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136 - Annecy 2026 : Blinkity Kōji

Photo du rédacteur: Clément Martin
Clément Martin
il y a 13 heures
7 min de lecture
Haru no Umi (春の海, « La Mer au printemps »)  de Kōji Yamamura - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura
Haru no Umi (春の海, « La Mer au printemps ») de Kōji Yamamura - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura

Le festival d'Annecy 2026 s'est achevé après une semaine de rencontres, de projections, d'expositions et d'émotions. Il y a toujours des films qui marquent par leur esthétisme que seul le cinéma d'animation peut nous offrir grâce à la magie de l'image par image.

"Haru no Umi", du réalisateur Kōji Yamamura fait partie de ceux-ci et voici pourquoi.



Haru no Umi (春の海, « La Mer au printemps ») Court-métrage d’animation | 2025 | Japon | 7'45''


Réalisé et animé par Kōji Yamamura

Musique : Haru no Umi (La Mer au printemps)

Compositeur : Michio Miyagi

Interprétation de la musique : Violon : Kazuki Sawa Koto : Masateru Ando


Une œuvre poétique qui s'ancre dans la tradition


Au delà des qualités plastiques du film et de son animation, ce film est une  œuvre qui s'ancre dans la tradition artistique et culturelle japonaise, ce qui lui confère une force intérieure qui embarque le spectateur dans un mouvement apaisant et contemplatif.


Il est inspiré de la mer intérieure de Seto, une mer calme mais aux légendes plus mouvementées. Cette mer fait l'objet de mythes et légendes avec des créatures surnaturelles souvent terrifiantes : les yôkai (妖怪).

Mais rassurez-vous il n'y a point de monstre ou de spectre dans le film, celui-ci nous offre au contraire une mer paisible. :-)


Les scènes s'inspirent du style de la peinture "sumi-e". Cet Art à l'encre noir en lavis exprime la réalité en la réduisant à des formes pures et essentielles. Quelques touches de couleurs peuvent venir parfois compléter le tableau. Les paysages sont un sujet de prédilection de cet Art.


La musique du film fait également appel à la tradition avec une version pour violon de la pièce pour koto « Haru no Umi » composée en 1929 par le joueur de koto et compositeur japonais Michio Miyagi.


Michio Miyagi compositeur, professeur de musique, joueur de koto (instrument de musique à cordes pincées utilisé en musique japonaise traditionnelle) - Source image et texte : https://www.nautiljon.com/people/miyagi+michio.html
Michio Miyagi compositeur, professeur de musique, joueur de koto (instrument de musique à cordes pincées utilisé en musique japonaise traditionnelle) - Source image et texte : https://www.nautiljon.com/people/miyagi+michio.html

Où le mouvement transcende les arts.


Cet ensemble graphique et musical nous entraine dans un doux mouvement empli de simplicité pour profiter d'un instant présent à fleur d'eau. Le cinéma d'animation et son Maître Kōji Yamamura transcende ces arts par le mouvement.


Des représentations de mouvements aquatiques évoquent la poésie de l'eau :

  • Ceux d'une barque et de sa rame réduite à une signature abstraite qui progresse sur l'eau.

  • Ceux de l'eau qui nous offre des tableaux abstraits animés.


Où  la barque en mouvement est réduite à un motif abstrait, caligraphique dans son mouvement sur l'eau. - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura
Où la barque en mouvement est réduite à un motif abstrait, caligraphique dans son mouvement sur l'eau. - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura
Où chaque image  du mouvement de l'eau  devient un Tableau abstrait. - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura
Où chaque image du mouvement de l'eau devient un Tableau abstrait. - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura

Les airs côtoient l'eau avec un vol d'oiseau pour nous offrir un paysage où les éléments sont en osmose.


Vol d'oiseau - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura
Vol d'oiseau - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura

Le synchronisme : un rapport précis entre l'image par image et la musique.


Lors de la cérémonie d'ouverture du festival d'Hiroshima (HAS) du 19 août, les organisateurs ont présenté un concert mêlant interprétation en direct, animation et IA autour de l'œuvre du réalisateur Koji Yamamura, Haru no Umi (La mer au printemps).

Grâce au système de synchronisation d'images IA, l'animation a été projetée en suivant le tempo et le rythme de l'interprétation en direct.

Le système a servi ici à compenser de légers décalages dus à l'interprétation afin de conserver le synchronisme des images et du son.


Le violon a été interprété par Maya Kai, et le koto par Tomoko Kiara. source image https://x.com/ https://pbs.twimg.com/media/HR50kTvaoAAi6jR?format=jpg&name=4096x4096
Le violon a été interprété par Maya Kai, et le koto par Tomoko Kiara. source image https://x.com/ https://pbs.twimg.com/media/HR50kTvaoAAi6jR?format=jpg&name=4096x4096

Blinkity Kōji


Au delà de la douceur de l'envoutement contemplatif qui s'empare du spectateur, cette poésie aquatique avec ses vibrations graphiques se jouant des frontières de la figuration et de l'abstraction au rythme des sons, on ne peut s'empêcher de penser à Norman McLaren, Grand Maître écossais de l'animation expérimentale et de l'image par image si cher à André Martin. Norman McLaren a passé plusieurs décennies à l'Office National du Film du Canada à expérimenter une profusion de techniques d'animation image par image. Bien loin d'une chanson traditionnelle québécoise sur un canoë (1) ou d'un film gravé directement sur la pellicule sur un morceau de jazz (2), on est saisi par le rapport à la musique, le synchronisme et les jeux de formes que nous propose Kōji Yamamura.


C'est en échangeant avec  Kōji Yamamura pour la préparation de cet article dont je lui avais confié le projet, que j'ai découvert que mes impressions "McLareniènes" que m'avaient suscitées "Haru no Umi" n'était pas seulement une "coquetterie" d'amateur de cinéma d'animation. Celles-ci étaient totalement alignées sur l'intérêt du réalisateur qui m'a confié de son attention marquée pour "la musique visuelle" et le travail de Norman McLaren qu'il a exploré pendant plusieurs décennies !


Kōji Yamamura et Clément Martin. C'est la séance de cloture du festival d'Annecy que j'ai rencontré le réalisateur et que je lui ai confié de faire un article sur "Haru no Umi" et Norman McLaren. Photo souvenir Clément Martin
Kōji Yamamura et Clément Martin. C'est la séance de cloture du festival d'Annecy que j'ai rencontré le réalisateur et que je lui ai confié de faire un article sur "Haru no Umi" et Norman McLaren. Photo souvenir Clément Martin

Au delà même de cet intérêt marqué,  Kōji Yamamura a réalisé plusieurs courts-métrages qui rendent hommage à Norman McLaren.


Les Cordes de Muybridge Kōji Yamamura 2011 - ONF-NHK- Polygon pictures


Dès 2011 Kōji Yamamura fait référence à McLaren dans "Les cordes de Muybridge" et son travail sur la forme musicale du canon en utilisant les formes d'un canon de Bach.

Le film est une réflexion poétique et surréaliste sur le temps qui passe. Il fusionne :

  • la vie Eadweard Muybridge avec les références à ses travaux sur la chronophotographie (dans le sillage du Français Etienne-Jules Marey :-) ),

  • et les pensées d'une mère qui voit sa fille grandir et lui échapper.


La montre symbole du temps  récurrent dans le film.   - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura - copyright 2011 National Film Board of Canada / NHK / Polygon Pictures
La montre symbole du temps récurrent dans le film.  - Photogramme avec Permission de  Kōji Yamamura - copyright 2011 National Film Board of Canada / NHK / Polygon Pictures
Autre symbole du film les mains de la mère et de la fille illustre l'éloignement progressif. Image Kōji Yamamura
Autre symbole du film les mains de la mère et de la fille illustre l'éloignement progressif. Image Kōji Yamamura

Le film s'appuie sur le canon de Jean-Sébastien Bach "Crabe" (1747) et les arrangements de Norman Roger en echo à sa forme très mathématique où le thème est joué à l'envers à l'endroit puis ensemble. La structure formelle du canon s'apparente à un ruban de Moebius comme l'explique de manière imagée et pédagogique le film suivant :



Kōji Yamamura joue avec cette forme :

  • dans le mouvement (marche avant, arrière, montée descente),

  • dans les décors escaliers paradoxales à la Maurits Cornelis Escher,

  • dans le temps avec des retour arrières,

le tout en alternant, visiblement avec jubilation, l'histoire de Muybridge et de la mère et sa fille.




Le travail de Norman McLaren sur les rapports entre le son, la musique et l'image l'a naturellement obligé à ce pencher sur les formes musicales comme en témoigne la série d'articles parus dans les années 60 dans le JMC Musical Chronicle;


Un exemple de la série de Norman McLaren sur les formes musicales : 1960 06 JMC Musical Chronicle Vol 3 No 6  Etude graphique de la forme musicale de la fugue Par McLaren sur des textes de Marthe Blackburn. - Image collection Geneviève et André Martin
Un exemple de la série de Norman McLaren sur les formes musicales : 1960 06 JMC Musical Chronicle Vol 3 No 6 Etude graphique de la forme musicale de la fugue Par McLaren sur des textes de Marthe Blackburn. - Image collection Geneviève et André Martin

Nul doute que la coopération de Kōji Yamamura avec l'Office National du Film du Canada a amplifié cette influence de McLaren sur le réalisateur. On va retrouver cette influence par la suite.


Five Fire fish (2013)


Le premier film de Kōji Yamamura en hommage à McLaren a été réalisé sur l'application Ipad de l'ONF : "l'Atelier McLaren". Dans ce film en noir et blanc, textes, éléments figuratifs et formes abstraites se succèdent dans des mouvements qui accompagnent musique et bruitages. Le film rappelle "free radicals" de Len Lye (1958).



"Begone Bell Care"


"Begon Bell Care" est un court-métrage de Kōji Yamamura co-produit avec l'Office National du Film en hommage à Norman Mclaren et son film "Begone Dull Care" à l'occasion du centenaire de sa naissance. Pour réaliser cet hommage  Kōji Yamamura a collaboré avec sa femme, l'artiste peintre, abstraite Sanae Yamamura, pour explorer et reproduire la méthode de travail collaborative de Norman McLaren et Evelyn Lambart.

Les artistes ont peint directement sur de longs rouleaux de papier , créant une œuvre de musique visuelle inspirée du film de Norman McLaren utilisant des musiques du films ainsi que de nouveaux enregistrements sonores.


Evelyn Lambart et McLaren collabore sur Begone Dull Care - 1949 . Photo ONF - Collection Geneviève et André Martin
Evelyn Lambart et McLaren collabore sur Begone Dull Care - 1949 . Photo ONF - Collection Geneviève et André Martin



On peut voir"Begon Bell Care" de Kōji Yamamura 2014 sur https://vimeo.com/98246737


On peut voir Begon Dull Care (Caprices en couleurs) de Norman McLaren 1949 sur https://www.youtube.com/watch?v=RAodHvSdUnk




Le synchronisme : un rapport précis entre l'image par image et la musique.


Oscar Peterson a joué à Montréal à l'Esquire Show Bar, Norman McLaren l'a rencontré afin qu'ils collaborent pour lé réalisation de "Begon Dull Care" . Il a fallu modifier l'interprétation d'Oscar Peterson qui avait improvisé à la suite des premières séances de travail désynchronisant ainsi le son et l'image. Après ces compromis chaque artiste était satisfait du résultat. (3)


Blinkity Kōji


Mon sentiment en regardant "Haru no Umi" (春の海, « La Mer au printemps ») était exacte, Kōji Yamamura a été fortement influencé par Norman McLaren dans l'exploration des rapports de l'image et du son dans le cinéma image par image. Cette influence nous offre avec "Haru no Umi" une promenade à fleur d'eau où la lumière, les éléments, le mouvement et la faune dialoguent avec la musique aux frontières de l'abstraction.


Merci à "Blinkity" Kōji (4) pour son aide pour l'écriture de cet article.




(1) "C'est l'aviron" - Norman McLaren 1944 voir sur https://www.youtube.com/watch?v=4XAnOL8DKIs


(2) "Begone dull care"  Norman McLaren 1949 voir sur https://www.youtube.com/watch?v=svD0CWVjYRY&list=RDsvD0CWVjYRY&start_radio=1


(3) voir "Séquences" Revue de cinéma Octobre 1975, numéro 82


(4) Référence à "Blinkity Blank" de Norman McLaren 1955


 
 
 

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