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  • Photo du rédacteurClément Martin

Le Festival d'Annecy a 60 ans : conservateur, dirigeants et docteurs, l'examinent !

Dernière mise à jour : 2 mai 2023


Yael Ben Nun, Cécile Noesser, Stéphanie Emmanuelle Louis, Dominique Puthod, Mickaël Marin pendant la conférence. - Photographie Clément Martin


Conférence 60 ans d'animation à Annecy


Covid 19 oblige, cette conférence prévue pour 2020 s’est tenue finalement le jeudi 28 octobre 2021 au Musée du Château d’Annecy.


les intervenants


  • Yael Ben Nun :

    • Responsable des collections de cinéma d'animation au Musée-Château d'Annecy,

  • Cécile Noesser :

    • Docteur en sociologie,

    • Auteur de " La résistible ascension du cinéma d'animation - Socio-genèse d'un cinéma-bis en France (1950-2010)."

  • Stéphanie Emmanuelle Louis :

    • Docteur en histoire contemporaine.

    • Auteur de "La cinémathèque-musée une innovation cinéphile au cœur de la patrimonialisation du cinéma en France (1944-1968)"

·

· Dominique Puthod :

  • Président du festival d’Annecy,

  • Auteur de "Le Festival international du film d'animation 50 ans d'une histoire animée.

Le livre semble épuisé mais il existe des exemplaires d'occasion sur : https://livre.fnac.com/a8986616/Dominique-Puthod-Le-Festival-international-du-film-d-animation

· Mickaël Marin :

  • Directeur du Festival d’Annecy.

Cette belle ville d'Annecy


Avant tout, il faut savoir que pour se rendre à cette conférence, il fallait venir à Annecy ! Revoir et se délecter de cette si belle ville qui accueille le cinéma d'animation depuis 61 ans. Comme il ne faut pas arriver en retard à la conférence, on arrive en avance et on peut prendre un peu de temps et déambuler dans cette ville magnifique.


Deux personnages clefs


Cette conférence a été forcément dense car elle avait pour objectif de présenter dans un format de deux heures les moments clefs de l’animation à Annecy, les installations d’exposition et les actions actuelles pour le développement du Festival.


Cécile Noesser nous parle d’abord de deux personnages clefs de cette histoire André Martin et Michel Boschet et nous présente un extrait de l’émission « Le 7e Art Bis » de Michel Boschet et André Martin réalisé en 1961 par Jacques Manceau. Cette émission en deux parties de 27 et 24 minutes illustraient les différentes techniques d'animation avec tout l'humour et l'enthousiasme de Michel Boschet et André Martin, ces deux "hérauts" du cinéma d'animation.


L'extrait présenté nous montre MB et AM en ouvreurs de salle de cinéma présentant la séance tout en accueillant les spectateurs. Ce film est extrêmement précieux car il nous montre tout l'esprit "forain" des "Journées du cinéma" où MB et AM y assurait un spectacle apprécié du public. Ces deux pionniers militants du Cinéma d'Animation occupaient tous les rôles à l'origine au travers de leurs réalisations, articles, expositions, présentations animées et des festival qu'ils ont créés et fait vivre comme les journées du Cinéma, le festival de courts-métrages de Tours, les Journées Internationales du Cinéma d'Animation et ... le festival d'Annecy !

Image INA : André Martin et Michel Boschet démontrant le modèle burlesque du mouvement de deux personnages évoluant dans des rythmes en opposition sur une musique militaire dans le 7e Art Bis.

Photo collection Geneviève et André Martin : Coupure du presse du Dauphiné Libéré, le 14 décembre 1954 sur les Journées du Cinéma à Valence.


Ces deux bordelais fréquentent assidûment les ciné-clubs bordelais durant les années 45-49 et démarrent leur carrière dans la publicité et la presse bodelaise locale :


En 1950, André Martin et Michel Boschet, montent à Paris et continuent à fréquenter avec passion la vingtaine de ciné-clubs parisiens. AM est vite reconnu comme un des orateurs des débats post-projection. Il y défend l'animation considérée comme un sous-produit dans les ciné-clubs. C’est lors de ces séances que MB et AM font la connaissance d'un autre passionné du cinéma,  Pierre Barbin,  qui anime le ciné-club de Versailles depuis 1945; Il reconnait en AM le présentateur idéal pour animer les séances de ciné-club du mardi dans l'un des cinémas de Charles Edeline.


Le politique, le créatif et théoricien

Image collection Geneviève et André Martin : extraite de Oust-France : "Les journées du Cinéma de Nantes vous proposent un exceptionnel weekend de cinéma". Probablement 1955.


En 1950 se forme la Fédération Centrale des Ciné-Clubs qui née d'une scission avec la FFCC. Le premier président est Abel Gance et le président d'honneur Jean Cocteau. Pierre Barbin actif dans cette création, en est le premier secrétaire. Michel Boschet et André Martin adhèrent à cette nouvelle fédération.


Le 5 Janvier 1951, André Martin, Michel Boschet, Pierre Barbin, membres actifs de la nouvelle Fédération Centrale des Ciné-Clubs, envisagent l'organisation de manifestations d'un type nouveau, les" Journées Du Cinéma". Il s'agissait d'atteindre ponctuellement l'ensemble du public d'une ville en restituant au Cinéma une couleur et un attrait que des années d'habitudes lui avait fait perdre. Il fallait pour cela un esprit forain et spectaculaire pour captiver un large public.


Le 14 Novembre 1951 l'Association "Les Journées du Cinéma » est créée par André Martin, Michel Boschet, Pierre et Gisèle Barbin.

Fort de la notoriété grandissante des manifestations organisées par le ciné-club de Versailles, l'activité de ces trois passionnés se structure. Si on schématise le rôle de chacun :

  • Pierre Barbin est le politique qui organise et cherche à développer l'activité en s'appuyant sur les qualités de ses deux plus jeunes équipiers,

  • Michel Boschet le créatif qui dessine, réalise, illustre, organise les expositions,

  • André Martin est le théoricien qui structure et porte le discours de propagande en faveur du cinéma.

Les journées du cinéma qui se déroulent dans un premier temps à Versailles connaissent un grand succès et se déploient progressivement dans les villes de province.



L'équipe anime les journées dans de nombreuses tournées dans des villes de province dont Annecy en 1955. Annecy a à l'époque un des ciné-clubs les plus important de France. On y projette des films à la rencontre d'un public populaire dans toute la ville à l'aide d'une camionnette qui sert de moyen de projections itinérant. On projette des films McLaren à la sortie des usines, Alexandre Nevski au pied des murailles.

Photographie Musée d'Annecy : 1955 Journées du cinéma Annecy - projection du « Petit Soldat » (1947) de Paul Grimault.


François Truffaut résume en 1954, dans la revue Arts, l'influence des journées du cinéma sur la fréquentation des salles de cinéma : « Où passe la jeune équipe de ces journées, l’herbe ne repousse plus entre les rangées de fauteuils. »


Forte du succès des journées du cinéma, l'équipe présente à Cannes en 1955 une exposition en hommage aux pionniers du cinéma d'animation qui situe les origines du cinéma en 1892 avec les pantomimes lumineuses d'Emile Reynaud ... Un clin d'œil alors que Cannes fête en grande pompe les 50 ans du cinématographe anniversaire de "la sortie des usines Lumières" qui date de ... 1895.

L'exposition est un succès, elle fait découvrir l'histoire méconnue de ces pionniers au public cinéphile du festival. L'équipe des journées revient l'année suivante à Cannes.


Les débuts de l'internationalisation du Cinéma d'Animation.

En 1956, l'équipe des journées du cinéma qui s'est agrandi avec l'arrivée d'un copain de régiment de Michel Boschet, Raymond Maillet ainsi que d'Edouard et Fabienne Chamard présente à Cannes les premières "Journées Internationales du Cinéma d'Animation". Ces premières JICA permettent une première rencontre des acteurs du cinéma d'animation de qui se découvre avec plaisir et étonnement.

Les patrons du ciné-club d'Annecy, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister à cette 1ère édition des Jica en marge du festival de Cannes.


André Martin dans un compte-rendu de ces premières JICA dans les cahiers du cinéma no 60 écrit : "Jusqu’à présent les rencontres entre réalisateurs de différents pays ne pouvaient être qu’accidentelles, privées et unitaires, survenues à l’occasion de voyages entrepris pour d’autres films. Ces premières journées internationales du cinéma d’animation ont marqué la fin de ces contacts accidentels et préparé des relations permanentes ».

Photographie collection Geneviève et André Martin : Atamanov - Imanov Vano - Karl Zeman - Jiri Trnka - Eduard Hoffman - Paul Grimault - Alexandre Alexeieff - Claire Parker - Henri Grule - Pierre Barbin - André Martin- Jean Jabely - La femme qui tend le micro restera-t-elle inconnue ?



L'industrie du cinéma d'animation française de l'époque


Stéphanie Louis nous a dressé un panorama de l'animation française de l'époque qui se caractérisait par son caractère artisanal et une faiblesse structurelle. Des années 50 aux années 80 seuls deux studios aux prétentions industrielles verront le jour pour ensuite disparaître le studio des gémeaux de Paul Grimault et les studios Idefix.


Le 19 janvier 1957, suite au premières JICA, l’idée de promouvoir l'animation française dans le cadre d'une association a germée dans un groupe d’animateurs et de promoteurs du cinéma d’animation français réunissant entre autres : Alexandre Alexeïeff, Arcady, Berthold Bartosch, Omer Boucquey, Paul Grimault, Henri Gruel, Jean Image, Raymond Maillet, Pierre Barbin,  de créer l'Association des Artistes et des Amis du Cinéma d'Animation. Cette association a pour objectif d’unir et de coordonner les acteurs de l’animation française et d’organiser les soutiens pour mieux développer l’animation dans sa dimension créative et innovante. Le cinéma d'animation français se structure et cette nouvelle association vient compléter le dispositif de l'AFDC qui continue ses actions avec les journées du cinéma, le festival de Tours et les JICA.  l'ACA  deviendra l’AFCA en 1971.

Documents Collection Geneviève et André Martin : Premier bulletin de l'ACA Couverture en septembre 1958.


Si la profession se structure, la réalisation de films d'animations en France reste artisanale avec de petites unités qui apparaissent de 1951 à 1970. :

  • Les Cinéastes Associés (Jacques Forgeot, 1953) accueillent les plus grands animateurs français, voire européens : Alexandre Alexeïeff, Etienne Raïk, le trio Bettiol-Lonatti-Bettiol...

Les autres structures marquantes de cette période sont :

  • les Films Jean Image (1937),

  • le studio Albert Champeaux (1952),

  • les Films Paul Grimault (1953),

  • la Comète (André Sarrut, 1953),

  • la Société Française de Production (1957),

  • les Films Martin Boschet (1959),

  • Magic Film (1960, Julien Pappé),

  • le Service de la recherche de l’ORTF (1960).

  • Cinémation (1964 Manuel Otéro),

  • AAA (1973, Jacques Rouxel),

  • Bélokapi (1968),

  • IDDH (1977).

)


Expositions et conservation des œuvres


Le patrimoine cinématographique a été conservé jusque dans les années 60 par des initiatives individuelles. Henri Langlois qui depuis 1936 compile, rattrape, sauve de nombreuses œuvres et éléments historique est le premier a créer un musée permanent. Les journées du cinéma en construisant de nombreuses expositions ont contribué ont permis une prise de conscience du patrimoine du cinéma d'Animation sans pour autant construire une structure permanente pour l'exposition de ce patrimoine.


A partir de la fin des années 50 de nouvelles organisations se créent dans le prolongement des journées du Cinéma et des JICA.


En 1960, L'ASIFA est créée lorsque quelques grands réalisateurs de films d’animation du monde entier se réunirent au Festival d’Annecy pour créer une association internationale du film d’animation. Parmi eux : Norman McLaren (Canada), John Hubley (Etats-Unis), Ivan Ivanov-Vano (URSS) et Paul Grimault (France).

Les JICA et l'ACA constituent progressivement des collections sur le Cinéma d'Animation.


En 1967 Raymond Maillet organise une rétrospective mondiale du cinéma d'Animation à la demande de la cinémathèque canadienne.


En 1971 l'Association Française du Cinéma d'Animation est créée présidée par Paul Grimault. Raymond Maillet en est le délégué général.


Annecy, met en place en 2005 une structure permanente d'exposition et de conservation des œuvres en crénant le Musée du film d’animation qui s’appelait initialement Citia Expo.


Au mois de janvier 2015, l’AFCA a procédé au dépôt dans les collections des Musées de l’agglomération d’Annecy de l’ensemble de ses documents originaux. L’AFCA dispose en effet d’une collection entièrement dédiée au cinéma d’animation depuis les années 1930. C’est un fonds unique en son genre dans le domaine, dont la plupart des éléments ont été rassemblés par Raymond Maillet.


Création du Festival d'Annecy

Lors des Journées du Cinéma à Annecy en 1955, les patrons du ciné-club, Henry Moret et Georges Gondran, sont à Cannes pour assister aux éditions des Jica en marge du "grand" festival.

Suite aux deuxièmes Journées Internationales du Cinéma d'Animation, l'AFDC envisage de déplacer les journées dans une autre ville que Cannes afin de mieux promouvoir l'évènement. Annecy avec son lac, ses montagnes, ses canaux et son activité touristique, offre un cadre agréable et les infrastructures hôtelières nécessaires pour recevoir les participants. La proximité de l'aéroport de Genève permet de répondre au caractère international de la manifestation. Son activité cinéphilique intense avec son ciné-club, la présence et l'implication d'Henry Moret et Georges Gondran complète le cocktail initial qui va permettre à ce projet de se concrétiser. Cette vue du  casino d'Annecy qui peut accueillir les manifestations ne parle-t-elle pas d'elle même ?


En novembre 1958, Pierre Barbin et Jacques Flaud, directeur du CNC, proposent  officiellement à Annecy d'accueillir les 3e JICA pour ainsi devenir "la terre d'accueil du cinéma d'animation". Il faut convaincre la municipalité d'accueillir cet évènement et il faut trouver les financements. L'époque pionnière et intuitive des journées s'efface progressivement pour laisser place à une organisation nécessairement plus structurée. Henri Moret et Georges Gondran, qui ont déjà beaucoup œuvré pour que ce projet, ont dû convaincre la municipalité et son député-maire Charles Bosson. La ville d'Annecy était motivée par un événement nouveau qui la démarque de ses rivales hydrothermales. Mais le budget de cette manifestation était très important pour une ville de 30 000 habitants. Grâce à l'énergie du député maire,  des équipes qui montent l'évènement et grâce à l'appui du Ministère des affaires culturelles, du CNC et du Ministère des affaire étrangères, le budget sera bouclé. Charles Bosson sera partie prenante du projet. Ces 3e JICA seront un succès et se tiendront tous les deux ans.

Documents Collection Geneviève et André Martin : Première page du no 5 d'"Annecy 1960" consacré au palmarès.



Interruption du Festival


En 1968, Pierre Barbin quitte la direction du festival d'Annecy pour prendre la direction artistique et technique de la Cinémathèque Française suite à l'évincement d'Henri Langlois à qui on doit la constitution de ce patrimoine : "Non à la barbinthèque ! ". Ce changement suscite un tollé dans le monde du cinéma et Henri Langlois est finalement réintégré.

Image collection Geneviève et André Martin: Couverture des Cahiers du cinéma no 199 "l'affaire Henri Langlois".


Le départ de Pierre Barbin du festival d'Annecy provoque une interruption du festival d'Annecy de 1968 à 1971.


Grâce à l'engagement du sénateur-maire Charles Bosson, des réalisateurs et du ciné-club que le retour du Festival est possible. C'est Raymond Maillet, le bras droit de Pierre Barbin, qui lui succède à la direction des Jica. Passionné d’animation, il possède une connaissance exceptionnelle des films et des auteurs. Jusqu’en 1975, le Festival va connaître une hausse de participation, qu'il s'agisse des professionnels présents, des abonnés ou des spectateurs. Au cours de cette période, la dimension patrimoniale est particulièrement mise en évidence avec des expositions régulières au Musée-Château. Mais la courbe de la fréquentation s’inverse dès 1977.


Le schisme


A partir de 1977 différents courants mettent en cause la direction du festival :

  • Sélection des films par des comités composés uniquement de français,

  • Remise en cause des anciens par des plus jeunes,

  • Rejet des images animées par ordinateur,

  • Volonté de décentralisation alors que le secrétariat des JICA est à Paris, volonté renforcée par la politique de décentralisation à partir de 1981.

Il y eu notamment une conférence de presse houleuse où Michel Boschet, Michel Roudevitch, André Martin et Raymond Maillet furent pris à partie par la jeune génération sur la sélection du Festival. (J'ai le verbatim de cette réunion mais ... il faut que je le retrouve ! Et oui je n'ai pas fini le travail de classement fin. :-)


En attendant de retrouver ce précieux document voici un extrait de l'article de Thierry Steff au sujet d'une polémique née de la non sélection d'un film chilien dans http://annecymemory.blogspot.com/2012/08/1977-conference-de-presse-houleuse.html :

"La guillotine n'est pas montée sur le Pâquier mais l'ambiance est là, faute d'explications rationnelles sur ce refus des têtes doivent tomber. Dans les plus "critiques", Il y a quelques membres de l'équipe du fanzine Fantasmagorie (première publication en France sur le dessin animé dans laquelle Jean-Pierre Jeunet y rédige d'excellentes chroniques avec ses amis Phil Casoar, Marc Caro, etc.) dont André Igual n'est pas en manque d'arguments. Dire que tous les noms d'oiseaux y sont passés durant cet échange houleux dans une salle du Casino serait presqu'un euphémisme. Sur la scène Michel et André n'y tenant plus, en sueur, se défendent comme des diables, presque menaçant, sortis de leurs gonds ils répondent mot pour mot avec une rare énergie. Tout le monde est excité, l'atmosphère est électrique. Rarement une conférence de presse aura suscité autant de réactions (quel temps béni). L'important, c'est que tout le monde a échangé et donné son avis sur la question, même ceux qui n'avaient pas vu le film d'ailleurs… Peu importe la mauvaise foi, Chacun y est allé sur ce "Jury suppo de l'impérialisme dominant" (j'y vais fort, c'est vrai, mais la situation était tellement risible) devait rendre compte devant le peuple présent.".


Je me souviens d'un passage de cette retranscription où André Martin essaie en vain d'expliquer le critère instrumental dans la sélection d'un film. Pour André Martin, le sujet n'était pas suffisant pour justifier la sélection d'un film, la dimension esthétique, les techniques et les instruments permettant la "synthèse" du mouvement et "le contrôle opérationnel de l'œuvre" étaient pour lui des critères essentiels.


André Martin revenu du Canada en 1977 pour rejoindre le Groupe de recherche Image de l'INA, cultive le paradoxe d'être à la fois un de ces "pionniers conservateurs" des JICA et un promoteur visionnaire et prospectif de l'Animation par ordinateur rejeté alors par le milieu du cinéma d'animation. Il organise cette même année en "Festival off" (une première !), au cinéma Vox, une conférence-démonstration époustouflante sur l'avenir des images animées par ordinateur.


Des débats et des polémiques animés, voir féroces, entre les "Annéciens", le "secrétariat parisien" et les réalisateurs se font de plus en plus fréquents avec une multiplication des controverses qui aboutit à un schisme lorsque le CNC tranche en faveur d'Annecy. En 1982 Raymond Maillet doit abandonner la direction du Festival et l'équipe parisienne est évincée.


On assiste alors à une séparation douloureuse :

  • le secrétariat permanent est transféré de Paris à Annecy,

  • un comité de sélection international est mis en place,

  • un clivage au sein se créé de la profession devant une "municipalisation" du festival,

  • l'AFCA se retire complètement et coupe les ponts avec les nouveaux organisateurs les laissant seuls avec une page blanche à écrire sans documentation, fichiers et sans archives,

  • Raymond Maillet et l'AFCA créent le festival national d'animation à Marly le roi et qui se tient aujourd'hui à Rennes.

  • André Martin, toujours en avance, organise une manifestation sur les "nouvelles images" au Forum International sur la télévision de Monte-Carlo en 1981 qui deviendra à partir de 1982 le forum sur les "nouvelles images".

Si aujourd'hui il subsiste encore des aigreurs et des ressentis de cette séparation trop brutale, il faut tout de même noter qu'elles se sont atténuées avec le temps, que le festival d'Annecy s'est considérablement développé à l'international, que le festival National de Rennes continue assurer la promotion du cinéma d'Animation Français. On ne peut pas éviter quelques "compètes" ici ou là, mais la promotion du cinéma d'Animation ne reste-t-elle pas l'essentiel ?


Il ne faut cependant pas oublier le rôle majeur qu'a joué Raymond Maillet en tant qu'historien du cinéma d'Animation, conservateur et archiviste et lui rendre cet hommage. Cécile Noesser évoque un "Henri Langlois du cinéma d'Animation" .

(voir : https://www.afca.asso.fr/ressources/documents/1/4101532-1829-Une-petite-histoire-du-cinema-d-Animation.pdf) .

Photographie du regretté André Gobeli, mémoire photographie du Festival d'Annecy, qui nous quitté en 2020. Raymond maillet (à droite partageant les origines du cinéma d'Animation).


Développement du festival d'Annecy


Dominique Puthod nous relate les débuts de la nouvelle équipe dans un contexte ou la presse française soutient plutôt Raymond Maillet et les réalisateurs internationaux, la nouvelle équipe d'Annecy.

Un comité de sélection international est créé jusqu'en 1982.

Le festival se développe :

  • en 1980, la sélection se faisait à partir de 400 films

  • en 1997 à partir de 1 500 films

  • et aujourd'hui 3 000 films.

En 1985, la première édition du Marché international du film d'animation (Mifa) est ainsi coorganisée par le Cica et l'agence Octet. Pour Jack Lang, Ministre de la culture de l'époque, ce marché "répond à la nécessité d’envisager aujourd’hui l’évolution de ce secteur dans son ensemble et plus particulièrement dans ses aspects économiques". Pour le Cica, ce marché doit permettre aux films présentés en sélection officielle de trouver plus facilement un distributeur. Les politiques publiques mises en œuvre dans les années 80 ont ainsi créé un environnement favorable pour l’animation française et favorisé l’émergence d’un secteur économique national.

Le ministre de la Culture nommé en 1981, Jack Lang, donne une véritable chance au développement de la manifestation avec la promotion des "nouvelles images" et la mise en place du "Plan Image".

Photographie : https://www.annecy.org/actualites:a2472


En 1997 le festival d'Annecy est annualisé ce qui permet à celui-ci d'avoir plus facilement une équipe permanente.

En 2006, la fusion d’associations qui administraient le festival permet la création de CITIA, Image & industries créatives, avec un statut d’établissement public de coopération culturelle (EPCC).


Un gros parmi les petits ou un petit parmi les gros ?


Pour finir cette conférence très dense, Mickaël Marin nous a présenté les enjeux pour le festival dans les années à venir. Le festival d'Annecy est "le plus grand festival d'animation" dans le monde mais également un "petit festival" vis à vis des grands festivals de Cinéma. Les Combats et les défis d'hier sont toujours présents aujourd'hui et l'équipe du festival a conservé l'esprit des militants des origines.

Le festival a dû et doit faire face aux défis actuels qu'ils soient sanitaires, climatiques ou à la concurrence d'autres festivals. Pour conserver sa place le festival doit continuer à faire le grand écart entre un festival international et des manifestations locales.

Il doit continuer à aller au-devant du public en développant les manifestations destinées au grand public :

  • L’Hivernal Festival est de retour pour une deuxième édition, dans les salles de cinéma d'Annecy (commune nouvelle) et de Haute-Savoie, du 2 au 5 décembre 2021.

  • CITIA étudie des possibilités d'atteindre plus le grand public pendant le Festival en Juin et tout au long de l'année.

Un grand projet est en préparation au Haras d'Annecy où sont déjà présentées des séances en pleine air pendant le festival ainsi que des expositions temporaires..


La cité du cinéma d'animation



Destinée au grand public, cette Cité du cinéma d’animation va permettre à tous les habitants, les scolaires et les jeunes, ainsi qu’à tous les visiteurs de la ville, d’accéder à des activités et des évènements autour du film d’animation et de l’éducation à l’image. Cette Cité sera un lieu d’échanges, de visites, de découvertes, d'immersion avec :

  • une exposition permanente pilotée par le Musée-Château qui possède aujourd’hui une belle collection dédiée au cinéma d’animation),

  • des expositions temporaires,

  • un espace de médiation, et d’éducation à l’image,

  • une salle de projection et de conférences,

  • une résidence d’artistes.


Voilà un lieux parfait pour une exposition pour le centenaire de la naissance d'André Martin en 2025 qui proposerait une histoire de l'Animation au travers de 50 ans d'un parcours d'exception !

:-)


En route vers Annecy 2022


Bien sûr, il n'est pas possible en deux heures de parcourir l'histoire du Festival. Il nous faudrait plusieurs conférences pour parler des œuvres projetées, des réalisateurs, de l'évolution de la création mais cette conférence a permis d'apprendre beaucoup de choses. Merci aux organisateurs et aux intervenants !


Le festival d'Annecy reste une affaire de passionnés. Les deux dernières éditions ont été extrêmement complexes à organiser avec la crise sanitaire avec une édition 2020 100% en ligne et une édition 2021 où il a fallu retenir son souffle jusqu'au bout pour savoir si elle allait bien avoir lieu in situ en complément de l'édition en ligne.


Malgré la dimension prise le Festival d'Annecy, la passion des pionniers est toujours là !


Il nous tarde maintenant de découvrir, en juin 2022, la prochaine page de cette passionnante épopée.

Image : https://www.annecy.org


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