125 résultats trouvés avec une recherche vide
- 72 - Piaff J5 : C'est le week-end !
Harvey - Janice Nadeau - Image https://www.unifrance.org/film/55958/harvey C'est le Week-end et le Piaff nous offre 3 séances chaque jour samedi et dimanche au studio des Ursulines avec 3 programmes de compétitions. Samedi 20 janvier 17h Compétition Jeunesse 1 19h Compétition Études 1 21h Compétition Expérimental 2 Dimanche 21 janvier 16h: Compétition Jeunesse 2 17h30: Compétition Etudes 2 19h30: Compétition Musiques Aujourd'hui emmenez vos enfants à la séance de la compétition jeunesse pour leur faire découvrir de magnifiques courts-métrages d'animation qui leur sont destinés. Et demain, comme ils vous demanderont d'y retourner, soyez prévoyant et organisez votre après-midi en conséquence. Ils pourront voir le tendre et touchant "Harvey" de la québécoise Janice Nadeau qui nous offre un regard poétique sur le deuil d'un enfant qui échappe à celui-ci grâce à son imagination. Pour les plus grands, la compétition étude vous permettra de faire connaissance avec ces jeunes talents qui nous impressionnent déjà. Pour les amateurs d'esthétique et de recherche sur l'image et le son, Marie-Pauline Mollaret nous a concocté un magnifique programme de la compétition expérimentale dont la deuxième séance va encore nous offrir de belles surprises qui tutoient l'histoire de l'Art avec bonheur parfois au frontières du cinéma d'animation. La première séance d'hier nous a offert ce spectacle rare que nous offrent artistes plasticiens et chercheurs. Marie-Pauline Mollaret nous a présenté les films de la compétition, Alexis Hunot a assuré la traduction pour les spectateurs étrangers. Photo Clément Martin Durant cette séance on aussi bien pu voir le soleil dans tous ses états avec "Sol 2" d'Olivier Fouchard, que subir une séance de flash intenses sponsorisés par les ophtalmologistes avec "Le pépiement silencieux des chiffres invisibles" de Vera Sebert ! :-) Sol 2 d'Olivier Fouchard Image https://www.facebook.com/photo/?fbid=833676655225355&set=pcb.833676951891992 Le pépiement silencieux des chiffres invisibles de Vera Sebert Image https://mubi.com/en/fr/films/silent-chirping-of-invisible-digits Nous avons exploré les relations entre le son et l'images avec plusieurs artistes avec O/S de Max Hattler ou Leipzig Noir de Caspar de Gelmini. O/S de Max Hattler - Image Image http://maxhattler.com/os/ Leipzig Noir de Caspar de Gelmini 2020 - Image https://vimeo.com/476838943 Deux bijoux à distinguer On notera parmi ses films deux bijoux particulièrement ciselés à accrocher dans un musée. Tovo de Thomas Steiner Autriche 8mn Un cheminement en prise de vue "time elapse" et des surimpression de lignes entremêlées avec un passage en hommage au dripping de Jackson Pollock vraiment magnifique. On peut l'accrocher au musée. :-) Tovo de Thomas Steiner - Image https://www.sixpackfilm.com/en/catalogue/2617/ Le deuxième cour-métrage à remarquer parmi toutes ces trouvailles de la programmatrice, fait partie d'un projet de long métrage en 6 chapitre : Enharmonique de l'artiste peintre et plasticien iranien Kaveh Kavoosi (1). A la suite de la projection, le réalisateur Kaveh Kavoosi est intervenu pour nous confier la genèse de ce film. Marie-Pauline Mollaret avec Kaveh Kavoosi dans la séance d'entretien post projection. - Photo Clément Martin Ce long métrage s'inspire du livre poétique "la nature" (De natura rerum) du philosophe romain, Lucrèce, qui vécut au 1er siècle avant Jésus-Christ. Sur ce long-métrage, Kaveh Kavoosi, artiste qui était habitué aux œuvres monumentales, a dû trouver lors "du confinement" comment poursuivre son chemin de création avec une table de 1 m2. Et bien il a filmé en macro en "prise de vue continue" (2) 1 cm² de fluides et matières sur une plaque métallique avec tout juste un peu de montage pour éliminer des perturbations inesthétiques lors d'évènement d'injection de fluide avec des outils adaptés au contexte microscopique. Le résultat est un magnifique combat coloré de fluides et de matières qui évoluent patiemment dans un somptueux ballet accompagnée d'une musique narrative. Si Kaveh Kavoosi est resté discrets sur les techniques employées (3), nous savons malgré tout qu'il s'agit de mettre en œuvre expérimentalement des phénomènes physique et chimiques impliquant des fluides, de la matière et une plaque métallique. Nous avons vu le chapitre 5 de 11 mn01 d'Enharmonique : Le combat du feu et de l’eau. Voici ici une image tirée de Enharmonique qui n'appartient pas au chapitre 5 mais qui illustre aussi bien la nature qu'une image qui serait prise de la navette spatiale. Image extraite de http://esaavignon.eu/wp-content/uploads/2022/06/Kaveh_Kavoosi-porte-folio.pdf Si le long-métrage est terminé, il n'est pas encore diffusé. Nous avons hâte de voir le long-métrage dans son ensemble ! Le cinéma d'animation a toujours fortement interagi avec l'Art expérimental et l'Art expérimental lui a bien rendu ! (5) Le cinéma expérimental recherche et explore les rapports entre l'image et le son sans frontières didactiques et même si, stricto sensu, ce film en enregistrement continu n'appartient pas au domaine de l'animation, par sa science laborieuse, par sa gestion précise et orchestrée d'évènements physiques et chimiques, par sa construction prédéfinie et synthétique il a avec bonheur pleinement sa place dans un festival d'animation ! Bravo aux organisateurs, André Martin qui se définissait plus comme un chercheur (4) que comme un réalisateur, aurait adoré être parmi vous hier soir ! Rendez-vous ce soir au studio des Ursulines pour la deuxième séance de la compétition expérimentale qui ne manquera pas de nous apporter de nouvelles et belles émotions ! (1) Voir Kaveh Kavoosi portfolio in http://esaavignon.eu/wp-content/uploads/2022/06/Kaveh_Kavoosi-porte-folio.pdf (2) Coucou Florentine :-) (3) Après tout nous nous trouvions tout de même dans un festival de cinéma d'animation et l'assemblée n'attentait peut-être pas un exposé scientifique ! :-) (4) 1983 03 13 "Le cinéma des cinéastes" - émission de Claude Jean Philippe avec André Martin - émission sur le film "Sans soleil" : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/sans-soleil-de-chris-marker-essai-cinematographique-d-un-homme-multimedia-3676987 (5) voir la contribution du cinéma expérimental au cinéma par ordinateur https://www.gamca.info/post/naissance-du-cinéma-informatique-1ère-partie-des-pionnières-et-des-pionniers et https://www.gamca.info/post/naissance-du-cinéma-informatique-2e-partie-les-années-60-et-les-pionniers-du-numérique #Piaff #cinemaexperimental #kavehkavoosi #enharmonique #gamca
- 73 - Piaff J6 : Dernier jour pour finir en musique !
2023 Orchestra Mariam Qortua Georgie 1 mn - image https://animafestival.be/fr/espace-pro/courts-metrages-nuit-animee/orchestra Le programme Nous arrivons déjà au dernier jour du Piaff 2024 avec 3 séances au studio des Ursulines. Au programme de ce dimanche 21 janvier : 16h: Compétition Jeunesse 2 17h30: Compétition Etudes 2 19h30: Compétition Musiques Cette année la soirée de clôture sera consacrée à la musique et au clips ! Auparavant on pourra connaître le palmarès de l'ensemble des compétitions. Compétition expérimentale 2 Avant d'entamer la dernière phase de ce marathon de plus de 120 courts métrages revenons sur la séance cinéma expérimental no 2 d'hier soir. Nous avons encore assisté à une séance exceptionnelle. Nous avons eu de nouveau droit pour clôturer celle-ci à un film certainement aussi sponsorisée par les ophtalmologistes tant les flashes quasi incessants de "Cave Painting" de ce maître de l'avant-garde expérimentale autrichienne qu'est Siegfried A. Fruhauf vous mettent à rude épreuve pendant 14mn30. :-) Cave painting - https://cinema-austriaco.org/en/2023/04/03/cave-painting/ Mais c'est deux autres films remarquables dont GAMCA voudrait souligner la projection. Technique no 9 : le massage myofascial de Sofia Silvestrova Russie 6mn18 Ce premier film de la séance consacré à la possession et faisant référence à des films d'horreur célèbres comme l'Exorciste nous propose pendant 6 minutes des montages graphiques et colorés très intéressants. Malheureusement peu d'informations internet sur le travail de Sofia Silvestrova, pas d'image et pas de possibilité, pour l'instant, de le revoir en ligne. A suivre. Technique no 9 : le massage myofascial de Sofia Silvestrova - image https://www.facebook.com/photo?fbid=836416424951378&set=pcb.836417138284640 Technique no 9 : le massage myofascial de Sofia Silvestrova - image https://www.facebook.com/photo?fbid=836416478284706&set=pcb.836417138284640 Astrogolem de Thorsten Fleisch Allemagne 6mn23 De célèbres inventeurs Nikola Tesla (électricité, robotique, ...) et Alan Turing (mathématique informatique,) voient leur laboratoire envahi par d'étranges créatures. Pour lutter contre cette invasion il demande de l'aide à "Robomarie" Curie pour trouver l'Astrogolem susceptible d'arrêter cette folie. Le film tout en collages délirants avec des matériaux graphiques contemporains de nos 3 "héros" notamment de la fin du XIXe et du XXe siècle qui nous rappellent les travaux du tchèque Karel Zeman -voir L'invention Destructrice 1957 - ou des polonais Walerian Borowczyk et Jan Lenica revisités avec les possibilités techniques d'aujourd'hui et la couleur. Astrogolem - Image https://vimeo.com/379556394 Astrogolem - Image https://www.facebook.com/photo/?fbid=836416438284710&set=pcb.836417138284640 Astrogolem - Image https://www.facebook.com/photo?fbid=836416444951376&set=pcb.836417138284640&locale=fr_FR On trouve beaucoup de matériaux en ligne à visionner sur le travail de Thorsten Fleisch sur https://vimeo.com/fleischfilm On peut voir la bande annonce du film sur https://vimeo.com/379556394 #Piaff #studiodesusulines #gamca
- 74 - They shot the piano player : Francisco Tenório Júnior pour l'éternité
image https://www.dulacdistribution.com/film/they-shot-the-piano-player/176 Pour sa 20e édition, le carrefour de l'animation qui se déroule chaque année au Forum des Images nous a présenté en ouverture du festival, le 20 novembre dernier, le long-métrage "They shot the piano player" en présence de Fernando Trueba et Javier Mariscal. Fernando Trueba et Javier Mariscal interrogé par les organisateurs du carrefour de l'animation lors de la présentation du film - Photo Clément Martin Le film est sorti en salle le 31 janvier 2024. Ne manquez pas cette occasion de voir cette enquête sur la disparition subite d'un pianiste de jazz brésilien surdoué, Francisco Tenório Júnior. They shot the piano player - Réalisation Fernando Trueba et Javier Mariscal - Espagne France - 2023 - 104 mn Auteur & Réalisateur Fernando Trueba Réalisateur & Directeur artistique Javier Mariscal Directeur technique Juan Carlos Concha Riveros Montage Arnau Quiles Supervision et montage son Eduardo Castro Mixage Alberto Ovejero Design personnages Marcello Quintanilha Directeur de l’animation Carlos León Sancha Avec les voix de Jeff Goldblum, Tony Ramos, Abel Ayala, Roberta Wallach, Angela Rabelo, Stephen Hughes, Alejandra Flechner Musiciens interviewés Vinicius de Moraes, Tom Jobim, João Gilberto, Caetano Veloso, Milton Nascimento, Gilberto Gil, Paulo Moura, João Donato Productrice déléguée Cristina Huete Co-producteurs Serge Lalou, Sophie Cabon, Bruno Felix, Janneke Van De Kerkhof, Femke Wolting, Humberto Santana Producteur associé Arnauld Boulard Producteurs exécutifs Nano Arrieta, Juan Carlos Concha Riveros, Fabien Westerhoff, Ulrik Frémont Directrice de production Paula Blanqué Catalina Production déléguée Fernando Trueba Pc Sa Co-producteurs They Shot The Piano Player Aie, Les Films D’ici Méditerranée, Submarine Sublime, Animanostra, Gao Shan Pictures, Julian Piker & Fermin Sl, Arte France Cinéma Producteur associé Gao Shan Pictures, Studios d’animation Les Films du Poisson Rouge (Angoulême) Les Fées Spéciales (Montpellier) Studio Mariscal (Barcelone) Submarine (Pays-Bas) Animanostra (Portugal) Gao Shan, Shan Too Studios L'enquête Le cinéma d'animation nous propose à nouveau un film documentaire qui traite cette fois-ci de l'enquête d'un journaliste new-yorkais sur la disparition subite du jeune virtuose du piano brésilien : Tenório Júnior en mars 1976, à Buenos Aires, dans les temps troublés et agités de la veille du coup d’État militaire en Argentine. Ce journaliste imaginaire, seul petite concession au réel du film, illustre l'enquête qu'à mené le réalisateur sur Tenório Júnior après avoir rencontré sa musique. Au cœur de l'enquête du journaliste. Image dossier de presse. Le film célèbre le mouvement musical de la Bossa Nova, nous plonge dans cette période musicale prolifique qui nous a donné quantité de musiques remarquables et qui a fait rayonner le jazz et la musique brésilienne pendant plus d'une décennie dans un courant de liberté créatrice sans précédent. L'animation a permis de redonner vie à Tenório, de le voir et de l’entendre jouer, mais aussi de reconstruire les bars, les clubs où la Bossa Nova est née avec tous les grands noms de cette musique. Où l'animation redonne vie à Tenório Jr. - Image https://www.zippyframes.com/feature-animation/they-shot-the-piano-player-interview L'animation vous replonge plus de 50 ans en arrière dans les concerts de l'époque. Image dossier de presse. Un univers lumineux de liberté et une face sombre et tragique Le film nous fait découvrir avec bonheur cette époque bénite en faisant même revivre des situations oubliées comme les concerts d'Ella Fitzgerald qui a chanté quatre soirs au Copacabana Palace en 1960 et dont il ne reste aucune trace. Mais il traite également au travers de cette enquête de la tragique et subite disparition de Tenório. Il oppose ainsi la magie libre de la création musicale à la violence, la servitude et la bêtise des totalitarismes. En allant voir le film vous suivrez l'enquête. Elle est passionnante et vous allez rencontrer toutes ces légendes comme si vous y étiez. Ella Fitzerald au Copacabana - Image https://www.imdb.com/video/vi3272787737/ Les réalisateurs Fernando Trueba est plutôt connu pour ces films réalisés en prise de vue continue même s'il avait déjà réalisé, en collaboration avec Javier Mariscal, un premier film d'animation Chico et Rita sorti en 2011.Ce film traitait déjà de la musique de jazz avec l'histoire d'un pianiste et d'une chanteuse cubains, dans le milieu du jazz afro-cubain à La Havane et à New York au milieu du xxe siècle. Fernando Trueba - Image https://www.facebook.com/senscritique/photos/a.376256762986/10157982394052987/?type=3 A la fois illustrateur, réalisateur, peintre, auteur de bandes dessinées, designer d’intérieur, graphiste, créateur de mode, d’ameublement et acteur l’art de la scène, Javier Mariscal est un de ces artistes polymorphes et prolifiques qui les rendent si proche du cinéma d'animation, cinéma de tous les Arts. Javier Mariscal Artiste polymorphe - image https://www.mobles114.com/fr/disenador/javier-mariscal-4/ La conception du film C'est avec la complicité de ces deux créateurs que le film a su exploiter des types matériaux très différents : vidéos, photographies, dessins, images d'archive. et ce pour les unifier dans l'univers graphique de Javier Mariscal . Javier Mariscal a créé cet univers graphique particulier pour accueillir ces différents matériaux hétérogènes au service du récit. L'Animation de ces dessins et de ces décors n'étaient pas chose aisée compte tenu de la complexité du dessin de Javier Mariscal très détaillé, dans un style proche de la bande dessinée, en plus pour un long métrage qui nécessite la création d'un grand nombre d'images. Le film n'est donc pas inoubliable par son animation mais il l'est par cette magie issue de cet immense travail d'exploitation des matériaux en animation qui permet de reconstruire un passé et un présent avec une signature graphique originale et cohérente. Pour réaliser cette animation Javier Mariscal a recréé les décors et les personnages dans son style graphique coloré et détaillé à partir des différents matériaux créant ainsi des dessins clefs de l'animation. Les films du poisson rouge ont utilisé leurs logiciels propriétaires pour extraire une trame au trait noir et blanc de ces dessins clefs pour les animer. Il a ensuite fallu projeter le travail graphique de Mariscal, casse-tête pour les animateurs en ce qui concerne les ombres et les couleurs. Catherine Estève nous décrit en détail ces prouesses qui en réalité sont encore plus complexes dans (1). On peut voir sa bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=sy57yBCqTlg Fernando Trueba nous a confié au carrefour de l'animation qu'il avait réalisé ce film en techniques d'animation image par image car il ne voulait pas que ce film passe sur la chaîne Histoire pour une audience confidentielle. Il voulait faire connaître Tenório Júnior le plus largement possible, qu'on redécouvre et qu'on écoute sa musique, qu'on ne l'oublie pas. L'objectif est atteint, le film est une réussite et on écoute la musique de Tenório Júnior. Allez voir le film dans une belle salle de cinéma. Vous écouterez ensuite en boucle son unique album, "Embalo" qu'il a réalisé en 1964. Ce petit bijou du jazz brésilien de l'époque vous enveloppe tout au long du film dans cette atmosphère envoutante de la Bossa Nova. Vous rencontrerez Francisco Tenório Júnior ... pour l'éternité. A écouter sur https://www.youtube.com/watch?v=-SiNd7grZPI . (1) Dossier de presse très complet de "They shot the piano player" consultable sur https://www.dulacdistribution.com/film/they-shot-the-piano-player/176 #theyshotthepianoplayer #Tenório #fernandotrueba #javiermariscal #carrefourdelanimation #gamca
- 75 - Interdit aux chiens et aux italiens : la généalogie animeeanimée
Interdit aux chiens et au italiens. https://www.gebekafilms.com/fiches-films/interdit-aux-chiens-et-aux-italiens/ A quelques jours de la cérémonie 2024 des Césars, revenons sur un des trois longs-métrages nommés au césar du meilleur film d'animation : "Interdit aux chiens et aux italiens" de Alain Ughetto. Une belle salle de cinéma pour un beau film Je dois confesser que je n'ai pas vu le film à Annecy en 2022 où il a obtenu le prix du Jury et le prix de la fondation Gan. Je privilégie les courts-métrages, mères de l'Animation, ce qui me limite sur le nombre de longs-métrages que je peux voir pendant le festival. Je l'ai à nouveau raté au forum des images pour le Carrefour de l'animation fin 2022 mais je me suis enfin rattrapé en voyant le film à Val d'Isère en février 2023 dans la très belle salle de cinéma " le splendid" située à la Maison de Val. Le splendid une belle salle de cinéma - image https://www.valdisere.fr/culture-sports-loisirs/culture/cinema-le-splendid-isere/ Je peux donc me vanter, dans les Alpes à quelques encablures de l'Italie du Nord, d'avoir vu le film dans des conditions géologiques en parfaites cohérences avec le film. :-) Interdit aux chiens et aux Italiens - Réalisation Alain Ughetto - France, Italie, Suisse - 2022 - 01 h 10 mn 02 s Scénario : Alain Ughetto, Alexis Galmot, Anne Paschetta Storyboard : Camille Rossi Décors : Jean-Marc Ogier Animation : Marjolaine Parot, Elie Chapuis, Chaïtane Conversat, Luis Ignacio De Marco, Cyril Maddalena, Loreleï Paliès, Héloïse Petel, Sophie Roze, Patricia Sourdes, Kim Keukeleire, Iris Alexandre Caméra : Fabien Drouet, Sara Sponga Musique : Nicola Piovani Montage : Denis Leborgne Voix : Ariane Ascaride, Alain Ughetto Technique utilisée : animation d'objets et personnages en pâte à modeler Production : Les films du tambour de soie, Alexandre Cornu, Vivement lundi !, Mathieu Courtois, Foliascope, Ilan Urroz, Lux Fugit, Manuel Poutte, Graffiti Film, Enrica Capra, Occidental Filmes, Luis Correia, Nadasdy Film sarl, Nicolas Burlet Distribution : Gebeka Films L'histoire Début du XXe siècle, dans le nord de l’Italie, à Ughettera, berceau de la famille Ughetto. La vie dans cette région étant devenue très difficile, les Ughetto rêvent de tout recommencer à l’étranger. Selon la légende, Luigi Ughetto traverse alors les Alpes et entame une nouvelle vie en France, changeant à jamais le destin de sa famille tant aimée. Son petit-fils retrace ici leur histoire. Le film Les critiques parlent souvent de "film très personnel " en prenant un air sérieux et docte face aux réalisateurs. Au-delà de la porte ouverte qu'on enfonce alors avec science, on ne peut pas rester insensible au film d'un petit fils qui se penche sur le passé de ses ancêtres après le décès de son père. D'aucuns se reconnaîtront dans ce réflexe de recherche patrimoniale et de quête racinaire qui nous saisit quand on perd ses parents. La famille Ughetto - Image dossier de presse Là où les choses prennent une autre dimension, c'est quand cette quête se traduit dans la création d'un film tout aussi puissant, que simple, un film qui vous transporte naturellement dans ces vies d'il y a un siècle où la faim, les guerres guidaient les actes et les vies loin de nos sièges de cinéma confortables d'aujourd'hui. On obtient alors un film remarquable et voici pourquoi. L'enquête et le glanage Une fois la parenté disparue, il reste les souvenirs et les personnes encore vivantes pour mener son enquête. Alain Ughetto a ainsi trouvé Ugheterra un village dont lui avait parlé son père et s'y est rendu. Pas de trace dans le cimetière de ses grands-parents, on oublie vite, mais un village, son atmosphère et des objets à glaner dans un geste fétichiste qui tend à saisir ce passé ... du charbon de bois, des brocolis, des châtaignes... C'est là que le créateur et la magie du cinéma d'animation interviennent. Ces objets glanés deviennent des éléments du décor du film. Les brocolis deviennent des arbres, le charbon de bois devient montagne, les sucres font brique... Au cœur de l'atelier, Alain Ughetto a reconstruit avec son équipe ce monde disparu. Où les matériaux glanés comme pour rétendre le passé devient des éléments du décor. - Image dossier de presse. Une histoire, un patrimoine Le film nous projette avec bonheur dans l'histoire de la toute fin du XIXe au milieu du siècle dernier. On s'immerge naturellement dans l'histoire de la famille Ughetto,"ces gens de la montagne", avec ses difficultés, ses exodes, ses guerres, ses séparations, ses naissances et ses décès. Migration pour la France en demande de main d'œuvre. - image : https://www.foliascope.fr/film/interdit-aux-chiens-et-aux-italiens/ L'animation en volume (stop motion) avec ses décors réalisés dans des matériaux bruts, ses personnages ciselés en pâte à modeler avec leurs attitudes et leurs émotions font revivre ces personnes disparues. L'amour et la tendresse manifeste de l'auteur pour ses origines et cette histoire, l'interprétation des personnages avec les voix d'Ariane Ascaride dans le rôle de la grand-mère et d'Alain Ughetto dans son propre rôle de petit fils devenu un adulte, nous expose cette histoire avec une proximité touchante. La fraîcheur qui sonne juste des souvenirs de l'enfance combinés aux recherches de contemporanéité : Le passage du Tour de France - Image dossier de presse . Alain Ughetto nous fait rencontrer l'Histoire au travers de la vie de cette famille et transmet ainsi un précieux patrimoine tant le film touche juste. Alain Ughetto nous parle de son film sur : https://www.youtube.com/watch?v=jCqcLEEXvJw On peut voir la bande annonce du film sur : https://www.youtube.com/watch?v=rvjuWPefbpQ M.... pour le César du meilleur film d'animation. Cette année les places sont chères avec trois très beaux films en finale. Leurs différences et leurs qualités exceptionnelles montrent avec brio la force et la diversité du cinéma d'animation ! Si le film passe à côté de chez vous, pas besoin d'être dans les Alpes ! Ne manquez pas l'occasion de voir cette belle généalogie animée dans une belle salle de cinéma. #interditauxchiensetauxitaliens #alainughetto #vivementlundi #foliascope #gamca
- 76 - César 2024 : L'effet de mes rides, le dual.
"L'effet de mes rides" de Claude Delafosse Image : https://festivalfilmeduc.net/films/leffet-de-mes-rides/ L'académie des Césars met à l'honneur le cinéma d'animation avec la nomination de "l'effet de mes rides" dans la catégorie documentaire, un film sur la transmission et la famille. La sélection de cette année nous montre la diversité des cinémas et la prodigieuse profondeur créative du cinéma d'animation. Ce film est le dual d'un autre film d'animation "Interdit aux chiens et aux italiens" d' Alain Ughetto également nommé aux Césars dans la catégorie long-métrage et voici pourquoi. L'effet de mes rides - réalisation Claude Delafosse - France - 2022 Scénario : Claude Delafosse, Jeanne Delafosse Musique et son : Martin Delafosse Voix : Gaston Plagnet et Claude Delafosse Production : Am Stram Gram Productions Producteur : Yves Bouveret Claude Delafosse Claude Delafosse - image https://www.unifrance.org/annuaires/personne/340780/claude-delafosse Auteur, illustrateur, réalisateurs de films de commandes, Claude Delafosse a illustré des livres et a conçu des cédéroms pour les enfants. Ancien rédacteur en chef de la revue Astrapi et auteur de livres pour les enfants, il a un regard aguerri et complice sur la jeunesse qui s'épanouit et s'exprime pleinement dans son film. Le film L'effet de mes rides a pour sujet un grand-père à l'aube de ses 70 ans qui fait un film avec son petit fils. Quel grand père ne rêverait pas de créer un film avec son petit fils de sept ans et d'ancrer ainsi un souvenir d'une entreprise si familiale pour la transmission vers les générations actuelles et à venir. Claude Delafosse nous propose un univers animé en écho aux dialogues avec son petit-fils. Animation en volume (stop motion), dessins, photographies, images réelles, pixilation, sable, peinture, papiers découpés, sont autant de techniques qui portent avec une fraîcheur jubilatoire ces dialogues. Le grand père Claude répond ainsi par l'animation aux questions de Gaston. Mélange de techniques et créations graphiques pour une même complicité petit-fils grand-père. Source Image : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-du-jeudi-22-juin-2023-8647514 Si vous cherchez bien sur Linkedin sur les posts du producteur, vous devriez trouver un moyen de visionner le film sur ordinateur en attendant de le voir dans une salle de cinéma ... car pour Gaston un vrai film est film qu'on voit dans une salle de cinéma ! :-) Pourquoi le dual ? Mais pourquoi cette dualité , cette ambivalence entre "L"effet de mes rides" et "Interdit aux chiens et aux italiens" (1) ? Nous avons là un beau jeu de formes entre deux films sur le même thème, la famille et la transmission, alors listons quelques ambivalences : D'abord l'effet de mes rides est un court-métrage, l'autre film un long-métrage; L'effet de mes rides crée le temps, l'autre le rattrape mais les deux témoignent; Le premier crée graphiquement l'évènement familial, l'autre le recrée; Le premier est pluri-techniques, l'autre mono-technique (animation en volumes); Un film se fait en famille dans une sorte de communion créatrice (Grand-père, petit fils, fils et fille), l'autre est une entreprise osée et réussie de création du temps passé avec une équipe importante qui s'appuie sur l'approche sensible du ... petit-fils réalisateur et de ses souvenirs. Malgré cette dualité les deux films remarquables expriment avec justesse et brio ce qu'est une famille. Les Césars 2024 Avons-nous là un miracle de l'animation de voir ainsi ce film d'artisan, plein de bidouilles ingénieuses et espiègles, débordant de ces choses simples et savoureuses des imaginaires partagés nommé aux Césars dans la catégorie documentaire ? Où les objets du quotidiens deviennent des personnages qui enchantent les petits-fils. Source Image https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-du-jeudi-22-juin-2023-8647514 Que d'imprévus, quelles joies ! On ne peut que se réjouir de cette place d'honneur donnée à ce film si attachant ! On se prend à rêver d'un César qui célébrerait le vivant, la famille, les relations intergénérationnelles si précieuses dans notre construction à tous. Claude Delafosse et Yves Bouveret nous parle de cette nomination et du film : sur https://vimeo.com/912898148 Cher Gaston on a tous des images de nos grands-pères qu'on garde de plus en plus précieusement en nous mais quelle chance tu as d'avoir un grand-père animé ! Bonne chance à ton grand-père et à son producteur qui a la mauvaise habitude de produire des films formidables. (1) Pour en savoir plus sur ce long métrage lire : 75 "Interdit aux chiens et aux italiens : la généalogie animée" sur https://www.gamca.info/post/interdit-aux-chiens-et-aux-italiens-la-généalogie-animée #leffetdemesrides #claudedelafosse #amstramgramproductions #yvesbouveret #gamca
- 77 - Belle séance : Animation en courts #3
Le cinéma Saint-André des Arts et L'Agence du court métrage nous proposent une belle séance de cinéma d'animation le jeudi 29 février à 20 heure au 30 rue Saint-André-des-Arts à Paris dans le 6e arrondissement de Paris. En voici le programme. Drôles d'oiseaux de Charlie Belin - France 2021 - 34 mn Charlie Belin nous raconte l'histoire d’une toute jeune collégienne saumuroise passionnée de lecture et d'ornithologie qui se rend sur "l'île aux oiseaux" où vit la documentaliste du collège pour lui rendre un livre. Cette histoire va vous plonger dans la faune et la flore de cette île avec un dessin et une animation fluide qui traduit à merveille toute la délicatesse et la fragilité du milieu naturel et de cette jeune fille. Le film a bénéficié d'une résidence à l'Abbaye de Frontevraud tout proche de la Loire où vous pourrez admirer cette nature aux mystères si bien décrits dans ce film. On peut voir la bande annonce sur : https://www.youtube.com/watch?v=TX3uJVOwh-c L'ombre des Papillons de Sofia El Khyari - France-Portugal-Qatar / 2022 9mn Une fois encore le miracle laborieux de la conception d'un film d'animation touche juste au cœur de l'intime. Le chant que Sofia El Khyari interprète dans un dialecte utilisé au Maroc, achève de nous immerger par sa douceur dans cette expérience sensorielle. La voix masculine d'un des musiciens apporte ponctuellement un pâle écho évanescent à l'ensemble. Le film a fait l'objet de résidences à Meknès au Maroc, à la Cinémathèque Québécoise à Montréal au Canada et à la maison des auteurs à Angoulême. Une exposition "Aux sources de l'imaginaire de Sofia El Khyari" a lieu actuellement à la bibliothèque de l'Institut du Monde Arabe jusqu'au 31 mars 2024. Pour en savoir plus voir l'article de Gamca sur le film paru à l'occasion du festival d'Annecy 2023 : https://www.gamca.info/post/annecy-2023-prix-andr%C3%A9-martin-pour-un-court-m%C3%A9trage-fran%C3%A7ais-on-va-se-r%C3%A9galer-2e-partie On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=bjN4V7mb7iw A la mère poussière d'Héloïse Ferlay France 2020 12mn Le film réalisé en marionnettes animées nous montre le quotidien de deux enfants, Zoé et Malo et de leur mère Madeleine. Ce court-métrage poétique met en scène les manques affectifs de deux enfants et ses conséquences dans leurs rapports familiaux. Voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=n1DSgEBYDe4 Histoire pour 2 Trompettes d'Amandine Meyer - France 2021 - 5 mn 26 Ce film nous dévoile le parcours initiatique d'une petite fille sous forme d'un conte. L'absence de dialogue permet au spectateur de se laisser envelopper dans une poésie fluide et d'interpréter librement les multiples symboles qu'Amandine Meyer nous a confié. Seul la musique de Chapelier Fou nous accompagne. Le film a obtenu le prix-André Martin du court-métrage au festival d'Annecy en 2022. Pour en savoir plus voir l'article de Gamca sur le film paru à l'occasion du festival d'Annecy 2022 : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/festival-d-annecy-2022-deux-trompettes-qui-ne-sont-pas-de-la-flûte On peut voir la bande annonce sur https://www.youtube.com/watch?v=1ZPiCxSdamU Ne manquez pas l'occasion de voir et revoir ces beaux films d'animation sur un bel écran de cinéma rendez-vous au cinéma Saint-André des Arts le jeudi 29 février à 20 heure au 30 ! #cinemasaintandredesarts #agenceducourtmetrage #Animationencourts
- 78 - Plaisirs d'archives durent un moment : Lejf Marcussen !
"Tonespor" de Lejf Marcussen - 1983 - Danemark - Photo collection Geneviève et André Martin Le classement des archives est un travail minutieux où chaque détail compte. Si cette activité peut apparaître parfois laborieuse et solitaire, elle réserve souvent de belles surprises. Une enveloppe, une lettre, des photographies Après avoir numérisé une enveloppe, une lettre de Lejf Marcussen à André Martin datant de juin 1985 et des photos sans annotations de styles plutôt hétérogènes, en prenant bien soin de garder le tout groupé, ce fût l'heure des recherches sur internet et dans les livres d'histoire du cinéma d'animation. L'enveloppe et la lettre de Ljf Marcussen adressée à André Martin le 18 juin 1985 Images Collection Geneviève et André Martin Quelques exemples des photographies qui se trouvaient dans l'enveloppe. photos : Collection Geneviève et André Martin Lejf Marcussen (1936-2013) Lejf Marcussen - image https://www.dfi.dk/en/viden-om-film/filmdatabasen/person/lejf-marcussen Les recherches ont été assez faciles ! On trouve de choses sur internet et dans la littérature. J'ai pu ainsi découvrir les travaux de Lejf Marcussen, réalisateur danois de films d'animation expérimentaux. Diplômé de l'école danoise de design et de l'académie royales des Arts de Copenhague, il a intégré le secteur audiovisuel de la "Danmark Radio". De 1977 à 2002, il a réalisé douze films expérimentaux qui s'intéressent plus particulièrement aux rapports entre l'image et la musique. Filmographie de Lejf Marcussen. source : https://www.dfi.dk/en/viden-om-film/filmdatabasen/person/lejf-marcussen Trois films Les trois familles de photographies concernent trois de ses films. Stills 1978 La première série de photographies sont des images de Stills. On ne peut malheureusement pas voir le film en ligne ... il reste donc à découvrir. Dans 'Stills', Lejf Marcussen prend comme point de départ sonore les ondes courtes électroniques. D'un point de vue graphique, il fait évoluer une série de modèles statiques (dessinés au stylo sur celluloïd) pour les faire 'bouger' à travers des transformations constantes et des changements de couleur. (1) Le film est ici accompagné d'une musique synthétique. Image : https://www.dfi.dk/viden-om-film/filmdatabasen/film/stills Sten (Stones) 1982, 8'25 La deuxième série concerne le film en couleur Sten (Rochers). On ne peut également pas voir le film en ligne ... il reste donc à découvrir. Dans ce film Lejf Marcussen nous propose des métamorphoses obtenues à partir de photographies de rochers et de superpositions avec pour accompagnement sonore une composition sur harpe celte d'Alain Weber. Sten - photo en N&B collection Geneviève et André Martin Tonespor (Tone traces) 1983 La troisième série de photographies, en couleur cette fois, concerne le film Tonespor. Avec Tonespor Lejf Marcussen continue avec brio son travail sur la relation entre l'image et la musique en s'appuyant sur le final de la 5e symphonie de Carl Nielsen, maître danois de la musique symphonique. "Tonespor" où des signaux lumineux illustre la musique dans leurs mouvements et leurs couleurs Photo collection Geneviève et André Martin Lejf Marcussen nous offre ici le spectacle fascinant de trainées lumineuses et colorées qui progressent dans l'espace accompagnant parfaitement instruments, rythmes et tonalités dans un synchronisme parfait. Lejf Marcussen atteint ici la perfection pour illustrer graphiquement la forme musicale du contrepoint et ses lignes musicales distinctes. On peut voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=sm4ZPDqeO1I en attendant de le voir sur un bel écran de cinéma. Mais ce n'est pas tout ! Lejf Marcussen a réalisé des films dans des genres graphiques très différents pour illustrer avec maestria le rapport image son dans la musique ... et on peut les voir en ligne ! The Conductor 1978 Vous pouvez visionner le désopilant "The Conductor" film de 3 minutes qu'il réalisa en 1978. Cette fois-ci le réalisateur exprime de manière figurative cette relation image-son-musique sur l'ouverture du carnaval romain d'Hector Berlioz (1844) en nous montrant un chef d'orchestre vivre la musique qu'il dirige dans une caricature si réussie qu'elle traduit à merveille le réel du ressenti de celui-ci. A voir sur https://www.youtube.com/watch?v=Gl1k8SNfCeI Den Offentlige Røst (The Public Voice), 1988 - 11' A partir d'un tableau de Paul Delvaux, Lejf Marcussen nous offre un jeu de travelling avant qui pénètre dans le tableau nous offrant un tunnel abstrait avant d'entamer un mouvement contraire qui nous offre d'autres explorations. On peut voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=sXMPNBewNbk Au festival d'Annecy, en 1989, le film a obtenu une mention spéciale pour la technique au service de l'imagination et le prix de la presse. L'œuvre de Lejf Marcussen a été consacrée en 1990 par le prix "Héritage Norman McLaren" au festival d’Ottawa. Un peu d'histoire Avec ses travaux, notamment Tonespor, Lejf Marcussen s'inscrit dans la lignée des œuvre s d'Oskar Fischinger, Mary Ellen Bute et de Norman McLaren où les réalisateurs cherchent à traduire en images animées la musique que l'on écoute pour nous procurer des joies synchroniques et contrapuntiques (2). Pour situer le film de Marcussen dans l'histoire de ces recherches sur le rapport image son en animation vous pouvez notamment visionner ces cinq films : Oskar Fischinger On peut noter dans ce parcours historique le travail d'Oskar Fischinger au début des années 30 avec Study no 8 1931 d'Oskar Fischinger sur la musique de l'apprentis sorcier (1897) de Paul Dukas qui rencontrera à nouveau l'animation et Disney en 1940 sur fantasia. Voir un court-extrait sur https://www.youtube.com/watch?v=9JU3GFgMWh8 Ou encore "An Optical Poem", 1938 sur une musique bien connue de Franz Liszt qui sera également reprise dans de nombreux cartoons. Voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=6Xc4g00FFLk&t=303s Marry Ellen Bute Synchromy no4 : Escape" de Mary Ellen Bute (1938) est un autre exemple de recherche autour de la relation entre la musique et l'image sur la toccata de Bach. Les années 30 ont ceci de particulier de nous proposer plusieurs films étonnement modernes et en avance sur leur temps (3) parmi lesquels on compte "Synchromy no4 : Escape" avec des motifs issus d'oscilloscopes colorés à la main dont le rendu est stupéfiant pour l'époque ... on dirait de la vidéo des années 80 ! On peut voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=YRmu-GcClls Ne boudez votre plaisir et regardez aussi "Tarantella" Mary Ellen Bute (1940) co-animé avec Norman McLaren dont les abstractions cinétiques nous offre un rendu visuel de la musique de Edwin Gershefski. A voir sur https://www.youtube.com/watch?v=czDsy8BYP1M Norman McLaren Bien sûr ! Si Norman McLaren a collaboré avec Mary Ellen Bute, il réalisera par la suite plusieurs films majeurs sur la relation entre la musique et l'imagge animé. Vous pouvez-voir Synchromy Norman McLaren 1971 sur https://www.youtube.com/watch?v=_UA40sL06sU Ces plaisirs d'archives nous montrent une évidence, une rétrospective Lejf Marcussen serait la bienvenue sur un bel écran de cinéma ! On pourrait même inscrire celle-ci dans la démarche historique de ses aînés ! A bientôt dans une belle salle de cinéma ? Notes : (1) source Den Dansk Film Institut https://www.dfi.dk/is/viden-om-film/filmdatabasen/film/72483 (2) McLaren a réalisé un film avec Mary Ellen Bute " Spook sport" en 1940 lors de son passage à New York avant de rejoindre l'Office National du Film du Canada qu'il ne quittera plus. Voir "16 Naissance du cinéma informatique : 1ère partie des pionnières et des pionniers " sur https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/naissance-du-cinéma-informatique-1ère-partie-des-pionnières-et-des-pionniers (3) voir Rainbow Dance - Len Lye (1936) ... déjà le clip musical ? sur https://www.youtube.com/watch?v=JpVrIjj8mhU #lejfmarcussen #tonespor #maryellenbute #oskarfischinger #normanmclaren #gamca
- 79 - Festival d'Annecy 2024 : L'affiche nouvelle est arrivée !
Source Image : https://www.lefilmfrancais.com/cinema/166147/annecy-2024-s-affiche Chaque année nous attendons avec impatience l'affiche du Festival International du Cinéma d'Animation d'Annecy. Elle est arrivée ! A Annecy, le festivalier doit affronter et réussir un audacieux marathon de culture et de plaisir. Il doit lutter contre le temps pour : Voir les courts-métrages, les longs-métrages, le MIFA, les conférences, les "Wip", les offs ; Assister aux spectacles et aux différents évènements diurnes et nocturnes propices à tant de belles rencontres avec ces passionnés d'animation du monde entier qui se retrouvent joyeusement dans ce si bel écrin pour le Cinéma d'animation qu'est la ville d'Annecy depuis 1960 (1)(2). Cet écrin se situe sur les bords du lac d'Annecy, un des symboles de la ville avec la magnifique promenade du Pâquier qui longe le lac et qu'on emprunte volontiers de Bonlieu à l'Imperial Palace. Cette année l'affiche est sportive ! Elle nous appelle à ces baignades obligatoires tant la vision des montagnes qu'on a en se baignant est exceptionnelle. La réalisatrice portugaise Regina Pessoa, Cristal du court métrage en 2006 avec "Histoire tragique avec fin heureuse" est l'auteur de cette affiche. Elle nous annonce que l’animation portugaise sera à l’honneur lors de l'édition 2024. On peut voir la bande annonce du film sur https://www.youtube.com/watch?v=b3GSG8fIP1o Regina Pessoa nous a confié quelques clefs de cette affiche dans un post facebook (3). Regina Pessoa - Belle photographie du regretté André Gobeli photographe historique du festival - source image https://www.cineserie.com/persons/2360673/ Trois thèmes pour Annecy 2024 Le sujet principal de l'affiche est une femme. L'attitude puissante et sportive de cette femme qui nage évoque le premier thème de l'affiche : "la femme forte". A la nageuse vient se juxtaposer si vous regardez bien la silhouette d'une danseuse avec cheveux, robe et mantille. L'artiste évoque ainsi un autre thème du festival cette année : "la danse". Pas de danse sans musique alors qu'un chant s'échappe de la bouche de la nageuse libérant des oiseaux qui s'envolent dans une suite d'images clefs qui symbolisent également l'animation. Enfin la présence des fleurs rouges sur laquelle on peut s'interroger devient limpide quand on vous l'explique. Ces fleurs sont des œillets et commémore le 50e anniversaire de la "révolution des œillets" et la chute de la dictature qui sévissait au Portugal depuis 1933, comme un hommage aux valeurs de liberté et d'universalité de ce pays mais aussi à celles de la culture et du cinéma d'animation. Le lac d'Annecy, le Portugal, le Cinéma d'Animation, la Femme Forte, la Danse, la Musique, nul doute que la diffusion de l'affiche 2024, qui marque le début d'un chemin qui va nous amener au festival du 9 au 15 juin, annonce une nouvelle édition remarquable et festive concoctée par les équipes de Citia. Les accréditations sont ouvertes ! :-) #annecyfestival #reginapessoa #gamca (1) 25 Le Festival d'Annecy a 60 ans : conservateur, dirigeants et docteurs, l'examinent ! https://www.gamca.info/post/le-festival-d-annecy-a-60-ans-conservateur-dirigeants-et-docteurs-l-examinent (2) 11 La genèse du festival d'Annecy 5 : Naissance du festival https://www.gamca.info/post/la-genèse-du-festival-d-annecy-5-naissance-du-festival (3) https://www.facebook.com/reginapessoa/posts/pfbid087UrtnmXGowTAuBUK3NcNJ8JYTs6G52w4PNS7fSS8cYPxGkvFQajAk7G2bHD7QKHl
- 15 - Prenez une bouffée d'air pur !
Rivages 2020 France Durée : 08 mn 21 s Réalisation : Sophie Racine Production : Am Stram Gram, Yves Bouveret Direction artistique : Sophie Racine Scénario : Sophie Racine Graphisme : Sophie Racine Storyboard : Sophie Racine Layout : Sophie Racine Décors : Sophie Racine Animation : Sophie Racine, Gabriel Jacquel Compositing : Sophie Racine, Gabriel Jacquel Musique : Yan Volsy Son : Yan Volsy Montage : Sophie Racine Ce film a obtenu le prix André-Martin du meilleur court métrage français au festival d'Annecy en juin 2020. A l'occasion des 60 ans du Festival d'Annecy, je voudrais remercier Francis Gavelle pour la création des prix André Martin court et long-métrage à Annecy. Ces prix alternatifs au palmarès "officiel" mettent en valeur des films dont les qualités graphiques et l'intérêt instrumental en font des oeuvres à part et souvent à part entière ! Ces prix perpétuent la pensée d'André Martin sur le Cinéma d'Animation qu'il a "projeté et animé" successivement dans les ciné-clubs, les journées du cinéma, le festival de court-métrage de Tours, les Journées Internationales du cinéma d'Animation ... et au festival d'Annecy pour s'arrêter, pour l'instant, en 1960 et à cet anniversaire ! Photo Clément Martin : André Martin dans sa maison de Villeneuve-le-roi en 1979. Je profite de ce post pour afficher cette photo d'André Martin qui porte son regard sur la lumière car elle n'est pas sans rapport formel (Grain, contrastes, noirs profonds, lumière, personnage pas concerné par le regard de l'autre) avec le film de Sophie Racine même s'il s'agit d'un intérieur avec un cadre qui compose des artefacts et un personnage. Il faut remercier également le jury des prix André-Martin 2020 qui était composé de passionnés d'animation. : Mohamed Beyoud, directeur artistique, Festival international du cinéma d'animation de Meknès, Cécile Giraud, médiatrice cinéma, Cinémas indépendants de Nouvelle-Aquitaine, Alexis Hunot, activiste du cinéma d'animation, d'avoir distingué ce film qu'aurait apprécié André Martin. :-) Mais revenons au film ... :-) En ces temps pandémiques où se succèdent les privations qui nous réduisent le plus souvent à un horizon minéral dans les villes, quoi de plus précieux que la belle promenade que nous propose Sophie Racine dans son film. "Ce film a pour sujet le rivage, cette frontière mouvante entre l’image et la terre. Construit à partir d’un décor dessiné à 360 degré inspiré des rivages de l’île de Batz. Il y a peu de personnages. Le paysage est centrale et les éléments en sont les véritables personnages." Vous pouvez écouter Sophie Racine nous parler de son film sur https://www.youtube.com/watch?v=iT_i_UsmRo8. Quelle joie de se laisser emmener sur un chemin où se succèdent des tableaux abstraits qui frémissent sous les éléments et dans lesquels viennent s'animer les surprises de la nature. Les discrètes vibrations de la faune et la flore vivante nous enveloppent pour nous offrir ces beaux spectacles. Promeneurs, pêcheurs de coques ou enfants qui jouent dans les rochers, nous plongent dans nos souvenirs heureux, ceux où on se rappelle s'être arrêté pour contempler la vie, respirer en se disant "mais qu'est-ce qu'on est bien !". On continue notre parcours en observant à distance mais avec plaisir ces paysages. La musique de Yan Volsy, avec instruments à cordes, nous accompagne avec la même discrétion en se mêlant aux sons naturels de la lande enregistrés pendant les repérages pour les décors. Le son et la musique viennent compléter l'ensemble avec bonheur. image : https://2.bp.blogspot.com/-CqPmWmKbug8/WVs_Hlyt4NI/AAAAAAAAC-o/0nbC-vsY0GYhG4L_makFO_o0FOkzjtmRwCLcBGAs/s1600/Rivages-1-SophieRacine.jpg Mais par quel miracle ce court-métrage nous fait-il si bien respirer et humer les embruns ? Bien sûr, il y a le goût de Sophie Racine pour la peinture et l'aquarelle de paysages et de compositions végétales colorées qui lui permettent de saisir la délicatesse du sujet . Cependant, elle a opté ici pour un abandon de la couleur. Elle renforce ainsi la structure des images. La diminution des informations dans l'image noir et blanc et contrastée renforce le "message" et nous fait frôler l'abstraction . La lumière devient un acteur principal du film et la structure des images en met en valeur les variations. Sophie Racine nous précise des éléments techniques dans "Annecy 2020 : « Rivages », vingt-quatre heures dans la vie d’une plage" Article et propos recueillis par Stéphane Dreyfus (https://film-animation.blogs.la-croix.com/annecy-2020-rivages-vingt-quatre-heures-dans-la-vie-dune-plage/2020/06/19/ ) : "Tout a été dessiné sur ordinateur. J’ai ensuite intégré des linogravures numérisées, pour obtenir cette trame granuleuse et ces nuances de gris. Pour l’animation des nuages ou de la brume, je voulais quelque chose de très précis, donc je l’ai affiné lors du "compositing"." Images : Merci à Sophie Racine pour ces images. On y voit ces plans abstraits de nature qui s'animent délicatement dans le film. Les qualités graphiques ainsi obtenues nous offrent : «Un film qui fait appel aux sens, une évocation de la mer, du vent, de la lumière, pour prendre le temps de découvrir un petit bout de terre bordé par la mer. Une invitation à regarder ce qui nous entoure." cf. https://www.youtube.com/watch?v=iT_i_UsmRo8 Le film n'est pas disponible pour le visionner sur internet, il nous faudra donc encore patienter un peu pour le voir sur un bel écran avec un beau son, dans une belle salle de cinéma qu'on attend tous. :-) André Martin aurait, avec certitude apprécié, le talent de Sophie Racine qui nous fait prendre une si belle "bouffée d'air pur" grâce au Cinéma d'Animation. Devant le traitement graphique qui se rapproche de la gravure et du monotype (estampe), face à ce grain animé qui fait frémir la nature, il aurait certainement dit à notre jeune créatrice : "Quand faites-vous un film avec l'écran d'épingles ? Alexandre et Claire l'ont fait pour que des artistes comme vous l'utilisent après eux".
- 14 - Les dessins animés peuvent-ils sauver la terre ?
Suite à la parution du no 2 de la revue Blink Blank sur le cinéma d'animation, le bel article de Xavier Kawa-Topor sur le cinéma d'animation et l'écologie nous donne l'occasion de mettre en évidence trois court-métrages d'animation sur des sujets liés à l'écologie à situer dans le contexte de l'époque et annonciateurs des difficultés rencontrées aujourd'hui : l'usage civil de l'atome, l'urbanisme et le développement, la surconsommation. Usage civil de l'atome : Un atome qui vous veut du bien 1959 Réalisateur : Henri Gruel Scénariste : Henri Gruel Société de production : Les Films Hermès Directeur de la photographie : Marcel Cisewski Dessins : Michel Boschet, Manuel Otero, Michel Dery, Assistant Jean Tappou Animation : Michel Cisewski, Jacques Leroux, Assistant Jacques Thierry Texte : André Martin dit par Jacques Bodoin Musique : Henri Gruel Direction d’orchestre : Geneviève Martin Montage : Laurence Mery Ce film ne peut pas être visionné en ligne. En 1959, André Martin et Michel Boschet collaborent, après la Joconde, à un deuxième film réalisé par Henri Gruel. Geneviève Martin effectue la direction d’orchestre pour l’enregistrement de la musique originale composée par Henri Gruel. Geneviève Martin en cette même année 1959 composera sa première musique de film d'Animation pour Julien Pappé. Collection Geneviève et André Martin : Henri Gruel et André Martin Ce film à vocation pédagogique présente les vertus du nucléaire et cherche à contrecarrer les croyances négatives sur celui-ci. AM a écrit les textes de ce court-métrage. Ce film de commande rassure avec humour sur les idées fausses qui tournent autour du nucléaire. En 1959 le nucléaire s'est surtout manifesté par ses applications militaires qui font peur, en pleine guerre froide, avec sa course belliqueuse à l'armement nucléaire entre les deux blocs. ( voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/enfin-adulte-le-cinéma-d-animation sur " A Short Vision" Joan et Peter Foldes 1956 ). Le nucléaire civil est indissociable du nucléaire militaire et ce court-métrage sort quelques semaines avant le premier essai de français de la bombe atomique le 13 février 1960. Photographie : https://www.lechorepublicain.fr/paris-75000/actualites/il-y-a-60-ans-la-premiere-bombe-atomique-francaise-zebrait-le-ciel-saharien_13739970/ Sur ce lien vous pouvez également visionner un intéressant reportage de l'époque sur ce premier essai, tout à la gloire de la France, de sa puissance militaire avec toute la naïveté rassurante de la propagande de l'époque dont on est depuis revenu. Au-delà de ce contexte belliqueux qui, une fois de plus, fait avancer la science et la technologie, ce court métrage est consacré à des applications plus heureuses. Non le nucléaire ne crée pas de maladies, de problèmes agricoles, ou des dérèglements climatiques, au contraire le nucléaire civil promet de belles applications médicales, de conservation des aliments, d'irrigations, création de matériaux. Le ton léger de cet optimisme scientifique s'exprime avec l'enthousiasme mesuré possible à l'époque. On y reconnait le goût d'André Martin pour l’histoire pour illustrer les peurs ancestrales de notre monde. Photographie collection Geneviève et André Martin : Un atome qui vous veut du bien. On y retrouve aussi son goût pour le calembour Marxien entre "soupe aux champignons", "ses fusées gothiques" ou "mosco-vites et bien" sans oublier de nous prévenir que "c'est en pompant que les déserts deviendront plus pimpants". :-) Photographies collection Geneviève et André Martin : Un atome qui vous veut du bien. L'animation image par image est faite sur cellulo dans des décors simplifiés qui mettent en évidence le discours. On y voit l'influence de la UPA des débuts dans la stylisation des personnages et de John Hubley pour ses décors texturés. Le film comporte également des séquences en prises de vue réelles traitées par polarisation pour créer des images colorées et saturées pour souligner et symboliser les angoisses sur le nucléaire. image : https://lhybride.org/programmation/archives/item/781-trésors-des-archives-françaises-du-film-comiques-et-absurdes.html : Un atome qui vous veut du bien. Si ce sujet de commande impose une admiration volontairement béate du nucléaire en devenir, le film n'oublie pas de rappeler que "les arts du feu", la maîtrise de l'énergie ont toujours été complexes pour l'humanité. Dans sa promotion de l'énergie nucléaire et de l'utilisation de l'atome, le film n'en oublie pas moins dans sa conclusion de souligner que seule la sagesse permettra d'en tirer de la prospérité et non des catastrophes. Réflexion sur le nucléaire : Un peu de polémique ? :-) Paradoxe de notre époque avec les graves problèmes de réchauffement climatique, le nucléaire produit aujourd'hui une énergie décarbonnée avec certes les problèmes des déchets mais ces problèmes sont sans commune mesure avec les impacts violents à venir sur les humains et la biodiversité avec les changements de climats. Image : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nucléaire_%3F_Non_merci_!#/media/Fichier:Nucleaire.jpg Malgré le film d'Henri Gruel et les textes d'André Martin ... l'énergie nucléaire fait toujours peur avec ses radiations invisibles. Le dogme anti-nucléaire rend difficile une réflexion globale sur l'énergie et le niveau de prospérité que nous souhaitons. La pression populaire qui se construit sur l'émotion devant de rares accidents conséquents , son exploitation politique mènent les pouvoirs de décision à des décisions dommageables pour l'environnement (Arrêt des centrales nucléaires en Allemagne et augmentation conséquente de la production des centrales à lignite !, arrêt de Fessenheim,...). On souhaiterait un réel débat sans obérer les réalités qui doivent nécessairement l'animer, l'éclairer et être discutée. L'énergie nucléaire est la forme de production qui fait le moins de morts par teraWh produit sur les principales sources de production. Le niveau de prospérité et de confort dont nous bénéficions est directement corrélé à notre production d'énergie. Sans le nucléaire ce niveau de prospérité risque de s'effondrer assez brutalement. https://www.contrepoints.org/2017/08/04/296088-nucleaire-source-denergie-plus-sure Certes le "mix énergétique" semble être la solution miracle, cette litanie va-t-elle sauver l'humanité ! Sans remettre en cause le développement des énergies renouvelables, celles-ci sont-elles vraiment "alternatives" ? Pour alimenter cette réflexion voici un point de vue, certes un peu péremptoire, mais qui pose clairement le débat sur l'énergie nucléaire comme on le voit rarement : Ecoutez Jean-Marc Jancovici ingénieur spécialiste du climat et de l'énergie. Urbanisme et développement : Demain - Paris 1959 Réalisateurs : Michel Boschet , André Martin Production : Les films Roger Leenhardt Animateurs : Jacques Leroux, Michel Roudevitch Décorateurs : René Fouin et Manuel Otero Prise de vue : Julien Pappée Musique originale : Guy Bernard Support original : 16 mm couleur Durée : 16min Voir le film sur : https://www.dailymotion.com/video/xw6lak En cette même année 1959, André Martin et Michel Boschet réalisent leur premier film d'animation connu depuis les années bordelaises. Le texte est travaillé en rimes et vers. On retrouve dans l'équipe du création du film, une partie de la future équipe des films Martin-Boschet avec Michel Roudevitch et René Fouin et Julien Pappé (qui réalise et produit également ses propres films). Il est produit par Roger Leenhardt. Ce dessin animé qui vise à promouvoir la politique d’aménagement à Paris est une commande du Ministère de la Construction. Cette politique est décrite en 1958 dans un plan d'aménagement à 10 ans. Elle impacte le district de Paris créé en février 1959 devenu depuis l'île de France. https://50ans.apur.org/data/b4s3_home/fiche/65/02_plan_directeur_urbanisme_1959_appa170_7c090.pdf : Plan d'urbanisme directeur de Paris Le district de paris en 1959 : http://2.bp.blogspot.com/-QpkI-s_tLYo/UwDpWaQj-xI/AAAAAAAAEzk/TO-Glqw3GSo/s1600/districtparis.JPG On retrouve dans ce film l’intérêt et la précision d’AM pour l’histoire, ici de Paris. Le film retrace tout d'abord l’histoire du développement de Paris du Moyen Âge au XIXe siècle. Dès 1320 des dispositions sont prises pour réduire l'encombrement des troupeaux et ses premiers bouchons peu hygiéniques .... Image de demain Paris tirée de https://www.dailymotion.com/video/xw6lak Puis les aménagements d'Haussmann avec ses destructions et une première migration des délogés de ces nouveaux beaux quartiers qui exigent à Charonne ou à Belleville."Le champêtre Paradis autour de Paris se couvre de taudis". Image de Demain Paris tirée de https://www.dailymotion.com/video/xw6lak Image : http://cm2dolomieu.fr/second-empire/index.html Puis il nous présente les origines de la naissance de la banlieue et de ses avatars au XXe siècle. La banlieue se développe et dépasse le million d'habitants. Il annonce les grands principes d’aménagement des villes nouvelles et la restructuration du centre de Paris avec ses impacts sur l’architecture … et les possibles disgrâces des constructions modernes juxtaposées à des édifices plus ancien. "Un noble voisinage demande qu'on évite un moderne outrageant" https://www.dailymotion.com/video/xw6lak . Les années 60, années du développement de la voiture sont annoncées avec leurs autoroutes ... même les bouchons sont prévues ! Le "métro, boulot, dodo" arrive avec les villes dortoirs et les courses aux transports en commun. Transports en commun et Ville dortoire : https://www.dailymotion.com/video/xw6lak Document collection et André Martin : Personnage courant au travail dessiné à la craie sur papier noir pour "la rough animation". image : résultat après gouachage et application du décor https://www.dailymotion.com/video/xw6lak Le plan directeur n'en oublie pas les projets d'espaces verts où les arbres doivent remplacer les forêts de panneaux de circulation. Panneaux et espaces verts : https://www.dailymotion.com/video/xw6lak Une chanson du vieux Paris conclut poétiquement cette vision du futur en 1959. Les enjeux n'ont pas changés et le projet du grand Paris continue de remodeler la région pour un nouveau demain. Surconsommation : Automania 2000 - 1963 Réalisateur : John Halas Producer : Halas & Batchelor Cartoon s Writer Joy Batchelor Animateur : Harold Whitaker Directeur artistique : Tom Bailey Musique : Jack King Narrator : Ed Bishop Image collection Geneviève et André Martin : Automania 2000 Cette photographie en N&B renforce la force graphique des images du film. Xavier Kawa Topor cite bien sûr ce petit chef d'oeuvre dans on article. Cette fable anticipe une asphyxie de l'humanité due à l'automatisation de la production et à l'autonomie de celle-ci qui finit par étouffer l'humanité de ces produits en l'occurence la voiture. Le film s'attaque férocement à la voiture et sa manifestation qui devient quasi obligatoire du "rang social". voir le court-métrage sur Vimeo. https://www.senscritique.com/film/Automania_2000/449228 : Voiture ostentatoire pour la haute hiérarchie du Clergé. Collection Geneviève et André Martin : 1955-03-12 The Saturday Evening Post - Pub Cadillac Les business man importants doivent avoir une grosse Cadillac sinon ... ils ne sont pas importants. Production automatisée, marketing, boulimie de consommation, ingénierie forment un cercle vicieux et ce cocktail détonnant provoque une surproduction de voitures qui envahissent notre espace vital jusqu'à que "l'automatisation du pilotage de la production automatisée" des voitures échappent au contrôle des humains. Image : https://www.vodkaster.com/films/automania-2000/171459 L'automatisation des procédés de fabrication génère un flux tel de produits que nous sommes obligés de vivre dans nos voitures entassées. Le bonheur est dans la voiture ! Collection Geneviève et André Martin : Automania 2000 Cette production boulimique incontrôlable provoque une submersion de produits qui ne sont même plus utilisables et cette production ne sert plus qu'à créer des monuments d'acumulation en hommage à cette folie. Automania 2000 : https://www.cyclesheffield.org.uk/2015/11/15/cycling-in-the-pub-2-automania-2000-thinking-beyond-the-car/ Automania 2000 : https://www.moma.org/collection/works/301794 Heureusement le développement de la voiture ne nous a pas amené à de telles extrémités ! Mais il faut s'interroger et agir pour limiter nos déchets, réutiliser, recycler et moins abîmer notre planète par notre consommation. Si nous ne vivons pas dans des voitures entassées, nous avons tout de même réussi à créer des continents de plastiques qui flottent dans le pacifique ! Nos déchets provoquent d'importantes dégradations de l'environnement. Nous ne sommes pas si loin d'automania 2000 ! A ce sujet vous pouvez regarder la très belle fable onirique de de Gabriel Harel produit par Kazak Productions : La nuit des sacs plastiques (2018) César 2020 du meilleur court métrage d'animation . La nuit des sacs plastiques : https://www.facebook.com/224758128289161/photos/a.224776518287322/407792293319076/ Les jeunes créateurs continuent à essayer de sauver la terre avec des dessins animés mais sommes-nous prêt à d'importants changements de mode de vie ? Il va bien falloir si on veut éviter un effondrement de notre civilisation industrielle. La suite va être passionnante.
- 13 - La Ville à Témoin
Salon de l’affiche de cinéma Dans le cadre du festival de Versailles organisé par Charles Ford et la municipalité qui s'est tenu du 12 au 17 novembre 1959 , les journées du cinéma ,(voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-genèse-d-annecy-2-des-journées-pour-le-cinéma), organisent la 2e exposition internationale des affiches de cinéma. Une quinzaine de pays concourent pour le prix Toulouse Lautrec qui récompense la meilleur affiche. Un article présente l'évènement dans Radio-télé-cinéma (maintenant Télérama) en faisant référence à l'article d'André Martin " La ville à Témoin" . En Septembre 1959, les "Journées du Cinéma" publient une nouvelle revue trimestrielle "Cinemas" sous la direction de Pierre Philippe. Ce numéro 1 est consacré à l'affiche de cinéma avec des articles de Charles Ford, Raymond Cid et André Martin qui y présente "la ville à témoin". Dans son style "imagé", André Martin, nous offre danse cette article une description minutieuse de l’état de l’art historique et de l’époque des affiches de de Cinéma mais la publication n’inclut pas d’illustration. Pourtant son discours, entre affiches commerciales et de création pure, nous offre un panorama graphique gourmand où l’animation, l’innovation technique n’est parfois pas loin. On ne peut pas résister à emprunter les pas d’André Martin pour illustrer cet article 60 ans après afin de se replonger dans l’univers jouissif des affiches de Cinéma et ses environs. Dans «La ville à témoin » AM distingue deux catégories d’affiches des destinées à promouvoir les films dans la ville : les affiches étalages, "les plus nombreuses", et les affiches invitations. Les affiches étalages Destinées à satisfaire les producteurs, ces affiches "étalent les détails appétissants du produit offert au public" : "fruits de la violence", "splendeurs nouveaux-riches de palais", stars "plus déshabillées que dans le film ", "baisers et visages idolâtrés par le public". Essentiellement commerciales, ces réalisations ne doivent pas troubler la gourmandise de la clientèle. On y présente « le produit ». Si le style est convenu et sans originalité, le temps leur a tout de même donné une signature, celle de son époque. Affiches : Le prince et la danseuse 1957 : https://www.pinterest.fr/pin/535576580656653500/ le fruit défendu 1952 : https://www.pinterest.fr/pin/118360296442379584/ Pandora 1951 : http://blog.costabravas.fr/monument-ava-gardner/ des femmes disparaissent 1959 : https://forum.westernmovies.fr/viewtopic.php?t=11353&start=2355 Traquenard 1958 : https://moncinemaamoi.blog/2017/04/30/party-girl-nicholas-ray-1958/ Le rouge est mis 1957 : https://moncinemaamoi.blog/2017/12/10/le-rouge-est-mis-gilles-grangier-1957/ Les affiches invitations Heureusement dans quelques grandes occasions, le désir de faire autrement incite des producteurs ou des réalisateurs "en cherchant moins à accrocher le spectateur qu'à élargir le retentissement de l'œuvre et à programmer son ambition ». Face à cet abandon du « carambolage classique des têtes d’affiches et des petits tableaux caractéristiques », on ne peut que s’attarder pour goûter la variété de ces créations qui élargissent « le retentissement de l’œuvre et proclame l’ambition du film ». Ces affiches prennent la rue et les spectateurs à témoin des efforts et des risques que prenez des créateurs exigeants avec une conception particulière de l’affiche de Cinéma qui devient progressivement une branche importante de l’imagerie moderne. En gagnant en valeur artistique, les affiches ne soucient plus de dresser des inventaires aguichants du film annoncé, elles en tirent un symbole, une expression condensée qui par sa lisibilité et son charme ne se révèlent pas moins captivantes. Ce style progressant, on trouve de plus en plus les deux type d'affiches de cinéma pour un même film, ce qui permet aux exploitants de mieux cibler leur public, « affiche piège à mouches pour les simples dévoreurs de films et celle destinée aux gourmets plus exercées". Cette heureuse cohabitation n’a pour but que de donner l’envie à la ville d’aller au cinéma ! Images : 1 Affiche étalage de « Sois belle… et tais toi » (Marc Allégré 1957) https://www.ecranlarge.com/films/845136-sois-belle-et-tais-toi . Il existe une autre affiche étalage de Jouineau Bourduge. http://www.intemporel.com/produit/affiche-sois-belle-et-tais-toi-120x160cm-67871/ 2 Affiche invitation de « Sois belle… et tais toi » Affiche de Christian Broutin Collection Geneviève et André Martin : 1959 Radio-Cinéma-Télévision : Article le premier salon de l'affiche de cinéma. Représentation cubiste de Mylène Demongeot. On peut voir une petite image en couleur sur http://www.cineressources.net/ressource.php?collection=AFFICHES&pk=1463 Voici d'autres affiches invitation pour mieux comprendre leur complémentarité. André Martin y cite d'abord quelques réussites classiques de cette catégorie, pour situer le discours dans l’histoire du Cinéma. L’estampe de l’arroseur arrosé de Marcelin Auzolle en 1896, pour le cinématographe Lumière. Image : https://www.le-courrier.ch/le-palais-lumiere-raconte-lepopee-du-cinematographe/ L’affiche de la roue d’Abel Gance réalisée par Fernand léger en 1922. L'affiche de Metropolis réalisé en 1927 par Boris Bilinsky costumier, chef décorateur et affichiste, d'origine russe. L'affiche est une peinture réalisée par l'artiste allemand Heinz Schulz-Neudamm à l'occasion de la sortie du film en 1927. Elle fait partie d'une série de quatre peintures encore en circulation. Image : https://www.telerama.fr/cinema/metropolis-l-affiche-la-plus-chere-de-l-histoire-du-cinema-de-nouveau-aux-encheres,83691.php L'affiche invitation de la "Belle et la bête", créée par Jean Cocteau en 1949, comparée à l'affiche étalage d'origine en 1946. Affiche étalage d'origine à la sortie du film en 1946 : https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2017/03/21/26010-20170321ARTFIG00284--la-belle-et-la-bete-de-cocteau-le-point-de-vue-humain-est-totalement-absent-selon-le-figaro-de-1946.php Affiche invitation de Jean Cocteau pour le festival du Film Maudi dessinée en 1949 : https://movieposters.ha.com/itm/movie-posters/fantasy/la-belle-et-la-bete-discina-1946-french-grande-4575-x-6225-jean-denis-malcles-artwork/a/7162-86440.s André Martin cite encore pour le Royaume-uni, le film Hue and Crye avec « un style d’affichette qui combinait la typographie et la naïveté de l’estampe populaire grâce au talent d’Edward Bawden. » Ou encore « l’excellente affiche invitation des diaboliques » qui « a fait son petit effet sur les Champs-Élysées sans qu’une critique majeur ou un spectateur éclairé reconnaisse les attributs précis d’une des scènes culminantes du film ». Image : http://www.fan-de-cinema.com/affiches/les-diaboliques.html Œuvre d’art à part entière, combinant graphismes, typographies et messages formels, l’affiche invitation et leurs auteurs sont proches du cinéma d’animation. Des illustrateurs comme les polonais Jan Lenica, Walerian Borwczyk ont pratiqué les deux exercices. L’affiche peut être intimement lié au film également et son générique souvent avec trucages et animations. Dans cette catégorie, André Martin ne pouvait pas oublier de citer dans son article le maître du générique, « prince de la recherche plastique » l’américain Saul Bass (1920-1996). En 1953, il démarre un collaboration de 25 ans avec Otto Preminger en pour lequel il crée l’affiche de « the moon is blue ». Le film comporte des dialogues susceptibles de provoquer la censure de l’époque. Saul Bass conçoit une affiche suffisamment allusives pour ne pas offusquer les ligues de vertu, Bass propose un visuel simple qui le caractérisera : Une couleur de fond un motif noir représentant une simple fenêtre sur le rebord de laquelle deux oiseaux jettent un coup d’œil indiscret derrière le store demi-baissé. Le style Saul Bass est né ! Une autre affiche du film existe. Plus explicite, elle tient plus de l’affiche étalage. Images : http://www.josephmartinegan.com/2016/10/06/moon-blue-motion-picture-production-code-otto-premingers-moon-blue-2/ http://flyergoodness.blogspot.com/2010/08/saul-bass.html Suivront, au cours des années 50 les films cités dans l’article d’AM avec toujours ce style remarquable chez Saul Bass avec : « The man with de golden arm » (Otto Preminger 1955) permettant une combinatoire visuelle offrant un peu « d’affiche d’étalage » tout en conservant un style unique réunissant ainsi la synthèse des publics. Images : https://www.cinematheque.fr/article/815.html https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Homme_au_bras_d%27or « Vertigo » (Hitchcock 1958) où nous allons nous attarder sur le générique qui prolonge l’affiche dans une continuité mathématique. Images : https://www.pinterest.cl/pin/16044142392870300/ ou encore « Anatomy of a murder » (otto preminger 1959) où les formes simples monochromes d’un corps disloqué annonce la couleur ! Image : https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/saul-bass-l-039-homme-qui-a-revolutionne-les-affiches-et-generiques-de-films-une-exposition-inedite-en-france_3358213.html « La ville à témoin », l’animation n’est pas loin de l’affiche. Dès que l’on parle des graphistes et des illustrateurs, l’animation n’est pas loin (cf. 1959 Article d'André Martin " La revanche des illustrateurs" in Bulletin no 4 des Artistes et des Amis du Cinéma D'animation). Saul Bass, Maître du générique dès les années 50, signera également des œuvres remarquables dans les années 60 et 70 mais, chronologie oblige, limitons-nous pour l'instant aux années 50. Le générique de Vertigo suffit à lui seul à décrire la créativité de ce graphiste dont le goût pour l’animation, le formalisme, les techniques innovantes et les procédés de création de l'image animée rejoignent intimement la pensée d’André Martin. photographie de Saul Bass : http://gdesign-e.blogspot.com/2014/08/saul-bass-1920-1996.html La technique au service de la création Très porté sur les innovations, Alfred Hitchcock demande à Saul Bass d’imaginer un concept pour le générique de son prochain film, Vertigo. Saul Bass a réalisé ce générique, qu’on présente souvent comme le premier réalisé par un « ordinateur analogique », . Ce générique utilise une machine electro-mécanique qui a été construite par John Whitney (1917-1995) en utilisant un système militaire de guidage de missile de la deuxième guerre mondiale acheté au surplus des armés en 1956. ( cf. https://www.awn.com/mag/issue2.5/2.5pages/2.5moritzwhitney.html ) Cette machine permet de calculer des trajectoires et donc de tracer de magnifiques courbes entrelacées qui ne demandent qu’à être animées. Cet ordinateur analogique est une machine à dessiner suivie par un système automatique permettant le mouvement d'une caméra autour d'une œuvre. Il est plus précisément composé d'une série de trois tables rotatives, d'un système de caméra et de d'autres surfaces servant à la pré-programmation d'images et de séquences animées dans un environnement aux axes multiples. Lorsque mis en marche, les tables tournaient sur elles-mêmes et simultanément sur d'autres axes en se déplaçant horizontalement devant le champ de la caméra qui pouvait elle-même tourner ou zoomer vers le haut ou le bas. (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Whitney,_Sr.). Photographies : 1 John Whitney devant son ordinateur analogique https://www.tested.com/art/movies/512325-whitney-family-pioneers-computer-animation/ 2 Une image du générique de Vertigo illustrant les tracés obtenus avec le système : http://www.jeansegura.fr/whitney.html 3 Le système de guidage de tirs anti aérien M5 : https://www.diyphotography.net/alfred-hitchcocks-vertigo-possibly-first-movie-use-computer-animation/ Où l’animation et ses techniques immergent le spectateur en osmose avec la musique et les images pour le capter dans le film dès son générique. Le sublime générique de Vertigo où la musique de Bernard Herrmann, les trames dramatiques d’Hitchcock et les constructions de Saul Bass atteignent ensemble une intense osmose musicalo-scénaristique qui nous plonge intensément dans le film dès les premières images. Partant du visage et de la rétine d'une actrice (Kim Novak ?), il nous transporte dans un tournoi de spirales kaléidoscopiques qui bien que d’origines analogiques sortent tout droit d’équations mathématiques de calcul de trajectoires et préfigurent, étonnamment pour l'époque, l'imagerie par ordinateur à venir vingt ans plus tard. (cf. https://rhizome.org/editorial/2013/may/9/did-vertigo-introduce-computer-graphics-cinema/ ) Image : http://indexgrafik.fr/saul-bass/ Avec une parfaite compréhension de l’œuvre, Saul Bass annonce au spectateur les grands thèmes du film : le vertige, la chute, à la perte de contrôle …. mais rien n’est annoncé, tout est suggéré créant un certain malaise prenant chez le spectateur qui l’immerge instantanément dans l’univers angoissant et vertigineux du film. Image : https://www.pinterest.fr/pin/346355027566409734/ « Une atmosphère de l’étrange créée simultanément par une partition musicale consubstantielle aux images : cordes, harpes ou flûtes jouent un arpège de six notes ascendantes et descendantes répétées et fluctuantes dont le leitmotiv produit un effet hypnotique de fuite tourbillonnante, lourdement ponctué de cuivres qui introduisent une dramatisation inquiétante et lugubre ». cf. http://libresavoir.org/index.php?title=Vertigo_%28Sueurs_froides%29_d%27Hitchcock Avertissement de l'auteur : Attention, si vous regardez le générique de Vertigo, vous aurez une envie irrésistible de le voir ou le revoir ! L'auteur décline toute responsabilité sur l'addiction qui pourrait en résulter. :-) J'aurai l'occasion de revenir sur l'œuvre de Saul Bass, qui non seulement a produit de nombreuses affiches de film dans un style graphique qui lui est propre, des génériques invitations et qui a réalisé avec brio toute une déclinaison de produits remarquables, originaux (affiches, génériques, pochettes de disques, objets), dont le graphisme conserve encore aujourd'hui une signature forte et originale qui marque l'histoire du cinéma ... et de la télévision. Cette force de création au service des médias rejoint là encore la pensée d'André Martin dans une approche multi support des médias, de leurs messages et de leur impact sur "les communications sociales". La ville en est témoin, la promotion du cinéma par ces affiches fait appel a des talents exceptionnels qui animent le sens de l'œuvre cinématographique et des médias. Post-scriptum : Ceci était un Article Invitation : C'est à se demander si ce sujet ne mériterait pas quelques "bulles de rêves" entre amis de l'animation et de tous les cinéma. :-) (cf. http://fr.zewebanim.com/index.php?).
- 12 - Surréalité
J'ai terminé ma dégustation 2020 du festival d'Annecy "On line" par la catégorie "off-Limits". Le titre de cette suite de courts-métrage m'a titillé. Le côté off est toujours passionnant, ce n'est pas André Martin qui nous contredirait. On ignore les limites à franchir, l'annonce est séduisante. Je me suis bien distrait, en regrettant parfois pour certains films, aux qualités graphiques indéniables, un savant et assidu travail de sinistrose particulièrement réussi. La musique Des "musiques" électro, rendant hommage aux condensateurs EDF, des bruits simples de sérieux pétomanes débutants, des pseudo-variations avec bêlements et gloussements, n'arrivant pas cependant à être inquiétants et lubriques mènent parfois à la liquéfaction du spectateur, état qui précède de peu l'ennui abyssale. L'animation Des travaux de formes appliquées, d'étonnants mouvements de huisseries pénitentiaires ou l'évolution de liquides qui, à l'image de l'argent, suivent ennuyeusement les pentes, les attractions naturelles et le vent, consacrent le sacrifice de tout synchronisme jouissif et le saint appariement à une plate musique. Quelle étrange science que celle d'une fuite désespérée de toute forme d'harmonie ou de dynamique, d'un culte hors-sol de la lenteur et du vide. Critiques en sursis ? Ces films restent malgré tout intéressants, la culture des lenteurs inexpliquées marque certes le "sérieux" des œuvres mais finissent par décevoir à la fin quand finalement ... il ne s'est rien passé. Mais qu'attendait-on ? ... Je n'ai pas trouvé. Le caractère expérimental indéniable de certains films décevant dans leur premier passage, me donne envie de les revoir sur un grand écran avec du bon son, dans l'espoir de me repentir de mes premières déceptions. En attendant avec impatience ces prochains actes de repentance et de contrition, intéressons-nous à un des films remarquable de cette programmation off-limits où cette fois-ci ... tout se passe ! Un film remarquable : Wieczór - Sunset de Marcin Gizycki - Pologne - 2019 Réalisation : Marcin Gizycki Production : Black Dwarf, Marcin Gizycki Distribution : Black Dwarf, Marcin Gizycki Direction artistique : Marta Filipiak Scénario : Marcin Gizycki Storyboard : Marcin Gizycki Décors : Marta Filipiak Animation : Marcin Roszczyniala Caméra : Lukasz Owczarzak Musique : Witold Górka Son : Witold Górka Montage : Lukasz Owczarzak Ne jouons pas les grincheux blasés qui cherchent de la bonne viande dans une pâtisserie, même si d'aucuns auraient pu déclamer : "Ceci n'est pas une pâtisserie" et réfuter ainsi ces villes critiques d'amateur glouton. Image : https://www.museumtv.art/artnews/articles/rene-magritte-ceci-nest-pas-une-pipe/ Mais voyons en quoi ce film se distingue. Le film débute avec un long travelling sur un paysage désertique. Il n'y a pas grand chose, si ce n'est de belles couleurs orange, le grain du décor qui nous laisse espérer quelques objets animés qui nous rappelleraient les beaux films d'Hermína Týrlová pour nous replonger dans nos rêves de l'enfance. Pendant ce lent traveling rasant, on a le temps de se dire qu'il s'agit peut être d'un hommage à Andreï Tarkoski. Mais ça se corse vite car dans cette lenteur et ce paysage vide, la musique de Witold Górka nous saisit et l'ensemble commence à nous transporter dans un autre univers ... où plus rien n'est sûr. Une batterie, quelques notes de guitare, un peu de piano, installe une curieuse atmosphère dramatique dans ce lent mouvement qui crée l'attente. Le travelling continue pour s'arrêter sur un rail jouet autour duquel des personnages incrustés en prise de vue réelle, attendent avec sérieux, quasi immobiles; la musique monte en puissance. Il se passe peu de chose mais l'ensemble crée avec bonheur une tension : il va se passer quelque chose ... Un lent travelling arrière élargit le cadre, que c'est beau le cinéma quand il y a un cadre ! Un train jouet arrive et s'arrête, les personnages ne montent pas. Le travelling arrière continue, le train repart et ... On ne raconte pas la fin, non mais alors ! :-) Tous les mouvements de caméra, leurs lenteurs, les couleurs, les décors et les personnages presque immobiles, prennent tous leurs sens dans ce final. Ils participent à une forme cinématographique riche et dense pour notre plus grand plaisir. On ne peut qu'applaudir avec ferveur Marcin Gizycki (1951-) réalisateur, critique mais également historien de l'art ... qui nous offre une sublime surprise et un plaisir esthétique. Le dernier plan fait référence à une peinture surréaliste de Zenon Wasilewski (Wieczór - Sunset 1962) rappelant, comme l'ensemble du film, les œuvres de Magritte . image : 1953 René Magritte - Le bon exemple - Portrait d'Alexandre Iolas in https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cMeMe6/rdqg86y Quel plaisir ! ce film où tout est cohérent, où tout se justifie au fur et à mesure de notre gourmande découverte : lenteurs, mouvements de caméras, attitude des personnages, couleurs, musique qui nous enveloppe graduellement et une fin improbable, simple et jouissive tant elle est intégrée dans des références culturelles, pleine de (non) sens. Bravo et merci pour une telle richesse ! Mais notre "goinfrerie", si elle est déjà pleinement satisfaite, n'est pas encore comblée par ce film. L'hommage animé était-il encore insuffisant ? L'auteur de la peinture, à laquelle il s'est beaucoup consacrée à la fin de sa vie, n'est autre que Zenon Wasilewski, un des pères du film d’animation polonaise. Graphiste dans des studios de cinéma publicitaire, dessinateur de dessins humoristiques et satiriques dans les années 30, il se lance sur un film d'animation sur le roi Krakus, souverain légendaire de Pologne, et fondateur de la ville de Cracovie qui lui doit son nom. Interrompu par la deuxième guerre mondiale. Il complète ce film de marionnettes en 1947 avec un film en noir et blanc "Za króla Krakusa". Jusqu'en 1951, il a été le seul producteur de film de marionnettes en Pologne avant l'émergence de talents sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir. image : Za króla Krakusa. Un courageux jeune homme affronte le dragon qui terrorise le royaume in http://fototeka.fn.org.pl/public/cache/1-F-3497-1-1500x.jpg (2) On peut voir une copie en anglais sur https://www.youtube.com/watch?v=HlO-4cJ8L6U Image Zenon Wasilewski plaçant une marionnette dans le décor. in ttps://kultura.poznan.pl/mim/kultura/news/relacje-recenzje-opinie,c,9/animator-jak-wasilewski-walczyl-ze-smokiem,96282.html Quel magnifique hommage ! dense, sensible, cultivé dont les racines culturelles suintent et distillent la sève d'un plaisir complet à ses spectateurs. Non, décidément ce film n'est pas une pipe ! Il faut voir et revoir Wieczór - Sunset de Marcin Gizyck car c'est un film remarquable.













