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  • Photo du rédacteurClément Martin

Genèse du festival d'Annecy 3 : Des journées Internationales pour le Cinéma d'animation.

Dernière mise à jour : 28 févr. 2023

1955 est l'année du début de l'internationalisation des activités de l'Association Française pour la Diffusion du Cinéma. En octobre Brigitte Auber, Jean Delannoy et Serge Reggiani se rendent en à Prague en Tchécoslovaquie pour les journées du Film Français. André Martin, Pierre Barbin se joignent à la délégation française. Ces journées du film français ont aussi permis des déplacements en bohème et Slovaquie pour "se familiariser avec toutes les branches du film d'état tchécoslovaque". Pour André Martin cette manifestation est l'occasion de rencontrer Jiri Trnka et les autres maîtres du cinéma d'animation Tchécoslovaque. Ces prises de contacts ne vont pas tarder à se concrétiser, l'association a comme projet avancé d'organiser les premières "Journées Internationales du Cinéma d'Animation" à Cannes en 1956.

Photographies Collection Geneviève et André Martin :

Page d'une revue culturelle de la Tchécoslovaquie à destination des Français relatant la venue de la délégation française des Journées du Film Français.

André Martin, Pierre Barbin, Jean Delannoy, Serge Reggiani,, X, Y, Brigitte Auber, Z.




1956 Première Journées Internationales du Cinéma d'Animation

"Ce qui n'est pas imaginé n'existe pas"

Comme souvent dans toute entreprise innovante, ces premières journées du cinéma d'animation ont fait douter leurs organisateurs jusqu'au bout.

Certes les invitations furent lancées "ne manquant jamais de prédire l'importance future de cette mémorable rencontre" mais il a fallu le tout dernier moment pour que de bonnes nouvelles se confirment et que Zeman, Alexeieff, Trnka, Hofman et Botsutow et que leurs films arrivent bien." « Jusqu’à présent les rencontres entre réalisateurs de différents pays ne pouvaient être qu’accidentelles, privées et unitaires, survenues à l’occasion de voyages entrepris pour d’autres films. Ces premières journées internationales du cinéma d’animation ont marqué la fin de ces contacts accidentels et préparé des relations permanentes ».


Une photographie connue qui appartient désormais au patrimoine du cinéma d'animation rassemble les participants des premières JICA. Défense de fumer ! :-)

Photographie collection Geneviève et André Martin : Atamanov - Imanov Vano - Karl Zeman - Jiri Trnka - Eduard Hoffman - Paul Grimault - Alexandre Alexeieff - Claire Parker - Henri Grule - Pierre Barbin - André Martin- Jean Jabely - La femme qui tend le micro restera-t-elle inconnue ?


André Martin a préparé pour l'occasion avec Michel Boschet une belle brochure à la gloire du cinéma d'animation et de son exposition. L'exposition est un succès. Un  contributeur a même regretté de ne pas avoir avoir apporté des  documents "plus importants" tant l'exposition était riche en volume et en qualité. 

Collection Geneviève et André Martin : Brochure présentant l'exposition des premières JICA


Cette première voit la rencontre heureuse en pleine guerre froide des créateurs russes, tchécoslovaques, américains, français qui échangent ravis sur la création animée. Henry Moret et Georges Gondran du Ciné-club d'Annecy sont présents à ces premières JICA et participent à cette fête de l'animation.


Ces journées ont présenté un copieux et magnifique programme qui laisse rêveur de 60 films d’animation, inédits ou classiques indiscutables, sur 6 journées du 25 avril au 1er mai. Des films qui couvrent un impressionnant panorama des techniques et impose l’existence d’un autre cinéma, le cinéma d’animation. On ne résiste pas à s'attarder sur quelques films de ce mythique et pantagruélique programme.

Collection Geneviève et André Martin 1ere page du programme des JICA.


Première journée : Evolution du dessin

La première journée est consacrée à l’évolution du dessin dans le cinéma d’animation.


Rooty Toot Toot de John Hubley (1951) - UPA- USA-7mn.

Le magnifique Rooty Toot Toot qui « accumule les modernismes graphiques ».


visionner le film sur https://www.youtube.com/watch?v=EE8_ddz0XvI


Les spectateurs peuvent également apprécié le très beaux L’amour et le dirigeable de Jiri Brdecka (1946, Couleur, Tchécoslovaquie) aux remarquables dessins de Kamil Lhotak. On aimerait bien le voir ...

Collection Geneviève et André Martin : L’amour et le dirigeable de Jiri Brdecka (1946, Couleur)


Huff and Puff de Grant Munro ONF 1955

Film réalisé pour l’armée canadienne, Huff and Puff » décrit les dangers de l’hyperventilation pour les pilotes. « Ce film a fait rire l’impassible Trnka. » Dommage, on ne le trouve pas sur le site de l'ONF.


Deuxième journée : l’évolution du rythme

Parmi les films projetés on retrouve :


C’est l’aviron de Norman McLaren (1945) où grâce aux travelling enchaînés par surimpression, Norman McLaren obtient un mouvement continu accentué par le balancement.

Photographie ONF

Voir le film sur https://www.onf.ca/film/cest_laviron/


Le diable à ressort de Jiri Trnka (1946).

Ce film qui exorcise l’occupation nazi, tout juste terminée, est à ranger dans l’histoire des super-héros au côté de Captain America ! Il utilise toute la gamme des effets rythmiques. « A sa sortie ce film apparut comme le premier manifeste de toutes les possibilités rythmiques jusqu’alors ignorées par le cinéma d’animation » (Programme des premières JICA).

Collection Geneviève et André Martin : Le diable à ressort de Jiri Trnka (1946)


On ne pouvait pas parler du rythme sans projeter Blinkity Blank de Norman McLaren (1954) palme d'or du court-métrage en 1955 .

« Faut-il raconter la fantastique rencontre d’oiseaux et de masques que l’on croit voir dans « Blinkity Blank », ou bien convier les spectateurs à un simple feu d’artifice, ou encore, lui annoncer un poème sexuel ? Mieux vaut s’en tenir à l’émouvant spectacle d’une pensée directrice subtile utilisant au maximum les principes de construction image par image. »

Image : https://twitter.com/Toadette_IAD/status/906965090058076160/photo/3


Troisième journée : l’évolution du sujet


Le cinéma d’animation est trop souvent relégué dans le « domaine de la nursery » où triomphe le cartoon américain, « le style chat et souris ». Cette séance consacrée à l’évolution du sujet montre « que le cinéma d’animation peut recourir à toutes les ressources d’une vision personnelle du monde, atteindre la satyre aigüe, annexer le lyrisme ou le tragique. »


Le millionnaire qui vola le soleil (Zdenek Miler, Tchécoslovaquie, 1948 )

nous offre une animation discontinue par groupe de six à dix images, ce qui crée des mouvements par changements brusque de plans successifs. « Cette économie d’intervalles a permis à Zdenek Miler de réaliser lui-même toutes les phases et de conserver ainsi au dessin et au trait une personnalité rarement préservée. Miler atteint un extraordinaire pathétique sociale dont le tragique peut être rapproché de l’œuvre de Bartosch." Incontestablement un chef d’œuvre du graphisme individuel animé ».

Collection Geneviève et André Martin : Le millionaire qui vola le soleil - Zdenek Miler.


Animal Farm John Halas et Joy Batchelor (1955) d’après le roman de George Orwell 1934.


A Short Vision Joan et Peter Foldes GB 1955

Sombre film et sujet grave qui selon la technique du pastel enchaîné nous montre les tragiques métamorphoses de la mort atomique, sujet d’angoisse de l’époque, en pleine guerre froide et course à l’armement atomique.

Image : https://www.senscritique.com/film/A_Short_Vision/13053528

Pour plus d'histoire sur ce film voir blog : https://clementmartin75.wixsite.com/cinemadanimation/post/enfin-adulte-le-cinéma-d-animation.


Quatrième journée : recherche de la matière et découpage animé

Elle cette fois consacrée à la recherche de la matière et au découpage animé.


On y retrouve McLaren avec Phantasy (1952) animation d’objets en feuilles de métal découpées et Alouette (1944) film en éléments découpés qui annonce le film Rythmetic.


Photographie : Alouette - https://www.fandor.com/films/alouette


L’Office National du Film du Canada est encore représentée par Cadet Rousselle de George Dunning et Collin Low (1946) également réalisé avec des feuilles de métal découpées.

photographie : https://www.youtube.com/watch?v=hDWLMiI-hMw


On y voit aussi deux films de Jiri Trnka dont Le joyeux cirque (1951).

Trnka et son équipe y utilise l’animation de papier découpé, que Trnka ne pratique que très rarement.

Photographie : https://www.awn.com/news/animation-breakdown-returns-greatest-shorts-earth

A voir sur https://www.youtube.com/watch?v=D-ZT740sJZU avec deux autres films de Trnka.


D’autres films montrent l’utilisation de la transparence.

La baleine de Noburo Ofuji (1952) Japon

Ce film utilise des fragments de cellophane de couleur afin d’obtenir, en mouvement, la transparence multicolore des lanternes japonaises.



L’idée de Berthold Bartosch France 1934

Berthold Bartosch a placé des personnages plats , formés d’éléments séparés sur un système multi plan formé de trois étages de verre progressivement dépoli qui éclairés par dessous plonge le décor dans cet univers glauque et sombre, métaphore de l’idée.

Photographie collection Geneviève et André Martin : L’idée de Berthold Bartosch


Cinquième journée : recherche de la matière et économies de moyens


Cette cinquième journée ne lésine par sur les moyens avec un copieux programme dans lequel on trouve notamment les films suivants.

Ombrelle et Parapluie de Pierre Tarcali (1956)

Les Personnages simplement tracés contrastent avec les décors dessinés à la plume qui restent un peu estompés donnent un effet de matière séduisant.

Photographie collection Geneviève et André Martin


Films réalisés par Claire Parker et Alexandre Alexeieff

Deux films réalisés avec « l’écran d’épingle » inventé par les auteurs et qui permet de réaliser des gravures animées :

La nuit sur mont chauve 1933


En Passant 1944

Photographie collection Geneviève et André Martin


Sève de la terre 1955

Trois autres films d’Alexeieff sont projetés dont le tout récent Sève de la terre, film de commande pour Esso.

Photographie collection Geneviève et André Martin : Alexandre Alexeieff et Claire Parker Tournage de Sève de la terre.

Colour Box Len Lye 1934

« Un des premiers films réalisé sans caméra par dessin et coloration directe sur la pellicule. Les motifs sont dessinés d’une façon continue sans que soient marquées les séparations des images. L’animation devient ici pleinement un art de composition du mouvement. »


Sixième journée : l’animation tri-dimensionnelle

Objets modifiés imagée par image


Two Bagatelles Norman McLaren 1952

« La prise de vue image par image de personnages vivants … permet d’obtenir des raccourcis, des élans et de s mouvements totalement irréels. ». Ce film permet de voir Grant Munroe s’animer lui-même !

Photographie :

collection Geneviève et André Martin : Tournage de Two Bagatelles

Two Bagatelles : http://lafilledecorinthe.com/wordpress/mot-clef/passer-a-travers-les-murs/


Les Voisins Norman McLaren 1953

Il n’était pas possible de présenter des films avec prises de vues image par image sans présenter ce chef d’œuvre que sont les voisins. Remarquable mise en oeuvre des moyens d’animation pour au service d’une construction et d’une progression dramatique.

Photographies :

collection Geneviève et André Martin : Tournage des voisins - Norman McLaren déplace les objets … pour la prochaine image

Les Voisins : https://flatpackfestival.org.uk/event/norman-mclaren-shorts-2

Films de marionnettes image par image.

Les films de marionnettes filmés image par image était représentés entre autre par "le chapiteau sous les étoiles" de Wlodzimiertz Haupe ( Cyrk Pologne 1954) dont « l’animation et l’humour ont une sureté calme qui se rapproche de Jiri Trnka. »


Photographies : collection Geneviève et André Martin


Un avant et un après

André Martin rend compte de cette première dans le no 60 des cahiers du cinéma. Outre les frayeurs inhérentes à l'organisation de tout festival, cette première n'était pas gagnée d'avance ! Regrouper en pleine guerre froide des artistes américains, russes, tchécoslovaques et d'autres constituait un vrai défi même si, ici ou là, la motivation officielle pour la  propagande du meilleur des mondes de la culture a aidé. Nouveau succès, c'est par la culture et ici par le cinéma d'animation que les peuples se rencontrent stupéfaits de leur proximité dans leur passion commune. Ces premières JICA marquent le passage "d'un avant et un après" pour le Cinéma d'Animation. Les créateurs du monde de l'animation sont entrés en relations grâce première JICA... Ils ne se quitteront plus.





Collection Geneviève et André Martin :

Couverture du no 60 des Cahiers du cinéma et première page de l'article d'André Martin sur les JICA.

Rencontre et Discussion entre Steve Bosustow, Paul Grimault, Alexandre Alexeieff et Jiri Trnka.



La suite au prochaine épisode, La genèse d'Annecy 4: "Les deuxièmes journées Internationales pour le Cinéma d'animation".


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