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130 - Prix André Martin 2026 : Une explosion sensorielle !

  • Photo du rédacteur: Clément Martin
    Clément Martin
  • 20 avr.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 avr.

"Amélie ou la métaphysique des tubes" de  Maïlys Vallade et Liane-Cho Han.
"Amélie ou la métaphysique des tubes" de  Maïlys Vallade et Liane-Cho Han.

Le Festival national du film d'animation a pris fin après six jours d'un tourbillon de créations animées et de rencontres.

J'ai eu le plaisir, lors de la cérémonie de remise des prix du festival, d'annoncer le lauréat du prix André Martin pour un long métrage.  Le prix André Martin a été créé en 2015 conjointement par Francis Gavelle, CITIA et l’AFCA pour récompenser un court et un long-métrage français ou une coproduction française sortie en 2025. Ce prix a une résonance toute particulière en cette année du centenaire de la naissance d'André Martin.

11 longs métrages étaient en compétition cette année, avec une variété de sujets, de techniques et de récompenses obtenues qui témoigne de la vivacité du cinéma d'animation français dont on espère qu'elle va se maintenir en ces temps agités et plus difficiles financièrement :


  • Hola Frida ! d'André Kadi et Karine Vézina 

  • La vie en gros de Kristina Dufková

  • La mort n'existe pas de Félix Dufour-Laperrière

  • Falcon express de Christian Tassy et Benoît Daffis

  • Amélie et la métaphysique des tubes de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han

  • Le secret des mésanges d'Antoine Lanciaux

  • Slocum  de Jean-François Laguionie

  • Arco d'Ugo Bienvenu

  • Marcel et Monsieur Pagnol de Sylvain Chomet

  • Maya, donne-moi un titre de Michel Gondry

  • La Vie de château, mon enfance à Versailles de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi. 


Le prix a été attribué à "Amélie ou la métaphysique des tubes" de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han qui avait obtenu le prix du public au dernier festival d'Annecy.


C'est toujours un grand plaisir que d'annoncer le Prix André-Martin du long métrage. Photo Gwendal Le Flem
C'est toujours un grand plaisir que d'annoncer le Prix André-Martin du long métrage. Photo Gwendal Le Flem
Ce qui est bien quand on annonce le prix, c'est qu'on est bien placé pour prendre des photos :-). Jeanne Frommer (de dos), Maïlys Vallade, Claire La Combe, Isabelle Vanini. Photo Clément Martin.
Ce qui est bien quand on annonce le prix, c'est qu'on est bien placé pour prendre des photos :-). Jeanne Frommer (de dos), Maïlys Vallade, Claire La Combe, Isabelle Vanini. Photo Clément Martin.
Maïlys Vallade, Claire La Combe (Puffin pictures) et Lisa Peuch (Ikki films) . Photo Gwendal Le Flem
Maïlys Vallade, Claire La Combe (Puffin pictures) et Lisa Peuch (Ikki films) . Photo Gwendal Le Flem

Le jury

Le jury était composé des professionnels français, canadien et roumain suivants :

  • Apolline Caron-Ottavi : Rédactrice et programmatrice à la "Cinémathèque québécoise" (Canada)

  • Christophe Chauville : Rédacteur en chef de "Brefcinéma" (France)

  • Nicolas Métayer : Codirecteur du cinéma "Le Vincennes" (France)

  • Mihai Mitrica : Directeur du festival "Animest" (Roumanie)

  • Caroline Vié : Journaliste et critique de cinéma, "20 minutes" (France)


Ils ont récompensé un film exceptionnel et voici pourquoi.


Générique

Réalisation : Maïlys VALLADE et Liane-Cho HAN

Scénario : Liane-Cho HAN, Aude PY, Maïlys VALLADE, Eddine NOËL

Création graphique : Eddine NOËL, Marietta REN, Liane-Cho Han, Maïlys VALLADE, Remi CHAYÉ, Marion ROUSSEL, Justine THIBAULT, Simon DUMONCEAU

Direction Artistique : Eddine NOËL

Montage : Ludovic VERSACE

Musique originale et orchestration : Mari FUKUHARA

Son : Kevin FEILDEL, Fanny BRICOTEAU

Production déléguée : Nidia SANTIAGO, Edwina LIARD, Claire LA COMBE, Henri MAGALON

Production : Exécutive Jean-Michel SPINER, Mireille SARRAZIN

Design des personnages : Marion ROUSSEL, Maïlys VALLADE, Marietta REN

Design des décors : Eddine NOËL

Design Props : Camille LETOUZE, Marick QUEVEN

Storyboard : Lucrèce ANDREAE, Olivier CLERT, Chloé NICOLAY, Alice BISSONNET, Jonathan DJOB NKONDO, Nicolas PAWLOWSKI, David CANOVILLE,

Éléa GOBBÉ-MÉVELLEC, Alexander PETRESKI, Merwan CHABANE, Liane-Cho HAN, Marietta REN, Rémi CHAYÉ, Ahmed NASRI, Maïlys VALLADE

1ère assistante réalisatrice : Laetita NURDIN

2e assistante réalisatrice : Auriane LABOISSE

Direction du layout posing : Marion ROUSSEL, Hanne GALVEZ

Direction de l’animation : Juliette LAURENT

Direction dessin d’animation : Joanna LURIE

Direction layout décor : Eddine NOËL

Direction décor couleur : Justine THIBAULT

Direction compositing : Tevy DUBRAY

Direction effets spéciaux : Stéphane CHUNG

Direction ligths and shadows : Pascal HERBRETEAU

Direction pipeline : Clément GENDRON, Fanou LEFEBVRE, Jérôme FROMEAUX

Direction de production : Diane MOSCET, Kelsey CHUNG, Xavier PARIAS, Sophie COUTAZ

D’après MÉTAPHYSIQUE DES TUBES d’AMÉLIE NOTHOMB éditions ALBIN MICHEL.

Une production de MAYBE MOVIES et IKKI FILMS en coproduction avec 2 MINUTES, FRANCE 3 CINEMA, PUFFIN PICTURES et 22D MUSIC avec le soutien du CNC,

de CANAL+, de la RÉGION ÎLE-DE-FRANCE, de la RÉGION RÉUNION, de la RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE, de MAGELIS, du DÉPARTEMENT DE LA CHARENTE,

de la RÉGION BRETAGNE, de l’UNION EUROPÉENNE, de CICLIC-RÉGION CENTRE-VAL DE LOIRE en partenariat avec le CNC et l’accompagnement d’ALCA, a bénéficié d’une résidence à CICLIC ANIMATION avec le soutien de l’ANGOA, de la PROCIREP, avec la participation de FRANCE TÉLÉVISIONS, d’ADN et de CINÉ+ OCS, avec le soutien de PALATINE ETOILE 20, INDÉFILMS INITIATIVE 11 et SG IMAGE 2021

Ventes internationales GOODFELLAS ANIMATION

Distribution salles HAUT ET COURT.


Une équipe


"Amélie ou la métaphysique des tubes", c'est d'abord un film d'amis qui travaillent ensemble depuis longtemps.  Maïlys Vallade et Liane-Cho Han ont commencé il y a 14 ans comme story boarder sur "Le petit prince" de Mark Osborne sorti en 2015. Puis ils ont notamment collaboré avec Rémi Chayé sur "Tout en haut du monde" et "Calamity". Rémi Chayé a lui aussi travaillé un peu sur les storyboard et le layout d'Amélie. D'autres personnes comme  Eddine Noël travaillent aussi régulièrement sur les films de cette "famille artistique".


Maïlys Vallade dans son bureau en Bretagne. Photo Maïlys Vallade
Maïlys Vallade dans son bureau en Bretagne. Photo Maïlys Vallade

Une ambitieuse adaptation


Adapter un roman, un best-seller de surcroît, est toujours une entreprise ardue. S'attaquer à un roman autobiographique sur la prime enfance d'Amélie Nothomb, romancière prolixe aussi reconnue que complexe et singulière n'est pas non plus une mince affaire. L'équipe a donc dû bien sûr trancher dans le déroulé littéraire du roman mais aussi construire une narration cohérente rythmé ici par les saisons.


Les personnages de la famille d'Amélie. Photo Dossier de presse
Les personnages de la famille d'Amélie. Photo Dossier de presse

Le sujet


Le film porte sur les 3 premières années d'une petite fille d'expatriés belges au Japon. De la naissance d'un enfant à ses 3 ans en passant par ses 2 ans 1/2 où son langage et ses perceptions éclatent dans un flot d'émotions. Le film traite du deuil, deuil de personnes qu'on aime, de lieux passés, de périodes achevées de la vie et nous le présente au travers des perceptions et des émotions de l'enfant. De l'origine, où Amélie se prend pour Dieu, à la prime enfance avec ses découvertes, ses plaisirs, ses frustrations, ses séparations, ses amours, le film touche droit au cœur. Impossible de ne pas ressentir pleinement les émotions d'Amélie tant l'expérience de notre propre enfance qui nous a structuré est ici convoquée avec force.

Le film est aussi une représentation du Japon de la fin des années 60 avec une précision dans les recherches pour ses habitations, ses meubles, ses objets et ses décors naturels.

Le film porte une attention particulière sur la relation entre Amélie et sa nounou Nishio-San. Comme tout enfant la complicité avec des adultes crée des liens forts, rémanents, profondément ancrés dans le souvenir et la personnalité d'un adulte. Cette relation fusionnelle est perturbée par un personnage marqué par la deuxième guerre mondiale et ses morts. Ces désastres s'invitent dans les relations de la petite fille avec le monde.


La science du cadre et de la mise en scène


Le spectateur éprouve un vrai plaisir cinématographique tant le cadre de chaque plan est construit au service de la mise en scène tout en permettant une simplicité nécessaire et réalisable à la réalisation d'un long-métrage d'animation. Les raccords mouvements soigneusement construits nous installent dans une intimité, une proximité qui nous immerge dans les séquences du film. On se retrouve à vivre pleinement la vie de cette petite fille.

Le film montre aussi avec réussite des scènes à hauteur d'enfants. La maison d'Amélie a par exemple été entièrement modélisée en 3D, même si le film est réalisé en 2D, afin de respecter les échelles, les angles et les perspectives nécessaires à la juste place de l'enfant dans le plan.

Le plaisir de la construction des plans si efficace pour vivre pleinement les scènes. Image dossier de presse du film
Le plaisir de la construction des plans si efficace pour vivre pleinement les scènes. Image dossier de presse du film

Liane-Cho Han dans une interview dans le no 7 de Blink Blank (1) évoque "la grammaire cinématographique de Maïlys Vallade" dont on retrouve l'apport dans le film. Rien de surprenant quand on regarde son film de fin d'étude à Gobelins réalisé avec cinq autres étudiants il y a 17 ans. On y voit manifestement les prémisses de l'intérêt prononcé de ces étudiants pour le cadre, la focale et la mise en scène. Vous pouvez voir le film qui a eu le prix du meilleur film de fin d'étude à annecy en 2010. Vous pouvez voir le film sur https://www.youtube.com/watch?v=Nf9WQlWZ54w



La couleur et la lumière


Pour achever de nous transporter dans le monde d'Amélie, les couleurs, logique économique d'un long métrage oblige, n'ont pas la texture et les vibrations que peuvent offrir des techniques plus organiques. Mais les couleurs sont l'objet d'un tel travail de composition, de précision, de symbolique que l'on assiste à une explosion lumineuse et colorée qui nous transporte au rythme des saisons. Les aplats de couleurs deviennent autant de variations lumineuses qui combinées aux cadres soignés et à la mise en scène nous offre une véritable explosion sensorielle.


Cadre d'un plan  et compositions de couleurs - Source Image Maïlys et  Simon Dumonceau
Cadre d'un plan et compositions de couleurs - Source Image Maïlys et Simon Dumonceau

Dans Amélie il y a pluie


Le film nous transporte dans le Japon de la fin des années 60 avec ses traditions, ses intérieurs, ses objets soigneusement reconstitués. La nounou Nishio-San transmet à Amélie des éléments d'histoire et de culture du Japon en se mettant à la portée de l'enfant. Elle lui explique en en traçant le signe que dans son prénom il y a "amé" qui signifie pluie en japonais.

Le signe  pluie en japonais
Le signe pluie en japonais

Mais dans Amélie il y a aussi "âme" et ce film démontre que le cinéma d'animation sait nous dévoiler les âmes. Bravo aux équipes qui ont réalisées ce film et au jury pour le choix de ce beau prix André Martin en cette année du centenaire !


En attendant de voir et revoir le film sur un grand ou un petit écran vous pouvez voir la bande annonce sur :






(1) Entretien avec Liane-Cho han, Maïlys Vallade et Eddine Noël dans Blank Blank no7 p39

 
 
 

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