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  • Photo du rédacteurClément Martin

Les chiffres, ces êtres fragiles qui disent ce que l'on veut pourvu qu'on les torture bien.

Dernière mise à jour : 9 mai 2023

En 1982, André Martin nous annonçait que "l'informatique sera visuelle où ne sera pas". (cf. « le monde contemporain » France Culture mars 1982 - émission de radio consacrée au festival de télévision de Monte-Carlo).


Quatre décennies plus tard, des puissances démesurées, capables de représenter graphiquement notre monde et ses flux, sont nées grâce au développement informatique du traitement de la donnée qui, avec la multiplications des capteurs d'informations, permet de remplir "de gigantesques lacs de données" plus ou moins anonymes…



Average happiness


Un court métrage où de sérieux tableaux de bords s'animent pour construire de nouvelles structures.

  • Court-métrage expérimental en animation 2D

  • Ecrit et réalisé par Maja Gehrig

  • Animation : Maja Gehrig

  • Compositing : Stefan Holaus

  • Conception sonore : Peter Bräker

  • Musique : Joy Frempong

  • Producteur Langfilm

  • Distribution : Miyu Distribution

  • Suisse

  • 2019

  • 7 minutes


Le nouveau monde de la donnée


On ne peut plus se passer de ces masses de données et de leurs traitements pour comprendre la réalité, nos comportements, le passé, le futur proche ou éloigné .


Chaque seconde, 29.000 Gigaoctets (Go) d'informations sont publiés dans le monde, soit 2,5 exaoctets par jour soit 912,5 exaoctets par an. (voir https://www.planetoscope.com/Internet-/1523-.html). Un volume de "big data" qui croît à une vitesse vertigineuse et donne naissance à de nouveaux types de représentations statistiques.

Peu importe, à ce stade, qu'on puisse suivre notre vie au mètre prêt pour en user à des fins plus ou moins louables, la vie privée est aujourd'hui terminée. L'espace de l'information pourra probablement  être régulé comme l'ont été en leur temps l'espace terrestre, maritime ou aérien mais ... cela reste en devenir !


Les systèmes d'informations règnent en maître sur la sociologie, les pandémies, les guerres, notre consommation, notre production, notre avenir jusqu'à notre propre compréhension individuelle. De quoi parfois être étourdi par "ces danses de données" quasi oniriques.


Percevoir ce nouveau monde


André Martin avait vu juste l'informatique est devenue graphique.


Il fallait bien qu'un artiste s'empare de ce vertige visuel pour en exprimer la complexité et la folle

ampleur en images animées.


Maja Gehrig l'a fait avec réussite dans son étonnant court-métrage qui exprime avec puissance :

  • la vibration jouissive de ce nouveau pouvoir de la donnée,

  • et surtout les métamorphoses de ces êtres construits de données corrélées qui en font des êtres à part entière avec leurs affirmations, leurs conclusions obligatoires, leurs réalités.


La réalisatrice Maja Gehrig in https://www.shortoftheweek.com/2022/04/21/average-happiness/


Le cinéma d'animation permet de d'illustrer, de montrer, voire de démontrer ces métamorphoses, ces mutations. Une fois de plus, il nous avertit, nous sollicite, nous alerte en nous offrant un spectacle stupéfiant, onirique, prémonitoire :

  • les histogrammes deviennent des paysages sauvages ou urbains, d'improbables immeubles, des montagnes à gravir,

  • les "camemberts" deviennent de curieux soleils,

Les représentations des données deviennent des architectures où se meuvent de curieux appendices et d'inquiétants mollusques.

Où la nuit tombe sur des cités de données, port improbable avec ses mâts ses reflets dans l'eau calme.


Ce court-métrage exprime avec justesse cet univers de la données avec ces êtres, ses paysages, ses monstres hors de contrôle que nous créons sans mesure quotidiennement pour permettre ainsi à quelques entreprises de se développer dans les limites jamais atteintes. (On ne va pas critiquer ceux qui nous permettent de diffuser nos publications mais ...).


Image : Average happiness in https://mubi.com/fr/films/average-happiness

Où de curieux "data-mollusques" peu rassurants se meuvent dans des forêts de pyramides de données.


Au-delà de la poésie de ces paysages et de ses villes et de ces êtres mutants autant de métaphores qui expriment la vie propre de "tous ces chiffres" qui nous échappent, on trouve aussi dans ce film des compositions abstraites animées qui nous enveloppent en échos des œuvres historiques du cinéma d'animation expérimental et de la peinture abstraite .


Image : Average happiness in https://www.filmsprung.ch/?p=8600 .


On retrouve dans ces tableaux abstraits une belle filiation avec des pionniers du cinéma d'animation expérimentale des années 20-30 comme  Oskar Fischinger dans les années 1920-1930 dont la contribution majeur au cinéma non-figuratif n'est plus à démontrer.


Image : Oskar Fischinger - Composition in Blue, 1935, © Center for Visual Music


1927, Germany, 16mm, b/w & colour, silent, 7 min. Oskar Fischinger Reconstructed by William Moritz.in https://em-arts.org/en/independent-films/r1-ein-formspiel



On y trouve aussi un lien fort avec les premiers peintres abstraits qui voulaient se détacher de la réalité pour mieux l'exprimer dans des constructions nouvelles. On pense à certaines peintures de Frantisek Kupka dans les années 1910 et sa recherche d'architectures non-figuratives.

1911-1912 "arrangement_of_vertical_lines" de Frantisek Kupka


Image : Frantisek Kupka La Cathédrale Katedrala 1912 in https://www.etsy.com/fr/listing/969147300/frantisek-kupka-la-cathedrale-katedrala


Oui, Les chiffres, sont des êtres fragiles qui disent ce que l'on veut pourvu qu'on les torture bien.


Maja Gehrig en a "torturé" à son tour les représentations graphiques qui permettent aux chiffres de tout avouer. Elle nous livre une magnifique métaphore de la puissance mal contrôlée que nous offrent les données de notre monde.


Elle nous propose des formes envahissantes, des monstres autonomes en mutation qui se reproduisent dans ces curieux paysages...

Image : Average happiness in https://www.shortoftheweek.com/2022/04/21/average-happiness/ où les représentations de données s'animent pour devenir des êtres à part entières dans de presque sages animations abstraites.:-)


Maja Gehrig nous montre ce nouveau monde parallèle et onirique où on se laisse emporter. Le film nous laisse entrevoir ces curieux développements que nous vivons. Ce rêve peut-il devenir  cauchemar ?


Average hapiness illustre à son tour ce si beau pouvoir du "Cinéma d'Animation" de nous offrir un spectacle magique qui exprime ses allégories dans un Art unique.


On avait pu voir le film dans l'édition en ligne du festival d'Annecy en 2020. On aurait aimé le voir dans la grande salle de Bonlieu, au premier rang bien au milieu ! :-)


Le festival d'Annecy 2022 arrive à grand pas.


Cette année le cinema d'Animation suisse sera à l'honneur. Devant tant d'originalité dont il est question ici, ... on se régale d'avance ! :-) A bientôt pour de magnifiques projections.


ou sur


Merci à Myiu Distribution pour le lien : https://www.linkedin.com/company/miyu-distribution/ :-) qui a rappelé à mon souvenir de beau film !


A suivre .... :-)



A voir :

Maja Gehring nous parle de réalisation de son film.







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