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- 25 - Le Festival d'Annecy a 60 ans : conservateur, dirigeants et docteurs, l'examinent !
Yael Ben Nun, Cécile Noesser, Stéphanie Emmanuelle Louis, Dominique Puthod, Mickaël Marin pendant la conférence. - Photographie Clément Martin Conférence 60 ans d'animation à Annecy Covid 19 oblige, cette conférence prévue pour 2020 s’est tenue finalement le jeudi 28 octobre 2021 au Musée du Château d’Annecy. les intervenants Yael Ben Nun : Responsable des collections de cinéma d'animation au Musée-Château d'Annecy, Cécile Noesser : Docteur en sociologie, Auteur de " La résistible ascension du cinéma d'animation - Socio-genèse d'un cinéma-bis en France (1950-2010)." On peut se procurer le livre sur : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_resistible_ascension_du_cinema_d_animation_socio_genese_d_un_cinema_bis_en_france_1950_2010_cecile_noesser-9782343090337-50893.html Stéphanie Emmanuelle Louis : Docteur en histoire contemporaine. Auteur de "La cinémathèque-musée une innovation cinéphile au cœur de la patrimonialisation du cinéma en France (1944-1968)" On peut se procurer le livre sur : https://www.lalibrairie.com/livres/la-cinematheque-musee--une-innovation-cinephile-au-coeur-de-la-patrimonialisation-du-cinema-en-france--1944-1968-_0-6593298_9782370290236.html · · Dominique Puthod : Président du festival d’Annecy, Auteur de "Le Festival international du film d'animation 50 ans d'une histoire animée. Le livre semble épuisé mais il existe des exemplaires d'occasion sur : https://livre.fnac.com/a8986616/Dominique-Puthod-Le-Festival-international-du-film-d-animation · Mickaël Marin : Directeur du Festival d’Annecy. Cette belle ville d'Annecy Avant tout, il faut savoir que pour se rendre à cette conférence, il fallait venir à Annecy ! Revoir et se délecter de cette si belle ville qui accueille le cinéma d'animation depuis 61 ans. Comme il ne faut pas arriver en retard à la conférence, on arrive en avance et on peut prendre un peu de temps et déambuler dans cette ville magnifique. Deux personnages clefs Cette conférence a été forcément dense car elle avait pour objectif de présenter dans un format de deux heures les moments clefs de l’animation à Annecy, les installations d’exposition et les actions actuelles pour le développement du Festival. Cécile Noesser nous parle d’abord de deux personnages clefs de cette histoire André Martin et Michel Boschet et nous présente un extrait de l’émission « Le 7e Art Bis » de Michel Boschet et André Martin réalisé en 1961 par Jacques Manceau. Cette émission en deux parties de 27 et 24 minutes illustraient les différentes techniques d'animation avec tout l'humour et l'enthousiasme de Michel Boschet et André Martin, ces deux "hérauts" du cinéma d'animation. L'extrait présenté nous montre MB et AM en ouvreurs de salle de cinéma présentant la séance tout en accueillant les spectateurs. Ce film est extrêmement précieux car il nous montre tout l'esprit "forain" des "Journées du cinéma" où MB et AM y assurait un spectacle apprécié du public. Ces deux pionniers militants du Cinéma d'Animation occupaient tous les rôles à l'origine au travers de leurs réalisations, articles, expositions, présentations animées et des festival qu'ils ont créés et fait vivre comme les journées du Cinéma, le festival de courts-métrages de Tours, les Journées Internationales du Cinéma d'Animation et ... le festival d'Annecy ! Image INA : André Martin et Michel Boschet démontrant le modèle burlesque du mouvement de deux personnages évoluant dans des rythmes en opposition sur une musique militaire dans le 7e Art Bis. Photo collection Geneviève et André Martin : Coupure du presse du Dauphiné Libéré, le 14 décembre 1954 sur les Journées du Cinéma à Valence. Ces deux bordelais fréquentent assidûment les ciné-clubs bordelais durant les années 45-49 et démarrent leur carrière dans la publicité et la presse bodelaise locale : voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-gen%C3%A8se-d-annecy-1-des-cin%C3%A9-clubs-et-des-bordelais En 1950, André Martin et Michel Boschet, montent à Paris et continuent à fréquenter avec passion la vingtaine de ciné-clubs parisiens. AM est vite reconnu comme un des orateurs des débats post-projection. Il y défend l'animation considérée comme un sous-produit dans les ciné-clubs. C’est lors de ces séances que MB et AM font la connaissance d'un autre passionné du cinéma, Pierre Barbin, qui anime le ciné-club de Versailles depuis 1945; Il reconnait en AM le présentateur idéal pour animer les séances de ciné-club du mardi dans l'un des cinémas de Charles Edeline. Le politique, le créatif et théoricien Image collection Geneviève et André Martin : extraite de Oust-France : "Les journées du Cinéma de Nantes vous proposent un exceptionnel weekend de cinéma". Probablement 1955. En 1950 se forme la Fédération Centrale des Ciné-Clubs qui née d'une scission avec la FFCC. Le premier président est Abel Gance et le président d'honneur Jean Cocteau. Pierre Barbin actif dans cette création, en est le premier secrétaire. Michel Boschet et André Martin adhèrent à cette nouvelle fédération. Le 5 Janvier 1951, André Martin, Michel Boschet, Pierre Barbin, membres actifs de la nouvelle Fédération Centrale des Ciné-Clubs, envisagent l'organisation de manifestations d'un type nouveau, les" Journées Du Cinéma". Il s'agissait d'atteindre ponctuellement l'ensemble du public d'une ville en restituant au Cinéma une couleur et un attrait que des années d'habitudes lui avait fait perdre. Il fallait pour cela un esprit forain et spectaculaire pour captiver un large public. Le 14 Novembre 1951 l'Association "Les Journées du Cinéma » est créée par André Martin, Michel Boschet, Pierre et Gisèle Barbin. Fort de la notoriété grandissante des manifestations organisées par le ciné-club de Versailles, l'activité de ces trois passionnés se structure. Si on schématise le rôle de chacun : Pierre Barbin est le politique qui organise et cherche à développer l'activité en s'appuyant sur les qualités de ses deux plus jeunes équipiers, Michel Boschet le créatif qui dessine, réalise, illustre, organise les expositions, André Martin est le théoricien qui structure et porte le discours de propagande en faveur du cinéma. Les journées du cinéma qui se déroulent dans un premier temps à Versailles connaissent un grand succès et se déploient progressivement dans les villes de province. voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-gen%C3%A8se-d-annecy-2-des-journ%C3%A9es-pour-le-cin%C3%A9ma L'équipe anime les journées dans de nombreuses tournées dans des villes de province dont Annecy en 1955. Annecy a à l'époque un des ciné-clubs les plus important de France. On y projette des films à la rencontre d'un public populaire dans toute la ville à l'aide d'une camionnette qui sert de moyen de projections itinérant. On projette des films McLaren à la sortie des usines, Alexandre Nevski au pied des murailles. Photographie Musée d'Annecy : 1955 Journées du cinéma Annecy - projection du « Petit Soldat » (1947) de Paul Grimault. François Truffaut résume en 1954, dans la revue Arts, l'influence des journées du cinéma sur la fréquentation des salles de cinéma : « Où passe la jeune équipe de ces journées, l’herbe ne repousse plus entre les rangées de fauteuils. » Forte du succès des journées du cinéma, l'équipe présente à Cannes en 1955 une exposition en hommage aux pionniers du cinéma d'animation qui situe les origines du cinéma en 1892 avec les pantomimes lumineuses d'Emile Reynaud ... Un clin d'œil alors que Cannes fête en grande pompe les 50 ans du cinématographe anniversaire de "la sortie des usines Lumières" qui date de ... 1895. L'exposition est un succès, elle fait découvrir l'histoire méconnue de ces pionniers au public cinéphile du festival. L'équipe des journées revient l'année suivante à Cannes. Les débuts de l'internationalisation du Cinéma d'Animation. En 1956, l'équipe des journées du cinéma qui s'est agrandi avec l'arrivée d'un copain de régiment de Michel Boschet, Raymond Maillet ainsi que d'Edouard et Fabienne Chamard présente à Cannes les premières "Journées Internationales du Cinéma d'Animation". Ces premières JICA permettent une première rencontre des acteurs du cinéma d'animation de qui se découvre avec plaisir et étonnement. Les patrons du ciné-club d'Annecy, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister à cette 1ère édition des Jica en marge du festival de Cannes. André Martin dans un compte-rendu de ces premières JICA dans les cahiers du cinéma no 60 écrit : "Jusqu’à présent les rencontres entre réalisateurs de différents pays ne pouvaient être qu’accidentelles, privées et unitaires, survenues à l’occasion de voyages entrepris pour d’autres films. Ces premières journées internationales du cinéma d’animation ont marqué la fin de ces contacts accidentels et préparé des relations permanentes ». Photographie collection Geneviève et André Martin : Atamanov - Imanov Vano - Karl Zeman - Jiri Trnka - Eduard Hoffman - Paul Grimault - Alexandre Alexeieff - Claire Parker - Henri Grule - Pierre Barbin - André Martin- Jean Jabely - La femme qui tend le micro restera-t-elle inconnue ? Pour plus d'informations sur les Journées Internationales du Cinéma voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/gen%C3%A8se-du-festival-d-annecy-3-des-journ%C3%A9es-internationales-pour-le-cin%C3%A9ma-d-animation L'industrie du cinéma d'animation française de l'époque Stéphanie Louis nous a dressé un panorama de l'animation française de l'époque qui se caractérisait par son caractère artisanal et une faiblesse structurelle. Des années 50 aux années 80 seuls deux studios aux prétentions industrielles verront le jour pour ensuite disparaître le studio des gémeaux de Paul Grimault et les studios Idefix. Le 19 janvier 1957, suite au premières JICA, l’idée de promouvoir l'animation française dans le cadre d'une association a germée dans un groupe d’animateurs et de promoteurs du cinéma d’animation français réunissant entre autres : Alexandre Alexeïeff, Arcady, Berthold Bartosch, Omer Boucquey, Paul Grimault, Henri Gruel, Jean Image, Raymond Maillet, Pierre Barbin, de créer l'Association des Artistes et des Amis du Cinéma d'Animation. Cette association a pour objectif d’unir et de coordonner les acteurs de l’animation française et d’organiser les soutiens pour mieux développer l’animation dans sa dimension créative et innovante. Le cinéma d'animation français se structure et cette nouvelle association vient compléter le dispositif de l'AFDC qui continue ses actions avec les journées du cinéma, le festival de Tours et les JICA. l'ACA deviendra l’AFCA en 1971. Documents Collection Geneviève et André Martin : Premier bulletin de l'ACA Couverture en septembre 1958. Si la profession se structure, la réalisation de films d'animations en France reste artisanale avec de petites unités qui apparaissent de 1951 à 1970. : Les Cinéastes Associés (Jacques Forgeot, 1953) accueillent les plus grands animateurs français, voire européens : Alexandre Alexeïeff, Etienne Raïk, le trio Bettiol-Lonatti-Bettiol... Les autres structures marquantes de cette période sont : les Films Jean Image (1937), le studio Albert Champeaux (1952), les Films Paul Grimault (1953), la Comète (André Sarrut, 1953), la Société Française de Production (1957), les Films Martin Boschet (1959), Magic Film (1960, Julien Pappé), le Service de la recherche de l’ORTF (1960). Cinémation (1964 Manuel Otéro), AAA (1973, Jacques Rouxel), Bélokapi (1968), IDDH (1977). Voir https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/4101532-1829-Une-petite-histoire-du-cinema-d-Animation.pdf ) Expositions et conservation des œuvres Le patrimoine cinématographique a été conservé jusque dans les années 60 par des initiatives individuelles. Henri Langlois qui depuis 1936 compile, rattrape, sauve de nombreuses œuvres et éléments historique est le premier a créer un musée permanent. Les journées du cinéma en construisant de nombreuses expositions ont contribué ont permis une prise de conscience du patrimoine du cinéma d'Animation sans pour autant construire une structure permanente pour l'exposition de ce patrimoine. A partir de la fin des années 50 de nouvelles organisations se créent dans le prolongement des journées du Cinéma et des JICA. En 1960, L'ASIFA est créée lorsque quelques grands réalisateurs de films d’animation du monde entier se réunirent au Festival d’Annecy pour créer une association internationale du film d’animation. Parmi eux : Norman McLaren (Canada), John Hubley (Etats-Unis), Ivan Ivanov-Vano (URSS) et Paul Grimault (France). Les JICA et l'ACA constituent progressivement des collections sur le Cinéma d'Animation. En 1967 Raymond Maillet organise une rétrospective mondiale du cinéma d'Animation à la demande de la cinémathèque canadienne. En 1971 l'Association Française du Cinéma d'Animation est créée présidée par Paul Grimault. Raymond Maillet en est le délégué général. Annecy, met en place en 2005 une structure permanente d'exposition et de conservation des œuvres en crénant le Musée du film d’animation qui s’appelait initialement Citia Expo. Au mois de janvier 2015, l’AFCA a procédé au dépôt dans les collections des Musées de l’agglomération d’Annecy de l’ensemble de ses documents originaux. L’AFCA dispose en effet d’une collection entièrement dédiée au cinéma d’animation depuis les années 1930. C’est un fonds unique en son genre dans le domaine, dont la plupart des éléments ont été rassemblés par Raymond Maillet. Création du Festival d'Annecy Lors des Journées du Cinéma à Annecy en 1955, les patrons du ciné-club, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister aux éditions des Jica en marge du "grand" festival. Suite aux deuxièmes Journées Internationales du Cinéma d'Animation, l'AFDC envisage de déplacer les journées dans une autre ville que Cannes afin de mieux promouvoir l'évènement. Annecy avec son lac, ses montagnes, ses canaux et son activité touristique, offre un cadre agréable et les infrastructures hôtelières nécessaires pour recevoir les participants. La proximité de l'aéroport de Genève permet de répondre au caractère international de la manifestation. Son activité cinéphilique intense avec son ciné-club, la présence et l'implication d'Henry Moret et Georges Gondran complète le cocktail initial qui va permettre à ce projet de se concrétiser. Cette vue du casino d'Annecy qui peut accueillir les manifestations ne parle-t-elle pas d'elle même ? En novembre 1958, Pierre Barbin et Jacques Flaud, directeur du CNC, proposent officiellement à Annecy d'accueillir les 3e JICA pour ainsi devenir "la terre d'accueil du cinéma d'animation". Il faut convaincre la municipalité d'accueillir cet évènement et il faut trouver les financements. L'époque pionnière et intuitive des journées s'efface progressivement pour laisser place à une organisation nécessairement plus structurée. Henri Moret et Georges Gondran, qui ont déjà beaucoup œuvré pour que ce projet, ont dû convaincre la municipalité et son député-maire Charles Bosson. La ville d'Annecy était motivée par un événement nouveau qui la démarque de ses rivales hydrothermales. Mais le budget de cette manifestation était très important pour une ville de 30 000 habitants. Grâce à l'énergie du député maire, des équipes qui montent l'évènement et grâce à l'appui du Ministère des affaires culturelles, du CNC et du Ministère des affaire étrangères, le budget sera bouclé. Charles Bosson sera partie prenante du projet. Ces 3e JICA seront un succès et se tiendront tous les deux ans. Documents Collection Geneviève et André Martin : Première page du no 5 d'"Annecy 1960" consacré au palmarès. Pour plus d'informations sur le premier festival d'Annecy voir : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/gen%C3%A8se-du-festival-d-annecy-3-des-journ%C3%A9es-internationales-pour-le-cin%C3%A9ma-d-animation Interruption du Festival En 1968, Pierre Barbin quitte la direction du festival d'Annecy pour prendre la direction artistique et technique de la Cinémathèque Française suite à l'évincement d'Henri Langlois à qui on doit la constitution de ce patrimoine : "Non à la barbinthèque ! ". Ce changement suscite un tollé dans le monde du cinéma et Henri Langlois est finalement réintégré. Image collection Geneviève et André Martin: Couverture des Cahiers du cinéma no 199 "l'affaire Henri Langlois". Le départ de Pierre Barbin du festival d'Annecy provoque une interruption du festival d'Annecy de 1968 à 1971. Grâce à l'engagement du sénateur-maire Charles Bosson, des réalisateurs et du ciné-club que le retour du Festival est possible. C'est Raymond Maillet, le bras droit de Pierre Barbin, qui lui succède à la direction des Jica. Passionné d’animation, il possède une connaissance exceptionnelle des films et des auteurs. Jusqu’en 1975, le Festival va connaître une hausse de participation, qu'il s'agisse des professionnels présents, des abonnés ou des spectateurs. Au cours de cette période, la dimension patrimoniale est particulièrement mise en évidence avec des expositions régulières au Musée-Château. Mais la courbe de la fréquentation s’inverse dès 1977. Le schisme A partir de 1977 différents courants mettent en cause la direction du festival : Sélection des films par des comités composés uniquement de français, Remise en cause des anciens par des plus jeunes, Rejet des images animées par ordinateur, Volonté de décentralisation alors que le secrétariat des JICA est à Paris, volonté renforcée par la politique de décentralisation à partir de 1981. Il y eu notamment une conférence de presse houleuse où Michel Boschet, Michel Roudevitch, André Martin et Raymond Maillet furent pris à partie par la jeune génération sur la sélection du Festival. (J'ai le verbatim de cette réunion mais ... il faut que je le retrouve ! Et oui je n'ai pas fini le travail de classement fin. :-) En attendant de retrouver ce précieux document voici un extrait de l'article de Thierry Steff au sujet d'une polémique née de la non sélection d'un film chilien dans http://annecymemory.blogspot.com/2012/08/1977-conference-de-presse-houleuse.html : "La guillotine n'est pas montée sur le Pâquier mais l'ambiance est là, faute d'explications rationnelles sur ce refus des têtes doivent tomber. Dans les plus "critiques", Il y a quelques membres de l'équipe du fanzine Fantasmagorie (première publication en France sur le dessin animé dans laquelle Jean-Pierre Jeunet y rédige d'excellentes chroniques avec ses amis Phil Casoar, Marc Caro, etc.) dont André Igual n'est pas en manque d'arguments. Dire que tous les noms d'oiseaux y sont passés durant cet échange houleux dans une salle du Casino serait presqu'un euphémisme. Sur la scène Michel et André n'y tenant plus, en sueur, se défendent comme des diables, presque menaçant, sortis de leurs gonds ils répondent mot pour mot avec une rare énergie. Tout le monde est excité, l'atmosphère est électrique. Rarement une conférence de presse aura suscité autant de réactions (quel temps béni). L'important, c'est que tout le monde a échangé et donné son avis sur la question, même ceux qui n'avaient pas vu le film d'ailleurs… Peu importe la mauvaise foi, Chacun y est allé sur ce "Jury suppo de l'impérialisme dominant" (j'y vais fort, c'est vrai, mais la situation était tellement risible) devait rendre compte devant le peuple présent.". Je me souviens d'un passage de cette retranscription où André Martin essaie en vain d'expliquer le critère instrumental dans la sélection d'un film. Pour André Martin, le sujet n'était pas suffisant pour justifier la sélection d'un film, la dimension esthétique, les techniques et les instruments permettant la "synthèse" du mouvement et "le contrôle opérationnel de l'œuvre" étaient pour lui des critères essentiels. André Martin revenu du Canada en 1977 pour rejoindre le Groupe de recherche Image de l'INA, cultive le paradoxe d'être à la fois un de ces "pionniers conservateurs" des JICA et un promoteur visionnaire et prospectif de l'Animation par ordinateur rejeté alors par le milieu du cinéma d'animation. Il organise cette même année en "Festival off" (une première !), au cinéma Vox, une conférence-démonstration époustouflante sur l'avenir des images animées par ordinateur. Des débats et des polémiques animés, voir féroces, entre les "Annéciens", le "secrétariat parisien" et les réalisateurs se font de plus en plus fréquents avec une multiplication des controverses qui aboutit à un schisme lorsque le CNC tranche en faveur d'Annecy. En 1982 Raymond Maillet doit abandonner la direction du Festival et l'équipe parisienne est évincée. On assiste alors à une séparation douloureuse : le secrétariat permanent est transféré de Paris à Annecy, un comité de sélection international est mis en place, un clivage au sein se créé de la profession devant une "municipalisation" du festival, l'AFCA se retire complètement et coupe les ponts avec les nouveaux organisateurs les laissant seuls avec une page blanche à écrire sans documentation, fichiers et sans archives, Raymond Maillet et l'AFCA créent le festival national d'animation à Marly le roi et qui se tient aujourd'hui à Rennes. André Martin, toujours en avance, organise une manifestation sur les "nouvelles images" au Forum International sur la télévision de Monte-Carlo en 1981 qui deviendra à partir de 1982 le forum sur les "nouvelles images". Si aujourd'hui il subsiste encore des aigreurs et des ressentis de cette séparation trop brutale, il faut tout de même noter qu'elles se sont atténuées avec le temps, que le festival d'Annecy s'est considérablement développé à l'international, que le festival National de Rennes continue assurer la promotion du cinéma d'Animation Français. On ne peut pas éviter quelques "compètes" ici ou là, mais la promotion du cinéma d'Animation ne reste-t-elle pas l'essentiel ? Il ne faut cependant pas oublier le rôle majeur qu'a joué Raymond Maillet en tant qu'historien du cinéma d'Animation, conservateur et archiviste et lui rendre cet hommage. Cécile Noesser évoque un "Henri Langlois du cinéma d'Animation" . (voir : https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/4101532-1829-Une-petite-histoire-du-cinema-d-Animation.pdf) . Photographie du regretté André Gobeli, mémoire photographie du Festival d'Annecy, qui nous quitté en 2020. Raymond maillet (à droite partageant les origines du cinéma d'Animation). Développement du festival d'Annecy Dominique Puthod nous relate les débuts de la nouvelle équipe dans un contexte ou la presse française soutient plutôt Raymond Maillet et les réalisateurs internationaux, la nouvelle équipe d'Annecy. Un comité de sélection international est créé jusqu'en 1982. Le festival se développe : en 1980, la sélection se faisait à partir de 400 films en 1997 à partir de 1 500 films et aujourd'hui 3 000 films. En 1985, la première édition du Marché international du film d'animation (Mifa) est ainsi coorganisée par le Cica et l'agence Octet. Pour Jack Lang, Ministre de la culture de l'époque, ce marché "répond à la nécessité d’envisager aujourd’hui l’évolution de ce secteur dans son ensemble et plus particulièrement dans ses aspects économiques". Pour le Cica, ce marché doit permettre aux films présentés en sélection officielle de trouver plus facilement un distributeur. Les politiques publiques mises en œuvre dans les années 80 ont ainsi créé un environnement favorable pour l’animation française et favorisé l’émergence d’un secteur économique national. Le ministre de la Culture nommé en 1981, Jack Lang, donne une véritable chance au développement de la manifestation avec la promotion des "nouvelles images" et la mise en place du "Plan Image". Photographie : https://www.annecy.org/actualites:a2472 En 1997 le festival d'Annecy est annualisé ce qui permet à celui-ci d'avoir plus facilement une équipe permanente. En 2006, la fusion d’associations qui administraient le festival permet la création de CITIA, Image & industries créatives, avec un statut d’établissement public de coopération culturelle (EPCC). Un gros parmi les petits ou un petit parmi les gros ? Pour finir cette conférence très dense, Mickaël Marin nous a présenté les enjeux pour le festival dans les années à venir. Le festival d'Annecy est "le plus grand festival d'animation" dans le monde mais également un "petit festival" vis à vis des grands festivals de Cinéma. Les Combats et les défis d'hier sont toujours présents aujourd'hui et l'équipe du festival a conservé l'esprit des militants des origines. Le festival a dû et doit faire face aux défis actuels qu'ils soient sanitaires, climatiques ou à la concurrence d'autres festivals. Pour conserver sa place le festival doit continuer à faire le grand écart entre un festival international et des manifestations locales. Il doit continuer à aller au-devant du public en développant les manifestations destinées au grand public : L’Hivernal Festival est de retour pour une deuxième édition, dans les salles de cinéma d'Annecy (commune nouvelle) et de Haute-Savoie, du 2 au 5 décembre 2021. CITIA étudie des possibilités d'atteindre plus le grand public pendant le Festival en Juin et tout au long de l'année. Un grand projet est en préparation au Haras d'Annecy où sont déjà présentées des séances en pleine air pendant le festival ainsi que des expositions temporaires.. La cité du cinéma d'animation Image : https://actu.hautesavoie.fr/explorez-actu/le-haras-dannecy-accueillera-la-cite-du-cinema-danimation Destinée au grand public, cette Cité du cinéma d’animation va permettre à tous les habitants, les scolaires et les jeunes, ainsi qu’à tous les visiteurs de la ville, d’accéder à des activités et des évènements autour du film d’animation et de l’éducation à l’image. Cette Cité sera un lieu d’échanges, de visites, de découvertes, d'immersion avec : une exposition permanente pilotée par le Musée-Château qui possède aujourd’hui une belle collection dédiée au cinéma d’animation), des expositions temporaires, un espace de médiation, et d’éducation à l’image, une salle de projection et de conférences, une résidence d’artistes. source : https://www.annecy.fr/220-le-haras.htm Voilà un lieux parfait pour une exposition pour le centenaire de la naissance d'André Martin en 2025 qui proposerait une histoire de l'Animation au travers de 50 ans d'un parcours d'exception ! :-) En route vers Annecy 2022 Bien sûr, il n'est pas possible en deux heures de parcourir l'histoire du Festival. Il nous faudrait plusieurs conférences pour parler des œuvres projetées, des réalisateurs, de l'évolution de la création mais cette conférence a permis d'apprendre beaucoup de choses. Merci aux organisateurs et aux intervenants ! Le festival d'Annecy reste une affaire de passionnés. Les deux dernières éditions ont été extrêmement complexes à organiser avec la crise sanitaire avec une édition 2020 100% en ligne et une édition 2021 où il a fallu retenir son souffle jusqu'au bout pour savoir si elle allait bien avoir lieu in situ en complément de l'édition en ligne. Malgré la dimension prise le Festival d'Annecy, la passion des pionniers est toujours là ! Il nous tarde maintenant de découvrir, en juin 2022, la prochaine page de cette passionnante épopée. Image : https://www.annecy.org
- 24 - LM² : L'abstraction illustre.
LM² France / 2020 / 4 min / Numérique Réalisation, sons et musique Gilles Cuvelier LM² primé au Piaff Alexis Hunot, directeur artistique du PIAFF, a l'art de sélectionner et de mettre en valeur des courts métrages d'animation à part. Il nous a ainsi permis de voir, sur un bel écran de cinéma, la cette curiosité qu'on avait pu que découvrir sur un écran d'ordinateur. Le film a pris toute son ampleur visuelle et sonore pour nous offrir une œuvre remarquable lors du festival qui s'est tenu début Juillet 2021 au studio des Ursulines. Gilles Cuvelier considérait son film comme un passe-temps, un clin d'œil à l'enfermement, un moyen de tirer quelque chose de cet isolement forcé entre une longue mission sur un long-métrage et un nouveau court-métrage d'animation qu'il allait commencer. Il n'a d'ailleurs pas songé à le proposer aux festivals d'animation et était presque surpris de cette sélection et encore plus d'obtenir un prix ! :-) Le film a obtenu le prix "Prix du son, de la conception sonore" dans la Compétition Pro du PIAFF. L'artisant confiné Heureux de faire une pause dans l'animation 2D dessinée, Gilles Cuvelier s'est lancé dans un "bricolage" totalement improvisé, et sans prétentions composé de tests, de ratés, d’expérimentations. Un bricolage pour essayer de faire un film de ces promenades autorisées pendant le premier confinement. Ces promenades que les urbains ont tous connues en tournant en rond dans leur rayon d'un kilomètre, des promenades de bagnards répétitives, sans but, limitées par une frontière administrative. Gilles Cuvelier a réalisé ce film seul pendant le premier confinement en avril 2020 en le fabriquant à partir des sons et des photos prises avec son téléphone pendant ses promenades. A cette "matière" est venu s'ajouter des photos satellites qui reconstituent le trajet de ses promenades qui sont la base du film. Enfin un "fil rouge" symbolise le parcours. C'est le seul élément dessiné du film. Image Gilles Cuvelier : Vue satellite et fil rouge. Gilles Cuvelier s'est donné 4 ou 5 jours pour faire le film, sans méthodologie, en improvisant sur After Effect, logiciel de compositing particulièrement adapté au traitement d'image et à cette démarche. La seule contrainte qu'il s'est imposé est de respecter le plus possible la cohérence des lieux, du trajet entre les photos satellites, les photos prises sur place et le fil rouge, Une première version terminée, Gilles Cuvelier s'est attaqué à la bande son en créant d'abord une maquette de musique pour ajuster les différents moments du film en utilisant Garage band et un clavier midi branché sur son téléphone ! Puis il a effectué des allers retours entre image et son afin de les corriger en complétant les sons avec de nouveaux enregistrements quand c'était nécessaire. Gilles Cuvelier a ensuite fait un mix son avec les moyens du bord, sans aucune connaissance technique dans ce domaine. Pas mal pour un prix du son ! :-) La promenade On peut s'interroger sur l'intérêt de distinguer un film bricolé en 4 jours avec un téléphone, un ordinateur et un clavier midi. Pourtant Gilles Cuvelier nous offre ici une magnifique expression abstraite de ce qu'on a pu ressentir durant le premier confinement. Avec ce film; il se situe dans la lignée des nombreux artisans créatifs, solitaires du cinéma d'animation qui l'ont précédé. Les images qu'il a saisi durant ces promenades deviennent des abstractions dont les motifs s'animent, vibrent, grésillent en osmose avec le son et la musique. Image Gilles Cuvelier : LM² Vibrations et textures. Gilles Cuvelier a su exprimer nos sensations lors de ces curieuses promenades où on pouvait éventuellement entrapercevoir de rares humains anonymes. On perçoit subrepticement des voix inintelligibles, autant d'éléments décalés qui accompagnent les bruits des pas du promeneur et qui soulignent le caractère solitaire de ces trajets, ces chemins étanches, anonymes. On cherche à comprendre des brouhahas grésillants, on perçoit le son d'une voiture ou d'un oiseau. Des synthés qui nous enveloppent progressivement et les images souvent en plongée nous immerge dans la bulle du promeneur. Image Gilles Cuvelier : LM² vu minérale. On sent une certaine tension s'installer dans cette promenade où seuls des matières minérales inertes nous accompagnent dans une désagréable sensation de vide. Cette tension s'exprime aussi dans l'image abstraite où les formes vibrent dans un impossible dialogue avec le promeneur solitaire et dans la musique qui prend l'ampleur. Image Gilles Cuvelier : LM² vue plongeante et minérale. Finalement le vivant semble reprendre ses droits après cette promenade, cet entredeux portes forcé autant indispensable que souvent décevant et avec pour conclure un petit rappel en image qui est lui très concret. :-) Quelques Confidences Petit clin d'œil à l'actualité du moment, la voix incompréhensible a été construite à partir d'une allocution d'Emmanuel Macron concernant le confinement. Le son a été inversée (hommage à Geoff Emerick ? :-)) rendant les paroles incompréhensibles. En tendant bien l'oreille on reconnait la voix de notre président. Ah oui, le titre énigmatique : LM² vient de la ville où habite le réalisateur : Hellemmes. Le ² exprimant la surface permise (π km² pour les intimes :-)). Séance Le cinéma d'animation dans tous ses états à la Cinémathèque Française Vous pouvez voir le film sur Youtube mais ne vous privez pas d'aller le voir à la séance "Le cinéma d'animation dans tous ses états" organisée Francis Gavelle et la Cinémathèque Française, le lundi 22 novembre 2021 à 20h00 à la Cinémathèque Française. Vous verrez alors comment "l'abstraction illustre" à la perfection les sensations qu'on a pu connaître en environnement urbain pendant ces "promenades". Au programme une belle sélection de film d'animation français dont le très beau "Rivages" de Sophie Racine, Prix André-Martin 2020 du court-métrage français à Annecy. (voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/prenez-une-bouffée-d-air-pur) Vous pouvez prendre votre place et voir le programme sur https://www.cinematheque.fr/seance/35992.html?fbclid=IwAR3lp5SLiIHIMEAVJl2Hw8ZQOnlHtqXlTyWLX72RckQF7SXXXEwC5RPLfD0. Merci à Gille Cuvelier pour nos échanges qui ont permis la rédaction de cette article. A lire L'interview de Francis Gavelle , membre du comité “Animation” de l’Académie des César, coordinateur du “Prix André Martin” et programmateur du "cinéma d'animation dans tous ses états" par Marie-Pauline Mollaret dans Ecran Noir : https://www.ecrannoir.fr/2021/11/18/rencontre-avec-francis-gavelle-programmateur-du-cinema-danimation-dans-tous-ses-etats-a-la-cinematheque/?fbclid=IwAR09KgUcAq6lH0hSTJ1AfLx2LoaMchWDfXGLq72viIIVY6-ZV8g-CTvesns
- 23 - Naissance du cinéma Informatique 2e partie : Les années 60 et les pionniers du numérique.
Les pionniers avec leurs systèmes qu'ils soient électroniques, photo-mécaniques ou calculateurs analogiques ou encore systèmes d'affichage, ont exploré les voies d'un cinéma expérimental innovant qui nous fait penser aujourd'hui que ces pionnier étaient déjà prêt 20, 30, 40, 50 ans avant à explorer les possibilités qu'allaient offrir l'informatique et les images numériques. voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-1ère-partie-des-pionnières-et-des-pionniers Mais l'histoire ne faisait que commencer. André Martin a poursuivi dans son article l'inventaire de la genèse de la naissance de l'image numérique .... Si on attribue à John Whitney le premier ordinateur analogique avec sa machine, aux techniques electro-mécaniques dans les années 50 (voir article "la ville" à témoin sur https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-ville-à-témoin), des pionniers de l’image par ordinateur émergent dès les années 60. La firme Bell Labs a créé en 1948, le transistor est créé par (grâce aux ingénieurs John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley). Il a permis dans les années 50 de rendre les ordinateurs moins encombrants, moins gourmands en énergie électrique donc moins coûteux : c'est la révolution dans l'histoire de l'ordinateur ! D'autre part Texas Instruments a mis au point en 1958,le circuit intégré qui va encore réduire la taille et les coûts des ordinateurs durant les années 60. Lee Harrison (1929–1998) et le système Animac Image : http://www.scanimate.com/Pics/Animac.jpg Lee Harrison construit un ordinateur d’animation graphique « Animac » à partir de fin 1959 qui sera développé jusqu’en 1964. Ce système permettait un habillage sommaire à partir de coordonnées obtenus par rotoscopie. Images : Actrice avec les capteurs de mouvements, les écrans de contrôles permettant d'obtenir l'image numérique associée. sources : https://www.vice.com/en/article/wnkbzz/this-is-what-1970s-motion-capture-tech-looked-like et : http://www.vasulka.org/Kitchen/PDF_Eigenwelt/pdf/092-095.pdf . Lee Harrison a poursuivi ainsi avec de nouveaux moyens la quête du mouvement humain chère à Etienne Jules Marey dès les années 1870. Image : https://www.youtube.com/watch?v=EZkP9YJGfow Etienne Jules Marey (1830-1904) Capture du mouvement en chronophotographie Ivan Sutherland (1938 - ) Ivan Sutherland est souvent considéré comme le créateur du « Computer Graphics ». En 1963 dans le cadre de sa thèse de doctorat au MIT « Sketchpad, A Man-Machine Graphical Communication System » il crée un langage qui permet la gestion de la première interface graphique de l’histoire. Ce système a été mis au point sur un ordinateur datant de 1956 le Lincon TX-2 qui à l’époque était une machine innovante avec une capacité mémoire importante : 64K octets. :-). Ce système gérait également un stylet lumineux qui interagissait avec un écran. Pour lire la thèse : https://dspace.mit.edu/handle/1721.1/14979 Ivan Sutherland mis au point son langage de contrôle qui permettait de tracer des lignes rectilignes ou des arcs de cercle pour composer des figures et de modifier la position des sommets pour déformer celles-ci en fonction de calculs topologiques soit directement sur l’écran soit sur une « tablette ». Une ensemble de boutons permettaient de contrôler le tracé avec des fonctions de type effacer, bouger, etc... (Voir THE VERY BEGINNING OF THE DIGITAL REPRESENTATION – IVAN SUTHERLAND SKETCHPAD. 13/12/2018. https://bimaplus.org/news/the-very-beginning-of-the-digital-representation-ivan-sutherland-sketchpad/ ) Photographies : Ivan Sutherland using Sketchpad in 1962 - https://history-computer.com/sketchpad-complete-history-of-the-sketchpad-computer-program/ Tracé direct à l’écran à l’aide du stylet lumineux in https://gfycat.com/fr/gifs/search/sketchpad André Martin nous décrit l’importance des travaux de Ivan Sutherland : « Ivan Sutherland semble être le premier à avoir compris comment les ordinateurs pouvaient aider ses contemporains à visualiser, à comprendre, à rêver. C’est à partir de ces travaux qu’émerge l’idée nouvelle de dessiner directement sur l’écran cathodique, de manipuler l’image ou une de ses parties, de moduler les éléments repérables et de les réemployer à n’importe quelle échelle ou place. » On peut voir un film d’époque de démonstration de sketchpad sur you tube : « Ivan Sutherland Sketchpad Demo ». Cette première interface graphique annonçait les futurs logiciels d’animation qui allaient suivre. Sutherland, visionnaire, avait bien prévu les développements possibles de son travail en animation. Voici ce qu'il écrit en 1963 p.130 en conclusion de sa thèse : "Sketchpad need not be applied only to engineering drawings. The ability to put motion into the drawings suggests that it would be exciting to try making cartoons. The capability of Sketchpad to store previously drawn information on magnetic tape means that every cartoon component ever drawn is available for future use ». Réalité augmentée Ivan Sutherland a travaillé également sur de nombreux sujets innovants dont … la réalité virtuelle. André Martin ne souligne pas ce point dans son article mais à une époque où il y a une catégorie Réalité Virtuelle à Annecy on ne résiste pas à l’envie d’en dire quelques mots. Historiquement parlant la première trace de réalisations d’un système de réalité virtuelle date de 1962 où Morton Heiling a réalisé un prototype pour un projet d’immersion dans une cabine Sensorama. Cette cabine faisait appel aux cinq sens et permettait au spectateur une immersion dans un film proposé à l’écran. Imaginé à partir des années 50, Sensorama comprenait un écran en couleurs, des ventilateurs, des émetteurs d’odeurs, un système de son stéréo et une chaise mobile. Photographie la cabine Sensorama in https://ai-news.ru/2020/05 sensorama_pervyj_v_mire_simulyator_virtualnoj_realnosti_sozdannyj_v_nachale.html C’est Ivan Sutherland à l’université de l’Utah qui invente à proprement parlé la réalité augmentée avec un groupe d’étudiants en informatique : Bob Sproull, Quentin Foster et Danny Cohen. Ils mettent au point le premier casque d’immersion qui permettait la superposition d’images filmées et d’images graphiques numériques comme un cube en filaire en 3 dimensions. Surnommé l’épée de Damocles le système voit le jour en 1968. Voir le film de démo : https://www.youtube.com/watch?v=D0T2vycGi6E Images : https://www.ulyces.co/news/le-premier-casque-de-realite-virtuelle-a-ete-invente-en-1968/ 1963 Kenneth C. Knowlton (1931-) Dans les années 60, les laboratoires Bell est un des endroits les plus innovants de la planète qui regroupe des chercheurs du monde entier. On doit à ce laboratoire de nombreuses découvertes parmi lesquelles le transistor, le système d’exploitation Unix ou encore le téléphone cellulaire. En 1963 Ken Knowlton travaille aux laboratoires Bell et développe le langage de programmation BEFLIX (Bell Flicks) produisant des animations de « bitmaps » (tableaux de pixels) en utilisant un ordinateur IBM 7094 et un enregistreur de micro-films Stromberg-Carlson 4020. A l’aide de ce premier langage d’animation par ordinateur K. Knowlton réalise un premier film de 10 mn en 1963 : « A Computer Technique for the Production of Animated Movies ». Ce film d’animation en 8 degré de gris avec une résolution de 252 x184 explique les principes techniques du système permettant sa réalisation à l’aide de codes Ascii générés par Beflix. On peut voir le film sur https://www.historyofinformation.com/detail.php?id=3467 et sur Youtube. On peut voir le film sur https://www.historyofinformation.com/detail.php?id=3467 et sur Youtube. En 1966, Ken Knowlton et Leon Harmon expérimente la photo-mosaique avec de larges impressions construites à partir de symboles ou d’images. Photographie Nokia Bell Labs : Ken Knowlton et Leon Harmon. Dans leur étude de « Perception I » Ils numérisent des photographies de nue de la danseuse Deborah Hay puis convertissent l’image en associant des symboles en fonction de la densité. Un alphabet de 11 symboles étaient utilisés. 3 de ces symboles pouvaient être l'objet d'une rotation pour rompre la monotonie du résultat. Image : Symboles utilisés pour le rendu in https://jimboulton.medium.com/studies-in-perception-a-restoration-story-241cd8c75ab1 Les bureaux des ingénieurs s’encanailleraient-ils ? Ces premières réalisations fondées sur des motifs (patterns) ne nous emmèneraient-elles pas tranquillement vers de nouvelles formes d'art ? Le New York Times le 11 Octobre 1967 célèbre immédiatement cette alliance de l'art et de la science. Image : article du NYT in https://jimboulton.medium.com/studies-in-perception-a-restoration-story-241cd8c75ab1 Une impression est présentée à une des premières exposition d’art par ordinateur : « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age », au musée d’art moderne de New York en 1968. Aujourd'hui cette image a sa place dans les galeries d'Art Moderne. Image exposition en 2017 à la galerie Bonner Kunstverein. Photo: Anne Pöhlmann images : 1966 computer-generated nude - Harmon and Knowlton - Nude https://crosslabcollab.wordpress.com/2014/03/28/ken-knowlton/ https://www.blendspace.com/lessons/gLAP1wkPsdJT5Q/test Stan Vanderbeek (1927-1984) Cet artiste expérimental rejoint Ken Knowlton aux laboratoires Bell en 1965. Il réalisera avec Ken Knowlton une série de courts-métrages Poem fields no1 à no 8 au milieu des années 60 en utilisant Un package « Tarps » à base du langage Beflix que lui a développé K. Knowlton pour que Stan Vanderbeek puisse réaliser ces films de manière autonome. Des textes fournis à la machine sont retravaillés de manière rythmique et graphique et mis en musique. Avec Stan Vanderbeek et l'évolution des langages graphiques, l'image se "pixelise", se colore, se synchronise avec la musique. Une utilisation de motif un peu plus agile apparaît permettant des abstractions animées et ouvrant de nouvelles dimensions esthétiques. Image : Stan Vanderbeek dans https://expcinema.org/site/en/wiki/artist/stan-vanderbeek Images : Poem Field no 2 in https://lux.org.uk/work/poemfield-2 et Poem Field no7 in https://www.blackmountaincollege.org/vanderbeek-vanderbeek/ Voir Poemfield no 2 (1966 et non 1971 come indiqué sur youtube) Stan VanderBeek a également réalisé « man and his world » à l’occasion de l’exposition universelle de Montréal en 1967 où André Martin l'a rencontré. Sur le même principe que la série Poemflield avec une succession flash de lettres et de motifs. Peu d’images disponibles, on peut voir le film sur On peut voir le film sur https://archive.org/details/1967STANVANDERBEEKManAndHisWorld. (serveur très lent). Image : http://dada.compart-bremen.de/item/artwork/643 Lilian Schwartz (1927-) : La participation de nouveaux artistes contribuent au développement des langages graphiques. En 1966, Schwartz s’intéresse à l’art cinétique. Lillian Schwartz présente une sculpture cinétique et interactive : Proxima Centauri lors de l'exposition « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age », qui s'ouvre en 1968 au musée d’art moderne de New York. Elle y rencontre Leon Harmon qui l'invite aux Laboratoires Bell. Elle y passera .. 23 ans. Image : Lillian Schwartz à Bell Labs - http://lillian.com Lillian Schwartz y trouve un univers riche et créatif avec des chercheurs ouverts, sans préjugés sur le parcours des personnes. Elle y découvre la programmation et l’informatique et collabore avec de nombreux scientifiques dont Ken Knowlton qui développe à nouveau pour des langages de programmation lui permettant de créer des images numériques. Pixillation 1969 - 4 mn Ces rencontres donnent un premier film mixant des peintures animées et des motifs générés par ordinateur. Mieux vaut arriver détendu pour la projection où se succèdent des flash hallucinogènes de motifs colorés ou de tâches peintes en mouvements accompagnés par la musique saccadée de Gerhson Kingley qui complète une véritable expérience sensorielle en tension. « Cette écriture plastique » est « attentive aux réponses physiologiques du spectateur ». La « combinaison atypique de talents artistique et technologique », l’usage de motifs graphiques plus avancés ainsi que de la couleur illustre l’avancée des images numériques rendues possibles par l’usage des langages de programmation. Images Pixillation 1969 : https://digitalartarchive.siggraph.org/artwork/lillian-f-schwartz-kenneth-c-knowlton-pixillation/ Voir le film « Pixillation » sur https://vimeo.com/56480534. On ne pouvait pas terminer cette deuxième partie sans parler de Norman Mclaren (1914-1987). Norman Mclaren s'est bien sûr intéressé à ces nouvelles techniques et à leur potentiel. Mais on trouve peu de chose à ce sujet et André Martin n'en parle pas dans son article. Les seules informations que j'ai pu recueillir à ce jour sont quelques mots de Marcel Jean dans son article d'octobre 2010 "L’ONF par ceux qui l’ont imaginé". (voir https://www.erudit.org/fr/revues/images/2010-n149-images1510320/62862ac.pdf) : "On doit à McLaren et à Jodoin ce qui caractérise aux yeux du monde la production d’animation de l’ONF : une approche artisanale et expérimentale, un esprit d’innovation surtout qui amène McLaren à réaliser des tests dessinés par ordinateur dès 1967 (Birdling)." Enquête en court sur ces tests auprès de l'ONF pour en savoir plus. Photographie collection Geneviève et André Martin : Norman McLaren sur les tests de "Birdlings". Photographie : https://www.senscritique.com/film/Birdlings/25441769/images La découverte de cet univers que nous a décrit André Martin va se poursuivre dans la prochaine partie de cet article sur les années 70 . Nous allons assister à une explosion créative dans l'usage de l'ordinateur par des artistes, à laquelle contribuera Lillian Schwartz ; on évoquera également les œuvres de Peter Foldes produite à L'ONF par René Jodoin. A suivre .... :-)
- 22 - Jacques Drouin, l'apporteur d'épingles (1943-2021) : passion et transmission.
Jacques Drouin avec Alexandre Alexeïeff au festival d'Ottawa en 1976 Collection CNC, fonds Alexeïeff / Parker, donation Alexeïeff-Rockwell. (Mon seul souvenir de Jacques Drouin correspond à l'âge qu'il avait sur cette photo. :-)) Jacques Drouin, réalisateur et animateur québecois d'exception sur "l'écran d'épingles", nous a quitté le 28 août dernier à Kamouraska au Québec. Nous perdons un créateur passionné qui a toujours accompagné avec bienveillance d'autres passionnés pour que cette technique rare et précieuse du cinéma d'animation continue son chemin avec d'autres créateurs et d'autres ingénieux "bricoleurs" afin de prolonger l'œuvre d'Alexandre Alexeieff et Claire Parker. Hommage. Au-delà de la douleur et de la tristesse des êtres chers, des amis et des amateurs de cinéma d'animation, il nous reste une œuvre remarquable et la chance de revoir projeté ses films en salle dans "d'absolument obligatoires" hommages à ce grand créateur : 1974 : Trois exercices sur l'écran d'épingles d'Alexeïeff 1976 : Le Paysagiste 1976 : Spaghettata 1979 : La Belle Ouvrage (indicatif de la série) 1979 : Bande-annonce de la Semaine du cinéma québécois 1986 : L'Heure des anges (coréalisé avec Břetislav Pojar) 1988 : Bande-annonce pour les 25 ans de la Cinémathèque québécoise 1990 : Bande-annonce pour le Festival international du film d'animation d'Ottawa 1994 : Ex-Enfant 2002 : Une leçon de chasse 2003 : Jours d'hiver (film collectif coordonné par Kihachirō Kawamoto) 2004 : Empreintes Il a également participé à de nombreux films d'animation auxquels il a participé en tant que monteur ou animateur. L'écran d'épingles par Claire Parker (1906-1981) et Alexandre Alexeieff (1901-1982) Jacques Drouin incarne la merveilleuse passion de l'écran d'épingles. Mais qu'est-ce que l'écran d'épingles ? Un instrument totalement original issu de la rencontre d'une ingénieure et d'un graveur. Alexandre Alexeieff, graveur russe, a rencontré Claire Parker, une américaine ingénieure, lors de cours de gravure qu’il donnait à Paris. Ils ont par la suite combinés leurs talents pour inventer l'écran d'épingles et réaliser des films d'animation sur celui-ci. Claire Parker et Alexandre Alexeieff dans leur maison du 14e arrondissement en 1957. Photo collection Geneviève et André Martin L’écran d’épingles est un dispositif composé d’aiguilles disposées en quinconce dont les têtes dévient plus ou moins la lumière suivant qu'elles soient enfoncées et en fonction de la position de la tête. Cet écran permet d’exploiter les ombres portées générées par ce "tableau de points mécanique" ancêtre des pixels de nos écrans d'ordinateurs pour générer image par image des " gravures animées". Image CNC : l'écran d'épingles et les instruments permettant d'imprimer une formes aux épingles. https://www.cnc.fr/cinema/actualites/la-deuxieme-vie-de-lecran-depingles_111766 Alexeieff et Parker ont réalisé, avec une première version de l'écran d'épingles, un court-métrage, "une nuit sur le mont chauve" qui est sorti en 1933. Collection Geneviève et André Martin : Une nuit sur le mont chauve. 1933. Ils ont par la suite réalisés de nombreux films avec cette technique, perfectionnant l'instrument et la technique. Leur œuvre se distingue par deux dimensions indissociables : l'invention et la construction d'un instrument unique : l'écran d'épingles, les films d'animation qu'ils ont réalisés. Jacques Drouin s'est approprié et à transmis ces deux dimensions avec brio. Jacques Drouin : La relève Alexandre Alexeieff avait fait un séjour au Canada dans les années 40 où il avait réalisé "En passant" sur l'écran d'épingles à l'ONF. Il avait ainsi instillé le virus de "l'épinglomaniat " au Canada. Ce virus finit par atteindre le réalisateur Norman Mclaren qui fit construire un écran d'épingles à la fin des années 60 car il craignait que cette technique si particulière de fabriquer des films d'animation disparaisse. Collection Geneviève et André Martin : Norman Mclaren et l'écran d'épingles qu'il fît fabriquer. Jacques Drouin est arrivé à l’écran d’épingles sans avoir subi l’influence directe d’Alexandre Alexeïeff et Claire Parker. Jacques Drouin n’a pas assisté à l’atelier qu’avait donné le couple célèbre à l’ONF en 1972 et qui avait donné lieu à un documentaire réalisé par Norman McLaren. Mais il avait vu l’écran d’épingles miniature de l’ONF lors de la Rétrospective mondiale du cinéma d’animation à Montréal en 1967 et avait découvert "Le nez", d’Alexeieff, à New York. Quand il rencontre René Jodoin au début des années 1970 pour un stage à l’ONF, l’atelier a déjà eu lieu. Le jeune Jacques annonce à Jodoin qu’il souhaite s’initier, lors de son stage, à l’écran d’épingles. Le résultat de ces expériences a été "Trois exercices" sur l’écran d’épingles d’Alexeïeff". Jacques Drouin fût ensuite adoubé par Norman McLaren et fît ses armes sur l'écran d'épingle de l'ONF. Image ONF : Le jeune Jacques Drouin, Norman McLaren et Indira Gandhi qui fit une visite impromptue à l'ONF lors d'un séjour au Canada en juin 1973. En attendant les séances d'hommage que nous allons avoir la chance d'avoir suite à cette triste nouvelle, vous pouvez voir et revoir en ligne le magnifique "le paysagiste" 1976 sur le site de l'ONF sur https://www.onf.ca/film/le_paysagiste/ ou sur Dans ce film, Jacques Drouin a exprimé toutes les joies graphiques que peut nous procurer l'écran d'épingles, lumières mouvantes, ombres portées, grains suaves, évocations du gras d'un fusain de l'artiste. Au-delà de ces jubilations, Jacques Drouin nous a invités dans ce film à l'intérieur de celui-ci dans l'univers du créateur, dans ses pensées, son imagination avec toutes ses dimensions oniriques, intimes ou graphiques. Images : Le Paysagiste, © Jacques Drouin in http://lencredesfees.canalblog.com/archives/2012/12/17/25934195.html Image : Office National du Film du Canada Jacques Drouin : le plaisir de la transmission "Je ne suis déjà plus le seul “héritier” d’Alexandre Alexeïeff et Claire Parker. Les prochains auront la responsabilité de propager le génie des inventeurs mais c’est en utilisant cette technique qu’ils empêcheront l’écran d’épingles d’être enfermé dans le Cabinet des curiosités." Jacques Drouin dans Alexeïeff / Parker – Montreurs d’ombres , Edition de l’œil / Musée-Château d’Annecy, 2015 Jacques Drouin est resté pendant une trentaine d’années le seul dépositaire de cette technique d’animation unique au monde, avant de passer le relais à la réalisatrice Michèle Lemieux. Cette transmission a permis à Michèle Lemieux de réaliser avec l'écran d'épingles , " Le Grand Ailleurs et le petit ici" (2012). Michèle Lemieux à côté de l'écran d'épingles de l'Office national du film du Canada, lors du tournage de son film Le Grand ailleurs et le petit ici, 2012. Auteur du cliché Wolfgang Noethlichs Image : http://musees.annecy.fr/Media/Images/Images-hors-SITRA-Armadillo/Partenaires-exposition/Exposition-Alexeieff-Parker-montreurs-d-ombres/Michele-Lemieux-et-l-ecran-d-epingles-de-l-ONF On peut voir ci-dessous ce film produit par l'Office National du Film du Canada : https://www.onf.ca/film/grand_ailleurs_et_le_petit_ici/ Jacques Drouin a ainsi permis un premier relai dans l'utilisation de l'instrument. Mais il fallait aussi continuer à en transmettre l'utilisation. Toujours avec bienveillance et passion, il a accompagné 8 réalisateurs français initiés à la technique par Michèle Lemieux. Il a pu ainsi apporter ses conseils précieux à Justine Vuylsteker, pour l’écriture de son court métrage Etreintes - premier film conçu en France entièrement sur l'Epinette, à Nicolas Liguori ou Clémence Bouchereau sur son tournage de La Saison pourpre sur l’écran d’épingles du CNC. Image https://animation.ciclic.fr/actualites/etreintes-de-justine-vuylsteker-nouveau-projet-en-residence Justine Vuylsteker Étreintes 2018 | 5 min La conservation du "patrimoine instrumental" Jacques Drouin a ainsi permis un premier relai de ce savoir-faire pérenniser cette technique d'animation. Après avoir transmis à son tour le virus de "l'épinglomaniat ". Mais cette transmission restait fragile. Les écrans d’épingles Alexeieff-Parker sont trop rares. Ce sont aussi des objets patrimoniaux, fragiles et vieillissants. Pour illustrer cette rareté voici un petit recensement des écrans historiques recueilli auprès de Jean-Baptiste Garnero du CNC. (Certainement à préciser). L'épinette 1943 VEC a été acquise et restaurée par le CNC avec la complicité active de Jacques Drouin. L'ONF a le proto 68 qui est opérationnel pour des essais. L'ONF a également le NEC qui est opérationnel. Il fallait d'abord s'attaquer à la restauration de ces écrans d'épingles afin de permettre la réalisation de nouveaux films dans le futur. Sans ces quelques "stradivarius" de l'animation, point de prolongement de la création ! A partir de 2007, grâce à son amour pour "l’instrument" et son expertise en la matière, il restaure les trois principaux écrans d’Alexeïeff-Parker, réalisant encore sa passion de la transmission. Le Centre national du cinéma et de l’image animée acquiert, en 2012, le dernier écran d’épingles construit par Alexeïeff et Parker, afin de permettre aux artistes européens de créer à l’aide de cet outil exceptionnel. Nommé l’Épinette, cet appareil a été restauré successivement par Jacques Drouin et Michèle Lemieux et constitue un legs à la communauté mondiale de l’animation. "Voici un nouveau chapitre pour une invention toujours vivante." Au-delà des restaurations brillamment réalisées, il restait un autre point faible à adresser ... Même après restauration, il n'y avait pas assez d'écrans d'épingles dans le monde pour favoriser la création ! Les "stradivarius" d'origine étaient opérationnels encore fallait-il savoir fabriquer de nouveaux instruments. Là encore Jacques Drouin a apporté un support inestimable. Jacques Drouin s'est construit un petit écran d'épingles pour son usage personnel, expérimentant ainsi les techniques de construction. Image : Jacques Drouin avec le "baby screen" fabriqué par Alexeieff et acheté par l'ONF à la fin des années 60. Photographie : Lëa-Kim Châteauneuf En janvier 2015, un informaticien d'Annecy passionné d'animation, Alexandre Noyer, contacte Jacques Drouin pour avoir de conseils sur la fabrication d'un écran d'épingles. Les échanges par messagerie sont le témoignage de la maîtrise complète de Jacques Drouin de l'écran d'épingles instrument complexe dans construction comme dans son utilisation. Jacques Drouin demande un peu de temps pour répondre aux nombreuses questions techniques posées. Il y répond point par point en février : Utilisation de tubes, Plan de perçage, Matière de la plaque, Epaississeur de la plaque et longueur des épingles, Caractéristiques des épingle, longueurs, diamètre, Taille de l'écran, Epaisseur de l'écran, Placement des trous, Angle d'alignement des trous, Friction et diamètre des épingles des trous, peinture et couleur des épingles Lubrification (ou pas) des tubes, .... Et Jacques Drouin a conclu son long mail de réponse par : "Je n'ai peut-être pas répondu à toutes vos questions car un projet semblable demandera quelques essais et erreurs pour être satisfaisant. J'espère que l'Exposition Alexeieff prévue pour juin au Musée d'Annecy vous apportera d'autres éclaircissements. Michèle Lemieux sera là et j'y projette aussi d'y aller. Je vous y verrai avec plaisir pour partager le progrès de votre projet. J'espère vous avoir éclairé un peu. " On y voit toute la bienveillance, la modestie et l'attention qu'il porte au projet et à son auteur. Voici quelques photos de la fabrication d'un mini écran que Jacques Drouin a construit en 2008 pour son plaisir et qui illustrent son intérêt pour la construction de l'instrument. Il a transmis ces photos à Alexandre Noyer à l'époque où il construisait son premier prototype. Grâce à ces échanges, Alexandre Noyer construit son premier écran d'épingle en 2015 : Le "Cactus" composé de 26 000 épingles. En Juin à Annecy, il rencontre Jacques Drouin et Michèle Lemieux pour leur montrer cette première réalisation. Vu les difficultés de conception d'un tel instrument, on imagine le plaisir qu'a éprouvé Alexandre Noyer à présenter son écran à Jacques Drouin. Photographies Alexis Hunot : Annecy Juin 2015 Alexandre Noyer montrant son premier ecran d'épingles le cactus à jacques Drouin avec Théodore Uschev, Georges Schwizgebel et Michèle Lemieux. Un nouveau constructeur d'instrument En avril 2016, Alexandre Noyer a terminé un deuxième prototype, le Spinae (100 000 épingles ), sans tête donc avec une meilleure résolution que Michèle Lemieux a pu tester et adouber au Festival d'Annecy en juin. Le réalisateur québécois Alexandre Roy réalise un premier court-métrage sur ce prototype en 12 jours à Genève : " Jim Zipper". En 2020, après deux ans d'échanges, La Bande Vidéo qui est un centre d'art video et d'animation contemporain à Québec, a commandé un écran d'épingles "haute résolution de 200 000 épingles "l'Alpine" à Alexandre Noyer. Alexandre Noyer et l'Alpine in https://www.cartoonbrew.com/tools/building-a-pinscreen-how-to-make-one-of-the-rarest-tools-in-animation-208131.html? fbclid=IwAR1tCMJO__8_qnnJphkzNtTgFOITi4veVYOGObV8XSn6M6JG05IY7OTg8LE Echanges Alexandre Noyer - Jacques Drouin en novembre 2020. Jacques Drouin y célèbre une invention toujours vivante... et l'histoire continue ! Grâce à la transmission les innovations et la création continuent ! Grâce à ce travail de transmission aussi bien sur l'art de "jouer" de l'écran d'épingles que sur l'accompagnement de la restauration des écrans ou la création de nouveaux instruments, des innovations permettent de nouvelles créations. Claire Parker et Alexandre Alexeieff utilisaient de nombreux instruments (rouleaux, voir des poupées russes !, etc ..) pour imprimer des formes sur l'écran d'épingles comme les images suivantes : Voir le film sur https://www.dailymotion.com/video/x6bbgij . Photo ONF : Claire Parker et Alexandre Alexeïeff https://www.onf.ca/selection/lonf_celebre_lecran_depingles/ Claire Parker et Alexandre Alexeïeff (Photo ONF) : https://blogue.onf.ca/blogue/2018/07/25/justine-vuylsteker-et-lappel-de-lecran-depingles/ Aujourd'hui de nouvelles techniques peuvent être utilisées pour combiner l'usage de l'écran d'épingles et les possibilités du numérique. Alexandre Roy (Découpe plexiglas) et Alexandre Noyer (impression 3D) échangent sur l'utilisation de nouvelles techniques pour fabriquer des empreintes pour l'écran d'épingles. Le film d'Alexandre Roy en cours de réalisation sur l'Alpine à "la Bande Vidéo" utilise des empreintes fabriquées avec ces techniques. Dans la lignée des pionniers de l'écran d'épingles de nouveaux réalisateurs rendent hommage à d'autres pionniers grâce à l'écran d'épingles. Pour son projet, Alexandre Roy s’est inspiré librement de séquences d’images créées par les pionniers de la photographie du mouvement - dont les recherches ont préfigurées l’invention du cinéma - tel qu'Eadweard Muybridge (1830-1904) ou encore Étienne-Jules Marey (1830-1904 également). Ensuite, il les a retravaillés à l’ordinateur pour en faire des pochoirs servant à être imprimé sur l’écran d’épingles. Il prolonge ainsi non seulement le travail d'Alexeieff -Parker et de Jacques Drouin à cette occasion mais aussi celui de Jules-Etienne Marey, d'Eadweard Muybridge à la fin du XIXe siècle ou de Lillian Schwartz (1927-) au tout début des années 70 dans un élan patrimoniale et jouissif. Ces nouvelles techniques de fabrication d'empreintes permettent de créer avec agilité et souplesse des objets devenant autant d'alphabet du mouvement dont on peut ensuite imprimer les formes sur l'écran d'épingles pour créer les phrases d'un mouvement. Du 17 mai au 18 juin 2021, Alexandre Roy était en résidence à La Bande Vidéo où il travaillait sur son film et son exposition « Trompe-L’œil ». Le cinéaste a exploré l'utilisation de l'impression 3D et de la découpe laser pour créer des pochoirs qui servent à produire des séquences animées sur l’Alpine. On a hâte de voir le film ! Une image de Trompe-l'oeil : image https://www.facebook.com/LACHAMBREBLANCHE Une empreinte : image https://www.facebook.com/LACHAMBREBLANCHE Etienne-Jules Marey (1830-1904) - Etude du mouvement (1886) à voir sur Youtube Eadweard Muybridge : chronophotographie du mouvement de la marche fin du XIXe siècle in https://www.researchgate.net/figure/Photographs-taken-by-Eadweard-Muybridge-in-the-late-19th-century-for-analyzing-human_fig15_267954415 Image : "Olympiad" 1971 Lillian Schwartz (1927-) , video, color, sound, 2 minutes 33 seconds in http://www.fsgso.pitt.edu/wp-content/uploads/2017/09/01_Schwartz_OLYMPIAD.jpg Merci Jacques Jacques Drouin a non seulement été le précieux relais des pionniers de l'écran d'épingle mais il a su transmettre son savoir sur la construction de l'instrument et de son "jeu". Il a assuré ainsi le relais et la plus belle des transmissions d'un savoir-faire qui a 88 ans ! Devant une telle œuvre, on résiste pas à l'envie de lui écrire quelques mots avec émotion : "Cher Jacques, vous nous laissez seuls avec le bel avenir de l'écran d'épingles que vous nous avez préparé. Je n'ai que le souvenir furtif de vous avoir croisé quand j'avais 14 ans dans la R16 de Michel Boschet au sortir des films Martin-Boschet. C'est bien peu mais j'ai eu tout même la chance d'avoir été assis à côté d'un grand homme ! Vos œuvres sont là pour nous réjouir, vous avez magiquement transmis un témoin fragile et grâce à vous ... la grande histoire du cinéma d'animation continue avec de nouvelles techniques des plus originales. Merci Jacques pour votre belle vie généreuse, merci de nous avoir apporté tant d'épingles ! A lire : Je remercie Alexandre Noyer, Alexis Hunot, et Jean-Baptiste Garnero ainsi que les auteurs des articles ci-dessous pour leur aide à la préparation de cet article. Disparition du réalisateur Jacques Drouin (CNC) h ttps://www.cnc.fr/cinema/actualites/disparition-du-realisateur-jacques-drouin_1527356 Hommage à Jacques Drouin : Le modèle… vivant Marcel Jean 30 août 2021 https://www.cinematheque.qc.ca/fr/nouvelles/hommage-a-jacques-drouin-le-modele-vivant/?fbclid=IwAR37ZVFXy2YEE7DAvI6qH4mofEOaeTCxsAMoVsJngjbnSyNKqARiK4FeV7c Jacques Drouin: entre ombre et lumière Mario Cloutier 5/12/2009 https://www.lapresse.ca/cinema/nouvelles/201207/17/01-4550059-jacques-drouin-entre-ombre-et-lumiere.php# Jacques Drouin et l’écran d’épingles : Une histoire d’amour 31 août 2021 https://sommetsanimation.com/fr/nouvelles/jacques-drouin-et-l-ecran-d-epingles-une-histoire-d-amour/?fbclid=IwAR1aMkkUqcwm6B7cedjHedGNzIYSIJhhReHvets91LFOWtwX2i3Y5sUJHOk La deuxième vie de l’écran d’épingles https://www.cnc.fr/cinema/actualites/la-deuxieme-vie-de-lecran-depingles_111766 L’Office national du film du Canada rend hommage au cinéaste d’animation Jacques Drouin https://ctvm.info/loffice-national-du-film-du-canada-rend-hommage-au-cineaste-danimation-jacques-drouin/ Building A Pinscreen: How To Make One Of The Rarest Tools In Animation By ALEX DUDOK DE WIT | 09/03/2021 https://www.cartoonbrew.com/tools/building-a-pinscreen-how-to-make-one-of-the-rarest-tools-in-animation-208131.html Acquisition de l'Alpine - Acquisition Of "L'Alpine" — La Bande Vid éo https://labandevideo.com/fr/calendrier/nouvelles/acquisition-de-lalpine-acquisition-of-lalpine/ Ecran d’Epingles : retour sur une technique d’animation atypique avec Alexandre Noyer https://www.3dvf.com/redaction/dossier-1472-1-ecran-d-epingles-retour-sur-une-technique-d-animation-atypique-avec-alexandre-noyer-html/2/ A voir : Annecy 2017 : Cadavre Exquis https://www.youtube.com/watch?v=9_FZNnPQ80g&t=13s
- 21 - Prix du jury et prix du public "horizons" Piaff 2021: "Le village Abandonné", la lumière animée.
MITOVEBULI SOFELI (Le Village abandonné, Abandoned Village), 2020, Géorgie. Réalisation : Mariam KAPANADZE Production : STUDI KVALI XXI, INT. ANIMATION FILM FESTIVAL NIKOZI, Mariam KANDELAKI Direction artistique : Irakli Toklikishvili Scénario : Mariam Kapanadze Graphisme : Irakli Toklikishvili Storyboard : Irakli Toklikishvili Animation : Elene Murjikneli Son : Postred Durée : 14 min. Tout d'abord merci à Alexis Hunot directeur artistique du PIAFF de m'avoir donné l'occasion d'être membre du jury du programme horizons en compagnie de Annie-Claire Alvoët, plasticienne et Marion Eschard qui s'occupe des relations presse dans l'excellente société Malavida. Le film a été présenté à au festival d'Annecy dans la catégorie perspectives et au PIAFF dans la catégorie horizons. Il peut paraître étonnant d'attribuer le prix Horizons du PIAFF 2021 à un tableau immobile de 14 minutes, et pourtant le jury a été instantanément unanime. Le public également qui par son vote lui a attribué le prix du public pour cette catégorie. Ce tableau nous montre une journée d'un village abandonné avec pour seul acteur la lumière et les bruits off de vie rurale avec ses animaux, ses personnages. Ces sons nous rappellent-t-ils la vie passée de ce village ou proviennent-ils d'à côté du tableau ? .... on ne le sait pas. On ne sait pas non plus quelle catastrophe a créé l'abandon de ce village; exode rurale, catastrophe climatique, conflit comme l'a connu la Géorgie en 2008 ? Chaque spectateur peut y trouver son explication. Cette journée sur ce tableau immobile nous offre des jubilations discrètes parfois impressionnistes avec ces changements de lumières très progressifs. Seuls quelques nuages et un orage perturbent un moment ce ballet d'ombres et de lueurs. Cette lumière, seul mouvement de vie perceptible, ce combat entre l'ombre et la lumière, projette ainsi une lueur d'espoir sur ce village. Soyons optimiste, peut être reviendra-t-il à la vie. Le film est construit autour de 22 différents paysages peints par l'artiste Irakli Toklikisshvili avec de l'aquarelle de la gouache, de l'encre et du "mascara" ( je n'ai pas trouvé quelle matière est utilisée pour peindre avec du "mascara". Problème de traduction ? ). Chaque tableau exprime une tonalité : Village en deuil, après midi, coucher de soleil nuit, ... A partir de chaque tableau l'animation de la lumière est obtenue par une technique de "grattage" et l'utilisation de l'ordinateur en 2D. Il en résulte d'infimes variations difficile à capter et un tour de force avec ces tableaux qui évoluent si discrètement qu'on a hâte de revoir le film pour mieux en gouter les métamorphoses lumineuses. N'est-ce pas le propre de l'animation d'offrir tant de changements qu'on est obligé de revoir les films remarquables pour mieux les appréhender ? photo https://gravityfromabove.wordpress.com/2019/06/25/love-in-an-abandoned-village/?fbclid=IwAR0wlRuWsH4dKgWTr-5rUreUKsvRaMQZXotjOnOKPC0dgIgdBvh7nwvYbu8 : Irakli Toklikisshvili, Mariam Kapanadze, Elene Murjikneli. Annonce du prix du jury et du public Horizons à "Un village abandonné" ainsi que d'une mention pour le film "Scalp deep" de Naseeba Bagalaaliwo. Courte interview réalisée à l'occasion du festival d'Annecy de Mariam Kapanadze avec une présentation de l'équipe du film. Ce film marque les débuts de Mariam Kapanadze en tant que réalisatrice de film d'animation. Il nous a enthousiasmé par son originalité et nul doute que Mariam Kapanadze et la Géorgie nous offriront à l'avenir d'autres surprises aussi réjouissantes. Voilà un bel horizon ! A lire : Un film “coup de cœur Annecy 2021” de Mariam Kapanadze sur http://www.anima-studio.com/blog/le-village-abandonne/ Haunting Sounds of Abandoned Village sur https://postredaudio.com/2021/06/09/haunting-sounds-of-abandoned-village/?fbclid=IwAR2wIJSBorFf3QXGeCITlsr_7oJbZJCgxFoq8PmhbbpP-1ge3mzx5-1vvJ8 Love in an Abandoned Village https://gravityfromabove.wordpress.com/2019/06/25/love-in-an-abandoned-village/?fbclid=IwAR0wlRuWsH4dKgWTr-5rUreUKsvRaMQZXotjOnOKPC0dgIgdBvh7nwvYbu8
- 20 - Le monde en soi : l'Art Brûlant
Quand l'Art brûle. image : https://vimeo.com/444021949 Écrit et réalisé par Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck Produit par Jérôme Barthélemy et Daniel Sauvage Avec les voix de : Sandrine Stoïanov, Jean-Charles Finck, Camille Condemi Storyboard, Animatique, Layout : Jean-Charles Finck Posing, Décor : Sandrine Stoïanov Animation 2D : Sandrine Stoïanov et Odile Comon, Valérie Schaefer, Rayane Raji, Marianne Lebel, Jean-Charles Finck Peinture : Sandrine Stoïanov et Zaza, Zyk, Émilie Mercier, Urs Häberli Compositing : Sandrine Stoïanov et Christelle Soutif, Marc Koenings Montage : Jean-Charles Finck Chargée de production : Clémence Bouche Assistants monteurs : Youri Borg, Mathilde Sari Musique originale : Pierre Caillet Montage son : Xavier Thibault Mixage : Laure Arto Étalonnage : Laurent Navarri Nous avons eu la chance de pouvoir voir le film à Annecy, au Piaff et sur Arte mais le film est si beau et si dense qu'on ne se lasse pas de le revoir. Rencontre au haras au festival d'Annecy 2021 : de gauche à droite Tony, Florentine Grelier, Jean-Baptiste Garnero, Jean-Charles Finck et Sandrine Stoïanov. Photo Clément Martin. Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck nous offrent ici un film époustouflant sur l'épuisement dans la création. Le film raconte l'histoire d'une jeune femme qui souhaite se faire exposer dans une galerie et travaille acharnement pour livrer les œuvres attendues par un galeriste. Image : https://www.unifrance.org/film/52022/le-monde-en-soi La jeune peinte peintre se met à nue dans une frénésie créative pour "délivrer" les oeuvres. Le film alterne des plans sobres dans une chambre d'hôpital où l'on voit la jeune femme inerte, vidée de son énergie et des plans colorés qui fourmillent de messages graphiques qui nous raconte le chemin de l'artiste jusqu'à son "burn out" ! Pour Sandrine Stoïanov "la couleur elle-même a une narration" et exprime "les humeurs du personnage". Elle traduit "le plein" dans la création et la folie qui s'empare du personnage allant jusqu'à des couleurs saturées, très vives, violentes. et "le vide" dans les scènes d'hôpital où la jeune artiste devient transparente. Image du film dans le cadre de l'hôpital voir sur https://stokanovska.wixsite.com/monsite/le-parcours-de-l-ecureuil . Sandrine Stoïanov nous a confié au Piaff après la projection du film qu'elle a voulu que le paysage urbain traduise l'état d'esprit de cette artiste qui perd pied dans la création : "quand on est enceinte on voit des femmes enceintes partout, quand on a une jambe cassé on voit des handicapés partout" Dans le film, les affiches, les passants sont autant d'acteurs qui nous racontent l'explosion d'émotions suite à l'épuisement de l'artiste et sa surinterprétation de tous les signaux qu'elle ne peut plus gérer, qui deviennent obsessionnels. Un exemple de détails des affiches que l'on perçoit subrepticement. image https://stokanovska.wixsite.com/monsite/le-parcours-de-l-ecureuil Cette explosion atteint son paroxysme dans une scène magnifique où l'artiste perd pied dans le métro et où l'on voit un défilé hallucinatoire d'œuvres artistiques célèbres et d'images oniriques qui emportent notre héroïne dans un tourbillon terrible mais jubilatoire pour le spectateur. Où l'image devient onirique vu dans https://www.unifrance.org/film/52022/le-monde-en-soi L'animation peinte, si elle nous réserve de belles surprises, passe par des défis techniques importants comme en témoignent les propos recueillis par Francis Gavelle dans https://www.fichesducinema.com/2021/06/annecy-2021-focus-sur-le-monde-en-soi-de-sandrine-stoianov-jean-charles-finck/?fbclid=IwAR2KSIJdyylxKw6acpBmZoPm4iUPxRcXiyJQrLgUrFwcp4Njma41wpkYFhk. Sandrine Stoïanov : "Une autre difficulté technique était de faire un film en peinture à l’encre animée sous la caméra, nécessairement avec du papier épais, pour éviter qu’il gondole, et de fait sans la possibilité de travailler avec la transparence du papier sur une table lumineuse, comme on le fait en général en animation traditionnelle. Nous en avons discuté avec notre ami Quentin Francotte, qui a conçu et construit pour nous un banc-titre d’un genre particulier, permettant de projeter chaque pose d’animation en peinture à l’encre sur le papier de la suivante, et ainsi d’animer la peinture dans le graphisme que nous voulions. Il a aussi conçu une plaque à picots permettant de poinçonner le papier, afin qu’il soit toujours tendu et positionné au bon endroit sous la caméra, qu’il a baptisée “la stokaboard”." Jean-Charles Finck : "Des difficultés artistiques, pas vraiment. Hormis le fait que le personnage principal de notre film étant une jeune peintre, il fallait montrer ses œuvres et leur évolution plastique au cours du film, ce qui a obligé Sandrine à se mettre à la peinture à l’huile, technique difficile qu’elle n’avait jamais pratiquée. Mais là encore, c’était un choix. Les difficultés qu’a entraîné la fabrication de ce film, nous les connaissions ou les envisagions dès le départ. Nous les avons assumées et surmontées." De grands bravos aux auteurs pour ce film très personnel, aux qualités graphiques remarquables qui traite un sujet difficile dans une effervescence graphique sensible et juste. Le Cinéma d'Animation nous offre une fois de plus un film singulier. A voir et revoir absolument et si possible sur un bel écran de salle de cinéma pour prendre plaisir à cette intense et belle histoire dont les images qui défilent trop vite à la vitesse du Cinéma d'Animation ! :-) A voir : Pour avoir envie de le voir en salle, possibilité de visionner le film sur Arte en ce moment : https://www.arte.tv/fr/videos/052393-000-A/le-monde-en-soi/ Les illustrations et peintures de Sandrine Stoïanov et des images de son film sur son site : https://stokanovska.wixsite.com/monsite Rencontre avec Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck : https://www.arte.tv/fr/videos/100562-000-A/rencontre-avec-sandrine-stoianov-et-jean-charles-finck/ . A lire : L'interview de Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck par Francis Gavelle dans https://www.fichesducinema.com/2021/06/annecy-2021-focus-sur-le-monde-en-soi-de-sandrine-stoianov-jean-charles-finck/?fbclid=IwAR2KSIJdyylxKw6acpBmZoPm4iUPxRcXiyJQrLgUrFwcp4Njma41wpkYFhk Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 15 avril 2021 dans http://www.lepolyester.com/entretien-avec-sandrine-stoianov-et-jean-charles-finck/ Le Monde en soi dossier artistique : https://www.cnc.fr/documents/36995/160963/LE+MONDE+EN+SOI_Dossier+artistique.pdf/9b81f9b0-2cc0-1122-4cf1-76ebdf580972
- 19 - Prix du film "Off-Limits" Annecy 2021 : "Tunable Mimoid". La beauté de la communication impossible.
Métamorphoses progressives dont on suit fasciné les itérations. Image : https://tadar.net Titre original : Tunable Mimoid Réalisation : Vladimir TODOROVIC Pays : Australie Année de production : 2020 Durée : 06 mn 51 s Réalisation : Vladimir TODOROVIC Production : HOOPSNAKE STUDIO, Vladimir TODOROVIC Musique : Brian O'Re Chaque année la programmation du programme "off-limits" du festival d'Annecy nous propose une petite perle surprenante de court-métrage. L'année dernière nous avions eu l'hommage surréaliste du Polonais Marcin Gizyck (avec Wieczór -(Sunset) de Marcin Gizyck) au réalisateur de films d'animation et peintre polonais Zenon Wasilewski. (cf. https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/surréalité) Cette année nous avons encore été gâtés avec un programme où l'on retrouve notamment le lauréat du prix André-Martin du court-métrage Ismaël Joffroy-Chandoutis pour Maelbeek sur lequel j'aurai l'occasion de revenir dans un prochain post. Tunable Minoid se présente comme un film didactique nous exposant avec le plus grand sérieux trois expériences scientifiques réalisés sur ces mystérieux minoïdes. Dans ma grande naïveté et sans doute pour mon intérêt pour l'imagerie scientifique, j'y ai cru. Et ce même si une des expériences utilisant les "rayons gamma" m'a intrigué car cela ressemblait à une référence aux bandes dessinées de science-fiction de chez Marvel du début des années 60 où le sympathique professeur Banner se transformait en Hulk suite à une exposition à ces rayons. Image : https://www.catawiki.com/fr/l/26868233-incredible-hulk-vol-1-1962-105-109-x5-issue-i-amf-top-collection-eo Le film déroule sobrement trois expériences où les mimoïdes sont exposés à des radiations et ondes électromagnétiques. Les minoïdes répondent à ces sollicitations en se métamorphosant lentement en formes graphiques tridimensionnelles fascinantes. S'agit-il d'organismes primitifs qui grouillent et se multiplient ? de chaires vibrantes excitées, de galaxie lointaine en pleine explosion déroulant des filaments incandescents ? Mystère, mais les images sont sublimes ! Explosions biologiques ou galaxiques ? Image : https://tadar.net Chaires excitées par les radiations ? Image : https://tadar.net Organismes primitifs en développement ? Image : https://tadar.net Malgré mon petit doute, j'avais hâte de me renseigner sur ce film pour en savoir plus. Quelle fût ma déception, en lisant les articles de Marie-Pauline Mollaret et Nicolas Thys, pour apprendre que c'était un faux documentaire animé sur une parodie d'expérience scientifique. :-) Un peu honteux de ma naïveté, j'ai quand même été content d'apprendre que ce court-métrage rend hommage au roman de science-fiction de Stanislaw Lem (un autre Polonais ...), Solaris qui date de 1961 et donc de la même époque que mon petit doute ! :-) Comme l'année dernière avec Sunset de Marcin Gizyck (qui n'a pas eu le prix) on se retrouve dans un film qui s'enracine dans des références à un créateur et une œuvre plus ancienne. Dans le roman Solaris de Stanislas Lem, Solaris est une planète recouverte par un océan qui laisse apparaître à sa surface des formes géométriques étranges , qui semblent manifester les signes d'une certaine intelligence. Les messages que cet océan envoie aux héros explorateurs de ce roman sont interprétés et matérialisés par ceux-ci dans un référentiel qui leur est propre organisé autour de leurs fantasmes, de leurs craintes ou de leur terreur. Cette parabole de la communication explore les principes et les effets de la communication entre deux univers étanches qui ont chacun leur référentiel et qui communique dans un dialogue récursif où chaque acteur de cette communication déforme et adapte le message. Ce roman de science-fiction se distingue par un discours scientifique et métaphysique parfois abscons qui a fait l'objet de nombreuses analyses parmi lesquelles l'intéressante : Solaris de Stanislas Lem - la modélisation mathématique et la récursivité dans la figure de la communication impossible de Véronique Tremblay. Mais revenons au film et son auteur qui rend hommage à ce roman. Vladimir Todorovic travaille à base de langage informatique et conçoit des "systèmes génératifs" qui produisent ces formes étranges en métamorphose. Ses programmes produisent des "structures narratives" qu'il appelle des "generatives movies". Ces projets sont régulièrement exposés dans des festivals des expositions ou à des symposiums internationaux sur l'Art Electronique. D'un point de vue technique ces images sont animées par programmation en 3D : Itérations récursives où les fonctions, médiateurs indéterminés, interprètent message et effectuent des modifications de l'image ? où l'implémentation et la technique illustrerait la parabole de la communication avec ses fonctions qui interprètent les messages dans leur propre référentiel ? Images obtenues comme des phrases issues de motifs de base (alphabet) puis transformées par une grammaire et ses règles de production (phrase = image) ? Images fractales ? Utilisation du hasard ? Pour l'instant il faudra se contenter de ces interrogations en attendant d'avoir des précisions (investigation en cours). Finalement mon acquisition naïve mais jubilatoire durant la projection répond aux objectifs du film : j'ai interprété ces troublantes métamorphoses dans mon référentiel. Me voilà rassuré. Il me reste à lire Solaris de Stanislaw Lem cet été et à revoir le plus vite possible le très beau Solaris d'Andreï Tarkosky (1972). A lire : Article de Marie-Pauline Mollaret sur le programme off-limits : https://www.ecrannoir.fr/2021/06/16/annecy-2021-une-selection-off-limits-politique-et-rejouissante/ Article de Nicolas Thys sur le programme off-Limits : https://revue24images.com/festival/festival-dannecy-2021-jours-5-6-deja-la-fin-des-retrouvailles/ Solaris de Stanislas Lem - la modélisation mathématique et la récursivité dans la figure de la communication impossible de Véronique Tremblay. Presse de l'Université du Québec. https://www.erudit.org/fr/revues/tce/2002-n68-tce607/008249ar.pdf A voir : Voir des films de Vladimir Todorovic sur : https://vimeo.com/tadar Vous pouvez y voir : The Running Nude (generative VR experience) pour illustrer la variété des projets de Vladimir Todorovic sur le cinéma expérimental. Etre en immersion dans un film expérimental ça fait envie ! :-) Voir Silica-Esc (2010) pour mieux appréhender les "Generative Movies" :
- 18 - Palmarès Annecy 2021-Durant "La Traversée" de Florence Miailhe, le jury n'a pas pris le bon chemin.
Où l'image animée devient un tableau poétique - Image - : https://www.lamenagerie.com/prod_realisations/la-traversee/ Florence Miailhe et son équipe nous ont offert une œuvre remarquable pour nous rappeler, s'il en était besoin, que le cinéma d'animation est un art majeur. La traversée France, Tchéquie, Allemagne. 2021 Réalisateur Florence Miailhe Scénario : Marie Desplechin, Florence Miailhe Directeur artistique animation : Youri Tcherenkov (CZ) Animateurs France : Valentine Delqueux, Marie Juin, David Martin, Aurore Peuffier, Anita Brüvere, Ewa Łuczkow, Paola de Sousa AnimateursAllemagne Aline Helmcke, Urte Zintler, Ewa Łuczkow Animateurs Tchéquie : Lucie Sunková, Polina Kazak, Eva Skurská, Anna Paděrová, Zuzana Studená, Marta Szymanska Musique : Philipp E. Kümpel Directeurs de postproduction : Jean Delduc, Matthias Reger Directeurs de production : Dominique Deluze (FR), Karsten Matern (DE), Marcela Vrátilová (CZ) Producteurs Les Films de l´Arlequin, Balance Film, MAUR film, XBO Films, ARTE France Cinéma, MDR/ARTE Germany, Česká televize Distributeurs GEBEKA FILMS Marc BONNY Ce long-métrage nous raconte la migration d'une sœur et d'un frère qui fuient les progroms et la persécution. Ce film très personnel prend ses racines dans l'expérience qu'ont vécues son arrière-grand-mère au début du siècle lors du pogrom de 1905 à Odessa en Ukraine et sa mère qui a dû fuir en zone libre face à la persécution des juifs suite à l'occupation nazi. Florence Miailhe s'est inspiré des croquis de sa mère réalisés lors de cette fuite. Ce conte en six chapitres, écrit par Florence Miailhe et Marie Desplechin, traite le sujet sombre et actuel des migrations de populations oppressées comme les deux autres films primés à Annecy dans la catégorie long-métrage. Mais ce film se distingue par la poésie des images et du scénario qui nous emporte dans un univers intemporel, prégnant qui nous enveloppe, nous transporte dans son histoire. Florence Miailhe est passée maître dans l'utilisation des techniques de peinture sur verre et de l'utilisation du sable dans l'animation dans la lignée de ses modèles Caroline Leaf, Jean-François Laguionie ou Youri Norstein. Pour le film un banc titre à trois plaques de verre a permis de combiner décors réalisés sur papier de soie transparents, sur lequel on peut superposer un cellulo pour apporter des détails et enfin trois plaques de verres permettent de peindre à la peinture à l'huile, les trois niveaux apportant la profondeur de l'image résultant de ces superpositions. Ce projet qui a muri pendant plus de 10 ans a pris 3 ans de production avec des équipes en France, Tchéquie, et en Allemagne. Ce premier long-métrage réalisé en peinture à l'huile sur verre a constitué un véritable défi pour la réalisatrice qui a du inventer un pilotage et un suivi du travail des équipes tout en transmettant aux équipes de son savoir-faire unique afin d'entretenir ainsi la connaissance et le plaisir de ce savoir-faire. Univers forain d'un des chapitres du film - image : https://www.ladepeche.fr/2019/04/28/la-traversee-un-film-tout-en-peinture,8170987.php Une co-production internationale s'est avérée indispensable à la production de cette œuvre que la réalisatrice qualifie "d'édifice monstrueux": Réalisation des décors à Toulouse 13 bancs titres avec 3 plaques de verre conçus spécifiquement pour le film pour les animateurs répartis dans 3 pays. Un processus d'animation en équipe de peinture sur verre qu'il a fallu inventer. post-production, étalonnage et musique réalisés en Allemagne Pour plus d'informations sur la conception et la construction du film voir "Rencontre avec Florence Miailhe" dans le cadre de la "9ème rencontre professionnelle sur l'écriture du film d'animation" à Fontevraud, le 3 octobre 2020 où Florence Miailhe échange avec Jacques Kermabon sur la véritable épopée que constitue la réalisation de ce court-métrage. Dommage que cette prouesse de réaliser un long-métrage en peinture sur verre n'ait pas été reconnue par le jury. Certes Florence Miailhe a déjà reçu beaucoup de distinction dans sa carrière dont : le César du meilleur court métrage en 2002 avec "Au premier dimanche d'août", une mention spéciale au Festival de Cannes en 2006, ou encore un Cristal d’honneur en 2015 au Festival international du film d’Animation, mais cette réussite unique méritait de toute évidence le cristal du long-métrage cette année. Le film ne manquait pourtant pas de critères pour lui attribuer le Cristal : Premier long-métrage en peinture à l'huile sur verre, Une équipe en majeur partie féminine, Une volonté de partager son savoir-faire, Une esthétique remarquable qui se distingue par son enracinement et son audace, Une histoire intemporelle, grave et cruelle, associée à des préoccupations qui nous touchent et qui permet des niveaux de lecture pour chaque public. Une histoire qui nourrit notre réflexion sur les problèmes de migration et influe sur notre perception de ces crises migratoires. Des personnages romanesques aussi bien prédateurs, exploiteurs, égoïstes, bons, sauveurs que victimes ou opprimés. Une histoire sensible, captivante avec son chemin, celui de deux enfants obligés de grandir trop tôt, emportés dans une fuite tragique qu'ils doivent assumer. Images de la traversée - exode et oppression : https://www.gebekafilms.com/fiches-films/la-traversee/ et http://www.maurfilm.com/the-crossing-2/ Mais le Jury, souverain, n'a pas pris le bon chemin lui préférant une autre beau film plus documentaire qui n'a cependant pas atteint cette dimension universelle et poétique qui transcende le sujet. Le public ne s'est pas perdu pendant la Traversée comme en témoigne la longue ovation debout qui a suivie la projection du festival dans la grande salle de Bonlieu. Peut-être aurait-il fallu faire de la peinture sur "cristal" au lieu du "verre" pour achever de convaincre. Cette mention a défaut d'un Cristal du long-métrage a pour beaucoup momentanément "plombé" l'ambiance de la très réussie cérémonie de clôture. Le film sort le 29 septembre. Nul doute, vu l'accueil enthousiaste des spectateurs que nous avons vécu à Annecy, que le public saura trouver le chemin des salles obscures pour une traversée inoubliable. C'est finalement l'essentiel. A lire et voir sur le film : "Rencontre avec Florence Miailhe" : https://www.youtube.com/watch?v=jaz85sLq_ng 'En pleine traversée" de Jacques Kermabon dans le no 1 de la revue Blink Blank : https://revue-blinkblank.com Article de Pauline Mollaret : https://www.ecrannoir.fr/2021/06/22/annecy-2021-la-traversee-de-florence-miailhe-et-flee-de-jonas-poher-rasmussen-mettent-le-drame-humain-des-refugies-au-coeur-du-palmares/ Article d'Olivier Delcroix : https://www.lefigaro.fr/culture/festival-d-annecy-la-traversee-de-florence-miailhe-enflamme-le-public-20210619 Article de Stéphane Dreyfus : Annecy 2021 : un palmarès comme une peine de cœur - https://film-animation.blogs.la-croix.com/annecy-2021-un-palmares-comme-une-peine-de-coeur/2021/06/20/?fbclid=IwAR0rW7YvqlabuAoWsI_4OovBiQXm_Ap7f74GAT5eUOC9x9gk_qOe9oBajZE Entretien réalisé par Marie-Pauline Mollaret et Nicolas Thys lors du dernier festival d'Annecy Interview de Florence Miailhe https://www.youtube.com/watch?v=XVsSIxd58RU #latraverse #florencemiailhe #arte #annecyfestival #gamca
- 17 - 120e anniversaire de la naissance d'Alexandre Alexeieff
Alexandre Alexeieff dans son jardin dans le 14e arrondissement de Paris. Photographie Collection Geneviève et André Martin Alexandre Alexeieff aurait eu 120 ans le 18 avril 2021. L'occasion de proposer cette photo de saison prise chez Alexandre Alexeieff . Ce créateur de génie, avec sa femme Claire Parker, ont inventé l'écran d'épingles. Ils nous ont offert de magnifiques films d'animations, véritables "gravures animées". Ils ont également inventé un procédé de totalisation permettant la capture de mouvements pendulaires qu'ils ont ensuite animés pour faire du mouvement des objets d'autres objets animés. Vous pouvez voir deux de ces films en parcourant : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-1ère-partie-des-pionnières-et-des-pionniers.
- 16 - Naissance du cinéma informatique : 1ère partie : des pionnières et des pionniers
Images : Collection Geneviève et André Martin : No spécial L’avenir des images (Couverture) datant de 1979 ou 1980. Abstronic - Mary Ellen Bute 1952 in https://alchetron.com/Mary-Ellen-Bute#mary-ellen-bute-c9c7b500-bc94-44af-a1d1-8f28d07fd2b-resize-750.jpeg André Martin dans son article "Naissance du cinéma informatique" célèbre avec enthousiasme la naissance du cinéma informatique qui connaît à l’époque « une progression comparable à celle du cinéma muet à partir de 1918 ». Son article, comme toujours très dense, recense méticuleusement les créateurs qui ont contribués à cette naissance. Mais toute naissance suppose une période de gestation aussi André Martin commence-t-il par nous décrire l’ensemble des étapes pionnières, qu’elles soient analogique des années 30 à 50 ou numériques à partir des années 60 qui ont précédées cette naissance. Les supports, les dispositifs mécaniques, électriques ou électroniques et les films réalisés par ces pionniers, bien qu'analogiques, préfigurent le développement de l'image numérique en traçant une voie ingénieuse et parfois stupéfiante de modernité. Ce premier post est consacré à ces pionniers de l'analogique qui ont précédés le numérique. Bienvenu dans ce monde étonnant. 1 Pionniers de l’image photomécanique Ces pionniers sont d’abord ceux qui ont explorés « l’image dynamique automatisée » avec des « instruments » permettant d’exploiter les propriétés physiques de la lumière et/ou du mouvement. Claire Parker (1906-1981) et Alexandre Alexeieff (1901-1982) On ne peut, bien entendu, omettre de citer Claire Parker et Alexandre Alexeieff et « l’écran d’épingles » dispositif composé d’aiguilles dont les têtes ovales dévient plus ou moins la lumière permettant d’exploiter les ombres portées générées par ce tableau de points mécanique ancêtre des pixels pour générer image par image des « gravures animées". Alexandre Alexeieff, graveur russe, a rencontré Claire Parker, une américaine ingénieur, lors de cours de gravure qu’il donnait à Paris. Ils ont par la suite combinés leurs talents pour inventer l'écran d'épingles et réaliser de nombreux films, véritable gravures animées.. André Martin a posé dans son histoire du cinéma d'animation "de synthèse", le jalon du "premier système mécanique de synthèses" en l'année 1933 avec le film d'Alexandre Alexeieff et Claire Parker une "Une nuit sur le mont chauve" et "ses gravures animées". Voir sur https://www.dailymotion.com/video/x2psmj (meilleur copie) Il leur dédicacera son film en images de synthèse « Maison Vole » au début des années 80 : « A Claire et Alexandre Alexeieff, cet « autre » écran d’épingles… » Photos collection Geneviève et André Martin Principe de l’écran d’épingles : celles-ci plus ou moins enfoncées et suivant la position des têtes permettent de générer une image par omble projetée. « En passant » 1940 Alexandre Alexeieff film réalisé à l‘ONF. Le résultat d’un dispositif en « haute résolution » :-). Gif : https://www.tumgir.com/tag/Alexander%20Alexeieff On ne peut plus voir le film "En Passant" en ligne; il faut donc se contenter d'un extrait dommage : Mais un autre dispositif inventé par nos deux créateurs est peut être un peu moins connu : le « banc de totalisation ». Cette « colonne robot » est munie d’un vérin hydraulique et permet la mise en rotation d’une poulie à l’aide d’un câble enroulé et fixé au vérin. Cette poulie permet l’animation d’objets. Photo collection Geneviève et André Martin Tournage du film « sève de la terre » 1955 - Publicité pour Esso - Sur la photo Alexandre Alexeieff, Irmgard Messant-Serelle, Claire Parker. On y voit également le vérin à gauche et le système de câbles permettant l’animation. Le mouvement résultant de ce phénomène physique peut être simulé par ordinateur, mais il va falloir du courage pour simuler la combinaison des équations du vérin, des câbles et des poulies ! Dans la lignée de la chronophotographie de Etienne Jules-Marey (1886), ce dispositif permet de capturer une trajectoire et son mouvement mais Claire Parker et Alexandre Alexeieff vont faire de ces trajectoires un objet qui lui-même va être animé en composition avec avec d’autres objets. Images : Etienne–Jules Marey Balle rebondissante, étude de trajectoire. Chronophotographie sur plaque fixe - 1886. Sève de la terre Claire Parker et Alexandre Alexeieff : https://rateyourmusic.com/images/all?type=F&assoc_id=30600 1955 Voir le film sur : https://www.youtube.com/watch?v=kDTG-katSvY 2 Pionniers de l’image photo-électronique Mary Ellen Bute ( 1906 - 1983 ) Dès 1932 Mary Ellen Bute a exploité les possibilités graphiques de l’image électronique en contrôlant plastiquement et électroniquement le balayage d’un oscilloscope dans ces films expérimentaux. Parmi 14 courts métrages, Mary Ellen Bute réalise en 1937 un court métrage expérimental "Parabol" en collaboration avec le sculpteur Rutherford Boyd et le réalisateur Ted Nemeth. Parabol est un hommage aux courbes paraboliques dont les équations mathématiques décrivent la poésie naturelle des trajectoires des objets captifs de la gravité terrestre. Ce filme combine trucages, surexpositions, animation image par image, jeux d'ombres et lents mouvements de caméra sur des sculptures (et courbes paraboliques dessinées avec un oscilloscope?). Ce film accompagné d'extraits de La création du monde , ballet de Darius Milhaud, offre au spectateur une expérience envoûtante et hypnotique. Images : Mary Ellen Bunt dans les années 50 : https://amysmartgirls.com/happy-birthday-to-experimental-film-pioneer-mary-ellen-bute-96d15a56712f 1937 Parabola Mary Ellen Bute : https://moviessilently.com/2018/04/01/parabola-1937-a-silent-film-review/ Mary Ellen Bute et Ted Nemeth dans leur studio de New York avec une sculpture animée de Rutherford Boyd en 1936 pendant le tournage de Parabola.in http://www.unseen-cinema.com/photos/photosHIGH/IMAGE011.JPG On citera également le film "Synchromy no 4 : Escape" qui nous propose des trames sombres et des mouvements de figures colorées avec des trucages étonnant de modernité rappelant les incrustations vidéo des années 80. Des extraits de la toccata en ré mineur de J.S Bach accompagnent le spectacle. Images : Synchromy no 4 avec d'étonnants motifs saturés préfigurent les effets videos des années 80 in https://lightcone.org/fr/film-10349-synchromy-no-4 Synchromy no 4 : effet hypnotique à voir sur un grand écran de cinéma ! in https://whitney.org/collection/works/39490 Mary Ellen Bute a réalisé deux "films Abstronics" en 1952 et 1954. Elle nous explique dans "Films in review" de juin-juillet 1954 que Abstronics est un mot valise obtenu par la fusion de "Abstraction" et "electronics". Les figures et les formes obtenues à l'oscilloscope peuvent bouger sur un plan horizontal ou vertical, se rapprocher ou s'éloigner du spectateur et peuvent faire l'objet de variations à volonté créant ainsi l'illusion de scènes tri-dimensionnelles. Il est possible aussi de jouer sur la luminescence et les ombres. Ces différents réglages permettent de synchroniser parfaitement avec la musique "Hope down" de Aaron Copeland et de "Ranch house party de Don Gillis. Les figures et les formes de Abstronics ont été colorées à la main pour donner des effets étonnants proche du "Video Art" qui allait suivre ... surtout un quart de siècle plus tard ! Extraits sur https://vimeo.com/217727679 . Image : https://pbs.twimg.com/media/CPOLqYdUkAApku8.png:large Voir des extraits de Abstronic sur https://www.facebook.com/watch/?v=10155406482792220 et https://vimeo.com/ondemand/abstronicbymaryellenbute . Mary Ellen Bute et ... Norman Mclaren (1914-1987) Enfin afin d'illustrer les méandres des chemins de rencontre de l'animation et du cinéma expérimental, on citera le film "Spook Sport" réalisé par Mary Ellen Bute en 1940 avec un jeune animateur écossais lors de son séjour à New York qui précéda son installation au Canada : Norman McLaren. Le film se présente lui-même au début comme une combinaison de couleur, de musique et de mouvement pour présenter un nouveau type de "film-ballet". Les images sont cette fois-ci créées sur cellulo ou par dessin direct sur la pellicule. Des extraits de la danse macabre de Camille Saint-Saëns accompagnent le ballet des spectres, personnages du film. Images : Spook Sport in https://ex-is.org/exchoice/-spook-sport-amp-mary-ellen-bute-amp-norman-mclaren-ted-nemeth McLaren utilisera des figures de Lissajous dans "Around is around réalisé" en 1952. Photographie : collection Geneviève et André Martin 3 Pionniers de l’image Electro-optique John et Paul Whitney John et Paul Whitney dès le début des années 40 explorent le développement formel de figures géométriques élémentaires élaborées sur un modèle sériel (transposition, inversion, rétrogradation…) à l’aide d’un « traceur optique » construit à partir d'un système de guidage de tir anti-aérien de la seconde guerre mondiale acheté dans un surplus de l'armée américaine. On y remarque l’influence des travaux d’Oskar Fischinger dans les années 20. Images : Studio des frères Whitney au début des années 40. https://rhizome.org/editorial/2013/may/9/did-vertigo-introduce-computer-graphics-cinema/ Pour en savoir plus sur le système de tracés de trajectoires conçus par les frères Whitney à partir d'un système de guidage anti aérien des années 40, voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-ville-à-témoin . Les Frères Whitney ont réalisé des images animées pour le magnifique générique de Saul Bass pour le film Vertigo d'Hitchcock. Photographies : 1 John Whitney devant son ordinateur analogique https://www.tested.com/art/movies/512325-whitney-family-pioneers-computer-animation/ 2 Une image du générique de Vertigo illustrant les tracés obtenus avec le système : http://www.jeansegura.fr/whitney.html 3 Le système de guidage de tirs anti aérien M5 : https://www.diyphotography.net/alfred-hitchcocks-vertigo-possibly-first-movie-use-computer-animation/ Douglas Leigh et le système EPOK Douglas Leigh a racheté les droits d’un système EPOK inventé par l’autrichien Karl Ullstein. Ce système est un media hybride qui permet de projeter et d’animer image par image des animations sur un écran géant constitué de 4 104 cellules photo-électriques connectées à des tubes de mercure qui magnifiaient l’image et géraient une grille de lampes électriques. Cet autre ancêtre de l'image pixelisée offrait un affichage géant en extérieur d'images animées. Les panneaux d’affichages animés du système EPOK ont été inaugurés à New York sur Time Square en 1937 pour de la publicité. Le monde de l’animation l’a rejoint immédiatement. Image : An example of an early EPOK advertisement for Schaefer Beer animated by Otto Messmer, Times Square in https://www.researchgate.net/publication/337994833_Introduction_to_Animation_and_Advertising/download Otto Messmer (1896-1983) Otto Messmer est l’inventeur du célèbre personnage Felix Le chat. Paramount, qui détenait les droits du personnage, a demandé au producteur Pat Sullivan de produire les films afin de conserver Otto Messmer pour la réalisation. Pat Sullivan finit par acquérir les droits en 1922 et Otto Messmer collabora avec lui jusqu’à son décès en 1933. Photographie : Otto Messmer et Pat Sullivan in https://www.fun-film-talk.com/animation.html Otto Messmer ne pouvant récupérer les droits, abandonna le cinéma et se consacra exclusivement à l’illustration et la bande dessinée … jusqu’en 1937 où la chance de l’animation tourna. Douglas Leigh embaucha Otto Messmer pour une fructueuse collaboration qui allait durer 37 ans jusqu’à la retraite d’Otto Messmer en 1973. Messmer a conçu et dirigé des personnages et des graphismes animés pour le « Leigh-EPOK Spectacular » que Leigh décrivait comme un affichage publicitaire sur-dimensionné avec des lampes pour une animation inusitée ». Le mariage d’Otto Messmer et d’EPOK. Photographie : Otto Messmer discutant avec with Douglas Leigh sur le storyboard d'un affichage d'une séquence animée sur l'Epok.Courtesy Alec la permission de Doris Messmer sur https://www.awn.com/animationworld/electric-felix-man. On peut voir des animations réalisées par Otto Messmer pour l’Epok : Où on retrouve ... Norman Mclaren Un tel système de projection admirable par son gigantisme et fascinant pour les passants ne pouvait être ignoré par Norman Mclaren qui croise à nouveau des pionniers et continue à explorer ces moyens expérimentaux. En 1961 Norman Mclaren réalise "Welcome to Canada" un film d'animation en noir et blanc de 8 mn sur pellicule 35 mm destiné à promouvoir le tourisme au Canada New York Lightboard. Dans ce court métrage d'animation image par image, Norman McLaren anime des symboles linéaires en papier découpé. (cf. https://www.onf.ca/film/new_york_lightboard_fr/ (Pas d'encre sur pellicule ?)). Destiné à passer en boucle, ce film reprend habillement les codes de l'affichage géant pour se faire succéder des coutres séquences rythmées qui font la promotion des festivals et des activités d'été que l'on peut pratiquer au Canada. Qui d'autre que le maître de la persistance rétinienne dans l'animation depuis Blinkity Blank (cf. 1955 04 Les Cahiers du Cinéma Paragraphe p 54 sur Rencontre avec Guy Coté) pouvait mieux exploiter ce support ? Les lettres, tout comme dans les génériques de Saul Bass, s'animent après 14 siècles d'immobilité pour devenir des acteurs agiles et joueurs des séquences. Le cinéma d'animation est dans la rue, le résultat captive et fascine les passants, spectateurs improvisés de la ville dans l'esprit "des journées du cinéma", le gigantisme nord-américain en plus ! Voir le film New York Lightboard Record (1961, 7'), de Norman McLaren, court documentaire sur la réaction des passants sur https://www.onf.ca/film/new_york_lightboard_record_fr/ . Comme le dit si bien une découpe du journal Montréal-Matin du 7 juillet 1961 : « Si les New Yorkais et les millions d’Américain qui visitent la métropole américaine ne connaissent pas les attractions touristiques du Canada, ce ne sera certes pas la faute de l’Office de tourisme du gouvernement canadien. » https://blogue.onf.ca/blogue/2014/01/22/norman-mclaren-times-square-new-york/https://blogue.onf.ca/blogue/2014/01/22/norman-mclaren-times-square-new-york/ Images de New York Lightboard Record sur https://www.onf.ca/film/new_york_lightboard_record_fr/ . ©ONFC-NFBC Ces pionniers avec leurs systèmes qu'ils soient électroniques, photomécaniques ou calculateurs analogiques ou encore systèmes d'affichage (dont la télévision sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir) ont exploré les voies d'un cinéma expérimental innovant qui nous fait penser aujourd'hui qu'ils étaient déjà prêt 20, 30, 40, 50 ans avant à explorer les possibilités qu'allaient offrir l'informatique et les images numériques. Mais l'histoire ne faisait que commencer. André Martin a poursuivi dans son article la genèse de la naissance de l'image numérique .... La suite bientôt dans une deuxième partie de cette histoire passionnante ...
- 70 - Piaff Jour 3 : Pour quelques trésors de plus !
Hémorragie Ruth Hayes USA - image https://www.facebook.com/photo/?fbid=833676655225355&set=pcb.833676951891992 Après la belle séance d'hier sur les courts métrages pro avec l'intervention de Francis Canitrot le réalisateur du "Sexe de ma mère" et du réalisateur géorgien Tsotne Rusishvili du film "Les Rêves de Kato", nous continuons le festival avec les trésors d'aujourd'hui. Francis Canitrot et Tsotne Rusishvili ont répondu aux questions d'Alexis Hunot. - Photo Clément Martin Séance Courts métrages pro no 3 jeudi 18 janvier 19 h 00 Mon Cher Mr Whitman - My dear Whitman de Jeremiah Dickey Etats-Unis 1 mn 43 Où il sera question d'une lettre au poète américain Walt Whitman écrite par un jeune écrivain britannique qui s'appelait ... Bram Stoker. Un tout petit numéro de Luc Lavault France 12 mn 21 Fuir l'enfer ... oui mais où aller ? Image https://bapstudio.com/un-tout-petit-numero/ Le film Un Jour si blanc Vasily Chirkov Russie 6 mn 01 sera une découverte. Nun or never Heta Jäälinoja Finlande 10 mn 52 Il a bien fait rire le public du festival d'Annecy en juin dernier et y a remporté le Prix du public et le Prix France TV pour un court métrage. image : https://www.sweatyeyeballs.com/seaf2023_international1.html Petite bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=AIgGIc3bNfs Dans Shackle Ainslie Henderson Royaume uni 9 mn 54 réalisé en "stop motion" des esprits des bois explorent les pulsions humaines. On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=nIjgV77K-8o Le très beau et très fort film expérimental Hemorragie de Ruth Hayes (Etats-Unis 4 mn 07) évoque le combat pour le droit à l'avortement aux Etats Unis suite à la révocation de l’arrêt "Roe v. Wade", qui reconnaissait le droit à l’IVG aux États-Unis. Dans un style graphique remarquable, héritier du pop art, le film exprime avec puissance la cruauté des conséquences de cette révocation. Orage Benoît Michelet France 15mn50 Le film nous offre une belle œuvre graphique à l'encre et au crayon pour nous plonger dans l'atmosphère pesante du quotidien de Céline. Sa robe pour le final - Haljina za finale- de Martina Mestrovic (Croatie 8mn 45) Où une grand-mère teint sa robe de mariée pour être enterré avec. 27 de Flóra Anna BUDA (France Hongrie11mn) Le film n'a pas obtenu le prix André Martin du court-métrage à Annecy mais la réalisatrice peut se consoler en ayant remporté la Palme d'or 2023 du court-métrage à Cannes et le Cristal du court-métrage 2023 à Annecy ! :-) Alice, l'héroïne du film qui célèbre ses 27 ans, s'échappe de son environnement familial pour une virée nocturne. Elle se dérobe à son quotidien en faisant la fête avec un cocktail d'alcool et de drogue. Image https://papageno.hu/intermezzo/2020/06/buda-flora-anna-uj-filmterve-dijat-kapott-az-annecy-2020-fesztivalon/ Pour en savoir plus voir https://www.gamca.info/post/annecy-2023-prix-andré-martin-pour-un-court-métrage-français-on-va-se-régaler-3e-partie On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=8VHPg5uCv_c Beau programme n'est-ce pas ? mais attention la séance suivante sera exceptionnelle et tout aussi passionnante. Rencontre Vergine Keaton / Vale Poher Jeudi 18 janvier 21 h 00 Vergine Keaton et Val Poher. Images https://www.ateliersmedicis.fr/le-reseau/acteur/vergine-keaton-11888 et https://www.tasteofindie.com/vale-poher-les-3-elephants/ Vergine Keaton fait partie de ces réalisatrices qui sont tout autant originales par leur démarche que remarquables par leurs œuvres. Vale Poher l'a accompagnée dans le processus de création de ses deux premiers films par ses compositions musicales. Grâce à cette rencontre exceptionnelle, elle nous entretiendront de ce rapport magique entre l'image animée et la musique. Grâce à ces deux artistes nous nous rapprocherons comme jamais de cette alchimie dont le résultat nous réjouit tant. On va mieux savoir comment on crée la tension de la poursuite de ces cerfs par une meute de chiens dans la forêt dans « Je criais contre la vie. Ou pour elle. » (2009) « Je criais contre la vie. Ou pour elle. » - image https://www.verginekeaton.net/vergine-keaton-films On en saura également plus le travail réalisé sur Marzevan (2015) film en animation 3D cette fois. Marzevan - image https://www.unifrance.org/film/41103/marzevan Pour finir, on espère avoir des nouvelles de "Bataille" long-métrage en préparation où assaillants et assiégés vont se livrer un combat pour une petite ville de la Renaissance italienne. Peintures d'époques matériaux de base pour l'élaboration de "Bataille". images https://www.verginekeaton.net/vergine-keaton-films A ce soir 18 janvier au studio des Ursulines pour 2 séances mémorables à partir de 19 h 00 ! #piaff #courtsmetragespro #studiodesursulines #verginekeaton #valepoher #gamca
- 71 - Piaff J4 : Les courts pro no 4 et l'expérimental qui rentre en piste !
Image : https://www.jennyjokela.com/Film-Sweet-Like-Lemons Une belle troisième soirée Nous avons encore eu deux belles séances hier au studio des Ursulines. Lors de la séance court métrage pro no 3 (1), Alexis Hunot a pu recueillir les commentaires du réalisateur Luc Lavault et de la co-scénariste Léa Pernollet sur le film "un tout petit numéro" ainsi que des producteurs Nicolas de Rosanbo et Céline Valint de "Orage" de Benoît Michelet. Céline Valint, Nicolas de Rosanbo et Luc Lavault. - Photo Clément Martin Nicolas de Rosanbo, Luc Lava ult et Léa Pernollet - Photo Clément Martin Alexis Hunot anime le débat avec sa verve habituelle - Photo Clément Martin En deuxième séance nous avons pu assister à la rencontre avec la réalisatrice Vergine Keaton et la musicienne Vale Poher qui nous ont parlé de leurs expériences de création. Vergine Keaton et Vale Poher - Photo Clément Martin Les story board précis de Vergine Keaton qui permettent également de composer la musique. photo Clément Martin Courts métrages pro no 4 Notre Uniforme de Yegane Moghaddam Iran Le film nous traite de la condition féminine en Iran grâce aux souvenirs d'écolières qui prennent forme poétiquement sur son ancien uniforme d'écolière. Le film a obtenu le pri x Jean-Luc Xiberras pour un premier film à Annecy en juin dernier. Notre Uniforme de Yegane Moghaddam Iran Argent et Bonheur de Ana Nedeljković et Nikola Majdak Jr Serbie On a hâte de découvrir ce film en pâte à modeler image par image qui nous propose avec humour les joies de la rigueur économique. Image https://www.mutoscope.fr/movie/money-and-happiness/ On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=-t7rYEekzU8 Notre douleur de Shunsaku Hayashi Japon 16 mn 08 Une réflexion sur nos douleurs communes qui nous relient. Box Cutters de Naomi Van Niekerk France, Pays-Bas, Afrique du Sud Une jeune femme se souvient a été attaquée par trois hommes alors qu'elle rentrait chez elle. Mais la vie quotidienne doit reprendre son cours. image https://www.annecyfestival.com/le-festival/competition/fiche-film:film-2023270 Ce qui bouge est vivant de Noémie Marsily Belgique Pendant que des limaces se promènent sur le carrelage de la cuisine, Noémie dresse son autoportrait, mouvant et fragmenté, à la lisère entre l'intime et le brouhaha du monde. On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=2Pf_n0ZR2KY Morning shadows de Rita Cruchinho Neves Portugal A découvrir ... On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=54RxB53S56w Doux comme des citrons de Jenny Jokela - Royaume Uni Nef Animation nous confie concernant leprojet qu'il s'agissait du d euxième volet d'une trilogie commencée avec le film "Barbeque", un film expérimental en peinture animée sur l'expérience de rétablissement après une agression sexuelle, un voyage viscéral vers l'acceptation de soi. Image : https://www.jennyjokela.com/Film-Sweet-Like-Lemons Etes-vous prêt à voir un Matisse animé ? Via Dolorosa Rachel Gutgarts France 12 mn Le film a été sélectionné à la semaine de la critique en juin dernier et en voici le synopsis. Entre toxicomanie, premières découvertes de la sexualité et état de guerre permanent, la cinéaste cherche sa jeunesse perdue en errant dans les rues de Jérusalem. Image https://animation.ciclic.fr/actualites/nouveau-court-metrage-en-residence-dolorosa-de-rachel-gutgarts On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=nI_BTQH3wso KLITCLIQUE Anna Spanlang Autriche 2 mn 04 On peut s'interroger de la présence d'un film en prise de vue continue avec quelques surimpressions et des projections sur les personnages dans un festival de cinéma d'animation mais ce film musical ne manquera pas d'intérêt et qui sait va-t-on découvrir une séquence animée. Y verrait-on une subtile transition vers la séance expérimentale ? :-) https://www.facebook.com/photo/?fbid=833676655225355&set=pcb.833676951891992 Séance cinéma d'animation expérimental no 1 Cette année Marie-Pauline Mollaret nous offre 2 séances avec sa sélection. Le cinéma d'animation expérimental est d'autant plus divers qu'il est parfois frontalier du cinéma d'animation tant par des procédés originaux que l'utilisation de la prise de vue continue. Ce cinéma est rare, on ne voit souvent les films qu'une seule fois sur un bel écran de cinéma. Cette première des deux séances présente donc un caractère d'exception à souligner ! Ma préférence ? Les films qu'on peut accrocher dans un musée au côté d'oeuvres contemporaines. Sol 2 Olivier Fouchard France 9 mn 20 Eruptions et autres phénomènes du soleil peints directement sur pellicule ... Un peu long mais si court par rapport à la vie du soleil ! Image https://www.facebook.com/photo/?fbid=833676655225355&set=pcb.833676951891992 La Montagne renversante Annabelle Verhaeghe France 5 mn 11 Un poème animé. Tovo de Thomas Steiner Autriche 8mn Un cheminement en prise de vue "time elapse" et des surimpression de lignes entremêlées et de dripping. On peut l'accrocher au musée. :-) Tovo de Thomas Steiner - Image https://www.sixpackfilm.com/en/catalogue/2617/ On peut voir la bande annonce sur https://vimeo.com/394274546 Motus de Nelson Fernandes Portugal 4 mn 10 A découvrir Courte bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=6EBeU6My0JI 4:4 de Hongxiang ZHOU Chine 2 mn 25 Film à découvrir Enharmonique (Le combat du feu et de l’eau) Kaveh Kavoosi France 11mn01 Un projet qui lie peinture abstraite et musique contemporaine, dans un mouvement circulaire grâce à la vidéo. Image http://esaavignon.eu/wp-content/uploads/2022/06/Kaveh_Kavoosi-porte-folio.pdf O/S de Max Hattler Allemagne 5mn Expérimentation qui s'inspire des travaux d'avant-garde dégénération graphique de son du 20e siècle. Image http://maxhattler.com/os/ Leipzig Noir de Caspar de Gelmini Allemagne 9mn14 Le travail de ce compositeur réalisé pour l'IRCAM et le flutiste Rafal Zolkos. Image https://vimeo.com/476838943 La Prochaine fois je t’accompagnerai Camilla Dron Argentine 1 mn Film qui combine plusieurs techniques d'animation à découvrir. Image https://www.wenow.online/videos/detail/69309-la-proxima-te-acompano-camila-dron Occhiolino Michaela Grill Autriche 10 mn Michaela Grill poursuit ici ses travaux sur les images microscopiques. Image : https://www.sixpackfilm.com/en/catalogue/2766/ Le pépiement silencieux des chiffres invisibles de Vera Sebert Autriche 10mn 11 Attention aux flashs d'insectes ! Image https://mubi.com/en/fr/films/silent-chirping-of-invisible-digits Rendez-vous au studio des Ursulines le 19 janvier à 19 h 00 pour une autre belle soirée d'animation ! (1) voir https://www.gamca.info/post/piaff-jour-3-pour-quelques-tr%C3%A9sors-de-plus #piaff #studiodesursulines #gamca













