125 résultats trouvés avec une recherche vide
- 7 - La genèse d'Annecy 1 : Des ciné-clubs et des bordelais.
Au début des années 40, deux jeunes bordelais André Martin et son frère Pierre se passionnent pour le cinéma. A l'aide d'un projecteur Oehmichen 16 mm, ils projettent des films qu'ils louent en privé pour assouvir leur soif de cinéma. En 1944, André Martin rencontre Michel Boschet au Lycée Jean-Jacques Rousseau. Tous les deux fous de cinéma et de cinéma d'animation, ils partagent la documentation qu'ils ont accumulée et font des premiers essais d'animation en utilisant des supports de radiographie qu'ils décapent et une caméra 9,5 mm. En mars 1945, la fédération Française des Ciné-Club est créée. Elle regroupe 80 ciné-clubs et 75 000 adhérents. Cette fédération encadre les projections et crée une publication où on écrit sur le cinéma : Ciné-Club. De nombreuses autres publications traitent de la culture "cinégraphique". Document collection Geneviève et André Martin : Journal Ciné-Club no 6 Mars 1949. André Martin et Michel Boschet appartiennent à cette génération qui fréquente assidûment les ciné-clubs où on projette des films du monde entier, courts et longs métrages, qui ne sont pas diffusés dans les circuits commerciaux. Des lieux privés où on parle des films. Ils écument les ciné-clubs et les cinémas. Ils y rencontrent d'autres passionnés comme René Rios, José Piquer, Yves Leménager, Jean Laurent. Ils vivent gaiement leur passion de tous les cinémas. Photographie collection Geneviève et André Martin : Michel Boschet (sans moustache !), André Martin, René Rios . Bordeaux 1948 André Martin y écrit ses premiers articles dans la presse locale avec des illustrations de René Rios. Il collabore également avec le journal sud-ouest et fait des émissions sur les ondes de radio sud-ouest. Collection Geneviève et André Martin ; 1er article d’André Martin ? le 27 12 1947 Il travaille également dans la publicité où il écrit des textes illustrés par Michel Boschet. Ici une publicité pour la lessive Percoq sous forme d’une bande dessinée enfantine "offerte aux enfants de leurs clientes" . Les dessins sont de Michel Boschet. Document : Collection Geneviève et André Martin. 1948 environ. Ils réalisent quelques films documentaires et ... quelques films d'animation pour des commerçants locaux dont "Radio clinique" film publicitaire pour un magasin de réparation de postes de radio réalisé par Michel Boschet ; André Martin ; J. Piquer et René Rios, 1’ – 35 mm Image : http://www.cnc-aff.fr/internet_cnc/Internet/aremplir/docs/animatheque.pdf Photographie collection Geneviève et André Martin : Michel, Boschet, André Martin, Geneviève de la Vaissière. Bordeaux 1949 A l'automne 1949, Geneviève de la Vaissière monte à Paris pour poursuivre ses études musicales en harmonie et contrepoint à l'école normale de musique. Elle y est rejointe par son compagnon André Martin début 1950. Sur la recommandation de Jean Laurent, publiciste bordelais, avec qui André Martin a collaboré à Bordeaux, il rentre chez Publicis comme concepteur. Sans adresse se faisant hébergé ici où là, Il se fait domicilier à l'adresse de la famille de Geneviève de la Vaissière pour les démarches administratives. Il écrit également des textes pour des livres pour enfants, des scénarios de bandes dessinées illustrées par Michel Boschet pour les éditions Fleurus. André Martin rédige aussi des livrets de devinettes chez ce même éditeur exploitant ainsi son goût des calembours : "Je rêve d'emprunter un passage sous-terrain et de ne pas le rendre." Photographie collection Geneviève et André Martin : Michel, Boschet, André Martin, Geneviève de la Vaissière. Bordeaux 1949 A cette époque, il compile systématiquement notes et informations sur ce qui ne s'appelle pas encore le "Cinéma d'Animation". Image collection Geneviève et André Martin : Notes sur le dessin animé André Martin et Michel Boschet, continuent à fréquenter assidument la vingtaine de ciné-club parisiens. AM est vite reconnu comme un des orateurs des débats post-projection. Il y défend l'animation considéré comme un sous-produit dans les ciné-clubs . C’est lors de ces séances que MB et AM font la connaissance d'un autre passionné du cinéma, Pierre Barbin, qui anime le ciné-club de Versailles depuis 1945; Il reconnait en AM le présentateur idéal pour animer les séances de ciné-club du mardi dans l'un des cinémas de Charles Edeline. En 1950 se forme la Fédération Centrale des Ciné-Clubs qui née d'une scission avec la FFCC. Le premier président est Abel Gance et le président d'honneur Jean Cocteau. Pierre Barbin actif dans cette création, en est le premier secrétaire. Michel Boschet et André Martin adhèrent à cette nouvelle fédération. La suite au prochaine épisode, La genèse d'Annecy 2 : des journées pour le cinéma !
- 6 - Le festival d'Annecy va fêter ses 60 ans
Cette année le festival d'Annecy fête en juin ses 60 ans. Cette soixantième, Cov-19 oblige, sera virtuelle ! André Martin, co-fondateur des Journées Internationales du Cinéma d'Animation et infatigable animateur du Festival pendant de nombreuses années, aurait sans doute été passionné par cette édition innovante à laquelle nous participerons par Internet du 15 au 20 juin 2020. Pas de pic-nic ! mais dans sa forme numérique, Annecy durera plus longtemps et sera pendant deux semaines la capitale mondiale et virtuelle du cinéma d'animation. Le cinéma d'Animation africain y sera à l'honneur, l'occasion de découvrir un cinéma d'animation moins connu ... jusqu'ici. Image : https://www.annecy.org/accueil Ce sera aussi l'occasion de fêter l'âge maintenant respectable de cette grande manifestation. En prévision de ce joyeux anniversaire, nous allons en profiter pour revenir aux origines et à la genèse du Festival d'Annecy. Tout au long des jours précédant Annecy nous allons faire ensemble un retour sur l'époque, les circonstances et les pionniers qui ont permis sa "création" en 1960. La suite au prochaine épisode La genèse d'Annecy 1 : Des ciné-clubs et des bordelais.!
- 5 - Le cinéma sans caméra ou la rencontre des structures.
André Martin (1925-1994), distinguait le cinéma "de synthèse et de total contrôle" qu'est le Cinéma d'Animation, du Cinéma classique : "un art d'enregistrement". Le cinéma sans caméra en est une manifestation les plus aboutis tant cette apparente liberté est souvent créée à partir d'un appariement rigoureux entre chaque image et la segmentation de la durée du discours musical : la mesure. L'invention du cinéma sans caméra Len Lye (1901-1980), sculpteur et réalisateur de films d'animation avant-gardistes et expérimentaux néo-zélandais, a inventé le cinéma sans caméra ... en 1935 avec un film magnifique : Colour Box. Photographie : Len Lye https://expcinema.org/site/en/wiki/artist/len-lye Pour être tout à fait exacte le peintre, sculpteur et réalisateur futuriste italien Arnaldo Ginanni Corradini (1890-1982) a réalisé avec son frère Bruno Corradini entre 1910 et 1912 des courts métrages abstraits, en colorant directement le film non traité mais je n'en sais malheureusement pas plus et je ne sais pas si il subsiste une copie de ces films. (Si quelqu'un a des informations ou des images sur ce sujet je suis preneur.) Et si on s'affranchie du support qu'est la pellicule alors l'inventeur est Emile Reynaud (1844-1918) avec son théâtre optique et ses pantomimes lumineuses (1892) avant même ... l'invention du cinéma. Collection Geneviève et André Martin : Fac-similé d'une affiche Pantomimes lumineuses de 1892 datant de 1929. Len Lye a réalisé Colour box en peignant, grattant et imprimant directement les images sur la pellicule, un court-métrage qui est au 7eme art, ce que le photogramme est à la création photographique. Il nous a offert une oeuvre digne des grands maîtres de l'abstraction ... mais animée ! Il a développé une approche inédite des rapports musique-images qui fait de lui l'incontestable précurseur du "clip musical" sur la musique "The Belle Creole" by Don Barreto and his Cuban Orchestra. Voir sur https://vimeo.com/28834678 (Copie de qualité moyenne). Image : Colour box https://filmcolors.org/galleries/a-colour-box-1935/ Nouvelle découverte Marco De Blois, conservateur et programmateur à la Cinémathèque Québécoise, nous a confinement informé sur Facebook de la mise en ligne de la mise en ligne par la Cinémathèque Française de "Surprise Boogie" d'Albert Pierru court- métrage d'Animation réalisé directement sur pellicule en 1956. Image : Surprise Boogie d'albert Pierru - https://www.cinematheque.fr/article/876.html Ce fût pour moi une nouvelle découverte dans l'innombrable et prolifique patrimoine de l'art du Cinéma d'Animation. Je n'ai pas encore assez lu et compris André Martin, ces catalogues précis et pointus mais parfois abscons pour un apprenti de l'histoire du Cinéma d'Animation. Je remercie Marco De Blois et bien sûr la cinémathèque française pour cette découverte. Un lien entre le maître Norman Mclaren et Steven Woloshen Marco De Blois, dans son post évoquait " un lien entre le Maître Norman McLaren et Steven Woloshen". Pour ma nièce Mathilde qui a également débusqué ce bijou de "Surprise Boogie" et pour tous ceux qui veulent découvrir ou redécouvrir cet univers créatif et expérimental, nous allons préciser ce lien en revenant sur les courts métrages des ces trois réalisateurs où la liberté intuitive, synthétise le lien entre l'image et la musique. Norman McLaren (1914-1987) Ce réalisateur écossais de films d'animation est considéré et reconnu comme un maître absolu de l'animation mondiale. Il a fait ses études aux beaux-arts de Glasgow et s'est rapidement consacré au cinéma puis au cinéma d'animation avant de partir pour New York en 1940. Il y trouve un emploi dans dans une société de films industriels. Son ambition était "de faire des films abstraits pour interpréter l'esprit de la musique". John Grierson (1898-1972), qui dès 1928 avait accompagné Len Lye avec la London Film Society dans son premier film d'animation "Tusalva" sorti en 1929 , vient de fonder l'Office Nationale du Film à Ottawa. Il a pratiquement kidnappé Norman McLaren au grand dam de son employeur en l'assurant d'une liberté de création. L'immense Norman McLaren va pouvoir illuminer le cinéma d'Animation au Canada à l'ONF pendant plus de 40 ans. André Martin a suivi les travaux de Norman McLaren avec assiduité et passion. Il a réalisé ce qui est une des premières filmographies complètes en 1958 de ce créateur hors norme dans une série de 3 articles dans les cahiers du Cinéma où il a également analysé son œuvre. Cahiers du Cinéma no 79, 80, 82 (Janv., Fév, Avril 1958). Collection Geneviève et André Martin : maquette du titre de l'article 1ere partie Les cahiers du Cinéma no 79 - Janvier 1958 Titre de l'article 1ere partie Les cahiers du Cinéma no 79 - Janvier 1958 avec un dessin de Norman McLaren. 1949 Caprices en couleurs (Begone dull care) - ONF - Canada - 7mn Réalisation Evelyn Lambart et Norman McLaren. Musique Oskar Peterson trio. voir sur https://www.onf.ca/film/caprice-en-couleurs/ Images : Caprices en couleurs - https://2017.tiffr.com/shows/begone-dull-care Collection Geneviève et André Martin : Norman McLaren et Evelyn Lambart travaillant directement sur la pellicule pour begone dull care. Ils peignaient 4 ou 5 secondes puis les visualisaient avec la bande sonore. Si ça n'allaient pas ils repeignaient et procédaient à différents essais afin d'obtenir le synchronisme et l'effet attendu. C’est à l’entracte d’un concert à l’Esquire Show Bar de Montréal que Norman Mclaren a rencontré Oscar Peterson et lui a proposé de réaliser un film abstrait sur sa musique. Oscar Peterson, après avoir vu « Dots loops » et « Star and stripes » à l’Office National du Film, a accepté avec enthousiasme de collaborer à ce projet. Le film suit la forme de la sonate avec deux rythmes rapides séparés par un motif lent. Cette forme musicale intéressait particulièrement Norman McLaren et il l'a utilisé dans plusieurs de ses films. L'illustration suivante montre l'intérêt que Norman Mclaren portait aux formes musicales en en illustrant et en en commentant une série pour le Journal Musical Canadien en 1960 . Les textes sont de Marthe Blackburn, réalisatrice et épouse de Maurice Blackburn un compositeur qui a collaboré avec Norman McLaren .(Ca amusait beaucoup ma mère que quelqu'un qui s'appelle "Blackburn" ne parle pas anglais :-) ) Images collection Geneviève et André Martin : 1960 03 25 JMC Musical Chronicle Vol 2 No 4 Sonate Pour interpréter la musique du film, O. Peterson était accompagné d'un contrebassiste et d'un batteur. Images : The Oskar Peterson trio : https://twitter.com/globaljazzqueen/status/876182890580758528/photo/1 Dans le premier mouvement O. Peterson nous emmène au piano dans un rythme endiablé accompagné par une contrebasse et une batterie. Différents thèmes visuels sont utilisés : Lignes blanches agitées et grattées sur fond noir qui se fondent avec le jeu d'O.P. dans le registre grave du piano. Image : https://jazzanimated.wordpress.com/category/oscar-peterson/ Défilés de motifs continues ponctués par l'apparition de formes synchrones avec la contrebasse ou la batterie. Formes blanches sur fond noir en phase avec le piano. Images en flash à peine perceptibles pendant un solo de batterie : image en N&B, https://twtiaf.com/2019/film.php?id=85&lang=en Le deuxième mouvement est un mouvement lent. "comme le film est plutôt fatiguant, je voulais apporter une sorte de respiration" (N. McLaren Octobre 1975 Revue Séquences p47). Des lueurs et des traits pales évoluent sur un fond noir dans des danses volatiles. Le troisième mouvement s'emballe à nouveau reprenant les thèmes musicaux et certaines images du premier mouvement. 1956 Surprise Boogie - réalisation Albert Pierru. France 4mn 45 Voir sur https://www.cinematheque.fr/henri/film/75004-surprise-boogie-albert-pierru-1956/?fbclid=IwAR02jH3j9twsi2nqyR0nrjg02gjF5nTOhSFpmofuFHuoxOmtpQdE2XBahrw Albert Pierru (1920-1985) est un émule de Norman McLaren dont il apprit la technique du film dessiné sur pellicule. Il nous offre ici un petit bijou sur une musique originale de Robert Cambier qui n'est pas sans rappeler celle d'Oskar Peterson sur caprices en couleurs. Parmi les effets très proches de ceux obtenus par Evelyn Lambart et Norman McLaren, on y trouve des touches plus personnelles comme ces petits personnages schématiques animés trompettiste, tromboniste, pianiste fumant une cigarette en jouant, danseuse avec jupe banane ou encore ces cordes vibrantes de contrebasse qui s'immiscent dans des successions de formes abstraites originales dont certaines rappellent la peinture abstraite contemporaine, fusion animée d'un Joan Miró et d'un Paul Klee. Abstractions rappelant Paul Klee ou personnages schématiques animés nous immergent dans le boogie. Images : https://www.cinematheque.fr/article/876.html On remarque aussi des partitions de l'image en mosaïques animées et synchrones. Image : https://www.cinematheque.fr/article/876.html Steven Woloshen (1960-) Steven Woloshen inspectant la pellicule à L’Office National du Film du Canada. Novembre 2016 photo Stéphane Dreyfus : https://film-animation.blogs.la-croix.com/steven-woloshen-lanimation-avec-les-mains-mais-sans-camera/2016/11/28/ J'ai pu découvrir Steven Woloshen et ces court-métrages, grâce un autre passionné du Cinéma d'Animation : Alexis Hunot (http://www.zewebanim.com). Il nous a offert une très belle présentation lors de la PIAFF 2019 en présence du réalisateur. S. Woloshen a souligné l'importance de la musique dans ces films. " Je fais des films avec les musiques que j'aime". Nous avons pu savourer ainsi de nombreux court-métrages sur ces musiques parmi lesquelles celles du Vienna art Orchestra (Bru ha ha ! 2002), de Jimmy Hendrix (Curse of the Vodoo Child 2005), Dave Brubeck (Take Five 2003). Mais Steven Woloshen en plus d'être un créateur remarquable est également un personnage de roman et son vécu nous offre la trame d'un beau scénario de film ! Durant ces discussions à bâtons rompus entre Steven Woloshen et Alexis Hunot, je me suis posé la question pourquoi l'auteur avait systématiquement son pack de jus d'orange à la main ... Il avait décidément très soif pour ne pas s'en séparer ! En fait il s'agissait de l'instrument qui lui permettait de réaliser des films dans la voiture où il travaillait en tant que chauffeur d'acteurs sur les grosses productions au Canada ! Cette boîte lui permet de peindre directement la pellicule contenue dans ce boîtier. C'est avec ce boîtier que notre créateur a entièrement réalisé le film "1000 plateaus" (2014) dans cette voiture. D'un côté il y avait la grosse machine industriel du cinéma et ses plateaux de tournage, de l'autre l'artisan qui créait une œuvre magnifique en attendant de conduire les stars d'un point à un autre. Une belle histoire pour un bon scénario d'un film narratif et concret. :-) Photographie Clément Martin : Alexis Hunot anime un échange avec Steven Woloshen le 21/09/19 lors de la 12e édition du Piaff. Steven Woloshen tient à la main l'instrument qui lui a permis de réaliser "Mille Plateaus". 2003 Cameras Take Five - Réalisation Steven Woloshen- Canada -3mn A voir sur : https://lightcone.org/en/film-4645-cameras-take-five Le morceau de jazz de Dave Brubeck Quartet, Take Five, est le point de départ de cette interprétation visuelle abstraite réalisée par peinture sur la pellicule. Cette musique a été composée par le saxophoniste du groupe Paul Desmond. Take Five est joué en Mi bémol Mineur avec des mesures de 5/4 (4 noires et 2 doubles-croches entrecoupées de silences). Le rythme à cinq temps est original et innovant pour le Jazz de l'époque. Structures musicales et séquences animées Le film est la musique est décomposable en 8 parties distinctes ( Il y en a 10 dans le morceau original cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Take_Five ). C'est sur cette forme que c'est appuyé Steven Woloshen pour réaliser son films. Partie 1 Intro : Batterie, piano et contrebasse installent le groove 5/4 avec l'ostinato de deux accords : Mibm - Sibm7 x8. Générique des formes abstraites flash et crépitent sur un fond noir. Différentes entre le début à la batterie et la suite avec le piano. Partie 2 Section A : Mélodie au saxo de deux fois quatre mesures similaires. Mélodie : Ré-Mi-Mi-Si puis Ré-Mi-Si-Mi. Des lignes courbes et des formes à base des segments s'étalent sur le fond noir accompagnant la respiration du saxophone. Partie 3 Section B : Pont musical au saxo de deux fois quatre mesures similaires. Mélodie : Do-Si-La-Sol puis Do-Si-La-Fa. Ces lignes continuent leur ballet sur des fonds granuleux turquoises et bleus. Un fond vert ponctuant brièvement pour marquer la fin de cette partie. Partie 4 Section A' : Mélodie : Ré-Mi-Mi-Si puis Ré-Mi-Mi-Si. Des formes se développent sur fond noir et reprennent leur ballet. Partie 5 Section solo 1 : Solo improvisé au saxo. Les formes se combinent sur fond noir avec quelques flashs rythmés des fonds précédents et finissent par créer une structure. Image : https://www.cinematheque.fr/film/137233.html Partie 6 Section solo 2 : Solo improvisé à la batterie. La structure s'évapore laissant place aux flashs de formes sur fond noir qui accompagnent le solo de batterie. Un fond vert partiel marque la fin de la partie Partie 7 Section A' (Mélodie : Ré-Mi-Mi-Si x2) précédée de l'ostinato d'introduction (Mibm - Sibm7). Formes qui évoluent sur fond noir. Partie 8 Conclusion : Mélodie Si-Si-Mi (Mi persistant comme note finale) Générique de fin finissant par nos souhaiter une bonne nuit sur la note finale. Si l'improvisation et le hasard sont nécessaires étant donné la nature du matériau peint qui laisse peu de place au repentir à moins de recommencer une séquence d'image, un tel film nécessite une préparation soignée pour assurer un tel synchronisme et une telle osmose entre le mouvement des formes et les caractéristiques des instruments. Et si vous adorez le cinéma sans caméra ... L'expérimentation des techniques de cinéma sans caméra est aujourd'hui un exercice que pratiquent quelques jeunes réalisateurs qui quittent un moment l'ordinateur pour se consacrer à ces joies de l'analogique et de la matière. Vous pouvez également visionner Liza du créatif et talentueux Bastien Dupriez avec ses danses abstraites sur une composition du même nom de George Gerswhin interprétée par Jean-Michel Pilc : https://vimeo.com/410922836?fbclid=IwAR16HlLj6Ukh9J0s47MpjJwiDFHPdvaJVR26ALRM56VE0Q193s4CieGWtZc image : http://fr.zewebanim.com/index.php?post/2020/04/25/Liza-de-Bastien-Dupriez Ou encore voir ou re-voir Rainbow Dance de Len Lye (1936) sur une musique de Burton Lane, qui mélange prise de vue réelles et peinture directe sur pellicule. Len Lye a tourné avec de la pellicule noir et blanc dont il a fait un film couleur en ajoutant des images peintes au pochoir et en manipulant les trois matrices du système Gasparcolor. Le procédé Gasparcolor venait d'être développé en 1933 par la chimiste hongroise Dr. Bela Gaspar. La modernité et la fraicheur de ce film est tout simplement stupéfiante. Voir sur https://vimeo.com/154697834 Image : https://flashbak.com/len-lyes-1930s-fabulous-short-films-for-the-post-office-382218/ Ce court-panorama du cinéma sans-caméra rappelle ses capacités incroyables d'abstraction, de relations avec le mouvement et la musique et ce depuis un siècle maintenant. En espérant qu'il permettra à Mathilde de faire d'autres découvertes d'œuvres uniques à revoir bientôt (Cov-19 oblige) dans les musées d'art moderne et dans les salles qui projettent du cinéma expérimental et formaliste.
- 4 - Epidémique : On rame et c'est "pagaie"...
Image collection Geneviève et André Martin : Tifusari de Vatroslav Mimica C'est en rangeant quelques photographies de la collection Geneviève et André Martin que je suis tombé sur une photographie d'un court-métrage d'animation du croate Vatroslav Mimica de "Tifusari" (Les typhiques) sorti en 1963. En ces temps difficiles de confinement et de pandémie, et seulement si vous avez le moral, vous pouvez visionner le court-métrage d'animation du croate Vatroslav Mimica : "Tifusari" (Les typhiques) sorti en 1963. https://www.youtube.com/watch?v=i5C8jyZb948&t=624s En ces temps de pandémie et de défi mondial, ce cours-métrage d'animation nous offre une occasion d'avoir un regard plus local sur la Croatie, ce beau pays sur l'Adriatique. Ce court-métrage sombre et mortifère, inspiré du poète Jure Kaštelan, nous entraine dans dans un paysage dévastés et nous immerge dans les hallucinations de partisans malades du typhus. Le style massif de style gravures sur bois dépeint graphiquement les hallucinations de résistants qui marchent dans une lande dévastée. La copie disponible en consultation sur YouTube en VO est en Croate. Même si le croate est une langue latine elle est totalement incompréhensible pour un français. Ceci ajoute à l'abstraction et à la lourdeur du film. Jure Kaštelan le poète Maître du style et de la versification, Jure Kaštelan fut l’un des majeurs poètes croates du XXe siècle, un poète profondément humaniste, qui dans sa poésie a habilement marié des aspects classiques et modernes, écrits et oraux, collectifs et individuels, réels et mythiques, populaires et intellectuels. La Seconde guerre mondiale à laquelle il a pris part en tant que membre de la résistance a profondément marqué son œuvre poétique. http://dicocroate2.over-blog.com/2018/04/jure-kastelan.html Vatroslav Mimica réalisateur de films d'animation est l'un des piliers et fondateurs de l'école de Zagreb. Il nous a quitté tout récemment, le 15 février 2020.
- 90 - Plaisirs d'archive durent un moment : tous les voyageurs changent de train 2.
Dessin de Len paru dans Ouest-France dans article sur les journées du Cinéma de Nantes. Collection Geneviève et André Martin. A l'occasion du 30e anniversaire du décès d'André Martin, Gamca revient sur 50 ans de son parcours. Après "Les années bordelaises" (Lire sur https://www.gamca.info/post/plaisirs-d-archive-durent-un-moment-tous-les-voyageurs-changent-de-train-1 ), voici "Des journées pour le cinéma" . Montée à Paris Geneviève de la Vaissière monte à Paris en 1950 pour continuer ses études de musique au conservatoire. André Martin l’accompagne. Il travaille chez Publicis comme concepteur (1). André Martin écrit également des livres pour enfants, des scénarios de bandes dessinées illustrées par Michel Boschet aux éditions Fleurus. AM, qui "rêvait d'emprunter un passage souterrain et de ne pas le rendre", a réalisé également des livrets de devinettes avec son lot de calembours aux éditions Fleurus. André Martin n'est jamais loin du burlesque. Couverture d'un livret de devinettes des éditions Fleurus conçu par André Martin. Collection Geneviève et André Martin André Martin et Michel Boschet écument la vingtaine de ciné-club parisiens. AM est vite reconnu comme un des orateurs des débats post-projection. Il y défend l'animation considérée comme un sous-produit dans les ciné-clubs. C’est lors de ces séances que MB et AM font la connaissance de Pierre Barbin qui anime le ciné-club de Versailles. Pierre Barbin reconnait en André Martin le présentateur idéal pour animer les séances de ciné-club du mardi dans l'un des cinémas Edeline(1). Les Journées du cinéma Début 1951 André Martin, Michel Boschet et Pierre Barbin, membre de la nouvelle Fédération Centrale des Ciné-Clubs, envisagent l'organisation de manifestations d'un type nouveau qui allaient devenir les" Journées Du Cinéma". Il s'agit d'atteindre ponctuellement l'ensemble du public d'une ville en restituant au Cinéma une couleur et un attrait que des années d'habitudes lui avait fait perdre. Le cinéma d'animation, "cinéma de synthèse" qui n'est encore que le dessin animé y occupe bien sûre une place de choix mais le cinéma, "cinéma d'enregistrement", y est également présent aussi bien avec des grands classiques que des films de jeunes cinéastes à découvrir. Les premières expériences se font à Versailles et également à l'aide d'une camionnette qui sert de moyen de projections itinérant. Le cinéma descend dans la rue et touche un public populaire. André Martin faisant son boniment devant une camionnette Citroen H1 qui servait à faire des projections ambulantes au milieu du public des villes visitées. - En haut à gauche en costume cravate : Pierre Barbin. Photographie collection Geneviève et André martin. Le 14 Novembre 1951 l'Association "Les Journées du Cinéma » est créée par André Martin, Michel Boschet, Pierre et Gisèle Barbin. La formule est lancée et le même mois à Versailles, des vedettes de l'époque sont membres du Jury du Concours de Vitrine : Serge Reggiani, Pierre Trabaud, Raymond Bussière et Brigitte Auber. Les salles de cinéma sont vides car les spectateurs sont à l'extérieur ? Qu'à cela ne tienne, les journées du cinéma vont les chercher dans les squares, dans les rues ! Papier à Entête et pied de page des Journées du Cinéma de Versailles Novembre 1951 Membres du Jury du Concours de Vitrine : Serge Reggiani, Pierre Trabaud, Raymond Bussière et Brigitte Auber. Images collection Geneviève et André Martin. L'équipe des journées à Versailles filmant l'évènement des journées en extérieur. Le cinéma est dans la rue ! On reconnait Michel Boschet derrière la caméra. - Collection Geneviève et André Martin. La formule des journées du Cinéma rencontre un franc succès. Cette confrontation d'œuvres confidentielles avec le public populaire des "villes de province" suscite l'intérêt. Concours de vitrine chez les commerçants, élection de Miss Cinéma, projections itinérantes, expositions, séances de projections et de présentations spectaculaires séduisent le public. On projette Norman McLaren à la sortie des usines, Alexandre Nevski devant des murailles d’époques. Photographies Collection Geneviève et André Martin : Couverture du livret des journées de Carcassonne, Affiche des JDC de Troye en juin 1953. Programme des journées de Carcassonne. Documents collection Geneviève et André Martin. André Martin y captive l'audience ... L'équipe des journées remplit les salles (2) ! André Martin présente l'exposition durant les journées du cinéma d'Amiens. Image Collection Geneviève et André Martin Les notables sont tous présents pour l'évènement : ici le maire, le député, l'évêque et le préfet sont initiés au précinéma au journées du cinéma d'Amiens dans le cadre de l'exposition organisée à cette occasion. André Martin présente des appareils du précinéma aux Journées d'Amiens. Photographie collection Geneviève et André Martin. Le spectacle que donne l'équipe possède un esprit forain et spectaculaire (3) pour captiver un large public. Michel Boschet et André Martin explique le Cinéma d'animation dans un spectacle burlesque. Image Article 1956-12-14 du Dauphiné Libéré sur les JDC de Valence. Collection Geneviève et André Martin Michel Boschet faisant un numéro de lasso pour illustrer le mouvement. Photographie collection Geneviève André Martin François Truffaut dans un court article dans les cahiers du cinéma repris dans le bulletin des journées du cinéma de fin 1954 souligne l’intérêt des présentations d’AM et MB : « En soirée, c’est un festival de dessin-animés. Chaque bande est présentée par André Martin et Michel Boschet; comme nos amis ne sont pas de ceux qui conférencient, ils ont mis au point un étonnant numéro au cours duquel ils sautent, tombent, dansent en un mot : s’animent. J’ai le sentiment d’assister à quelque chose comme l’éclatement de la critique. Il ne suffit plus d’écrire ou parler sur le Cinéma, il faut citer les images … Bref, tout cela est passionnant et, de ce numéro où l’influence des frères Marx est visible, on retire l’impression d’une chose plus sérieuse, plus intelligente, plus fructueuse enfin qu’une conférence d’Henri Agel. » (4) On peut se faire une idée de ce spectacle en visionnant Septième Art Bis (5). Dans une France où la fréquentation des salles de cinéma est inférieure aux pays limitrophes, les directeurs de salles ravis accueillent les bras ouverts l’équipes des journées. André Martin, Michel Boschet et Pierre Barbin sillonnent la France en présentant des courts métrages de prise de vue réelle et d’animation, des longs métrages de jeunes créateurs, à découvrir des films en version originale sous-titrée ce qui n’était pas commun à l’époque. En Décembre 1954 déjà 11 000 km parcourus et 487 000 m de films projetés ! Décembre 1954 programme d'une séance de prjections au CNC. Document Collection Geneviève et André Martin Le succès est tel que les "journées arrivent" à Cannes, en 1955. Alors que le festival de Cannes fête les 60 ans du cinéma (1894) , André Martin, frondeur y programme les pantomimes lumineuses d’Emile Reynaud (1892) , créées deux ans avant l’invention du cinéma ! Ces présentations et l’exposition organisée par Michel Boschet sont un succès. 1955 05 06 Hommage aux Pionniers du Cinéma d'Animation - Document collection Geneviève et André Martin André Martin à Cannes en 1955 - Collection Geneviève et André Martin L'équipe des journées du Cinéma s'étoffe dans la deuxième moitié des années 50. Raymond Maillet, un ami de régiment de Michel Boschet, suite à la fermeture du cabaret de la rose rouge 76 rue de Rennes et quelques petits boulots, rejoint les journées du cinéma en 1956 (6). Il accompagne Michel sur la mise en œuvre des expositions. Edouard Chamard rejoint également l'équipe pour l'accueil du public et des personnalités. 1956-57 Les Journées d'Avignon : Edouard Chamard, Agnès Varda, André Martin, Jacques Maillet, Pierre Philippe, Raymond Maillet - Photographie Collection Geneviève et André Martin. Un festival d'un genre nouveau : Tours En septembre 1955, l'équipe crée le festival international du court-métrage de Tours. Ce festival est organisé par l'Association Française pour la Diffusion du Cinéma en collaboration avec la Préfecture, le Conseil Général d'Indre et Loire et la mairie de Tours. Ce festival a la particularité, pour l'époque de ne projeter que des courts-métrages, format singulier moins connu du grand public, où la créativité et l'Art sans concession est Roi. 1955 André Martin avec une jeune photographe de 27 ans dont le sublime premier long-métrage solaire "La pointe courte" a été projeté aux Journées du cinéma, Agnès Varda, devant l'Olympia à Tours. Photographie Collection Geneviève et André Martin Ecriture, les fondamentaux. En Mars 1952 AM cosigne avec Michel Boschet un premier article militant sur le cinéma d’Animation "Dessin animé & Pesanteur" publié dans le no 6 de la revue "l'Age du cinéma ». Couverture L'âge du cinéma no 6 paru en 1952 et première page de l'article Dessin animé et pesanteur. Collection Geneviève et André Martin On retrouve dans cet article beaucoup d''éléments qui caractérise la pensée d'André Martin et de thèmes qui seront présents dans ses articles et dans sa démarche toujours pionnière : L'attrait pour l'innovation et ses oppositions. L'irrévérence face aux choses administrées qui freinent la création. Les références à la musique et ces rythmes pour évoquer les innovations du "film d'animation" (7). Les rapports entre les images animées et le son. La critique des critiques qui se consacrent uniquement aux grandes avenues de la consécration au lieu de regarder l'avenir. Une vision prospective à 20 ans ...qui atteindra même les 60 ans dans les années 60 ! Il y présente également un "catalogue" impressionnant de films d'animation pour illustrer son propos qui fonde un "Art immense" dont le dessin animé n'est qu'une "étroite application". Au-delà de la théorisation du cinéma d'animation comme Art méconnu... mais "immense", André Martin serait l'inventeur du terme "Cinéma d'Animation" ici représenté en 1952 par le terme "Film d'animation"... On cherche toujours un précédent, en vain. Le dessin animé n'est pas mort mais vive le "Cinéma d'Animation", il a son nom ! Ecriture, les journées Comme l'illustre cette encre de Michel Boschet, André Martin est la plume du spectacle et de la fête des journées du cinéma et du festival de Tours. André Martin alimente en texte la gazette des journées du cinéma. Dessin de Michel Boschet - Collection Geneviève et André Martin L'équipe fondatrice des journées signe en avril 1953 son plaidoyer pour les journées du Cinéma dans les Cahiers du Cinéma no 22. André Martin publie également régulièrement des articles sur les journées du cinéma. On y retrouve son plaidoyer, déjà présent dans "Dessin animé et pesanteur", pour ces films d'animation "Image par image" trop rarement projetés face à l'écrasant succès de l'industrie des cartoons américains et de leurs personnages célèbres. Il plaide et clame l'importance de ces films méconnus, ces "films de création TOTALE" qu'il s'agisse du patrimoine historique ou des créations contemporaines. 1955 09 23 Les Journées du Cinéma no 13 "Cinéma à une image près" - André Martin- Document Collection Geneviève et André Martin. Son intérêt pour la technique, la prospective et l'innovation n'est jamais loin, ici cet article sur le cinéma en relief. L'avenir le confirmera. 1952 12 Le cinéma en relief met l'écran à portée de main - Document Collection Geneviève et André Martin On retrouve également des articles sur le patrimoine du cinéma d'animation, ici sur Emile Reynaud "le premier venu" dans l'histoire du Cinéma. 1957 01 12 Les Journées no 23 - André Martin : "Emile Reynaud le premier venu". Collection Geneviève et André Martin. Reconnu par les critiques, les producteur, réalisateurs et auteurs sur le cinéma, dont André Bazin co-fondateur des Cahiers du Cinéma, André Martin va publier régulièrement sous sa signature dans les Cahiers du Cinéma à partir de mai 1953. A suivre ! (1) "André Martin, Ecrits sur l'animation 1" par Bernard Clarens (2) « Où passe la jeune équipe de ces journées, l’herbe ne repousse plus entre les rangées de fauteuil. » François Truffaut dans la revue Arts. (3)1983 03 13 "Le cinéma des cinéastes" - émission de Claude Jean Philippe avec André Martin - émission sur le film "Sans soleil" de Chris Marker : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/sans-soleil-de-chris-marker-essai-cinematographique-d-un-homme-multimedia-3676987 (4) Henri Agel était un professeur et un critique de Cinéma. (5) 1961 Le septième Art bis Réalisation: Jean Manceau. Présentation et écriture : Michel Boschet et André Martin. Production: ORTF - Office de Radiodiffusion-Télévision Française. Emission en deux parties de 27 et 24 minutes. (6) Lettre d'information de l'AFCA août/septembre 2004
- 91 - Lillian Schwartz : du motif au mouvement
Olympiad de Lillian Schwartz, 1971, 16mm film. Source Image https://astriasuparak.com/2018/02/17/the-nations-finest/07-olympiad_schwartz_three-figures/ Lillian Schwartz, pionnière de l'animation numérique, nous a quittés. C'est l'occasion de revenir sur la rencontre improbable de cet artiste avec les chercheurs en informatique graphique à la fin des années 60. L'Art Cinétique En 1966, Schwartz s’intéresse à l’art cinétique. Lillian Schwartz présente une sculpture cinétique et interactive, " Proxima Centauri", lors de l'exposition « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age » , q ui s'ouvre en 1968 au musée d’art moderne de New York. Cette sculpture met en valeur des motifs en mouvement à la surface d'une sphère blanche translucide. (1) Proxima Centauri - extrait du magnifique catalogue de l'exposition « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age » - source https://www.moma.org/documents/moma_catalogue_2776_300292931.pdf Elle rencontre lors de cette exposition Leon Harmon. Ce chercheur aux laboratoires Bell travaille avec Ken Knowlton sur de large photomosaïques obtenues par agrégation de motifs graphiques simples. Leon Harmon invite Lillian Schwartz aux Laboratoires Bell. Elle y passera .. 23 ans ! Image : Lillian Schwartz à Bell Labs - http://lillian.com Ken Knowlton (à gauche) et Leon Harmon (à droite) devant leur impression " Studies in Perception I" présentée à l'exposition « The Machine as Seen at the End of the Mechanical Age » en 1968 au musée d’art moderne de New York. Source Image https://www.nytimes.com/2022/06/24/technology/ken-knowlton-dead.html Les laboratoires Bell Lillian Schwartz trouve aux laboratoires Bell un univers riche et créatif avec des chercheurs ouverts, sans préjugés sur le parcours des personnes. Elle y découvre la programmation et l’informatique et collabore avec de nombreux scientifiques dont Ken Knowlton qui développe un nouveau langage de programmation graphique lui permettant de créer des images numériques (2). Pixillation 1969 - 4 mn Ces rencontres donnent un premier film mixant des peintures animées et des motifs générés par ordinateur. Mieux vaut arriver détendu pour la projection où se succèdent des flashes hallucinogènes de motifs colorés ou de tâches peintes en mouvements accompagnés par la musique saccadée de Gerhson Kingley qui complète une véritable expérience sensorielle en tension. « Cette écriture plastique » est « attentive aux réponses physiologiques du spectateur ». La combinaison atypique de talents artistiques et technologiques, l’usage de motifs graphiques plus avancés ainsi que de la couleur illustrent l’avancée des images numériques rendues possibles par l’usage des langages de programmation. Images Pixillation 1969 : https://digitalartarchive.siggraph.org/artwork/lillian-f-schwartz-kenneth-c-knowlton-pixillation/ Voir le film « Pixillation » sur https://vimeo.com/56480534 . Flashing Light 1971 Flashing Light 1971 film co-réalisé avec Ken Knowlton sollicite nos rétines dans le même registre à partir de motifs animés. [FLASHING LIGHTS] Lillian Schwartz, Ken Knowlton - Googolplex (1971) - sur https://www.youtube.com/watch?v=XAlXN-F2vPQ Olympiad 1971 Pour Olympiad, Lillian Swartz et Ken Knowlton ont collaboré à une évolution de Beflix. Le langage Explorer à base de Fortran offre plus de possibilités à l’artiste. L’usage du langue Fortran permet des possibilités de calculs supplémentaires (voir MINI-EXPLOR/ a FORTRAN-coded version of the EXPLOR language for mini (and larger) computers/ ACM SIG.pdf) : Mise en place d’algorithmes, Boucles imbriquées , Tris, Calculs de « Monte Carlo » (hasard), Et la formalisation d’automates d’états finis qui permettent de générer des images à l’aide d’une grammaire. Grace à ces moyens de calcul, Lillian Schwartz assemble et combine ses motifs géométriques concentriques pour représenter un coureur en mouvement. La couleur est rajoutée en post-traitement. Ce film marque un pas supplémentaire dans l’évolutions des images animées par ordinateur après le démarrage des travaux de Knowlton avec de simples affichages de caractères en codes ascii, les motifs concentriques mouvants, l’équipe de Bell Laboratories s’attache maintenant à la représentation graphique du mouvement humain presque un siècle après les travaux de Jules Marey et d'Eadweard Muybridge. Olympiad Lillian Schwartz Image : https://www.artforum.com/picks/lillian-schwartz-63976 Chronophotographie : man-running-plate-62-from-animal-locomotion-1887-Eadweard-muybridge. source https://pixels.com/featured/man-running-plate-62-from-animal-locomotion-1887-eadweard-muybridge.html On ne peut plus malheureusement voir le film sur internet, il faut se contenter d'un extrait sur https://www.youtube.com/watch?v=faqnx54amFE Nous avons une pensée pour Lillian Schwartz qui nous a quittés à l'âge de 97 ans et qui nous lègue des dizaines de courts métrages expérimentaux en 2D et en 3D réalisés pendant une trentaine d'années. Une rétrospective de cette artiste originale qui au tout début des années 70 a fait passer les images par ordinateur en 2D du motif au mouvement et qui a laissé son empreinte dans l'histoire de l'animation par ordinateur serait la bienvenue ! (1)"The machine, as seen at the end of the mechanical age " by K. G. Pontus Hultén . P 204 à consulter sur https://manage.wix.com/dashboard/ca9f97c2-b5c1-4339-933f-7334fd95a95c/blog/ee336294-9a08-4191-93c6-15b450b89dd3/edit?lang=fr (2) 23 Naissance du cinéma Informatique 2e partie : Les années 60 et les pionniers du numérique. https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-2e-partie-les-années-60-et-les-pionniers-du-numérique
- 92 - Fontevraud 2024 : Où la musique rencontre le cinéma.
Catherine Totems, artiste indépendante, enseignante, ancienne responsable du pôle animation de l'Atelier de Sèvres et "passionnante passionnée" des arts et du cinéma d'animation en plein échanges complices avec Pierre-Emmanuel Lyet aux 13e rencontres de Fontevraud « Les Chemins de la Création » - Photo Clément Martin La 13ème édition des Rencontres de Fontevraud s'est déroulée les vendredi 18 et samedi 19 octobre 2024 . Com me chaque année ces rencontres permettent de découvrir des auteurs dans le processus de création d'un film d'animation. Parmi ces présentations toutes aussi captivantes qu'instructives, on est toujours enthousiasmés par quelques rencontres remarquables et singulières. Cette année Gamca vous invite à découvrir ou redécouvrir un réalisateur qui construit la rencontre de la musique avec le Cinéma d'animation et qui n'a pas fini de nous réjouir ! Pierre-Emmanuel Lyet Illustrateur, réalisateur, directeur artistique, enseignant, on peut inscrire Pierre-Emmanuel Lyet dans la lignée de ces illustrateurs polymorphes qui ont touchés avec bonheur au cinéma d'animation. En tant qu'illustrateur, excusez du peu, il vient de réaliser la couverture du prestigieux New Yorker, le 30 septembre dernier ! Couverture du New Yorker de Pierre Lyet Source Image : https://www.newyorker.com/culture/cover-story/cover-story-2024-09-30 Mais ce n'est pas de l'illustrateur ni même du réalisateur prolixe de documentaires et autres films de commande (1) qui méritent le détour dont il sera question mais du réalisateur de films où "la musique rencontre le cinéma" dans des jeux formels qui caressent ces plaisirs aussi intenses qu'avouables que peut nous offrir le cinéma d'animation. Et voici pourquoi ! Parade - Pierre Emmanuel Lyet - 8'06"- 2009 Réalisateur : Pierre-Emmanuel Lyet Scenario : Pierre-Emmanuel Lyet avec l'aide de Joris Clerté Animation : Pierre-Emmanuel Lyet & Jean-Yves Castillon Conformation & étalonnage : Stéphane Jarreau Musique originale : Mathieu Balanant Studio son : Tabaskko Montage son : Pierre-Emmanuel Lyet & Bruno Guéraçague Mixage musique : Christophe Grémiot Mixage film : Bruno Guéraçague Dialogues et musique : Tantely Zafimehy Production musique : Jean-François Coen Voix : Sharon Mann & Henry Samuel Suivi de projet - ensad : Georges Sifianos & Serge Verny Productrice - doncvoilà : Virginie Giachino Assistante de production : Chloé Machenaud Stagiaire de production : Cindy Marie Parade - Pierre Emmanuel Lyet - Source Image https://graphism.fr/court-mtrage-parade-entre-formes-couleurs/ Pierre-Emmanuel Lyet est diplômé de l'école supérieure des Arts décoratifs de Paris et il s'est distingué comme un créateur original et prometteur dès son film de fin d'étude en 2009. Son film jongle graphiquement entre abstractions et figurations colorées dans des jeux formels. Sur fond noir des motifs géométriques colorés et des yeux sont en mouvement au grès des sons et de la musique. Les mouvements de ces motifs réagissent de manière synchrone à la musique. Source image copie (partielle) d'écran de "Parade". Sans fond noir ou partiellement masqué dans un jeu de formes, un aréopage d'animaux voir de monuments (2) apparaissent avant de retourner dans l'abstraction ou le jeu pur de l'image et du son s'exprime. Source Image : Parade Capture d’écran à 4' 18'' Si l'auteur nous a fait part de l'influence de Norman McLaren et notamment du "Merle" (McLaren 1958 ONF Canada), en voyant ses films on pense souvent à McLaren tant ce jeu figures et musiques est omniprésent dans son œuvre. Le Merle - Norman McLaren - Office National du Fim - Canada 1958 Source image https://transmettrelecinema.com/film/jeux-dimages/le-merle/ On peut voir le merle sur https://www.youtube.com/watch?v=aos6gIHN3h4 Dès son film de fin d'étude Pierre-Emmanuel Lyet a construit celui-ci en fonction d'un projet musical. La musique originale a été composée par Mathieu Balanant dans le cadre du cours de musique à l’image dirigé par Marie-Jeanne Serero au conservatoire national supérieur de paris. On notera également le petit clin d'œil au classique du cinéma avec un dialogue de "Autant en emporte le vent" (1939). :-) On peut voir le film sur https://vimeo.com/95099469 Pierre et le loup - Gordon, Pierre-Emmanuel Lyet et Corentin Leconte -30' - 2013 Illustration : Pierre-Emmanuel Lyet Animateurs : Jean-Yves Castillon, Emmanuel Linderer et Christophe Nardi Animation et effets visuels : Doncvoilà productions Supervision des effets spéciaux : Stéphane Jarreau Musique originale : Sergueï Prokokiev Interprétation : Orchestre National de France, Direction d'orchestre : Daniele Gatti Voix : François Morel Production : Camera Lucida productions et Radio France avec la participation de France Télévisions Avec Pierre et Loup, Pierre-Emmanuel Lyet s'est attaqué avec deux autres réalisateurs au célèbre conte pour enfant de Serge Prokofieff composé en 1936 en combinant cette fois-ci prise de vue réelle et animation. Il est vrai que ce conte musical pour enfant est propice à l'animation; Walt Disney ne s'y était pas trompé dès 1946. Pierre et le loup Walt Disney 1946 - Source image https://disney-planet.fr/pierre-et-le-loup/ Au travers de l'histoire d'un jeune garçon, Pierre, et des autres personnages, l'oiseau, le canard, le chat, le loup, le grand-père et les chasseurs, cette version du conte permet aux enfants de se familiariser avec l'orchestre symphonique et sa musique. Le film présente l'orchestre et les instruments en les associant à des personnages : Pierre : le quatuor à cordes ; l'oiseau : la flûte traversière ; le canard : le hautbois ; le chat : la clarinette ; le loup : les cors ; le grand-père : le basson ; les chasseurs : bois et cuivres Les personnages sont stylisés et représentés par un assemblage de signes et symboles typographiques. Il reprend ainsi sa démarche que l'on trouve par exemple un an plus tôt dans "les droits collectifs" -2012. (1) Les personnages : le chasseur, le chat, le grand-père, l'oiseau, Pierre, le loup, un chasseur. Image https://garance-illustration.com/pierre-emmanuel-lyet/ Pierre est un personnage vivant filmé, il accompagne l'orchestre en jouant du violon. Pierre intégré dans les décors de Pierre-Emmanuel Lyet- copie d'écran à 16" de https://vimeo.com/94642585 L'orchestre et le chef sont aussi présentés au jeune public au sein du conte pour les sensibiliser à la musique symphonique. Ils interagissent également avec les personnages animés. L'orchestre - source image https://www.reforme.net/culture/programmes-tv/jeunesse-pierre-et-le-loup-conte-musical/ Le maestro Daniele Gatti et l'oiseau - Copie d'écran 1'17"" de https://vimeo.com/94642585 Un travail sur les images filmées permet d'intégrer Pierre et les musiciens en mouvement dans le décor les mêlant ainsi également au récit. On y retrouve les jeux graphiques de couleurs et silhouettes noirs qui se découpent sur le fond. Pierre et les musiciens défilent avec le loup capturé en se mêlant au décors en noir. Image https://gordon.black/pierre-le-loup-2 On peut voir un extrait sur vimeo https://vimeo.com/94642585 Luz & les Solidos - série en animation et prises de vues réelles de 9 épisodes - 6 X 9' - 2023 Écriture et réalisation : Gordon, Corentin Leconte, Pierre-Emmanuel Lyet Création graphique : Pierre-Emmanuel Lyet Studio d’animation : Miyu Interprétation : Orchestre de Paris dirigé par Ariane Matiakh Musique : Ludwig van Beethoven Production : Camera Lucida et Philharmonie de Paris Avec la participation de France Télévisions Après " Pierre et le Loup" , la même équipe a poursuivi sa collaboration pour les programme jeunesse de France TV avec la réalisation d'une série hybride qui mélange à son tour animation et prises de vues réelles, " Luz et les Sonidos" . Cette série de neuf épisodes propose des mouvements de neuf symphonies de Ludwig van Beethoven. Luz est une petite fille de huit ans qui découvre les symphonies de Beethoven et l'orchestre symphonique accompagnée par les Sonidos, de petits êtres lumineux qui vivent dans les instruments de musique. Luz visite l'orchestre accompagnée par les solidos. Image https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/63095140 Les Sonidos interprètent visuellement l'œuvre et projette en association avec la musique un visuel lumineux et féérique qui enchante les aventures de Luz. Ici les Sonidos recrée un Volcan au milieu de l'orchestre symphonique de Paris qui émerveille Luz. Image https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/63095140 Luz vit à chaque épisode une aventure différente et visite les instruments de l'orchestre symphonique avec de plus en plus de complicité des musiciens et de la cheffe d'orchestre. Luz visite l'intérieur d'un violon - Image https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/63095140 Les réalisateurs réalisent ici une prouesse réussie avec son lot d'interactions entre les images en prises de vue réelle et les personnage animé qui permet de créer une connivence heureuse entre les musiciens, la cheffe d'orchestre, Luz et les Sonidos. Cette association permet au spectateur de suivre les aventures de Luz en étant entièrement immergé dans le monde de l'orchestre symphonique. La connivence entre Luz et la cheffe d'orchestre Araine Matiakh. Image https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/63095140 Cet exercice oblige à gérer une chronologie précise à chaque étape de conception et de réalisation. Le tournage en prise de vue réelle est effectué selon un plan précis qui devra s'intégrer avec l'animation à une image prêt. Dès les travaux préparatoires, le projet se construit avec des analyses en relation étroite avec la musique. Pierre-Emmanuel Lyet nous a expliqué à Fontevraud les analyses schématiques effectuées sur la musique pour préciser un premier projet. Photo Clément Martin Ce travail aboutit à un schéma chronologique précis qui place à la seconde prêt les instruments, les plans filmés et les plans animés ! Si vous ajoutez qu'il a fallu cinq jours de tournage avec un orchestre dont l'agenda est plein 2 ans à l'avance, vous imaginez l'accumulation des contraintes qu'il a fallu affronter pour réussir l'exercice. Ne manquez pas de voir la série avec vos enfants sur la plateforme France TV sur : https://www.france.tv/france-4/luz-et-les-sonidos/ La musique rencontre le cinéma En Mai 1953, Le premier article signé seul par André Martin dans les Cahiers du Cinéma était consacré à ... Prokofieff ! Il s'intitulait "La musique rencontre le cinéma". Il y évoquait les rapports formels entre la musique et le cinéma soulignant ainsi un intérêt soutenu sur les rapports de l'image et du son. Sans risque de faire parler un homme disparu dont Gamca célèbre actuellement les 30 ans de son décès dans une série d'articles, nul doute qu'il aurait adoubé "l'illustrateur" (3) Pierre-Emmanuel Lyet qui porte haut et fort un cinéma d'animation originale dans la lignée de ses Maîtres. Pierre-Emmanuel Lyet - Image https://villa-albertine.org/va/fr/residents/pierre-emmanuel-lyet/ (1) Vous pouvez voir un exemple de film de commande avec "les droits collectifs" (2012) sur https://www.pierre-emmanuel-lyet.fr/filter/animation/Les-droits-collectifs dont les décors et les figures sont construites avec des symboles typographiques. (2)Un dinosaure "casimiresque" et un pont de brooklin en silhouette, serait-ce un clin d'œil discret à Godzilla? (3) André Martin, "La revanche des illustrateurs" dans le bulletin de l’ACA no 4 Janvier 1959. #pierreemmanuellyet #luzetlessonidos #Francetv #okoo #rencontresdefontevraud #gamcaanimation
- 93 - COP 29 - Ma mère : Gaïa notre déesse !
Ma mère de Chaïtane Conversat - Musique Célestin Image : https://www.folimage.fr/fr/films/celestin-ma-mere-246.htm La COP 29 se réunit pour tenter de définir de nouvelles actions, et les finances associées, pour réduire l'impact de l'activité humaine sur le climat. Alors que les difficultés économiques s'amoncèlent, que les effets du réchauffement globale de la planète semblent générer ses effets néfastes et terribles pour l'humanité encore plus vite que prévu, on peut être tenté de faire l'autruche devant cet avenir sombre. Cette attitude ne favorise pas l'action volontariste pour agir. A défaut d'agresser notre patrimoine avec des soupières aux contenus colorés afin d'attirer l'attention, l'acte de création et l' œuvre qui en découle peut mobiliser les consciences et influer sur les comportements pour augmenter les actions qu'elles soient locales ou globales. Source image : https://www.climate-chance.org/agenda/cop29-baku/ Le cinéma d'animation a son rôle à jouer dans ses créations militantes. Pour illustrer ce propos, Gamca vous propose de revenir sur un clip musical produit en 2022, "Ma mère" de la réalisatrice Chaïtane Conversat interprété par Célestin. Ce clip a fait avec succès la tournée des festivals en 2024, notamment au PIAFF en Janvier, au Festival National de Rennes en avril ou encore en juin à Annecy dans la séance films de commandes. Ce clip est remarquable et voici pourquoi ! Ma mère - Réalisation Chaïtane Conversat - Musique Célestin - France Réalisation : Chaïtane Conversat Scénario : Célestin, Chaïtane Conversat Animation : Chaïtane Conversat Décors : Chaïtane Conversat Photographie : Sara Sponga Compositing : Christophe Gautry Musique : Célestin Producteurs : Célestin, Agitato, Folimage. Techniques : papier découpé, pixilation Le film nous alerte sur l'urgence de se mobiliser pour lutter contre le changement climatique qui provoque d'ors et déjà i ncendies, tempêtes, inondations de plus en plus dévastatrices et de plus en plus fréquentes. Cette chanson est un cri d'alarme qui a ceci de particulier qu'il est rythmé, joyeux et plein de fraîcheur à défaut de sombrer dans les inévitables angoisses apocalyptiques. La musique et le texte chanté de Célestin, alias Sébastien Rambaud, nous entraîne dans une danse à la chorégraphie rythmée, une danse des espèces qui subissent qui illustre notre absence de conscience face au défi déjà présent et qui s'amplifie. Une danse pour invoquer notre action : source image http://clipdujour.unblog.fr/2023/09/08/clip-du-jour-celestin-au-bord-du-reve-avec-ma-mere/ Le graphisme et l'animation : en pixilation, technique d'animation image par image à partir de photographies, et en papiers découpés, permet de créer un univers métaphorique où des personnages mi-humains mi-singes, nous représentent en consommateurs avides d'artefacts. En clients avides, nous continuons à provoquer le changement climatique par notre consommation effrénée d'artefacts et d'énergie carbonée. La réalisatrice Chaïtane Conversat et Célestin nous expliquent comment le film a été construit. On voit avec intérêt les "alphabets graphiques" qui sont ensuite composés et animés pour construire le clip. On peut voir ce "Making-off" sur https://www.youtube.com/watch?v=W8OqE9oFfUY Techniques de l'animation pour créer des univers singuliers Les techniques de pixilation et papiers découpés nous amène cette fraîcheur qui soutient le message avec force. Ces techniques s'inscrivent dans une tradition de l'animation. On peut citer les polonais Jan Lenica et Walerian Borwczyk dans les années 50-60, ou encore Norman McLaren avec son chef d'œuvre de "les Voisins" 1953 pour la pixilation. Une photographie peinte à l'encre du film les Astronautes de Walerian Borwczyk 1959 avec ici Michel Boschet en acteur. Photographie peinte - Collection Geneviève et André Martin des Communications animées. Avec "Les astronautes" Borowczyk, en collaboration avec Chris Marker, nous embarque dans un voyage surréaliste en pleine guerre froide et compétition spatiale, deux ans après le lancement de Spoutnik. On peut voir le film sur https://www.dailymotion.com/video/x9hyio Norman Mclaren "les Voisins" 1953 - source image http://oddballfilms.blogspot.com/2016/07/humanimation-stop-motion-pixilation.html Avec les voisins Norman McLaren nous a proposé une métaphore des tensions et de la violence humaine autour des territoires toujours aussi actuelle. On peut voir le film sur https://www.dailymotion.com/video/xbj9hr Plus récemment sur la technique en papiers découpés on peut citer "Once more feeling de Palawi Agarwala" Inde, GB - 2021 qui "célèbre" les victoires coloniales de la Grande-Bretagne où là encore le cinéma d'animation permet d'aborder un sujet grave avec humour et décalage (1). On peut voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=NRnx8vOc9MU "Ma mère" est un clip remarquable par la force de son message qui nous parvient avec la puissance du cinéma d'animation en s'éloignant de trop nombreux précédents qui se limitent à l'anxiété, au cauchemar subis et coupables. Ce film est un hommage à Gaïa la déesse grecque de la Terre, notre mère. Le message y est reçu haut et fort ! André Martin aurait adoubé ce clip comme en témoigne son voeu à la veille du premier festival d'animation international d'Ottawa en 1976 dont il présida le jury pour en annoncer le palmarès : "Je terminerai sur un vœu : que la roue de l'inspiration tourne en 1976 et que disparaissent l'avant-garde ronchonne, le cauchemar concentrationnaire, le dadaisme triste, les apocalypses résignées, et que l'art des images animées devenu réellement tragique et désopilant, se spécialise dans toutes les formes de triomphes psychologiques : indicible joie de vivre ou forte envie de rire." André Martin Brochure Festival Ottawa 76 Couverture illustrée par Norman McLaren de la brochure de renseignement sur le festival d'où est tirée la citation. Collection Geneviève et André Martin Alors montez le son ! On peut voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=q8PCVLsiYsA . (1) A lire dans 35 Festival d'Annecy 2022 : Trop long ou trop court ? 4e partie https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/festival-d-annecy-2022-trop-long-ou-trop-court-4e-partie #cop29 #mamere # chaitaneconversat #c elestin #folimage #piaff #festivalnationaldufilmdanimation #annecyfestival #gamca
- 94 - Le Carrefour du Cinéma d'Animation 2024 a du piquant !
L'épinette, écran d'épingles conçu par Alexandre Alexeieff et Claire Parker était exposé dans la salle 300 du forum des images. Pierre-Luc Granjon, Justine Vuylsteker, ont préparé une image pour l'occasion. On peut voir également les outils qui servent à imprimer des motifs sur l'écran. Photo Clément Martin Le Carrefour du Cinéma d'Animation 2024 a lieu depuis le 22 novembre pendant 8 jours au Forum des Images à Paris avec une magnifique programmation de courts-métrages, de films en avant-première, de conférences, de longs-métrages du monde entier et d'une quasi complète rétrospective des films d'Animation de Jean-François Laguionie. La journée de samedi ne manquait pas de piquant avec la rencontre "L'écran d'épingles se dévoile". Les réalisateurs Pierre-Luc Granjon, Justine Vuylsteker, les intervenants du CNC Sophie le Tétour et Jean-Baptiste Garnero et Isabelle Vanini, délégué générale de l'AFCA nous ont entretenu de l'écran d'épingles. Photo Clément Martin D'Alexeieff à Michèle Lemieux Les participants nous ont d'abord présentés l'histoire de cet instrument si particulier et de sa transmission aux générations suivantes. L'écran d'épingles est un instrument singulier qui a été inventé dans les années 30 par le graveur Alexandre Alexeieff et l'ingénieure Claire Parker. L'épinette présentée ici est un des 7 écrans qu'ils ont construits. Alexeieff et Parker ne souhaitaient pas partager leur invention et être les seuls à réaliser des films sur l’écran d’épingles. Le cinéaste d'animation Norman McLaren qui avait fait la connaissance du couple à l'Office National du Film dans les années 40 craignait que ce savoir-faire disparaisse et insistait pour que l'ONF en acquiert un exemplaire. Alexeieff-Parker construiront à la fin des années 60 un mini écran d'épingles (10 000 épingles) pour l'ONF le "baby screen". Images entre 65 et 67 sur le tournage de "La télévision est là" film d'André Martin ONF 1967. Photo Collection Geneviève et André Martin. Puis l'ONF fait l'acquisition du NEC (240 000) épingles en 1972. C'est grâce à cet écran NEC qu'un jeune réalisateur, Jacques Drouin en apprivoisera la technique et les contraintes sur lequel il réalisera plusieurs films. L'article "Jacques Drouin, l'apporteur d'épingles (1943-2021) : passion et transmission." consultable sur https://www.gamca.info/post/jacques-drouin-l-apporteur-d-épingles-1943-2021-passion-et-transmission revient sur le parcours de Jacques Drouin comme réalisateur et passeur généreux et passionné de savoir-faire et de techniques. Jacques Drouin avec Alexandre Alexeïeff au festival d'Ottawa en 1976 Collection CNC, fonds Alexeïeff / Parker, donation Alexeïeff-Rockwell. Jacques Drouin s'est impliqué dans la transmission des techniques de l'instrument pour en assurer la pérennité. C'est Michèle Lemieux illustratrice et réalisatrice québécoise qui a pris le relais à Montréal accompagnée par Jacques Drouin et qui réalisera son premier film sur l'écran d'épingles. Elle nous a offert cette année le somptueux "Le Tableau". Ce filme traite de la rencontre de Michel Lemieux avec la reine Marie-Anne d'Autriche au travers d'un portrait peint en 1652 par Vélasquez. Michèle Lemieux et Jean-Baptiste Garnero aux rencontres de Fontevraud le 19 octobre dernier. Michèle Lemieux est revenu sur son parcours et sur le processus de réalisation du tableau. Photo Clément Martin Image de "Le tableau" Michèle Lemieux 2024 11' - Image https://www.onf.ca/film/le-tableau/ Attention une transmission peut en cacher une autre Jacques Drouin ne s'est pas arrêté là pour assurer la pérennité de la création sur cet instrument. Il est à l'origine d'un long chemin qui nous a mené à la présentation d'aujourd'hui. Dès 2007 Jacques Drouin a effectué un premier "sauvetage" de l'épinette (270 000 épingles) qui était entreposé en France sans maintenance avec le support du CNC. En avril 2010 Jacques Drouin a effectué un mémorable atelier au forum des images pour promouvoir l'usage de l'épinette qui n'avait plus servi depuis presque 40 ans . En 2012, le CNC fait l'acquisition de l'épinette auprès de la fille d'Alexandre Alexeieff, Svetlana Alexeieff. C'est ensuite Michèle Lemieux qui a accompagné le CNC en 2013 et 2014 dans la restauration de l'instrument et qui a formé Sophie le Tétour et Jean-Baptiste Garnero à la manipulation, l'entretien et la conservation de l'écran. L'épinette était prête pour reprendre du service et c'est en juin 2015 à Annecy, que Michèle Lemieux a animé un stage de formation à l'épinette auquel ont participé : Florence Miailhe, Pierre-Luc Granjon, Justine Vuylsteker, Clémence Bouchereau, Florentine Grelier, Céline Devaux, Nicolas Liguori, Cerise Lopez. Jacques Drouin avait tenu à échanger avec les stagiaires par internet. Nous avons pu voir un petit extrait filmé à cette occasion et qu'on peut retrouver dans "Pourquoi l'écran d'épingles" de Brice Vincent qui sera projeté le mardi 26 novembre à 20 h 30 en présence du réalisateur au forum des images. Toutes les personnes de cette présentation étaient présentes pour ce stage et on a pu sentir l'émotion et l'excitation d'avoir participé à ce lancement de la transmission de l'Art de jouer de l'instrument écran d'épingles, ce stage où Michel Lemieux insistait plus sur ce qu'il ne faut pas faire laissant libre court à l'approche créative de chaque artiste. Pierre-Luc Granjon, Justine Vuylsteker et Florentine Grelier ont présenté les tests qu'ils avaient réalisés lors de ce stage. On a pu voir également le magnifique 25, passage des oiseaux de florence Miailhe qu'elle a réalisé lors d'une résidence de 1 mois.On y retrouve avec bonheur son univers de beautés et de menaces mais cette fois-ci sans couleur. Le Maître de la peinture animée a su dompter l'écran d'épingles avec une rapidité surprenante. 25, Passage des oiseaux de FlorenceMiailhe. Copie d'écran réalisée sur https://www.cnc.fr/cinema/actualites/lecran-depingles-alexeieff--parker_1219853 On peut voir (absolument) ce film rare su r https://www.cnc.fr/cinema/actualites/lecran-depingles-alexeieff--parker_1219853 . La réalisatrice et enseignante sur le cinéma d'animation, Florentine Grelier nous a parlé de son test et de son projet de film sur d'écran d'épingles sur une approche ondulatoire de l'eau et des vagues avant la projection de son test. Florentine Grelier durant la présentation - Photo Clément Martin Le premier film Même si "le test" de Florence Miailhe est un court-métrage achevé et remarquable, il reste un test ce qui en limite malheureusement la diffusion. L'accès à l'épinette est un long périple où l'on peut attendre plus de dix ans ... quand on a de la chance, pour disposer de l'instrument pour un long chemin solitaire ! C'est Justine Vuylsteker qui a eu le privilège de réaliser le premier film officiel réalisé sur l'écran d'épingles en France depuis 40 ans avec "Etreintes". Justine nous a confié avec un trait d'humour doublé de modestie non dénuée de fierté, qu'elle a été la première car elle n'avait pas de projet particulier dans sa vie à ce moment-là. Elle était donc disponible pour cette aventure solitaire que constitue la création des images d'un film sur l'écran d'épingles. Les deux réalisateurs nous ont exprimé ce rapport intime à l'instrument dans une salle presque qu'obscure avec une proximité physique obligatoire tant celui-ci exige de précises contorsions. Ce rapport mi-lutte, mi-complice, donne une telle force au résultat qu'on se laisse emporter dans une intrigue dont les péripéties sont autant d'accidents, d'opportunités de création qui vous marque à jamais. Justine Vuylsteker nous confiait qu'elle a fait "une dépression post-écran d'épingles" tant les autres techniques lui paraissaient fades après ce film . Justine Vuylsteker nous parle de son expérience sur l'écran d'épingles. Photo Clément Martin Justine Vuylsteker nous a amené son seul élément préparatoire au film constitué d'une succession de plan que l'on retrouve dans le film. Il ne faut pas être moins de trois pour déplier cette bande graphique. Photo Clément Martin Bande graphique de Justine Vuylsteker détail - Photo Clément Martin On a pu voir le film sur le bel écran de la salle 300 du forum des images pour y trouver un film d'une sensualité aussi fine qu'absolue. Justine Vuylsteker nous a parlé de la surprise qu'elle a eu avec l'instrument sur les surfaces presque blanches et les jeux abstraits qu'elle a pu mettre en place entre nuages et corps. Etreintes - images http://espacemedia.onf.ca/epk/etreintes/ On peut voir une bande annonce du film sur https://www.youtube.com/watch?v=SInt4pIzN7E Le dernier film Le court-métrage "Les bottes de la nuit" de Pierre-Luc Granjon va sortir en février 2025. On découvre la magie de multiplier les créateurs sur cet instrument. Pierre-Luc Granjon nous offre ici le premier film pour enfants sur écran d'épingles. Le réalisateur qui est connu pour ces films d'animation en volume, "stop motion" pour les anglophiles :-), nous montre ici la petite escapade d'un enfant le soir dans la forêt et sa rencontre avec un drôle d'animal qui lui montre les secrets de la forêt avec ses monstres réels ou non. Pierre-Luc Granjon nous a montré des dessins préparatoires. Il avait pris soin lors de présentations de son dossier pour obtenir les budgets de réalisation de préciser que "les dessins étaient beaucoup moins beaux que le futur rendu sur l'écran d'épingles". Pierre-Luc Granjon nous présente le processus de conception de son film - Photo Clément Martin Dessin préparatoire - image https://animation.ciclic.fr/actualites/cloture-de-saison-rendez-vous-avec-pierre-luc-grajon-pc Le résultat sur l'écran d'épingles avec plus de douceurs et de nuances. Image https://antoinerodet.com/25-2/les-bottes-de-la-nuit/ Le petit garçon et le drôle d'animal tout content de trouver un compagnon qui lui fait découvrir la forêt. Image https://cafedesimages.fr/films/les-bottes-de-la-nuit-8/ La complicité qui se crée entre le petit animal et le petit garçon. Image https://www.fif-85.com/film/tous-a-leau/ Grâce à Pierre-Luc Granjon l'écran d'épingles va à la rencontre d'un nouveau public, 92 ans après la naissance de cette invention ! Les créateurs à l'œuvre Cette présentation si dense, avec de nombreux extraits et témoignages, nous a aussi offert le privilège de voir les créateurs à l'œuvre, de les voir "jouer" de l'instrument pour la construction "d'une" image. Pierre-Luc Granjon et Justine Vuylsteker en plein exercice. Photo Clément Martin L'image finalisée par nos deux artistes, vous reconnaitrez leur style ! - Photo Pierre-Luc Granjon. Et ce n'est pas fini ! Nous avons pu voir le film de Pierre-Luc Granjon hier à la séance de 17 h30. Alexandre Noyer a fait son atelier écran d'épingles hier également avec tellement de demandes qu'il y aura un nouvel atelier à planifier. Alexandre Noyer a su construire de nouveaux écrans différents mais plus modernes et les vocations pour cette technique naissent dans le monde entier. Les Stradivarius Alexeieff -Parker sont entre de bonnes mains ... les violons aussi ! :-) Atelier écran d'épingles animé par Alexandre Noyer, le 24 novembre au Forum des images. Photo Clément Martin Le carrefour du cinéma d'animation a du piquant et il reste deux séances à ne pas manquer : Mardi 26 novembre à 18 h 00 au forum des images "Voyage dans les courts-métrages de Michèle Lemieux et Jean-François Laguionie. Mardi 26 novembre à 2àh30 au forum des images, le très beau Pourquoi l'écran d'épingles en présence du réalisateur Brise Vincent pour tout savoir, ou presque, sur l'écran d'épingles. Remerciements Merci au CNC, au forum des images et à tous les participants pour cette magnifique séance pleine de découvertes et d'émotions. Au CNC, la gestion du patrimoine n'est pas un vain mot et c'est grâce la passion de ses acteurs qu'aujourd'hui, on sent un puissant mouvement de réalisations, de styles différents en marche ! Bravo ! Jean-Batiste Garnero et Sophie le Tétour du CNC - Photo Pierre-Luc Granjon Oui la gestion du patrimoine n'est pas un vain mot au CNC, on va jusqu'à assurer le transport de trésors ! Le CNC assure le transport sécurisé du trésor ! - Photo Clément Martin A lire : ( 1) le superbe article sur l'écran d'épingles du CNC : https://www.cnc.fr/cinema/actualites/lecran-depingles-alexeieff--parker_1219853 L'article sur jacques Drouin de Gamca Animation : https://www.gamca.info/post/jacques-drouin-l-apporteur-d-épingles-1943-2021-passion-et-transmission #carrefourducinemadanimation #forumdesimages #CNC #ecrandepingles #parkeralexeieff #justinevuylsteker #pierrelucgranjon #gamca
- 95 - Planètes : la composition des réels
Le projet de film "Planètes" a obtenu le prix spécial de la fondation GAN en 2022. La Fondation GAN aide à la création cinématographique depuis plus de 35 ans. Image : https://www.fondation-gan.com/laureats-et-films/gan-laureats/planetes/ Le Carrefour de l'Animation 2024 s'est achevé vendredi 29 novembre. Quel sentiment d'abandon ne ressentons pas tant ce festival nous a offert des découvertes et des émotions uniques. Heureusement il est possible de revenir sur les évènements exceptionnels de ce festival pour en prolonger le plaisir. Parmi ceux-ci Gamca souhaite vous entretenir de la présentation de Momoko Seto du mercredi 27 novembre sur ses précédents courts-métrages et son long-métrage en cours de réalisation : "Planètes". Lucine Bourliaud l'animatrice, Momoko Seto et Tanguy Olivier le producteur de chez Miyu. Photo Clément Martin Momoko Seto est une artiste japonaise qui s'est installée en France depuis de nombreuses années. Cette artiste singulière vient du monde des beaux-arts et de l’Art expérimental. Elle s’est distinguée par ses courts-métrages filmés en "time-lapse" où les vedettes sont des cristaux de sel, des moisissures, des champignons ou des plantes qui vivent et se développent sous nos yeux. Cette technique nécessite un appareillage sophistiqué qui permet de filmer des images à intervalles réguliers pendant des semaines afin de nous montrer ensuite en continu un monde qu’on ne voit pas avec notre perception du temps. Momoko Seto pendant le tournage de planète à la station biologique de Roscoff : Recréation minutieuse d'un univers marin, Bras de robot et caméra périscope, programme informatique de pilotage de la prise de vue, autant de prouesses techniques pour traduire un réel. Image : https://www.ouest-france.fr/culture/reportage-et-action-un-film-d-animation-en-tournage-a-la-station-biologique-de-roscoff-13563f7e-b2c8-11ed-9e9f-ef149c4faf4a Cette fois-ci Momoko Soto s’attaque à son premier long-métrage avec "Planètes". Seulement voilà pour financer un long-métrage, il faut une histoire, il faut des personnages ! Pas facile avec des techniques qui tiennent plus du cinéma expérimental que du cinéma grand public ...Qu’à cela ne tienne ! Le film a quatre personnages … des "akènes" en d’autres termes des graines de pissenlits ! Momoko Seto nous présente les vedettes du film : Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa, quatre akènes de pissenlit - Photo Clément Martin Et pour raconter une histoire sans paroles sur des graines pissenlits, rien de tel qu’un scénariste, Alain Layrac, spécialiste des dialogues et de la psychologie féminine ! :-) La réalisatrice nous propose un film d'aventure où nos quatre héros, des migrants écologiques, quittent un monde hostile à la recherche d'une terre d'accueil quelque part dans l'univers. Pour tourner cette aventure dont on attend les rebondissements, Momoko Seto utilise toute les panoplies du réel. Le réel miniature Le premier des réels est bien sûr celui du monde miniature. Momoko Seto prélève de ce monde autant d'animaux, de paysages, de décors, de végétaux fantastiques qui viennent peupler notre épopée de science-fiction. Momoko Seto en tournage avec des têtards. - Source photo Momoko Seto Nous découvrons avec cette technique aussi bien une limace, qu'un oursin, des têtards (agrandis 36 fois), des insectes majestueux ou des amphibiens. Des végétaux extraordinaires sculptent les paysages de ce monde. Nous pouvons observer dans les photographies l'appareillage complexe des installations nécessaires aux prises de vues qui deviennent autant d'inspirations pour peupler un univers fantastique et surréaliste. Un oursin aux couleurs étonnantes. - Source photo Momoko Seto Le réel au temps accéléré Les images filmées en "time-lapse" nous révèlent des mouvements poétiques imperceptibles dans la réalité. Développements de végétaux, déplacements accélérés de mollusques sont filmés en image par image à l'aide d'un impressionnant appareillage tant les positionnements de la caméra entre deux photographies doivent être d'une précision absolue. L'impressionnant bras de robot nécessaire pour filmer image par image un pissenlit ! - Source Image Momoko Seto Cette image montre les positionnements des points de prises de vues prévus dans le temps. - Source image Momoko Seto Le réel géographique Cette composition pour créer ce réel fantasmagorique extra planétaire a nécessité également plusieurs lieux de tournage : L'Islande avec un pilote de drones pour filmer en temps réel ses grottes et ses landes apparemment hostiles; Le Japon pour filmer un curieux végétal qui a longtemps appartenu à la famille deschampignons avant d'être réintégrer dans les végétaux; Roscoff pour filmer des environnements marins en laboratoire; Ou encore un château en Bourgogne pour filmer en studio avec ... 17 appareils photo et 3 caméras de prise de vue réelle ! Image désertique où sont intégrés limaces et nos héros sur le dos des limaces. - Source image Momoko Seto Le réel de synthèse L'image des synthèse 3D n'est pas en reste. Outre la création de personnages en 3D, l'image 3 D et la photogrammétrie permettent de préparer les mouvements de caméra et l'assemblage des images issues des différentes prises de vue. Exemple d'essai de "collage" de petits légumes et d'éléments de paysage. - Source photo Momoko Seto Des photographies sont également utilisées pour créer des décors dans des collages polytechniques. Le réel sonore Dans un film sans parole, le rôle du son et de la musique est prédominant pour nous communiquer des émotions associées aux images et aux mouvements. Là encore le film fait appel à une compétence rare : Nicolas Becker. C'est à ce compositeur, spécialiste de la conception des sons, multi récompensé avec notamment un oscar du meilleur son pour le film Sound of Metal en avril 2021, qu'a été confié les sons et la musique qui accompagnent l'épopée de nos 4 personnages. Nous avons pu voir un extrait filmé en studio où l'équipe manie aussi bien des instruments électroniques sophistiqués que des objets ou des instruments aux sons originaux. On y sent une impression de recherche, de liberté et une énergie qui nous rappelle les meilleurs moments des artistes pop des années 70. Quel défi de développer un univers sonore à la fois archaïque et futuriste. I maginez le travail créer le son juste associé à des œufs de têtards ! On imagine les recherches musicales qui y seront associées. On s'attend à un résultat aussi étonnant que spectaculaire qui accompagnera l'épopée de nos personnages. Nicolas Becker et l'équipe de la musique et du son dont Quentin Sirjacq en studio. Source Photo Momoko Seto Composer le réel Si chaque réel est capté par une prouesse technique truffée de trouvailles technologiques à orchestrer par des compétences rares, la composition des éléments est un chef d'œuvre de complexité. Momoko Seto nous expose un élément du plan de découpage de "Planètes" : Le découpage du film se fait suivant un plan précis qui inclut des installations et des compositions d'éléments par incrustation. - Photo Clément Martin Calculs de positions, travaux préparatoires, écrans de contrôles multiples dont pour associer des mouvements à des échelles différentes. Ecrans de pilotage pour créer une scène et en piloter le montage. source Photo Momoko Seto C'est ainsi qu'une petite limace peut devenir un géant qui évolue au cœur de l'action dans un paysage aride. La limace lors du tournage initial. source Photo Momoko Seto La limace incrustée dans le paysage. Source photo Momoko Seto André Martin qui a inlassablement suivi les progrès techniques de l'animation pendant 50 ans, aurait adoubé ce projet de film, tant les techniques utilisées et leurs combinaisons en font un film remarquable d'un point de vue instrumental. Lui qui a dressé en 1964 un arbre des techniques du cinéma d'animation, cet arbre qui aurait pu faire partie du film aux milieux des végétaux étranges qui le peuplent, n'aurait pas manqué de le mettre à jour à l'occasion de ce film(1). 1960 12 Le Cinéma chez soi pratique no 31 Les principes d'un cinéma à 1 image près p 216-217. Arbres des techniques de l'animation. - Image Collection Geneviève et André Martin Malgré une scène annoncée de sexe torride entre deux limaces, le film va très probablement enchanter petits et grands par cette épopée pour la sauvegarde de l'espèce que nos quatre héros vont vivre. Nul doute que ce film marquera l'année 2025 par son originalité et la beauté curieuse de ses images. Nous l'attendons avec impatience en souhaitant qu'il touchera le grand public comme l'avait réussi Jean Painlevé avec son documentaire "Hippocampe" en 1934 et que cette œuvre, de fiction cette fois, rentrera dans l'histoire du cinéma d'animation. Où la composition des images nous offre un clair lune. - Image https://www.miyu.fr/production/planetes/ (1) André Martin a toujours surveillé attentivement les évolutions techniques et technologiques (2) (3) et a réalisé un film entièrement images 3D et sons de synthèse en 1982 (4) (2) 16 naissance-du-cinéma-informatique 1ère-partie : Des pionnières et des pionniers https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-1ère-partie-des-pionnières-et-des-pionniers (3) 23 Naissance du cinéma Informatique 2e partie : Les années 60 et les pionniers du numérique. https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-2e-partie-les-années-60-et-les-pionniers-du-numérique (4) 46 Maison Vole : L'envolée a 40 ans ! https://www.gamca.info/post/maison-vole-l-envolée-a-40-ans #momokoseto #planetes #nicholasbecker #miyuproductions #forumdesimages #fondationgan #gamcaanimation
- 96 - Ito Meikyū - Le fil d'errance : L'œuvre de l'intérieur.
Boris Labbé - extrait d'un dessin tissage courtoisie de l’artiste © Sacrebleu Productions . Entre figuration et caligraphie, l'artiste nous régale de variations de figures. Source image https://www.frenchtouch2.fr/2024/10/exposition-ito-meikyu-fil-derrance.html Boris Labbé fait partie de ces réalisateurs de films d'animation qui sont polymorphes tant leurs créations embrassent les Arts avec gourmandise. Dessins, aquarelles, installations, installations vidéo, scénographie vidéo, réalité virtuelles et autres concerts audiovisuels sont autant de dimensions artistiques et techniques qu'il maîtrise avec bonheur. A près "Rhizome" (2015) et " Orogenesis (2017)", c'est avec "La Chute " (2018) que Boris Labbé est entré dans l'histoire du cinéma d'animation avec un ballet plastique et récursif de formes et de personnages. Ce chef d' œuvre ne sera jamais assez diffusé tant le grand public mérite de connaître cette création fascinante. Extrait de La chute de Boris Labbé sur https://www.youtube.com/watch?v=byfsw8QTgsg Avec l'exposition "Ito Meikyū - Le fil d'errance" qui s'inspire de l’histoire de l’art et de la littérature japonaise, l'artiste et la commissaire de l'exposition Judith Guez pourraient presque être tentés de résumer cette polymorphie gloutonne qui habite notre créateur dans un labyrinthe graphique animé où ils nous invitent à nous égarer. Des aquarelles sur papier blanc où l'on peut deviner les perforations qui permettent de caler une image d'un film d'animation sur un banc-titre. Chaque image est une œuvre minutieuse avec ses personnages, ses signes, ses architectures. Un écran vidéo nous propose des successions d'animations réalisées à partir de ces matériaux. Il faut prendre le temps de regarder ces boucles qui se succèdent, si belles qu'elles mériteraient immédiatement un grand écran de cinéma. Aquarelles de l'exposition - source image https://www.sortiraparis.com/arts-culture/exposition/articles/320005-ito-meikyu-l-exposition-en-realite-virtuelle-de-boris-labbe-au-drawing-lab-a-paris-nos-photos Une image après passage au banc titre - Architectures, figures et un peu d'enfer - Source image https://www.borislabbe.com/ITO-MEIKYU On poursuit avec cette fois-ci une sculpture qui représente un métier à tisser des images, métaphore mécanique du tissage visuel que nous propose l'artiste. Cette photo nous montre la sculpture sous un angle qui propose les motifs que le tissage combine. Photo Clément Martin On pénètre avec précaution dans une salle obscure de projection où l'on devine à tâtons un banc. Une fois bien assis, on contemple une scène en 3D dont on fait lentement le tour enveloppé par une musique aux accents abstraits. Chaque Image si vous l'isolez devient un tableau en 2 dimensions avec des architectures, des végétaux et des formes. Photo Clément Martin Il reste la partie de l'exposition en réalité virtuelle, pour patienter des écrans nous proposent des œuvres numériques ou des signes s'animent. Signes en échos animés. Photo Clément Martin Calligraphies animées - Photo Clément Martin Enfin vous enfilez un casque de réalité virtuelle et vous attaquez le clou de l'exposition. Après avoir vu des formes de créations différentes animées ou fixes mais dont toutes ont pour objet de construire des mouvements, vous commencez à déambuler dans cet espace, en multipliant les points de vue sur les œuvres de Boris Labbé. Vous aurez la joie de voir une des scènes de la première salle de l'exposition en 3D cette fois et en distinguant les plans qui ont construit ces images fascinantes en 2 dimension. Seul et tranquille, vous pouvez vagabonder à l'intérieur des œuvre s de Boris Labbé. En bon voyeur gourmand, vous choisissez vos angles de vue pour mieux voir ces œuvres et leurs sujets de l'intérieur. Dans cet univers, la gravité fait tomber des disques sur une sorte de cage où se trouvent des personnages. Source image https://www.liberation.fr/culture/realite-virtuelle-ito-meikyu-la-fable-des-matieres-de-boris-labbe-20241116_YDDTC65FEBDMFNWEKIQOUD4OXI/ C'est fascinant de comprendre, d'appréhender la cohérence de l' œuvre de l'artiste avec toutes ces techniques aux rendus si différents, du dessin au numérique en s'égarant à l'intérieur. Il ne reste que trois jours pour voir cette exposition remarquable au Drawing Lab, 17 Rue de Richelieu, 75001 Paris jusqu'au 5 janvier . Pour ceux qui ne pourront pas voir l'exposition vous pourrez vous procurer le petit catalogue qui fourmille d'illustrations et d'informations et il restera les œuvre s qu'on pourra revoir ... mais de l'extérieur seulement ! #itomeiku #borislabbé #judithguez #drawinglab # sacrebleuproductions #gamcaanimation
- 97 - Piaff 2025 : Un sérieux prétendant !
Affiche du festival par Antoine Bieber - source https://piaff.net La 17e édition du festival 2025 se rapproche ! Ce festival de courts métrages d'animation se tient au mythique studio des Ursulines du 16 au 19 janvier. L'affiche de cette année est prometteuse car elle évoque avec fluidité le geste, la matière et les couleurs qui permettent de composer une image d'un film d'animation qui en contient 24 ... par secondes ! Une programmation d'exception L'équipe du Piaff nous a préparé une fois de plus un programme aussi varié qu'étonnant de courts métrages d'animation. Alexis Hunot, le directeur artistique du festival, a dû faire des sacrifices pour sélectionner les films des programmes Courts, Etudes, Musique et Horizon tant les films intéressants sont nombreux. Marie-Pauline Mollaret, présidente du Piaff, nous propose de son côté deux séances de films expérimentaux et la compétition jeunesse. Comme d'habitude la programmation vous offrira une étonnante promenade dans le cinéma d'animation avec ces graphismes, ses arts, ses cultures, ces musiques et ces plaisirs avouables que nous offrent ces créations de "synthèse". Extremely Short Koji Yamamura - source image https://piaff.net/event/competition-courts-1/ Le site du festival vous permet de consulter les programmes des 10 séances proposées cette année. A consulter sur https://piaff.net Gamca Animation aura l'occasion de revenir sur les contenus de ces séances. On peut déjà souligner les deux séances expérimentales proposées cette année ! Deux séances expérimentales à ne pas manquer ! Le PIAFF nous avait présenté une programmation exceptionnelle les années précédentes. On attend donc avec impatience les découvertes de cette année. Certains films sont de pures merveilles qu'on ne voit parfois qu'une fois alors qu'ils sont faits pour les amateurs d'Arts et méritent mille fois d'être diffusés plus largement. Une séance sera consacrée à Boris Labbé, en sa présence et celle du compositeur Lucas Fagin , pour la projection de Glass House alors que vient tout juste se terminer la superbe exposition "Ito Meikyū" organisée à partir des œuvres de Boris Labbé. (Voir "96 Ito Meikyū - Le fil d'errance : L' œuvre de l'intérieur" : https://www.gamca.info/post/ito-meikyū-le-fil-d-errance-l-œuvre-de-l-intérieur )) Boris Labbé, artiste polymorphe, nous offre ici un film en écho au spectacle vidéo-sonique et de l'expérience immersive disruptive qu'il a réalisée en collaboration avec Lucas Fagin. Glass house Boris Labbé 2024 - source image https://airport-anifes.jp/en/feature_item/glass_house/ Le PIAFF, un sérieux prétendant Enfin, s'il y a une seule raison de venir au studio des Ursulines du 16 au 19 janvier, c'est bien pour avoir l'occasion de rencontrer et échanger avec les animateurs, graphistes, musiciens, réalisateurs, critiques et autres créateurs à l'occasion d'un festival qui serait un sérieux prétendant à la victoire si le " concours du festival d'animation le plus convivial au monde " existait ! A jeudi ! Fin du Paris International Animation Festival 2024 le 21 janvier 2024 - Merci à Siying Yu Animatrice et illustratrice pour la photo ainsi qu'à l'anonyme auteur de la photo. #piaff2025 #studiodesursulines #borislabbe #gamcaanimation













