu minérale. On sent une certaine tension s'installer dans cette promenade où seuls des matières minérales inertes nous accompagnent dans une désagréable sensation de vide. Cette tension s'exprime aussi dans l'image abstraite où les formes vibrent dans un impossible dialogue avec le promeneur solitaire et dans la musique qui prend l'ampleur. Image Gilles Cuvelier : LM² vue plongeante et minérale. Finalement le vivant semble reprendre ses droits après cette promenade, cet entredeux portes forcé autant indispensable que souvent décevant et avec pour conclure un petit rappel en image qui est lui très concret. :-) Quelques Confidences Petit clin d'œil à l'actualité du moment, la voix incompréhensible a été construite à partir d'une allocution d'Emmanuel Macron concernant le confinement. Le son a été inversée (hommage à Geoff Emerick ? :-)) rendant les paroles incompréhensibles. En tendant bien l'oreille on reconnait la voix de notre président. Ah oui, le titre énigmatique : LM² vient de la ville où habite le réalisateur : Hellemmes. Le ² exprimant la surface permise (π km² pour les intimes :-)). Séance Le cinéma d'animation dans tous ses états à la Cinémathèque Française Vous pouvez voir le film sur Youtube mais ne vous privez pas d'aller le voir à la séance "Le cinéma d'animation dans tous ses états" organisée Francis Gavelle et la Cinémathèque Française, le lundi 22 novembre 2021 à 20h00 à la Cinémathèque Française. Vous verrez alors comment "l'abstraction illustre" à la perfection les sensations qu'on a pu connaître en environnement urbain pendant ces "promenades". Au programme une belle sélection de film d'animation français dont le très beau "Rivages" de Sophie Racine, Prix André-Martin 2020 du court-métrage français à Annecy. (voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/prenez-une-bouffée-d-air-pur) Vous pouvez prendre votre place et voir le programme sur https://www.cinematheque.fr/seance/35992.html?fbclid=IwAR3lp5SLiIHIMEAVJl2Hw8ZQOnlHtqXlTyWLX72RckQF7SXXXEwC5RPLfD0. Merci à Gille Cuvelier pour nos échanges qui ont permis la rédaction de cette article. A lire L'interview de Francis Gavelle , membre du comité “Animation” de l’Académie des César, coordinateur du “Prix André Martin” et programmateur du "cinéma d'animation dans tous ses états" par Marie-Pauline Mollaret dans Ecran Noir : https://www.ecrannoir.fr/2021/11/18/rencontre-avec-francis-gavelle-programmateur-du-cinema-danimation-dans-tous-ses-etats-a-la-cinematheque/?fbclid=IwAR09KgUcAq6lH0hSTJ1AfLx2LoaMchWDfXGLq72viIIVY6-ZV8g-CTvesns
- 23 - Naissance du cinéma Informatique 2e partie : Les années 60 et les pionniers du numérique.
Les pionniers avec leurs systèmes qu'ils soient électroniques, photo-mécaniques ou calculateurs analogiques ou encore systèmes d'affichage, ont exploré les voies d'un cinéma expérimental innovant qui nous fait penser aujourd'hui que ces pionnier étaient déjà prêt 20, 30, 40, 50 ans avant à explorer les possibilités qu'allaient offrir l'informatique et les images numériques. voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-1ère-partie-des-pionnières-et-des-pionniers Mais l'histoire ne faisait que commencer. André Martin a poursuivi dans son article l'inventaire de la genèse de la naissance de l'image numérique .... Si on attribue à John Whitney le premier ordinateur analogique avec sa machine, aux techniques electro-mécaniques dans les années 50 (voir article "la ville" à témoin sur https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-ville-à-témoin), des pionniers de l’image par ordinateur émergent dès les années 60. La firme Bell Labs a créé en 1948, le transistor est créé par (grâce aux ingénieurs John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley). Il a permis dans les années 50 de rendre les ordinateurs moins encombrants, moins gourmands en énergie électrique donc moins coûteux : c'est la révolution dans l'histoire de l'ordinateur ! D'autre part Texas Instruments a mis au point en 1958,le circuit intégré qui va encore réduire la taille et les coûts des ordinateurs durant les années 60. Lee Harrison (1929–1998) et le système Animac Image : http://www.scanimate.com/Pics/Animac.jpg Lee Harrison construit un ordinateur d’animation graphique « Animac » à partir de fin 1959 qui sera développé jusqu’en 1964. Ce système permettait un habillage sommaire à partir de coordonnées obtenus par rotoscopie. Images : Actrice avec les capteurs de mouvements, les écrans de contrôles permettant d'obtenir l'image numérique associée. sources : https://www.vice.com/en/article/wnkbzz/this-is-what-1970s-motion-capture-tech-looked-like et : http://www.vasulka.org/Kitchen/PDF_Eigenwelt/pdf/092-095.pdf . Lee Harrison a poursuivi ainsi avec de nouveaux moyens la quête du mouvement humain chère à Etienne Jules Marey dès les années 1870. Image : https://www.youtube.com/watch?v=EZkP9YJGfow Etienne Jules Marey (1830-1904) Capture du mouvement en chronophotographie Ivan Sutherland (1938 - ) Ivan Sutherland est souvent considéré comme le créateur du « Computer Graphics ». En 1963 dans le cadre de sa thèse de doctorat au MIT « Sketchpad, A Man-Machine Graphical Communication System » il crée un langage qui permet la gestion de la première interface graphique de l’histoire. Ce système a été mis au point sur un ordinateur datant de 1956 le Lincon TX-2 qui à l’époque était une machine innovante avec une capacité mémoire importante : 64K octets. :-). Ce système gérait également un stylet lumineux qui interagissait avec un écran. Pour lire la thèse : https://dspace.mit.edu/handle/1721.1/14979 Ivan Sutherland mis au point son langage de contrôle qui permettait de tracer des lignes rectilignes ou des arcs de cercle pour composer des figures et de modifier la position des sommets pour déformer celles-ci en fonction de calculs topologiques soit directement sur l’écran soit sur une « tablette ». Une ensemble de boutons permettaient de contrôler le tracé avec des fonctions de type effacer, bouger, etc... (Voir THE VERY BEGINNING OF THE DIGITAL REPRESENTATION – IVAN SUTHERLAND SKETCHPAD. 13/12/2018. https://bimaplus.org/news/the-very-beginning-of-the-digital-representation-ivan-sutherland-sketchpad/ ) Photographies : Ivan Sutherland using Sketchpad in 1962 - https://history-computer.com/sketchpad-complete-history-of-the-sketchpad-computer-program/ Tracé direct à l’écran à l’aide du stylet lumineux in https://gfycat.com/fr/gifs/search/sketchpad André Martin nous décrit l’importance des travaux de Ivan Sutherland : « Ivan Sutherland semble être le premier à avoir compris comment les ordinateurs pouvaient aider ses contemporains à visualiser, à comprendre, à rêver. C’est à partir de ces travaux qu’émerge l’idée nouvelle de dessiner directement sur l’écran cathodique, de manipuler l’image ou une de ses parties, de moduler les éléments repérables et de les réemployer à n’importe quelle échelle ou place. » On peut voir un film d’époque de démonstration de sketchpad sur you tube : « Ivan Sutherland Sketchpad Demo ». Cette première interface graphique annonçait les futurs logiciels d’animation qui allaient suivre. Sutherland, visionnaire, avait bien prévu les développements possibles de son travail en animation. Voici ce qu'il écrit en 1963 p.130 en conclusion de sa thèse : "Sketchpad need not be applied only to engineering drawings. The ability to put motion into the drawings suggests that it would be exciting to try making cartoons. The capability of Sketchpad to store previously drawn information on magnetic tape means that every cartoon component ever drawn is available for future use ». Réalité augmentée Ivan Sutherland a travaillé également sur de nombreux sujets innovants dont … la réalité virtuelle. André Martin ne souligne pas ce point dans son article mais à une époque où il y a une catégorie Réalité Virtuelle à Annecy on ne résiste pas à l’envie d’en dire quelques mots. Historiquement parlant la première trace de réalisations d’un système de réalité virtuelle date de 1962 où Morton Heiling a réalisé un prototype pour un projet d’immersion dans une cabine Sensorama. Cette cabine faisait appel aux cinq sens et permettait au spectateur une immersion dans un film proposé à l’écran. Imaginé à partir des années 50, Sensorama comprenait un écran en couleurs, des ventilateurs, des émetteurs d’odeurs, un système de son stéréo et une chaise mobile. Photographie la cabine Sensorama in https://ai-news.ru/2020/05 sensorama_pervyj_v_mire_simulyator_virtualnoj_realnosti_sozdannyj_v_nachale.html C’est Ivan Sutherland à l’université de l’Utah qui invente à proprement parlé la réalité augmentée avec un groupe d’étudiants en informatique : Bob Sproull, Quentin Foster et Danny Cohen. Ils mettent au point le premier casque d’immersion qui permettait la superposition d’images filmées et d’images graphiques numériques comme un cube en filaire en 3 dimensions. Surnommé l’épée de Damocles le système voit le jour en 1968. Voir le film de démo : https://www.youtube.com/watch?v=D0T2vycGi6E Images : https://www.ulyces.co/news/le-premier-casque-de-realite-virtuelle-a-ete-invente-en-1968/ 1963 Kenneth C. Knowlton (1931-) Dans les années 60, les laboratoires Bell est un des endroits les plus innovants de la planète qui regroupe des chercheurs du monde entier. On doit à ce laboratoire de nombreuses découvertes parmi lesquelles le transistor, le système d’exploitation Unix ou encore le téléphone cellulaire. En 1963 Ken Knowlton travaille aux laboratoires Bell et développe le langage de programmation BEFLIX (Bell Flicks) produisant des animations de « bitmaps » (tableaux de pixels) en utilisant un ordinateur IBM 7094 et un enregistreur de micro-films Stromberg-Carlson 4020. A l’aide de ce premier langage d’animation par ordinateur K. Knowlton réalise un premier film de 10 mn en 1963 : « A Computer Technique for the Production of Animated Movies ». Ce film d’animation en 8 degré de gris avec une résolution de 252 x184 explique les principes techniques du système permettant sa réalisation à l’aide de codes Ascii générés par Beflix. On peut voir le film sur https://www.historyofinformation.com/detail.php?id=3467 et sur Youtube. On peut voir le film sur https://www.historyofinformation.com/detail.php?id=3467 et sur Youtube. En 1966, Ken Knowlton et Leon Harmon expérimente la photo-mosaique avec de larges impressions construites à partir de symboles ou d’images. Photographie Nokia Bell Labs : Ken Knowlton et Leon Harmon. Dans leur étude de « Perception I » Ils numérisent des photographies de nue de la danseuse Deborah Hay puis convertissent l’image en associant des symboles en fonction de la densité. Un alphabet de 11 symboles étaient utilisés. 3 de ces symboles pouvaient être l'objet d'une rotation pour rompre la monotonie du résultat. Image : Symboles utilisés pour le rendu in https://jimboulton.medium.com/studies-in-perception-a-restoration-story-241cd8c75ab1 Les bureaux des ingénieurs s’encanailleraient-ils ? Ces premières réalisations fondées sur des motifs (patterns) ne nous emmèneraient-elles pas tranquillement vers de nouvelles formes d'art ? Le New York Times le 11 Octobre 1967 célèbre immédiatement cette alliance de l'art et de la science. Image : article du NYT in https://jimboulton.medium.com/studies-in-perception-a-restoration-story-241cd8c75ab1 Une impression est présentée à une des premières exposition d’art par ordinateur : « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age », au musée d’art moderne de New York en 1968. Aujourd'hui cette image a sa place dans les galeries d'Art Moderne. Image exposition en 2017 à la galerie Bonner Kunstverein. Photo: Anne Pöhlmann images : 1966 computer-generated nude - Harmon and Knowlton - Nude https://crosslabcollab.wordpress.com/2014/03/28/ken-knowlton/ https://www.blendspace.com/lessons/gLAP1wkPsdJT5Q/test Stan Vanderbeek (1927-1984) Cet artiste expérimental rejoint Ken Knowlton aux laboratoires Bell en 1965. Il réalisera avec Ken Knowlton une série de courts-métrages Poem fields no1 à no 8 au milieu des années 60 en utilisant Un package « Tarps » à base du langage Beflix que lui a développé K. Knowlton pour que Stan Vanderbeek puisse réaliser ces films de manière autonome. Des textes fournis à la machine sont retravaillés de manière rythmique et graphique et mis en musique. Avec Stan Vanderbeek et l'évolution des langages graphiques, l'image se "pixelise", se colore, se synchronise avec la musique. Une utilisation de motif un peu plus agile apparaît permettant des abstractions animées et ouvrant de nouvelles dimensions esthétiques. Image : Stan Vanderbeek dans https://expcinema.org/site/en/wiki/artist/stan-vanderbeek Images : Poem Field no 2 in https://lux.org.uk/work/poemfield-2 et Poem Field no7 in https://www.blackmountaincollege.org/vanderbeek-vanderbeek/ Voir Poemfield no 2 (1966 et non 1971 come indiqué sur youtube) Stan VanderBeek a également réalisé « man and his world » à l’occasion de l’exposition universelle de Montréal en 1967 où André Martin l'a rencontré. Sur le même principe que la série Poemflield avec une succession flash de lettres et de motifs. Peu d’images disponibles, on peut voir le film sur On peut voir le film sur https://archive.org/details/1967STANVANDERBEEKManAndHisWorld. (serveur très lent). Image : http://dada.compart-bremen.de/item/artwork/643 Lilian Schwartz (1927-) : La participation de nouveaux artistes contribuent au développement des langages graphiques. En 1966, Schwartz s’intéresse à l’art cinétique. Lillian Schwartz présente une sculpture cinétique et interactive : Proxima Centauri lors de l'exposition « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age », qui s'ouvre en 1968 au musée d’art moderne de New York. Elle y rencontre Leon Harmon qui l'invite aux Laboratoires Bell. Elle y passera .. 23 ans. Image : Lillian Schwartz à Bell Labs - http://lillian.com Lillian Schwartz y trouve un univers riche et créatif avec des chercheurs ouverts, sans préjugés sur le parcours des personnes. Elle y découvre la programmation et l’informatique et collabore avec de nombreux scientifiques dont Ken Knowlton qui développe à nouveau pour des langages de programmation lui permettant de créer des images numériques. Pixillation 1969 - 4 mn Ces rencontres donnent un premier film mixant des peintures animées et des motifs générés par ordinateur. Mieux vaut arriver détendu pour la projection où se succèdent des flash hallucinogènes de motifs colorés ou de tâches peintes en mouvements accompagnés par la musique saccadée de Gerhson Kingley qui complète une véritable expérience sensorielle en tension. « Cette écriture plastique » est « attentive aux réponses physiologiques du spectateur ». La « combinaison atypique de talents artistique et technologique », l’usage de motifs graphiques plus avancés ainsi que de la couleur illustre l’avancée des images numériques rendues possibles par l’usage des langages de programmation. Images Pixillation 1969 : https://digitalartarchive.siggraph.org/artwork/lillian-f-schwartz-kenneth-c-knowlton-pixillation/ Voir le film « Pixillation » sur https://vimeo.com/56480534. On ne pouvait pas terminer cette deuxième partie sans parler de Norman Mclaren (1914-1987). Norman Mclaren s'est bien sûr intéressé à ces nouvelles techniques et à leur potentiel. Mais on trouve peu de chose à ce sujet et André Martin n'en parle pas dans son article. Les seules informations que j'ai pu recueillir à ce jour sont quelques mots de Marcel Jean dans son article d'octobre 2010 "L’ONF par ceux qui l’ont imaginé". (voir https://www.erudit.org/fr/revues/images/2010-n149-images1510320/62862ac.pdf) : "On doit à McLaren et à Jodoin ce qui caractérise aux yeux du monde la production d’animation de l’ONF : une approche artisanale et expérimentale, un esprit d’innovation surtout qui amène McLaren à réaliser des tests dessinés par ordinateur dès 1967 (Birdling)." Enquête en court sur ces tests auprès de l'ONF pour en savoir plus. Photographie collection Geneviève et André Martin : Norman McLaren sur les tests de "Birdlings". Photographie : https://www.senscritique.com/film/Birdlings/25441769/images La découverte de cet univers que nous a décrit André Martin va se poursuivre dans la prochaine partie de cet article sur les années 70 . Nous allons assister à une explosion créative dans l'usage de l'ordinateur par des artistes, à laquelle contribuera Lillian Schwartz ; on évoquera également les œuvres de Peter Foldes produite à L'ONF par René Jodoin. A suivre .... :-)











