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  • Photo du rédacteurClément Martin

Naissance du cinéma informatique : 1ère partie : des pionnières et des pionniers

Dernière mise à jour : 30 mars 2023


Images :


André Martin dans son article "Naissance du cinéma informatique" célèbre avec enthousiasme la naissance du cinéma informatique qui connaît à l’époque « une progression comparable à celle du cinéma muet à partir de 1918 ».

Son article, comme toujours très dense, recense méticuleusement les créateurs qui ont contribués à cette naissance.


Mais toute naissance suppose une période de gestation aussi André Martin commence-t-il par nous décrire l’ensemble des étapes pionnières, qu’elles soient analogique des années 30 à 50 ou numériques à partir des années 60 qui ont précédées cette naissance.


Les supports, les dispositifs mécaniques, électriques ou électroniques et les films réalisés par ces pionniers, bien qu'analogiques, préfigurent le développement de l'image numérique en traçant une voie ingénieuse et parfois stupéfiante de modernité. Ce premier post est consacré à ces pionniers de l'analogique qui ont précédés le numérique.


Bienvenu dans ce monde étonnant.


1 Pionniers de l’image photomécanique


Ces pionniers sont d’abord ceux qui ont explorés « l’image dynamique automatisée » avec des « instruments » permettant d’exploiter les propriétés physiques de la lumière et/ou du mouvement.


Claire Parker (1906-1981) et Alexandre Alexeieff (1901-1982)

On ne peut, bien entendu, omettre de citer Claire Parker et Alexandre Alexeieff et « l’écran d’épingles » dispositif composé d’aiguilles dont les têtes ovales dévient plus ou moins la lumière permettant d’exploiter les ombres portées générées par ce tableau de points mécanique ancêtre des pixels pour générer image par image des « gravures animées".


Alexandre Alexeieff, graveur russe, a rencontré Claire Parker, une américaine ingénieur, lors de cours de gravure qu’il donnait à Paris. Ils ont par la suite combinés leurs talents pour inventer l'écran d'épingles et réaliser de nombreux films, véritable gravures animées..


André Martin a posé dans son histoire du cinéma d'animation "de synthèse", le jalon du "premier système mécanique de synthèses" en l'année 1933 avec le film d'Alexandre Alexeieff et Claire Parker une "Une nuit sur le mont chauve" et "ses gravures animées".



Il leur dédicacera son film en images de synthèse « Maison Vole » au début des années 80 : « A Claire et Alexandre Alexeieff, cet « autre » écran d’épingles… »


Photos collection Geneviève et André Martin

  • Principe de l’écran d’épingles : celles-ci plus ou moins enfoncées et suivant la position des têtes permettent de générer une image par omble projetée.

  • « En passant » 1940 Alexandre Alexeieff film réalisé à l‘ONF. Le résultat d’un dispositif en « haute résolution » :-).


On ne peut plus voir le film "En Passant" en ligne; il faut donc se contenter d'un extrait dommage :



Mais un autre dispositif inventé par nos deux créateurs est peut être un peu moins connu : le « banc de totalisation ». Cette « colonne robot » est munie d’un vérin hydraulique et permet la mise en rotation d’une poulie à l’aide d’un câble enroulé et fixé au vérin. Cette poulie permet l’animation d’objets.

Photo collection Geneviève et André Martin

  • Tournage du film « sève de la terre » 1955 - Publicité pour Esso - Sur la photo Alexandre Alexeieff, Irmgard Messant-Serelle, Claire Parker. On y voit également le vérin à gauche et le système de câbles permettant l’animation.

Le mouvement résultant de ce phénomène physique peut être simulé par ordinateur, mais il va falloir du courage pour simuler la combinaison des équations du vérin, des câbles et des poulies !

Dans la lignée de la chronophotographie de Etienne Jules-Marey (1886), ce dispositif permet de capturer une trajectoire et son mouvement mais Claire Parker et Alexandre Alexeieff vont faire de ces trajectoires un objet qui lui-même va être animé en composition avec avec d’autres objets.

Images :

Etienne–Jules Marey Balle rebondissante, étude de trajectoire. Chronophotographie sur plaque fixe - 1886.

Sève de la terre Claire Parker et Alexandre Alexeieff :https://rateyourmusic.com/images/all?type=F&assoc_id=30600 1955



2 Pionniers de l’image photo-électronique


Mary Ellen Bute (1906 -1983)


Dès 1932 Mary Ellen Bute a exploité les possibilités graphiques de l’image électronique en contrôlant plastiquement et électroniquement le balayage d’un oscilloscope dans ces films expérimentaux.


Parmi 14 courts métrages, Mary Ellen Bute réalise en 1937 un court métrage expérimental "Parabol" en collaboration avec le sculpteur Rutherford Boyd et le réalisateur Ted Nemeth. Parabol est un hommage aux courbes paraboliques dont les équations mathématiques décrivent la poésie naturelle des trajectoires des objets captifs de la gravité terrestre. Ce filme combine trucages, surexpositions, animation image par image, jeux d'ombres et lents mouvements de caméra sur des sculptures (et courbes paraboliques dessinées avec un oscilloscope?). Ce film accompagné d'extraits de La création du monde, ballet de Darius Milhaud, offre au spectateur une expérience envoûtante et hypnotique.



Images :

Mary Ellen Bunt dans les années 50 : https://amysmartgirls.com/happy-birthday-to-experimental-film-pioneer-mary-ellen-bute-96d15a56712f

1937 Parabola Mary Ellen Bute : https://moviessilently.com/2018/04/01/parabola-1937-a-silent-film-review/

Mary Ellen Bute et Ted Nemeth dans leur studio de New York avec une sculpture animée de Rutherford Boyd en 1936 pendant le tournage de Parabola.in http://www.unseen-cinema.com/photos/photosHIGH/IMAGE011.JPG



On citera également le film "Synchromy no 4 : Escape" qui nous propose des trames sombres et des mouvements de figures colorées avec des trucages étonnant de modernité rappelant les incrustations vidéo des années 80. Des extraits de la toccata en ré mineur de J.S Bach accompagnent le spectacle.


Images : Synchromy no 4 avec d'étonnants motifs saturés préfigurent les effets videos des années 80 in https://lightcone.org/fr/film-10349-synchromy-no-4

Synchromy no 4 : effet hypnotique à voir sur un grand écran de cinéma ! in https://whitney.org/collection/works/39490



Mary Ellen Bute a réalisé deux "films Abstronics" en 1952 et 1954. Elle nous explique dans "Films in review" de juin-juillet 1954 que Abstronics est un mot valise obtenu par la fusion de "Abstraction" et "electronics". Les figures et les formes obtenues à l'oscilloscope peuvent bouger sur un plan horizontal ou vertical, se rapprocher ou s'éloigner du spectateur et peuvent faire l'objet de variations à volonté créant ainsi l'illusion de scènes tri-dimensionnelles. Il est possible aussi de jouer sur la luminescence et les ombres. Ces différents réglages permettent de synchroniser parfaitement avec la musique "Hope down" de Aaron Copeland et de "Ranch house party de Don Gillis.

Les figures et les formes de Abstronics ont été colorées à la main pour donner des effets étonnants proche du "Video Art" qui allait suivre ... surtout un quart de siècle plus tard !





Mary Ellen Bute et ... Norman Mclaren (1914-1987)


Enfin afin d'illustrer les méandres des chemins de rencontre de l'animation et du cinéma expérimental, on citera le film "Spook Sport" réalisé par Mary Ellen Bute en 1940 avec un jeune animateur écossais lors de son séjour à New York qui précéda son installation au Canada : Norman McLaren.


Le film se présente lui-même au début comme une combinaison de couleur, de musique et de mouvement pour présenter un nouveau type de "film-ballet". Les images sont cette fois-ci créées sur cellulo ou par dessin direct sur la pellicule.


Des extraits de la danse macabre de Camille Saint-Saëns accompagnent le ballet des spectres, personnages du film.




McLaren utilisera des figures de Lissajous dans "Around is around réalisé" en 1952.

Photographie : collection Geneviève et André Martin


3 Pionniers de l’image Electro-optique


John et Paul Whitney

John et Paul Whitney dès le début des années 40 explorent le développement formel de figures géométriques élémentaires élaborées sur un modèle sériel (transposition, inversion, rétrogradation…) à l’aide d’un « traceur optique » construit à partir d'un système de guidage de tir anti-aérien de la seconde guerre mondiale acheté dans un surplus de l'armée américaine. On y remarque l’influence des travaux d’Oskar Fischinger dans les années 20.


Images : Studio des frères Whitney au début des années 40. https://rhizome.org/editorial/2013/may/9/did-vertigo-introduce-computer-graphics-cinema/


Pour en savoir plus sur le système de tracés de trajectoires conçus par les frères Whitney à partir d'un système de guidage anti aérien des années 40, voir https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/la-ville-à-témoin.


Les Frères Whitney ont réalisé des images animées pour le magnifique générique de Saul Bass pour le film Vertigo d'Hitchcock.

Photographies :

1 John Whitney devant son ordinateur analogique

2 Une image du générique de Vertigo illustrant les tracés obtenus avec le système :

3 Le système de guidage de tirs anti aérien M5 : https://www.diyphotography.net/alfred-hitchcocks-vertigo-possibly-first-movie-use-computer-animation/


Douglas Leigh et le système EPOK


Douglas Leigh a racheté les droits d’un système EPOK inventé par l’autrichien Karl Ullstein. Ce système est un media hybride qui permet de projeter et d’animer image par image des animations sur un écran géant constitué de 4 104 cellules photo-électriques connectées à des tubes de mercure qui magnifiaient l’image et géraient une grille de lampes électriques.


Cet autre ancêtre de l'image pixelisée offrait un affichage géant en extérieur d'images animées.


Les panneaux d’affichages animés du système EPOK ont été inaugurés à New York sur Time Square en 1937 pour de la publicité. Le monde de l’animation l’a rejoint immédiatement.


Image : An example of an early EPOK advertisement for Schaefer Beer animated by Otto Messmer, Times Square in https://www.researchgate.net/publication/337994833_Introduction_to_Animation_and_Advertising/download

Otto Messmer (1896-1983)


Otto Messmer est l’inventeur du célèbre personnage Felix Le chat. Paramount, qui détenait les droits du personnage, a demandé au producteur Pat Sullivan de produire les films afin de conserver Otto Messmer pour la réalisation. Pat Sullivan finit par acquérir les droits en 1922 et Otto Messmer collabora avec lui jusqu’à son décès en 1933.

Photographie : Otto Messmer et Pat Sullivan in https://www.fun-film-talk.com/animation.html


Otto Messmer ne pouvant récupérer les droits, abandonna le cinéma et se consacra exclusivement à l’illustration et la bande dessinée … jusqu’en 1937 où la chance de l’animation tourna.


Douglas Leigh embaucha Otto Messmer pour une fructueuse collaboration qui allait durer 37 ans jusqu’à la retraite d’Otto Messmer en 1973. Messmer a conçu et dirigé des personnages et des graphismes animés pour le « Leigh-EPOK Spectacular » que Leigh décrivait comme un affichage publicitaire sur-dimensionné avec des lampes pour une animation inusitée ». Le mariage d’Otto Messmer et d’EPOK.


Photographie : Otto Messmer discutant avec with Douglas Leigh sur le storyboard d'un affichage d'une séquence animée sur l'Epok.Courtesy Alec la permission de Doris Messmer sur https://www.awn.com/animationworld/electric-felix-man.


On peut voir des animations réalisées par Otto Messmer pour l’Epok :


Où on retrouve ... Norman Mclaren


Un tel système de projection admirable par son gigantisme et fascinant pour les passants ne pouvait être ignoré par Norman Mclaren qui croise à nouveau des pionniers et continue à explorer ces moyens expérimentaux.


En 1961 Norman Mclaren réalise "Welcome to Canada" un film d'animation en noir et blanc de 8 mn sur pellicule 35 mm destiné à promouvoir le tourisme au Canada

New York Lightboard.


Dans ce court métrage d'animation image par image, Norman McLaren anime des symboles linéaires en papier découpé. (cf. https://www.onf.ca/film/new_york_lightboard_fr/ (Pas d'encre sur pellicule ?)).


Destiné à passer en boucle, ce film reprend habillement les codes de l'affichage géant pour se faire succéder des coutres séquences rythmées qui font la promotion des festivals et des activités d'été que l'on peut pratiquer au Canada. Qui d'autre que le maître de la persistance rétinienne dans l'animation depuis Blinkity Blank (cf. 1955 04 Les Cahiers du Cinéma Paragraphe p 54 sur Rencontre avec Guy Coté) pouvait mieux exploiter ce support ?


Les lettres, tout comme dans les génériques de Saul Bass, s'animent après 14 siècles d'immobilité pour devenir des acteurs agiles et joueurs des séquences.

Le cinéma d'animation est dans la rue, le résultat captive et fascine les passants, spectateurs improvisés de la ville dans l'esprit "des journées du cinéma", le gigantisme nord-américain en plus !

Voir le film New York Lightboard Record (1961, 7'), de Norman McLaren, court documentaire sur la réaction des passants sur https://www.onf.ca/film/new_york_lightboard_record_fr/.


Comme le dit si bien une découpe du journal Montréal-Matin du 7 juillet 1961 : « Si les New Yorkais et les millions d’Américain qui visitent la métropole américaine ne connaissent pas les attractions touristiques du Canada, ce ne sera certes pas la faute de l’Office de tourisme du gouvernement canadien. » https://blogue.onf.ca/blogue/2014/01/22/norman-mclaren-times-square-new-york/https://blogue.onf.ca/blogue/2014/01/22/norman-mclaren-times-square-new-york/




Images de New York Lightboard Record sur https://www.onf.ca/film/new_york_lightboard_record_fr/ . ©ONFC-NFBC



Ces pionniers avec leurs systèmes qu'ils soient électroniques, photomécaniques ou calculateurs analogiques ou encore systèmes d'affichage (dont la télévision sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir) ont exploré les voies d'un cinéma expérimental innovant qui nous fait penser aujourd'hui qu'ils étaient déjà prêt 20, 30, 40, 50 ans avant à explorer les possibilités qu'allaient offrir l'informatique et les images numériques.


Mais l'histoire ne faisait que commencer. André Martin a poursuivi dans son article la genèse de la naissance de l'image numérique ....


La suite bientôt dans une deuxième partie de cette histoire passionnante ...


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