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  • Photo du rédacteurClément Martin

Enfin adulte, le cinéma d'animation ?

Dernière mise à jour : 7 janv. 2020

Naissance de Blink Blank

Le no 1 de la revue du film d'animation Blink Blank vient de paraître ouvrant une nouvelle fenêtre sur le Cinéma d'Animation. Cette magnifique revue nous offre un parcours sur les oeuvres récentes, les témoignages des créateurs et des acteurs du domaine, de l'histoire de ce cinéma image par image.





Article de Sébastien Denis

Parmi les nombreux articles de ce numéro, Sébastien Denis consacre quelques pages sur le cinéma d'animation destiné aux adultes. "On lit dans la presse que le cinéma d'animation deviendrait adulte" grâce aux sorties à succès qui ont eu lieu depuis 2015 et qui célèbrent une vivacité du cinéma d'animation à générer des oeuvres à part entière vue par un large public. Mais Sébastien Denis rappelle qu'il y a eu toujours une distinction entre les films de "divertissement" et films "sérieux". Des critiques comme André Martin se sont efforcés de valoriser les second. Il nous dresse un panorama de ces films passés ou présents qui illuminent l'histoire du Cinéma Image par Image.


Des journées pour le Cinéma d'Animation

En ce début 2020, qui va célébrer les 60 ans du Festival d'Annecy, je ne résiste pas au plaisir de revenir sur les premières Journées Internationales du Cinéma d'Animation ancêtre du Festival d'Annecy. Il y a maintenant prêt de 64 ans, une journée de projections était consacrée à ce "cinéma adulte".

Document : Collection Geneviève et André Martin.


Organisés par André Martin, Michel Boschet et Pierre Barbin, ces premières JICA ont rassemblé pour la première fois des artistes du monde entier de l'Animation. En pleine guerre froide, ont retrouvait des russes, des tchécoslovaques, des américains, des hongrois, des français et beaucoup d'autres unis autour d'une même passion : le cinéma d'animation.


Ce "qui n'est pas imaginé n'existe pas" (cf. Un Match Extraordinaire Article d'André Martin dans les Cahiers du Cinéma No 60 p 21).

Nos trois compères ont imaginé ces journées et ces premières JICA connurent un grand succès.


Henry Moret et et Georges Gondran du Ciné-club d'Annecy et initiateurs de la tenue des JICA à Annecy étaient présents à ces premières JICA.


Ces journées ont présenté un copieux et magnifique programme de 60 films d’animation inédits ou classiques indiscutables, sur 6 journées du 25 avril au 1er mai. Ce programme a présenté un impressionnant panorama des techniques et impose l’existence d’un autre cinéma, le Cinéma d’Animation.


Une journée pour le "Cinéma d'Animation adulte"

André Martin, dans ses articles et dans les manifestations qu'il organisait n'avait de cesse de promouvoir le cinéma d'animation comme un domaine de création pure qui n'était pas réservé aux dessins animés pour enfant.

Le Cinéma d’Animation était trop souvent relégué dans le « domaine de la nursery » où triomphe le cartoon américain, « le style chat et souris ». Cette 3e séance consacrée à "l’évolution du sujet" était destiné à montrer que le cinéma d’animation peut recourir à toutes les ressources d’une vision personnelle du monde, atteindre la satyre aigüe, annexer le lyrisme ou le tragique. »


Afin de vérifier que le Cinéma d'Animation est adulte depuis longtemps même si c'est un adulte parfois discret, revenons sur trois des huit films projetés dans cette journée en partant d'un document de l'époque sur ces premières journées récapitulant et présentant les films projetés qui illustre l'inlassable propagande de l'équipe des JICA pour promouvoir ce cinéma de création, un cinéma qui n'est pas toujours destiné aux enfants ...


Document : Collection Geneviève et André Martin.


Le millionaire qui vola le soleil (Zdenek Miler, Tchécoslovaquie, 1948 ),

nous offre une animation discontinue par groupe de six à dix images, ce qui crée des mouvements par changements brusque de plans successifs. « Cette économie d’intervalles a permis à Zdenek Miler de réaliser lui-même toutes les phases et de conserver ainsi au dessin et au trait une personnalité rarement préservée. Miler atteint un extraordinaire pathétique sociale dont le tragique peut être rapproché de l’oeuvre de Bartosch. « incontestablement un chef d’oeuvre du graphisme individuel animé ».

Photographie : Collection Geneviève et André Martin.


Animal Farm John Halas et Joy Batchelor (1955) d’après le roman de George Orwell 1934.

Animal Farm est le premier long métrage britannique d’animation qui fût distribué en salles. « Bien qu’utilisant les animaux chers aux « Silly Symphonies » de Walt Disney , Animal Farm illustre les problèmes posés par les révolutions trahies. C’est le premier dessin animé politique de long métrage. » Le film, critique du stalinisme, fut financé par la CIA. Comme ce film comportait des scènes violentes n’étaient pas du tout destiné aux enfants, il fût même interdit aux moins de 18 ans.




A Short Vision Joan et Peter Foldes GB 1955

Sombre film et sujet grave qui selon la technique du pastel enchaîné nous montre les tragiques métamorphoses de la mort atomique, sujet d’angoisse de l’époque, en pleine guerre froide et course à l’armement atomique.


Le 27 mai 1956, Le court-métrage est projeté à des millions d’américains dans le célèbre et très suivi « Ed Sullivan show ».


Sullivan introduit le film ainsi :

« Just last week you read about the H-bomb being dropped. Now two great English writers, two very imaginative writers — I’m gonna tell you if you have youngsters in the living room tell them not to be alarmed at this ‘cause it’s a fantasy, the whole thing is animated — but two English writers, Joan and Peter Foldes, wrote a thing which they called "A Short Vision" in which they wondered what might happen to the animal population of the world if an H-bomb were dropped. It’s produced by George K. Arthur and I’d like you to see it. It is grim, but I think we can all stand it to realize that in war there is no winner. » (cf. http://www.openculture.com/2015/10/a-short-vision.html)


Il rappelle qu’il n’y a pas de gagnant dans ce type de guerre dans un contexte socio-politique plus que belliqueux avec des phases passées ou à venir de grandes tensions. Le film montrant les métamorphoses funestes de la mort nucléaire sur une famille impressionne les télé-spectateurs de ce show de variété grand public.

Photographie : Fondu sur Ed Sullivan sur le titre de fin de A SHORT VISION in


André Martin militait pour que le cinéma d’animation « sorte des nursery ». Quelques jours à peine après ces 1ère JICA, et cette troisième journée consacrée à l’animation comme support adulte à une vision personnelle du monde, il a été servi ! Un film d’animation déclenchait une polémique à l’échelle du continent américain. Pour certains ce court-métrage était sept minutes de terreur, pour d’autres le plus beau morceau de propagande anti-guerre jamais vu.


L’émoi populaire et médiatique fut tel que Ed Sullivan repassa le court métrage dans son émission du 10 juin 1956 en prenant bien soin cette fois ci d’avertir que ce film n’était pas destiné au jeune public. Le Cinéma d’Animation a montré dès 1956 le caractère puissant de ses créations avec une audience exceptionnelle.



Finalement on peut se demander si le Cinéma d'Animation n'est pas comme tous les cinéma.

Des oeuvres remarquables peuvent rester confidentielles, des oeuvres au caractère plus industriel et manquant parfois d'originalité peuvent abreuver un large public et parfois les deux se rencontrent sur d'improbables alibis et le cinéma d'Animation devient adulte.


Voilà une bonne raison pour remercier l'équipe de Blink Blank pour la création de cette revue et pour lui souhaiter une très longue vie !


Blink Blank qui va contribuer à faire grandir le Cinéma d'Animation. ;-)



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